‹ La Guienne anglaiseChapitre 3 sur 39 · APERÇU GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU GÉOGRAPHIQUE

La Dordogae et la Garonne se réunissent au Bec-d'Ambès, où elles forment, en confondant leurs eaux, cette longue embouchure (80 kilomètres) qui prend le nom de Gironde. L'Assemblée nationale donna ce noin au département qu'elle arrose en partie. Déjà, au commencement du XIV» siècle, deux contre-scels du château de Bordeaux, trouvés par M. Rabanis, portaient ce même nom Gironda, écrit au-dessus d'une rivière dans laquelle nagent trois poissons (').

Le département de la Gironde est le plus étendu de la France; il a pour limites : au sud, celui des Landes; à l'est, ceux de la Dordogne et du Lot-et-Garonne; au nord, celui de la Charente-Inférieure, et à l'ouest, l'Océan Atlantique, borné par une barrière de montagnes de sable appelées dunes.

Il est divisé en Irois parties inégales par la Garonne et la Dordogne; celle-ci traverse le «lépartement de l'est au nord-ouest ; et la Garonne, du sud-esl au nord-ouest. Outre ces deux cours d'eau principaux, qui forment deux des plus larges fleuves de France, le département est arrosé par la Leyre, qui traverse les Landes et se jette dans le bassin d'Arcachon, et par de nombreux affluents de la Garonne et de la Dordogne, dont les principaux sont : pour la première, le Lissos, la Bassanne, la Beuve, le Giron grossi d'un grand nombre d'affluents, dont les principaux descendent des Landes, le Gat-Mort, la Jalle, etc., tous sur la rive gauche; et sur la rive droite, le Drot grossi de la Vignague et d'un grand nombre d'autres petits ruisseaux, l'Euille et la Pimpine. Les principaux affluents de la Dordogne sont : sur la rive gauche, la Durèze, la Gamage, l'Engranne, le Gestas et la Laurence; sur la rive droite, l'Isle grossie de la Dronne et de la Saye, et le Moron.

Le reflux se fait sentir sur la Garonne jusqu'à Langon, et jusqu'à Brannes sur la Dordogn(î; dans l'équinoxe d'automne, il produit sur cette rivière un curieux phénomène qu'on appelle le mascaret : c'est une lame d'eau haute parfois de quelques mètres, qui remonte le courant avec une vitesse

(') Compte rendit des Travaux de la Commission des Monummts historiques de la Giromle, 1847.

IsT. a

„ LA GUIENiNE ANGLAISE

considérable, dégradanl les berges du Heuve, el renversant, sur son passage, les petites barques qui

n'ont pas eu la précaution de lui présenter leur proue.

A l'ouest de la Gironde, est situé le Médoc; à l'ouest de la Garonne, les landes de Bordeaux et

une portion do l'ancien Bazadais. Entre la Garonne et la Dordogne s'étend, au sud-est, l'autre portion

-de l'ancien Bazadais, puis l'Entre-deux-Mers, dont la Bénauge occupait une portion. Le pays

d'Entre-Dordogne est compris entre l'Isle et la Dordogne; puis, sur la rive droite de l'Isle, le

Fronsadais; au nord de la Dordogne, le Bourges; enfin, le Blayais borde, à l'est, la Gironde.

Pendant la Révolution, et sans égard pour les limites naturelles, le département a été divisé en six arrondissements, contenant ensemble 48 cantons el 546 communes.

1° Arrondissement de Bordeaux 18 cantons, 155 commune.*.

2» — deBazas 7 — C9 —

Z" — de Lesparre 4 — 30 —

40 de Blaye i — 56 —

5» — de Libourne 9 — 13"2 —

G» — de La Réole 6 — 104 —

Ces six chefs-lieux d'arrondissement ne sonl pas les seules villes de la Gironde; on compte encore parmi les villes considérables : Saint -Macaire, Cadillac, Rions, sur la rive droite de la Garonne; Langon, sur la rive gauche; Pauillac, sur la Gironde. Sur la rive droite de la Dordogne, on trouve Castillon et Bourg, et sur la rive gauche, Sainle-Foy. Dans l'intérieur des terres, entre les deux principales rivières, sont situées trois villes fort curieuses par leur plan : Monségur, Sauveterrede-Guienne et Créon; enfin, Coutras sur l'Isle.

Dans certaines parties du département, surtout sur les bords des deux grands fleuves et de la Gironde, les bourgs et les villages sont tellement rapprochés les uns des autres, les habitations disséminées dans la campagne sont si nombreuses, qu'on dirait une immense ville embellie de grands jardins.

Les églises de campagne sont peu élégantes en général, mais elles présentent, presque toutes, un certain intérêt. Tout le monde connaît celles de Bordeaux, la belle cathédrale de Bazas et la collégiale d'Uzeste. Les églises de Loupiac, de la Sauve, de Saint-Ferme, de Verteuilh, du Petit- Palais, de Bégadan, de Saint-Vivien, de Moulis, de Langoiran, de Soulac, etc., sont de très-beaux types de l'époque romane.

Les châteaux féodaux, presque tous ruinés ou près de l'être, méritent d'être visités; les principaux : Villandraut, Budos, La Trave, Castelnau-de-Cernès, Boquetailladc, Fargues, Blanquefort, Lesparre, Le Breuilh, situés entre la mer et le fleuve, — Langoiran, La Réole, Bénauges, Rauzan, Pommiers, etc., sur le côté droit de la Garonne, peuvent soutenir la comparaison avec ce que le reste de la France offre de plus beau.

Outre le bassin d'Arcachon, qui a une issue directe dans la mer, on compte, sur le bord intérieur des Dunes, trois grands lacs d'eau douce appelés étangs : au nord, celui d'Hourtins ou de Carcans; au sud de celui-ci, l'étang de La Cauau; et, au sud du bassin d'Arcachon, l'étang de Cazau, dont la moitié appartient au département des Landes. Celui-ci se dégorge d'un côté dans le bas.'^in d'Arcachon, et de l'autre dans la mer, après avoir traversé les étangs de Biscarosse et d'Aureillan; ceux du nord se. dégorgent d'un côté dans la Gironde, et de l'autre dans le bassin d'Arcachon. Us sont alimentés par de nombreux cours d'eau qui descendent des Landes et du Médoc.

Les rivières, on l'a dit, sont des chemins qui marchent, et de légers bateaux glissent facilement

INTRODUCTION ui

sur les lacs; mais il n'y a pas partout des lacs et des rivières, ot les contrées qui en sont privées étaient, il y a trente ans, inabordables pendant l'hiver. A cette époque de l'année, les personnes qui les habitaient pouvaient à peine sortir de chez elles, et toujours il était difficile d'en expédier les récoltes, qui se livraient à vil prix. Il n'en est plus ainsi maintenant : le département est percé de nombreuses routes parfaitement entretenues, et dans peu d'années, on pourra aller en voiture dans toutes les communes qu'il renferme. De plus, trois chemins de fer facilitent considérablement les communications. Le canal latéral à la Garonne a été prolongé jusqu'à Castets-en-Dorthe.

Presque toute la partie occidentale du département de la Gironde forme une vaste plaine déserte et à peu près stérile, couverte, à perte de vue, de bruyères et de quelques bois de pins; le reste est formé de coteaux peu élevés; de larges et très-fertiles plaines, appelées palus, bordent les deux fleuves.

Les dunes sont à peu près entièrement ensemencées de pins (*) ; des forêts des mêmes arbres, entremêlés de chênes magnifiques, couvrent toutes les parties un peu fertiles des landes, surtout le bord des étangs, le versant oriental de la crête des Landes, les bords du Giron et des autres affluents de la rive gauche de la Garonne, entre cette petite rivière et Bordeaux. De magnifiques forêts bordent également la Leyre.

La principale production du département consiste dans ses vins, connus à l'étranger sous le nom général de Vins de Bordeaux, mais qui, ici, portent autant de noms qu'il y a de grands et de petits crûs. Les connaisseurs se flattent de reconnaître, en le flairant et en le dégustant, le crû et l'âge du vin qu'on leur présente. Les meilleurs vins rouges se récoltent dans le Médoc, dans les Graves de Haut-Brion, et sur les coteaux de Saint-Émilion; et les vins blancs les plus estimés, dans les plaines qui bordent la rive gauche de la Garonne, depuis Langon jusqu'à Gérons, et sur les coteaux de Sauternes, qui bornent ces plaines à l'ouest.

Je n'ai pas l'intention de faire une stati.stique complète du département. Ce travail a déjà été fait par Jouannet , et ceux de mes lecteurs qui désirent en savoir davantage peuvent consulter la Statistique du département de la Gironde, par ce savant Bordelais.

('; I/idée première du fixement des dunes au moyen de semis appartient à Amanieu de Ruât, captai de Buch, conseiller au Parlement de Bordeaux. — L'abbé Desbieys, membre de l'Académie de Bordeaux, a été le premier à mettre en pratique l'idée d'Amanieu. — Brémontier n'est venu qu'en troisième, et il a recueilli l'honneur et les profits de la découverte.

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