FILIATION
l. N'Ot (Othon?) de La Roque, damoiseau de Rions, en faveur duquel furent passées plusieurs reconnaissances en 1325, 1353 et 1359 (Archives de M. le comte Henri de La Chassaigne, — du Gros).
vendu comme bien national. L'acquéreur en fit une carrière, et ses belles ruines allaient totalement disparaître, quand, en 1841, la Commission des Monuments historiques de la Gironde en fut avertie. « Elle apprit en même temps que les pierres en provenant étaient employées à » l'encaissement du Ciron et vendues à l'entrepreneur de travaux pour le compte de l'État. Nous » nous adressâmes alors, dit le Rapporteur, à M. l'Ingénieur en chef directeur, qui, à l'instant » même, donna l'ordre à M. l'Ingénieur ordinaire de refuser à l'entrepreneur tous matériaux » jïrovenant de cette démolition. D'un autre côté, le maire de Budos intervint avec empressement, » et le marteau fut arrêté. De ces mesures, il est résulté, non pas engagement pour le propriétaire » de ne pas user de la chose comme il l'entendait, ce qui est impossible, mais une trêve dans la » destruction ('). » Ces ruines furent classées comme monument historique de premier ordre. Quelque temps après, le 20 août 1845, je me rendis à Budos pour dessiner le château, et je fis comprendre au paysan à qui il appartenait, et qui paraissait disposé à vendre encore ses ruines en détail, qu'il s'exposait à de graves ennuis s'il passait outre et continuait les démolitions. Il s'arrêta, et depuis lors pas une pierre n'a été enlevée.
II. Peys (Pierre) de La Roque, damoiseau de Rions, en faveur duquel fut passée une reconnaissance en 1371, y est qualifié flls de n'Ot. de La Roque. En 1 390, il donna à fief nouveau une terre dans la paroisse de Langoiran. Les archives de M. Henri de La Chassaigne renferment une dizaine de titres qui prouvent que les La Roque avaient des terres à Rions, Neyrac, Toutigeac, Langoiran, Loupiac, etc., etc. (Idem).
III. Archambaud de La Roque, seigneur du Gros, de La Tour, de Tasles, etc. — 11 résulte ù'une esporle parVideau du Gros, en faveur d' Archambaud de La Roque, seigneur du Gros, du 21 avril 1398, qu'Archambaud de La Roque, donzet (damoiseau), était héritier de dame Guiraude de Ségur, sa mère, fille de Bernard de Ségur, damoiseau, seigneur du Gros, épouse de Peys de La Roque. Dans un acte de 1448, il est qualifié damoiseau de la paroisse de Saint-Martin de Gadillac. Il existait encore en 1454, ainsi que le prouve un contrat de vente fait en sa faveur fidemj. Il fonda un anniversaire au Ghapitre de Gadillac. — Archambaud de La Roque se distingua, de concert avec François de Orignaux et Maurignon, dans un combat « particulier
• contre trois chevaliers portugais qui les avaient provoqués. Le prétexte était l'amour des dames; mais le véritable motif
• était la haine des Français contre les Anglais la), dont les Portugais étaient alors alliés. Le combat eut lieu à Paris en 1414,
• oii les seigneurs anglais étaient venus pour un traité. Celui qui combattait contre La Roque lui donna un coup sur la tète » qui entama le timbre de son armet; sa hache s'y engagea et il tomba. La Roque alors lui donna deux tels coups de hache,
• qu'il l'étourdit et lui mit son épée sous la visière de son casque. Le Portugais se rendit. La Roque alla au secours de
• Maurignon, fit chanceler son ennemi, qui se rendit. Ils allèrent tous deux rejoindre Orignaux, dont l'adversaire cria qu'il se » rendait à trois. Tous se comportèrent très vaillamment; mais les trois chevaliers gascons eurent tout l'honneur, et furent
• menés en forme de triomphe par la ville de Pari.s, aux acclamations de tout le peuple » [Théâtre d'honneur, par Wulsonde La Golonibière).
Archambaud de La Roque fit son testament le 18 novembre 1445. Il avait épousé Marie-Giraudo de Gombaud. Pierre de La Roque, son fils puîné, archidiacre de Bazas, représentant l'évéque et le chapitre, reçut, en 1478, de Gaston de Monlferrand, sénéchal, le serment d'être fidèle au roi et de garder les privilèges de Bazas.
IV. Pierre de La Roque, marié à Marguerite d'Angolin, fille du seigneur de ce nom, fit son testament le 18 novembre 1499.
V. André de La Roque, seigneur de La Tour, Tasles, Sainte-Croix-du-Mont, Coymères, baron de Langon, épousa, le 20 août 1518, Saillide Thuaulde, fille de Michel Thuauld, écuyer, et d'Odette de Cases.
VI. Raymond II de La Roque, seigneur des mêmes lieux et des Jaubertes, baron de Budos par l'acquisition qu'il fit de cette baronnie, reçut un certificat de cathohcité et de services rendus au ban et arrière-ban du gouverneur de Bordeaux, Charles de Monlferrand, en 1573. Élu premier jurai gentilhomme en qualité de noble en 1583, il reçut en cette qualité des lettres de droit de bourgeoisie de la ville de Bordeaux pour lui et ses descendants. Il mourut dans l'exercice de sa charge en 1594. Il fut enterré dans l'église de Saint-Romain de Budos, où son mausolée se voyait avant la Bévolulion. Marié, le 16 août 1550, à Jeanne d'Alesme, fille de Jean d'Alesme, conseiller au Parlement de Bordeaux, et de Jeanne Lo Moyne, il eut de cette union trois fils et deux filles :
1" Jean de La Roque, dont l'article suit ; (') Commission des monuments et documents historiques de la Gironde, année 1841, p. 54.
(<) 11 est peu probable que ce fût le véritable motif, puisqu'Archambaud était gascon-anglais.
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Le 10 avril 1860, M. le baron Léon de Brivazac, fils de demoiselle Delphine de La Roque de Budos, fille unique du dernier baron de Budos et épouse de messire Léon, baron de Brivazac, poussé par l'amour de l'arl, excité par des souvenirs de famille, a acheté le château et quelques journaux de vignes qui l'entourent, afin de le mettre à l'abri du marteau des démolisseurs. Nous espérons que ce noble exemple sera suivi, et que plusieurs de nos belles ruines passeront entre les mains des descendants de leurs anciens seigneurs.
Le château de Budos est bâti sur un plateau peu élevé,' an pied du coteau sur lequel est situé le village de Budos; il domine une plaine de 10 à 15 kilomètres d'étendue, descendant en pente douce jusqu'à l'horizon, borné par les côtes aux pieds desquelles coule la Garonne. Cette position exceptionnelle donne aux ruines de cette forteresse un aspect extraordinairement imposant (Planche XCVI). A 1,200 mètres au sud-est du château, coule le Ciron, qui, après un cours de 9 kilomètres à partir de ce point, se jette dans la Garonne entre Barsac et Preignac.
Entre le bourg de Budos et le château, dans un lieu complanté de vignes, sur le bord d'une
2° André, père du marquis de Gravelines;
3° Etienne, auteur des seigneurs de La Tour;
4» Jeanne, mariée au seigneur de Teste, en Agenais;
5" Une autre Jeanne, mariée à Pierre de Pomiés.
VII. Jean de La Roque, fils aîné de Raymond, seigneur de Peyrat, Montallier, etc., baron de Budos, reçut du maréchal de Matignon, le 22 mars 1592, une commission pour mettre sur pied, pour le service du Roi, une compagnie de vingt chevaulégers et de vingt arquebusiers à cheval. Il épousa, le 16 septembre 1593, Suzanne de Ségur, fille de François, chevalier, seigneur de Sainte-Âulaye, Montajean, FougueroUes, etc., gentilhomme de la chambre du roi Henri IV, gouverneur de Sainte- Foy, en Agenais, capitaine d'une compagnie de trente lances des ordonnances, et de Jeanne de Mosnier. Il se remaria avec Catherine de Moueins, dont il n'eut pas d'enfants.
VIII. Jean-Pierre de La Roque, chevalier, baron de Budos, maintenu dans sa noblesse en 1634 et confirmé dans son droit de bourgeoisie de la ville de Bordeaux en 1658, marié, le 6 juin 1G33, à Marie d'Espaignet, flUe de Jean, chevalier, président du Parlement de Bordeaux, et de Charlotte de Mangeant.
IX. Raymond III de La Roque, chevalier, baron de Budos, rendit hommage au Roi, le 5 septembre 1672, pour les terres et seigneuries de Budos, qu'il tenait à hommage-lige en tous droits de haute, moyenne et basse justice. Il reçut un certificat de services de François de MontCerrand, sénéchal de Guienne, le 27 juillet 1694. Il avait épousé, le 6 (aliàs 16) juillet 1669, Bonaventure de Chaumels, 1111e de Léonard et de Jacquelte de Guichenères.
X. Jean-Pierre de La Roque, seigneur et baron de Budos, rendit hommage au Roi en 1697, et se trouva à l'assemblée de la noblesse, à Cadillac, en 1703. Il épousa, le 14 avril 1715, Marie-Anne de Bordes, fille de Pierre, seigneur de Coupet et de Treulon, conseiller au Parlement, et de Catherine d'Essenaut. Jean de Bordes, son frère, n'ayant pas d'enfants, lui laissa ses biens et ses armes, que les Budos placèrent en abîme dans leur écusson. Jean-Pierre fit son testament en 1723.
XI. Michel-Joseph de La Roque, baron de Budos, seigneur de La Marque, Beychevelle, etc., épousa, le 10 avril 1745, Delphine de Brassier, fille d'Étienne-François, seigneur de La Marque, Arsins, baron de Sémignan, et de Marie-Catherine-Delphine de Montferrand. Cette dernière était sœur d'Armand, marquis de Montferrand, premier baron et grand sénéchal de Guienne, mort le dernier de cette ancienne et illustre maison, en 1760. Delphine de Brassier, ayant perdu ses deux frères, fut seule héritière de son oncle, du marquisat de Landiras et de la baronnie de Montferrand. Le 23 mars 1787, elle nomma pour la représenter Jean Amanieu, qui, tète nue, les doux genoux à terre, sans épée, ceinture ni éperons, les mains jointes, rendit hommage au Roi, devant les trésoriers de France, pour la terre et seigneurie de Monferrand, en toute justice haute, moyenne et basse, droits utiles et honorifiques, fiefs, cens et renies, relevant de Sa Majesté, à cause de son duché de Guienne. Michel de La Roque est mort à Barsac, le 21 novembre 1770, laissant trois enfants :
1" Marguerite de La Roijue-iiudos, mariée, en 1775, à Jean-I$aptiste-Calixte de Montmorin, marquis de Saint-Hérem ; 2» Charlcs-François-Armand, clievalier de BuJos, émigré, clievalier de Saint-Louis, mort sans alliance en 1825;
3° XII. Charles-François-Armand de La Roque, baron de Budos et de Montferrand, premier baron de Guienne, entré jeune au service, émigré avec son frère, marié, en 1787, à Catherine de Ménoire, fille de Guy, seigneur de ViUemur, et de Marguerite de Beaujau, dont :
Delphine de La Uoque-Budus, dernière de la branche aînée de La P>oque-Budos, mariée, en Ibli, à Léon, baron de lirivazac.
prairie, existe une moite très déformée appelée encore le Castera; c'est évidemment un ancien ciiâteau, peut-être celui qui a précédé le châleau actuel. Son emplacement, comme point stratégique, était mieux choisi que celui du monument qui l'a remplacé en 1306.
Le plan du château de Budos a la forme d'un quadrilatère de 55 mètres de long sur 45 de large. Chaque angle est renforcé d'une tour presque entièrement en saillie , trois rondes, la quatrième octogone; celle-ci est dans l'angle occidental. Au milieu de la façade, qui est tournée
,--■ ~ -. vers le sud-est, s'avance une tour carrée sous
laquelle passe la porte principale. Des tours semblables, mais non saillantes, s'élevaient sur les trois autres façades. Les tours d'angles et celle de la porte existent encore intactes; la paroi extérieure de celle de la façade du nordouest est la seule qui existe ; mais il ne reste plus rien de celles des deux autres façades. Les courtines nord-ouest et sud-est sont seules entières.
Le fossé qui entoure ces constructions a de 15 à 18 mètres de large à la gueule et 10 mètres au fond. Il est fort déformé et difficile à mesurer exactement. Comme celui du château de Villandraut, il s'élargit en s'arrondissant en face de chaque tour. Des braies, larges de 3 à 5 mètres et qui paraissent avoir été entourées d'un mur ou de palissades, fortifient le pied des tours et des courtines. La terre et les pierres des fossés avaient dû servir primitivement à former un vallum extérieur ; mais lorsque les armes à feu furent devenues d'un usage universel, il fallut renoncer à cet ancien moyen de défense; alors on abattit ce vallum, on retendit, et on fit l'esplanade large de 40 mètres qui existe actuellement.
La porte du château de 1306 était précédée d'une grande barbacane entourée de fossés; il ne reste de ces fossés que celui qui se trouvait devant la porte A, et qui maintenant est remplacé par un chemin. Cette barbacane était aussi large que le château lui-même. Sur des notes fournies par M. le Curé de Budos, je trouve que cette porte (A) était surmontée d'une tour carrée fortifiée, avec un beffroi muni d'une cloche pour régler la police intérieure et extérieure du fort.
La force du châleau de Budos consistait dans la largeur des fossés et la hauteur du vallum qui le précédait, plutôt que dans l'épaisseur des murs. Les courtines, en effet, n'ont que 1™10; les tours, quelques centimètres de plus seulement; mais la hauteur en est considérable. Leurs défenses principales étaient portées au sommet crénelé, où l'on voit encore les traces des hourds qui les couronnaient. Des meurtrières cruciformes à l'extérieur perçaient le rez-de-chaussée des courtines et les étages des tours. La plupart de ces meurtrières ont été déformées pour en faire, soit des fenêtres, soit des embrasures pour des mousquets. Lors des guerres de religion, le sommet des courtines a été dénaturé, et l'on a percé dans le parapet de petites meurtrières pour les armes a feu portatives employées à celle époque.
Comme à Villandraut, une cour carrée entourée d'appartements occupait le milieu de l'enceinte; mais comme les tours n'avaient pas d'escaliers particuliers, c'était par ces appartements qu'on entrait
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dans leur rez-de-chaussée et dans leur premier étage, tandis qu'on pénétrait dans le second par le chemin de ronde qui existait sur le sommet des courtines. Les tours avaient donc, au dessus du rez-de-chaussée, deux étages qui n'étaient séparés que par des planchers; un chemin de ronde crénelé garnissait leur sommet. La prison, dans laquelle on entre par un orifice carré percé au milieu de la voûte, se trouve sous le rez-de-chaussée de celle de l'angle nord. Cette prison est voûtée en coupole et un peu plus large que la tour : celle-ci a 4 mètres de diamètre et la prison i^lS. On n'en peut mesurer la profondeur à cause des décombres qu'on y a jetés. La tour octogone de l'angle occidental a été métamorphosée en colomi?^ hier, ainsi que le crénelage de celle de l'angle sud.
Les fenêtres des appartements devaient toutes donner sur la cour, car on n'en voit pas dans les courtines qui sont encore debout, excepté de très petites ouvertures dans la courtine du nord-est. Les cages des latrines, fort nombreuses, sont en saillie sur la paroi extérieure de ces courtines ou contre les tours, dans l'angle qu'elles forment avec les remparts. Il ne reste de ces appartements que quelques fondations, permettant à peine de tracer un plan de leurs anciennes dispositions.
^ ' Dans un inventaire, fait le 1"'' janvier 1771 par Catherine-Delphine de
Brassier, veuve de messire Michel- Joseph de La Roque, on voit que les salons, la cuisine et ses dépendances, occupaient les rez-de-chaussées des appartements appuyés contre les courtines sudouest et nord-ouest; que les chambres à coucher étaient du même côté, au premier étage ; que la chapelle était à côté de la porte d'entrée, à droite ; que les chais et cuviers s'appuyaient contre la courtine du nord-est.
Outre la porte principale, ouverte dans la courtine du sud-est (Planche XCVII), il existait, comme à Villandraut, une poterne au point B dans la courtine opposée. Elle s'ouvrait au bout d'un couloir très étroit. Cette poterne n'appartient peut-être pas à la construction primitive, car il existe des arrachements de murs qui feraient croire qu'elle a remplacé soit une meurtrière, soit
un égout pour l'écoulement des eaux pluviales qui tombaient dans la cour, soit peut-être des latrines. Une partie de ces eaux s'écoulaient aussi par la porte principale et par des égouls qu'on retrouve dans le bas des courtines du nord-est, oii le sol du château est moins élevé que du côté opposé.
La tour qui protège la porte d'entrée est à peu près entière {*). Elle est carrée et se compose, outre le couloir de la porte, de trois étages surmontés d'un chemin de ronde crénelé. Dans le plan ci-contre, n" 1 , on voit que la porte est précédée d'un pont (A) aujourd'hui en pierre, mais autrefois pont-levis, qui se relevait , comme à Roquetaillade , contre une feuillure ménagée de chaque côté des pieds-droits. Plus tard, ce pont-levis a été refait dans un
(') Grâce à l'obligeance de M. le baron de Brivazac, qui a mis à ma disposition des échelles de 12 à 13 mètres de longueur, j'ai pu étudier tous les étages de cette belle tour et en faire une coupe.
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système plus moderne, et les rainures, ainsi que les pierres sur lesquelles tournait son axe, existent encore dans le mur au dessus de la porte. Après le tablier du pont-levis venait la herse, précédée d'un assommoir desservi par des hommes postés derrière des créneaux {B, voir la coupe), sur un chemin de ronde ménagé au second étage [n° 2) de la tour, de niveau avec le sommet des courtines qui relient les tours de la façade. La herse était suivie d'une porte dont les vantaux étaient maintenus par des barres qui s'enfonçaient dans les murs latéraux. Après tout ce système de défense qui existe dans le mur de façade épais de 2"45, on se trouvait dans l'intérieur du rez-de-chaussée, recouvert d'une voûte en berceau ogival. A droite et à gauche de cette salle, des meurtrières, dont l'ouverture extérieure est cruciforme et pattée, battaient en enBlade l'intérieur des fossés. A côté des meurtrières s'ouvrent deux petites portes ogivales, qui permettaient aux hommes de garde de passer sur les braies qui enveloppent la base du château. Entre ces portes et les meurtrières existait une fermeture, une barrière sans doute, dont l'existence est signalée par les rainures qui servaient à assujétir les barres dans les parois. Pour entrer dans la cour du château, il y avait une autre porte, consolidée également par des barres. Les arcs, sur lesquels s'appuyaient les vantaux, étaient ogivaux; ceux sous lesquels ils roulaient sont en cintre bombé.
On arrivait dans le second étage (n" 2) et sur le chemin de ronde, qui est au même niveau, par le sommet des courtines, et on y entrait par une petite porte (C) ogivale en dehors et bombée en
dedans. Là on trouve deux meurtrières, et du côté de la cour une petite fenêtre trilobée. Le premier étage (n° 3) servait sans doute d'arsenal; il n'est éclairé que par un soupirail à sections carrées chanfreinées , très évasé en dedans, et placé presqu'au dessous de la fenêtre du second étage. On descendait dans cette pièce par une trappe. Le chemin de ronde (BJ est machicoulisé sur des consoles à trois assises; les angles coupés reposent sur des culs-de-lampe. Les consoles étaient reliées par un arc trilobé et supportaient un parapet n'existant plus, et qui très probablement était crénelé. Plus tard, la meurtrière D a été métamorphosée en cheminée, car toute la tour en était primitivement dépourvue. On montait dans le troisième étage [a" 4) par une trappe au moyen d'une échelle. Il n'était éclairé que par trois meurtrières : deux enfilent le fossé, et la troisième est sur la façade. Une trappe s'ouvrait aussi dans le plancher du chemin de ronde. Les solives du plancher du second étage s'appuyaient sur des corbeaux en pierre, celles du troisième s'enfonçaient dans les murs, et celles du chemin de ronde avaient pour appui les dalles de ce même chemin, au niveau desquelles on voit les trous des solives des hourds. Les créneaux étaient fermés par des volets, ce qui me fait supposer que la toiture aiguë s'appuyait sur le sommet du crénelage. Les créneaux en occupaient les quatre faces. Tout le sommet des autres tours était aussi crénelé ; de sorte que les défenseurs pouvaient encore faire bien du mal à des assaillants qui seraient parvenus à entrer dans la cour du château et même à s'établir sur les courtines.
Du sommet de cette belle tour, on découvre un immense panorama. A l'est s'élèvent les coteaux
de Sauternes, sur lesquels on récolte le meilleur vin blanc du monde; au nord, les plaines de Barsac, dont les vins blancs ont une réputation aussi méritée et aussi universelle. Plus loin, et toujours au nord, l'horizon est borné par les coteaux de la rive droite de la Garonne, émaillée de villes, de bourgs et de hameaux. Là brillent au soleil les villes de Cadillac, Podensac et Rions; les châteaux du Gros et de Langoiran, les églises de Loupiac et de Lestiac. Plus près, le château de Landiras apparaît au milieu des pins. Une immense forêt, entrecoupée de landes rases, de vignes et de terres ensemencées de maïs, de millet et de seigle, borne la vue à l'ouest.
A Daignac, canton de Brannes, arrondissement de Libourne.
Lorsque dans une môme localité on trouve plusieurs noms semblables, il est difficile de les distinguer les uns des autres s'ils n'ont pas d'autres désignations. 11 en est est ainsi pour les commencements de Gurton. On trouve dans Y Histoire de la Grande -Sauve, par M. l'abbé Girot de La Ville, qu'un Guillaume de Gurton et Richard de Rions voulaient, à la fin du Xll* siècle, retenir par force les droits de justice sur le bourg de Gorbelac ; mais que, appelés à soutenir leurs prétentions par serment, ils se désistèrent. Gomme il existe un Gurton à 2 kilomètres de La Sauve, il pourrait se faire que Guillaume était possesseur de cette localité et non du château de Gurton, car on trouve dans le Gallia Christiana (') qu'Arnaud était à cette époque seigneur du château qui nous occupe. Une grande quantité de possesseurs de cette seigneurie ayant porté le nom d'Arnaud, il est assez probable que celui-ci était un de leurs ancêtres. A la même époque (1299), on trouve un Amanieu de Gurton, damoiseau, qui avait laissé des dettes à Londres; il devait à Guillaume Duschakl la somme de 22 livres 10 sous (^). Il possédait en 1274 des terres dans les environs de Rions; il possédait aussi à la même époque, avec Arnaud-Bernard de Preyssac (Pressac), damoiseau, la terre de Lanhac ( Daignac), dont il devait hommage au roi d'Angleterre avec une lance pour esporle à chaque changement de seigneur. Il était tenu de faire le serment devant le sénéchal de Gascogne; il devait aussi fournir un chevalier pour l'armée du roi; mais Élie de Lanhac, qui était co-seigneur de la même terre, devait la moitié de ce chevalier (^j. Get Amanieu était probablement un parent, peut-être le fils d'Arnaud.
Dans le commencement du XIV' siècle, la seigneurie de Gurton paraît avoir été enlevée à ses anciens possesseurs. On trouve, en effet, dans une transaction de l'an 1319, qu'Arnaud de Piis est qualifié de seigneur de Gurton (*). Les de Piis furent-ils peu de temps après privés de cette seigneurie, ou cette branche d'une nombreuse famille abandonna-t-elle son nom pour adopter celui de la terre qu'elle possédait, ou bien encore ce Gurton n'est-il pas le nôtre? Quoi qu'il en soit, un Arnaud de Gurton reçut, le 23 septembre 1324, une lettre du roi d'Angleterre qui le priait de lui rester fidèle et de défendre, de concert avec les autres barons de la Guienne, leur pays que les Français avaient soudainement et traîtreusement envahi (''). Trois ans après, le 8 février 1 328, il leur écrivit de nouveau à peu près dans le même sens {'').
(') Tome II, Insl., p. 224. — (') J. Delpit, Documents , p. 24. — (') Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 24 et 32.
- (») Archives de M. le marquis de Piis. — (') Rymer, t. H, pars. I, p. 570; Londini, 1818. — («) Idem, idem, pars. II, p. 686; Londini, 1821.
En 1330, Edouard III était fatigué de la guerre; il envoya des messagers à la cour de France pour la faire cesser, et en même temps il fit part de cette démarche à ses fidèles de l'Aquitaine, parmi lesquels on trouve Arnaud de Curton, auquel, comme récompense des services qu'il lui avait rendus, il donna, le 27 avril, la justice haute et basse des paroisses qui entourent le château : Daignac, Espiet, Grésillac et Tizac (*). La guerre entre la France et l'Angleterre avait recommencé, ou plutôt avait été poussée avec plus d'ardeur. Le comte d'Eu ayant pénétré en Guienne, y rencontre une résistance vigoureuse; aussi Edouard III, par une lettre datée du 25 juin 1337, remercie les seigneurs de cette province, parmi lesquels on trouve Arnaud de Curton, des services qu'ils lui avaient rendus; il leur promet qu'ils auront à se réjouir de lui être restés fidèles (*). Arnaud avait la confiance du roi, car il fut chargé le 23 juillet 1342, de concert avec Bernard Ézii d'Albret, Guillaume Amanieu et Gérard du Puy, de ménager un traité d'amitié avec Alphonse, roi d'Espagne, et de discuter les conditions d'un mariage entre son fils aîné et l'une des filles de ce roi ('). La guerre continuait avec un acharnement toujours croissant; la Guienne était envahie de tous côtés par les armées du roi de France. Les Gascons, restés fidèles partisans de l'Angleterre, déploraient cet état de choses. Les plus influents d'entre eux, parmi lesquels on trouve le sire de Curton, passèrent la mer pour prévenir Edouard que le duché de Guienne était mal gardé, que les Français dévastaient le pays, qu'il était grand temps de mettre un terme à cet état de choses, et qu'il fallait envoyer à cet effet un capitaine expérimenté (*). Cette mission fut donnée au comte de Derby, avec lequel se tint toujours le sire de Curton. En 1356, il accompagnait également le prince de Galles en Languedoc ('). A cette époque, nous voyons apparaître Peliton de Curton, qui était probablement fils d'Arnaud. Il était présent partout où il y avait des coups à donner ou à recevoir, des villes à prendre ou à piller, des aventures à courir; c'est une espèce de héros de roman, de chevalier errant, comme son compatriote le Soudan de La Trau (La Trave) (*). Quelque temps avant la bataille de Poitiers, et pendant que le prince de Galles traqué par les Français se dirigeait vers la Guienne, Petiton de Curton, le sire de Mucidan et quelques autres capitaines s'étant, avec la permission du prince, un peu écartés du gros de l'armée, tombèrent dans une embuscade près de Romorentin. Ils avaient à peine passé l'endroit où les Français s'étaient cachés, que ceux-ci se mirent à leur poursuite. «Les Anglois, qui étoient jà bien avant, sentirent » le froy (bruit) des chevaux derrière eux. Si se retournèrent et aperçurent que c'étoient leurs » ennemis qui les hâtoient. Si s'arrêtèrent tous à un faix, ainsi que pour eux attendre. Les » François qui venoient de grand'volonté et avisés de ce qu'ils dévoient faire, et tous serrés, les » lances abaissées, s'en vinrent bouter en eux de grand'volonté. Adonc se ouvrirent les Anglois » et les laissèrent passer outre ; et n'en y eut des leurs pas plus de cinq ou six de cette empainte » rués par terre; et puis se recloirent et mirent ensemble, et s'en vinrent sur leurs ennemis. Là » eut, et tout à cheval, bon poingnis et fort estockis de lances, et dura le boutis moult longuement, » et y furent faites maintes belles appertises d'armes, maints chevaliers et maints écuyers d'un côté » et d'autre abattus, et puis par force relevés et rescous. Et dura cette chose une bonne espace que » on ne sçul à dire, cils ni cils en auront le meilleur, tant étoient fort entouillés l'un en l'autre, et » tant se combattoient vaillamment. » Sur ces entrefaites, le gros de l'armée anglaise arriva, et les Français jugèrent prudent d'abandonner le combat et de se retirer vers Romorentin; « et les Anglois
(') Rymer, t. II, pars. I, p. 788; Londini, 1821. — Rôles gascons. ~ {*] Idem, idem, pars. II, p. 976; îJem.— (') Catalogue des Rôks français, p. 24. — («) Froissarl, l. I, p. 181, édit. Duchon. — (") Idem, idem, p. 249, 314, idem. — {'] Voir supra, t. I, Notice de La Trave.
!60 CHATEAU DE CURÏON.
» après, férant, battant, sans eux épargner, ni leurs chevaux. Là eut grand enchas et dur, et maint » homme mis à meschef et renversé par terre. » Cependant, après avoir perdu un bon tiers des leurs, ils parvinrent à se mettre à l'abri derrière les remparts de la ville, qui, n'étant pas bien forte, ne put résister (*). Une autre fois, en 1369, Petiton fit partie d'une autre embuscade, près de Paris, en compagnie du captai de Buch, d'Aymon de Pommiers et de trois autres chevaliers. La troupe française qu'ils attaquèrent, et qui était de moitié moins nombreuse que la leur, fut battue et perdit neuf chevaliers, qui furent faits prisonniers, emmenés à Montlhéry où était le roi d'Angleterre, traités courtoisement, rançonnés le même soir, et de suite après laissés, sur leur bonne foi, libres d'aller oîi bon leur semblait (^).
En 1363, nous trouvons un Senebrun, seigneur de Curton, qui vient faire hommage au prince de Galles dans l'église Saint-André (^). En 1377, il rendit encore hommage à Richard II, qui venait d'être couronné roi d'Angleterre; ce qui donne à penser que Petiton était frère puîné de ce Senebrun, peut-être bâtard d'Arnaud. Nous verrons plus tard, en effet, qu'il existait à la même époque, au service de l'Angleterre, un bâtard de Curton. Nous avons vu ailleurs (*) que Petiton assistait à la bataille de Cocherel en 1364, qu'il y joua un assez beau rôle et y fut dangereusement blessé. Il accompagna le prince de Galles en Espagne en 1367, où il se distingua comme toujours (*). Lorsque le prince, attaqué d'une hydropisie, fut obligé de quitter Bordeaux pour retourner en Angleterre, il chargea le duc de Lancastre de gouverner la Guienne, et assembla dans l'église Saint-André les seigneurs du pays pour recevoir d'eux le serment de fidélité. On trouve dans le nombre les sires de Pommiers, de Roquetaillade, de Blanquefort, de Curton, etc. (^).
L'année suivante (1372), nous trouvons Petiton de Curton en Saintonge. Il fut chargé parle captai de Buch, qui voulait faire lever le siège de Soubise, d'aller à Lusignan chercher du secours pendant que d'autres messagers en demandaient dans diverses localités. Lorsque le captai de Buch eut réuni toutes ses troupes, il se dirigea pendant la nuit vers la forteresse, surprit les Français qui en tenaient le siège, et fit leurs capitaines prisonniers. Il se retirait avec son butin, lorsque Yvain de Galles , ayant eu connaissance de son projet , l'attaqua à l'improviste , délivra les captifs français, et le fit lui-même prisonnier. Petiton se sauva à grand'peine de la mêlée et se dirigea vers le château, sous la conduite d'un valet connaissant les issues de la forteresse. Us y entrèrent par une fausse poterne au moyen d'une planche qu'on leur jeta. Le château se rendit. La dame de Soubise jura obéissance au roi de France ; mais les Anglais et les Gascons qui s'y étaient réfugiés furent libres d'aller où ils voudraient. Petiton revint probablement à Bordeaux C'). En 1 373, il fut de ceux qui, sous les ordres de Thomas Felton, vinrent au secours de Thouars, assiégé par Du Guesclin. Cette expédition ne réussit pas (*).
Rymer nous apprend qu'en 1376, la seigneurie de Curton appartenait à Arnaud (^). Thomas de Curton, qui lui avait fort probablement succédé, assistait en 1378 au siège de Sainl-Mambert en Médoc. C'était la dernière place que, pour le moment, les Français tenaient dans le Bordelais. La place fut prise. Deux ans après, le 10 juin 1378, Richard donna la lieutenance d'Aquitaine à Jean de Neville ; il en prévint un certain nombre de seigneurs gascons , parmi lesquels on trouve celui de Curton ('"). En 1381, Neville fut chargé de payer ce qu'avait coûté le siège de
(») Froisssart, t. I, p. 335, édiL. Buchon. — ('') Idem, idem, p. 430, idem. — (') J. Delpit, Documents , p. 89. — (*) Notice
sur le château de Pommiers, t. I, p. 61. — (') Froissart, 1. 1, p. 524 et suivantes. — {^) Idem, idem, p. 625, idem. — Chronique Bordelaise, p. 20. — (') Froissart, t. I, p. 648 et suiv., éJit. Buchon. — ft Idem, idem, p. 658 et suiv., idem. — (') Ryiner, t. III, pars. III, p. 1001 ; Londini, 1830. — ('»j Idem, idem, p. 78; 3» édit.
CHATEAU DE CURTON. IGl
Saint-Mambert, le secours porté à Mortagne assiégée par Yvain de Galles, et divers autres gages. Dans l'endenture produite par le lieutenant d'Aquitaine, on trouve qu'il a été payé, le 28 septembre 1379, au sire de Curton, pour 25 hommes d'armes, pour un mois chacun prenant par mois 15 francs, engagés pour aller secourir Mortagne, 375 francs; que le 18 octobre, il fut payé à lui et au sire de La Barde, pour 60 hommes d'armes chargés pendant 25 jours de garder l'Entre-deux-Mers, à Curton et ailleurs, à raison de 1 5 francs par mois, pour chaque homme, 300 francs.
On trouve en outre, dans le même état, qu'il fut payé le 6 octobre au bâtard de Curton, pour les gages de six hommes d'armes, « d'estre a Broion (•), sur la tuition du palis, par 2 septmaignes, » prenant pur chacun homme en mesme le temps, G francs et demy, 45 francs, » et enfin, le 20 octobre, à « Monsieur » Petiton de Curton, pour le récompenser de ses bons services, 120 francs (*).
Dans ce compte , nous voyons trois personnages portant le nom de Curton : c'est le sire de Curton, qui s'appelait Thomas, ainsi que nous l'apprend Froissart; le bâtard de Curton, et enfin Petiton. Ces deux derniers ne font, je crois, qu'un seul personnage, qui reçut une récompense bien méritée pour ses services propres, et une somme à distribuer aux six hommes d'armes qu'il avait employés pendant un certain temps à la garde du pays.
En 1387, il y eut à Bordeaux une passe d'armes entre le sire de La Rochefoucault, qui tenait le parti du roi de France, et Guillaume de Montferrand, gascon anglais. Le premier y vint avec deux cents chevaliers et écuyers, tous de son lignage. La suite de Montferrand était peut-être plus nombreuse. Parmi les chevaliers qui l'accompagnaient, on voyait le sire de Curton. Le combat eut lieu en présence d'un nombre considérable de seigneurs et de châtelaines venus de fort loin pour assister à ce spectacle. Tout se passa à merveille, à la grande satisfaction des assistants. Le soir, Jean de Harpedane, sénéchal de Gascogne, donna à souper aux seigneurs et aux dames, et le lendemain tous regagnèrent leurs demeures (').
Vers cette époque, le seigneur de Curton mourut sans enfants mâles, et la seigneurie de Curton passa, probablement par un mariage, peut-être par un achat, peut-être aussi par une concession du roi d'Angleterre, entre les mains de Louis de Beaumont. Henri VI, qui ne cessait de le combler de bienfaits, en fut mal récompensé : Louis passa au roi de France. Henri confisca le château et la terre de Curton, et en fit don, le 13 novembre 1449, à la ville de Bordeaux (*).
Après la conquête de la Guienne par Dunois, Charles VH donna, par lettres-patentes du 4 juin 1451, la baronnie de Curton à Jacques de Chabannes, seigneur de la Palice, qui, dans cette expédition, fit preuve de courage et de talent. La ville de Bourg fut placée sous ses ordres. Il assistait en 1453 à la bataille de Caslillon, où il reçut une blessure dont il mourut quelque temps après ['']. Le roi d'Angleterre, malgré l'expulsion complète de ses troupes de la Guienne,
1') Je ne sais quelle est la localité désignée par ce mot. — (*) Rymer, t. III, pars. III, p. 126, 3« édit. — (') Froissart, t. H, p. 543, édit. Buchon. — (♦) Rymer, t. V, pars. II, p. 15, 3« édit. — Mes gascons.
{'i Supra, Notice sur Castillon. — Jean Charlier. — R. Guinodie, Histoire de Libourne. — Samazeuilh, Histoire de l'Agenais, du Cundomois et du Bazadais. Samazeuilh place, d'après Gourcelles, Curton prèsdeCasteljaloux. « Quelque hardi, dit M. Samazeuilh, " qu'il paraisse d'attaquer la chanson nationale que nous ont léguée nos pères sur ce seigneur, nous ne pouvons nous empêcher » de relever un mensonge; disons plus, une calomnie qui dépare ce document.
■ .Non, M. de La Palice n'est pas mort de maladie!
» Ce Jacques de Chabanne, chevalier, seigneur de La Palice, de Chalus, de Passy, etc , et que le roi Charles VII fît ou refit
» sire de Curton, fut le compagnon d'armes de Saintrailles et de Jeanne Darc Blessé mortellement à la bataille de
■• Castillon, M. de La Palice mourut de ce coup, et non de maladie, comme on nous le chante depuis si longtemps »
Vol. II. 21
conservait encore des illusions; il y donnait des terres à ses partisans, et Curton fut concédé, le 23 septembre 1453, à Arnaud Makanu (*). Depuis celte époque, la seigneurie de Curton est restée jusqu'à la Révolution dans la famille de Chabannes de la Palice, dont les membres s'illustrèrent plus ou moins (*). En 1 563, elle fut érigée en marquisat en faveur de François de Chabannes.
En 1782, «le château de Curton était composé d'une tour, de plusieurs bâtiments en mauvais » état, de chambres sans plancher, d'écurie, grange et cour. Un bois régnait autour du château. » Les terres contigues au château, l'emplacement du château, les jardins, le bois, occupaient une w surface de quarante-trois journaux quinze réges. Cinquante autres pièces de terre, tant en vignes, » terres labourables, bois taillis, prairies, situées dans les paroisses de Moulon, Daignac, Grésillac, » Espiet, formaient ensemble environ cent soixante-dix-huit journaux, qui furent estimés avec le » précédent article, 82,640 liv.
» Les fiefs qui dépendaient du marquisat de Curton, situés dans la paroisse de Daignac, Tizac, » Dardenac, Nérigean, Saint-Denis, Moulon, produisaient en cens, renies ou dimon, 32,360 liv. » Les cens, rentes, agrières, lods et ventes, perçus dans les paroisses de Rions, Cadillac et lieux » circonvoisins, donnaient 22,000 liv.; enfin, la haute et moyenne justice sur les paroisses de » Tizac, Espiet, Grésillac et partie de Daignac, produisaient pour honorifiques 13,700 liv. ('). »
Le château de Curton a été vendu, comme bien national, au commencement de la Révolution; il appartient maintenant à M. Darvoy, maire de Daignac.
Curton (Planche XCVIII) est situé sur la pointe d'un promontoire élevé dominant un large
vallon au milieu duquel passe un ruisseau qui prend sa source dans la commune de Saint-Léon et
se jette dans la Dordogne, au dessous de Moulon. Le pian se compose de deux enceintes presque
^S^nnZS-^''""""'""'^ carrées, l'une centrale et complètement entourée d'un fossé (BD)
^KÎ^^ii^''''''^'^''S- "■' creusé à fond de cuve dans le roc et bâti en quelques endroits
^<^/,/^»j,^ sur la contrescarpe. Le fossé (DDD) de la plus grande enceinte
n'enveloppe que les côtés sud-est et nord-est. Au nord et au sud,
■ri^ il se relie aux déclivités du promontoire, dont les pentes rapides
->■> ont paru devoir être une protection suffisante. Cependant, à l'ouest
[ et au sud-ouest, on a taillé le coteau à pic pour en rendre l'accès
plus difficile. Partout, la distance entre les deux fossés, qui ont environ 10 mètres de large, est assez étroite , el même au sud-est, du côté de l'entrée, on n'a réservé entre eux qu'une cloison large de quelques mètres seulement. Ce chemin de ronde entre les fossés se relie d'un côté à un vallum (E), et de l'autre à une esplanade un peu plus élevée (F), dans laquelle il y avait peut-être quelque ouvrage avancé dont il ne subsiste plus rien.
Le château proprement dit (A) occupe toute l'enceinte centrale; il est par conséquent à peu près carré. Son angle occidental est protégé par le donjon ; une tour ronde flanque l'angle sud, et la courtine qui les relie est munie de deux gros contre-forls qui font l'office de tours. Pas de tours ailleurs, si ce n'est au milieu de la face nord est, où il en existe une plus moderne que les murs. Tous ces bâtiments enveloppent une cour carrée comme eux.
Après avoir fait le tour de la forteresse et l'avoir étudiée dans son ensemble, pénétrons dans
(') Rôles gascons. — (') Voir, Guinoilie, Histoire de Libourne, t. III, p. 353, la généalogie de la famille de Chabannes. — (') 11. Guinodie, Histoire de Libourne, t. III, p. 355.
l'intérieur; mais auparavant examinons les ponts (PPJ que l'on a jetés sur les deux fossés: ils sont en pierre et composés* chacun de deux arches inégales de dimensions et en plein-cintre, sauf la seconde du premier pont, qui est légèrement ogivale. Ces ponts ne sont certainement pas aussi anciens que les plus vieilles constructions du château. A la fin du XlIP siècle, pas plus qu'au XIV% on ne rendait l'entrée des forteresses aussi facile. Ils doivent remplacer des ponts, dont une partie des tabliers était en bois, et l'autre formait pont-levis. Ces derniers se relevaient sur des massifs carrés réservés dans le rocher. Sur la cloison qui sépare les fossés, et entre les deux ponts, nous rencontrons les restes d'une bastille ou tour barlongue sous laquelle passait un couloir fermé, en face des deux ponts, par deux portes, et en outre par le pont-levis du premier pont. Outre ces deux portes, il y en avait deux autres en plein-cintre, mais plus petites, par lesquelles on pouvait passer sur les terrasses réservées entre les deux fossés. A côté de ces deux petites portes, ou avait ménagé une meurtrière qui battait la cloison, ce qui n'était utile que lorsque les chemins de ronde avaient été enlevés par l'assaillant. Ici, nous pouvons deviner la raison de l'étroitesse de ce chemin de ronde; s'il eût été aussi large qu'en E, en F et de F en C, on aurait pu se porter en masse contre la petite porte de la bastille, et, malgré le tir de la place et celui de l'unique meurtrière que l'on avait en face, l'enlever sans coup-férir; au lieu de cela, deux hommes pouvant à peine marcher de front sur celte étroite crête, l'attaque était presque impossible. A côté de cette tour, qui n'a pas été bâtie sur le bord extérieur de la réserve du rocher, on a construit au XVI* siècle un tout petit réduit, espèce d'échaiiguette qui sert maintenant d'étable à porc, dans laquelle un homme pouvait se tenir, et d'où, par des embrasures droites ou plongeantes, on battait le tablier du pont et le fond des fossés, dans lesquels il n'était pas en effet très difficile d'entrer par les deux extrémités. Nous avons déjà observé à Bauzan une bastille analogue, mais beaucoup plus grande; nous en verrons d'autres ailleurs.
Ce premier obstacle franchi, nous rencontrons le second pont, semblable au premier; nous remarquons, en le traversant, que son parapet est garni d'embrasures horizontales, très évasées
en dedans, n'ayant à l'extérieur qu'une fente étroite, et pouvant, par leur disposition droite oir plongeante, atteindre un ennemi posté sur les chemins de ronde ou au fond du fossé. Ces embrasures, comme les ponts, datent du XVI" siècle. A l'extrémité de celui-ci existe aussi un massif fA^ (voir le plan de détail ci-contre) réservé dans le rocher, faisant saillie devant la porte du château, et devant supporter un petit poste avancé protégé par une porte et le pont-levis, comme nous en avons déjà vu à Sauveterre et à Villandraut, poste qui protégeait la porte et les courtines environnantes. La porte est ogivale et dans le style de celles construites à la fin du XIII* siècle et au commencement du XIV'. Après l'avoir franchie, nous entrons, comme à Roquelaillade, dans une grande antichambre, au fond de laquelle est une autre grande porte ogivale (C) donnant dans la cour. Lorsque les charrettes chargées de
"tr-
provisions entraient dans le château, on les déchargeait dans l'antichambre, et l'on n'ouvrait la seconde porte, pour leur permettre de tourner dans la cour et de repartir, que lorsqu'on était sûr qu'elles ne recelaient pas d'ennemis cachés pour surprendre le château.
Deux autres petites portes donnent dans cette antichambre. Une fCJ passe, à droite, dans la cuisine, munie d'une énorme cheminée de 2"'60 d'ouverture; mais refaite postérieurement à la construction du château, d'un évier qui s'égoutte dans les fossés, d'une meurtrière qui bat le tablier du pont et le chemin de ronde entre les fossés; elle est éclairée par une fenêtre du côté de la cour. L'autre petite porte fDJ passe, à gauche, dans les magasins, dont la première chambre avait aussi une porte donnant dans la cour, et qui est maintenant cachée par un escalier du XV° siècle, ce qui a rendu l'accès des magasins plus difficile. Cette chambre est éclairée par une fenêtre donnant sur les fossés, et qui, je crois, a remplacé une meurtrière. Le sol de cette chambre, celui de la cuisine et de l'antichambre, sont au niveau de celui de la cour. Les trois autres magasins (EFG) sont à un niveau inférieur; néanmoins, leur plafond, quoique très bas, est un peu plus élevé que le niveau de la cour. Ces trois pièces, dans lesquelles on descend par un escalier droit, n'étaient éclairées que par des meurtrières cruciformes à l'extérieur; leur évasement intérieur est recouvert par un linteau sur consoles. Ouvertes à peu près au niveau de la contrescarpe du fossé, elles servaient en même temps à battre cette contrescarpe et le fossé lui-même. De la salle E, qui est à peu près carrée, on passait dans le rez-de-chaussée de là tour ronde, dont il ne reste que le soubassement, par une porte à linteau droit, et dans la salle F par une porte ogivale primitive.
Le plancher qui sépare le premier étage du second s'appuie : du côté de la courtine, sur de forts corbeaux en pierre très rapprochés les uns des autres; du côté opposé, les solives entrent dans les murs. Au milieu des salles s'élève un pilier en bois soutenant une énorme poutre, rendue rigide par deux jambettes attenant au pilier. Cette poutre, dirigée parallèlement aux courtines, porte les solives sur lesquelles était établi le plancher. Cette disposition est encore conservée dans la première salle (E). La troisième (G), dans laquelle on entre par une porte à linteau sur. consoles de la première construction, a été plus tard recouverte d'une voûte en berceau plein-cintre. Des deux côtés du mur qui sépare les deux premières salles, on a ménagé de petites armoires carrées, et au XV' siècle, on a fait dans l'une d'elles une petite meurtrière pour arme à feu. Comment pouvait-on craindre de ce côté l'arrivée d'un ennemi?
Le premier étage n'avait également que des meurtrières; mais plus tard, à la fin du XV siècle et dans le courant du XVII% on y a percé des fenêtres dans le style de ces différentes époques. Au second, il y avait des fenêtres anciennes qui ont été complètement dénaturées. Les deux contre-forts carrés sont massifs dans le bas ; mais en haut ils font l'office de tours et d'échauguettes. Un d'eux renferme des latrines. La tour ronde ayant été démolie jusqu'au niveau du sol du rez-de-chaussée, il a fallu refaire l'angle qu'elle empâtait, et alors on l'a remplacée par un contre-fort qui est loin d'offrir la même solidité qu'elle, et qui surtout est bien moins pittoresque.
Ces pacifiques caves, ces prosaïques magasins, ont été transformés, par l'imagination d'un des derniers propriétaires, en sombres cachots ou chambres de torture. Une vieille roue de charrette, mise au rebut pour être brûlée, servait d'instrument de supplice; c'était sur elle qu'on rouait les malheureux vassaux; quelques macules rouges qu'avaient laissés les clous étaient transformées en taches de sang. Aux clous recourbés où l'on suspendait les jambons, les paniers et les gardesmanger, on accrochait, disait-il, vivants et pour la moindre faute, les serfs des environs. Qu'aurait-il
dit, s'il avait pu deviner que, sous la tour ronde, il y avait un sombre caveau ne prenant l'air et le jour que par un orifice à la voûte ?
Revenons dans l'antichambre fBJ et entrons dans la cour par la grande porte (CJ; il est d'ailleurs et il a été toujours impossible d'y aller par les magasins.
Cette cour est entourée de bâtiments de toutes les époques, sous lesquels se cachent les anciennes constructions; les fenêtres primitives ont été dénaturées aux XV% XVP et XVII° siècles, et plus tard on en a percé de nouvelles, après avoir muré, démuré et remuré celles qui existaient; de sorte que le tout forme une incohérence de lignes peu agréable et sans harmonie. A gauche nous trouvons un large escalier du XV' siècle renfermé dans une tour polygone; sa porte s'ouvre sous un arc à contre-courbe dont l'extrados est couvert de choux frisés ; cette ornementation est encadrée par deux pilastres à clochetons reposant sur des animaux faisant l'office de consoles. Il n'y a pas longtemps qu'on a fait disparaître une galerie par laquelle on passait du premier étage de cet escalier dans celui d'un appartement qui est en face : c'était commode et ce pouvait être élégant. Plus tard, on ne s'est pas contenté de ce seul moyen de monter dans les étages supérieurs, on a bâti dans un autre coin de la cour, près du donjon, un second escalier, également renfermé dans une tour. La porte, que j'ai dessinée autrefois et dont il n'existe plus maintenant qu'une faible portion, a été construite dans la première moitié du XVI* siècle. Cette date est donnée par l'ordre qui surmonte son linteau, la forme des pilastres, leurs bases et le dessin des petits enfants nus qui les surmontent. Un écusson couvrait le tympan. A la môme époque, on a bâti tout le corps-de-logis du nord-ouest avec ses fenêtres surmontées de coquilles, entourées ou non de poissons; les unes sont divisées par des meneaux cruciformes, d'autres n'en ont qu'un posé horizontalement. 11 y avait de ce côté une poterne par laquelle on pouvait descendre dans les fossés et passer sur l'esplanade, au bout de la pointe du promontoire. Les autres parties des bâtiments sont peu dignes d'intérêt. Dans la petite tour carrée de la façade nord-est existe un boudoir tout couvert d'arabesques peints, enveloppant des écussons aux armes des derniers seigneurs. Mais laissons toutes ces chambres tristes et démeublées, ne jetons en passant qu'un coup d'œil au corps-de-logis de la façade, où l'on voit des enibrasures pour armes à feu , laissons les greniers où rien ne doit nous arrêter, et hâtons-nous de prendre une lumière pour visiter les salles basses du donjon.
Cette belle tour occupe l'angle sud du château, où elle fait une saillie considérable (voir le plan d'ensemble). Elle est carrée, avec des contre-forts dans les angles, ce qui, au premier abord, ferait supposer qu'elle appartient au XV' siècle; mais on ne peut se méprendre sur sa haute antiquité lorsqu'on l'examine avec attention. D'ailleurs, les contre-forts ne peuvent nullement contribuer à la solidité des murs, qui ont 2 mètres d'épaisseur; ils ne sont pas utiles non plus pour neutraliser la poussée des voûtes, qui sont en berceau. Je crois qu'il faut les ranger dans la classe de ces contre-forts que l'on rencontre à Rauzan, à Pujols, à Pommiers et ailleurs, et qui permettaient de rassembler au sommet du donjon un plus grand nombre de défenseurs et de prendre en flanc les assaillants qui s'approchaient du pied des murs. Deux des contreforts sont carrés; les deux autres présentent un angle saillant. La tour se compose de six chambres super-
posées, en y comprenant le cacliot, dans lequel on ne peut descendre qu'avec une échelle de
cordes.
La porte du rez-de-chaussée (chambre qui est au niveau du sol de la cour : c'est le second étage au dessous du cachot) se trouve dans le contre-fort qui est enclavé dans le château; c'est aussi celle de l'escalier à vis dont la cage octogone est tout entière contenue dans ce contre-fort; elle est très étroite, et juste assez élevée pour laisser passer debout un homme de taille ordinaire. Elle est suivie d'un corridor coudé. Prenons garde, en le suivant, à la trappe qui recouvre l'escalier de l'étage inférieur. Le rez-de-chaussée, dans lequel nous pénétrons, est une chambre carrée recouverte d'une voûte en berceau ogival. (Toutes les chambres sont voûtées de la même façon ; mais la retombée des voûtes ne se fait pas toujours sur le même côté ; en cela, le constructeur s'est montré très prudent; il n'a pas voulu charger toujours les mômes parois du donjon.) Une ouverture à peu près carrée, à hauteur d'appui, lui distribuait une maigre lumière. Cette fenêtre, actuellement à moitié murée, était divisée verticalement en deux parties par un meneau à peu près brut. Deux petites niches basses et étroites, espèces d'armoires, l)énètrent dans les parois de la chambre. J'ai signalé des niches semblables dans une des tours de Blanquefort. Dans l'un des angles s'ouvre le foyer d'une petite cheminée recouverte d'un manteau reposant sur des consoles.
La chambre inférieure à celle-ci n'est pas encore souterraine , puisqu'elle possède des meurtrières cruciformes battant les fossés et leur contrescarpe. Les pattes de la croix de ces meurtrières, en forme de croissant, sont fort originales, et je ne crois pas qu'on en ait rencontré souvent de semblables. Arrivé au fond de l'escalier à 7^7. [ vis, il nous faut suivre un étroit corridor (A) pratiqué d;ms l'épaisseur du mur, puis j!j.. tourner brusquement à gauche, pour entrer dans la chambre par une porte (B) à linteau sur console. Là, on trouve encore une petite armoire [EJ, les deux meurtrières (DD), une petite cheminée (C) semblable à celle de l'étage supérieur. Dans un angle, le contrefort 0, d'où part un grand arc à ogive surbaissée, est un peu plus bas que la voûte, qu'il rélrécil nécessairement et dont il supporte la retombée; dans l'angle opposé existe une niche (H), au milieu et dans le bas de laquelle s'ouvre un trou carré de 60 centimètres d'ouverture, autrefois fermé par une dalle.
On descend par ce trou dans le cachot (voir le plan de détail, page 163). Le fond de cette espèce de puits est occupé par un siège de latrines dont l'orifice n'est pas directement sous l'ouverture du puits, ce qui prouve que ces latrines étaient faites uniquement pour l'usage des prisonniers. De là, par un petit couloir dont la voûte est appareillée d'une façon très ingénieuse, on pénètre dans le cachot, qui est divisé en deux espèces de petits corridors (A et B) se rencontrant à angle droit. Au fond de chacun d'eux on trouve une petite armoire semblable à celles des autres chambres, avec cette différence qu'au dessus de chacune d'elles est une cavité horizontale aussi profonde et aussi longue que l'armoire, mais haute de quelques centimètres seulement. Les voûtes, hautes de 3'"o0, sont en berceau ooival; elles retombent sur une corniche formée d'un abaque et d'une cymaise. Un cordon semblable se trouve à deux assises plus bas. Deux fortes pierres de champ sont placées verticalement sur la corniche et à toucher l'intrados de la clef, formant ainsi des espèces de tympan? dans l'intérieur des berceaux. J'ai signalé une disposition semblable dans l'embrasure d'une pork-
de la Vieille-École, à La Réole. On retrouve encore ici, mais beaucoup plus gros, le contre-fort intérieur signalé en 0 dans l'étage qui est au dessus, et c'est lui qui donne au cachot sa forme insolite.
Le corridor et la porte d'entrée de l'étage qui est au dessus du rez-de-chaussée ressemblent un peu à ceux de celui qui est au dessous; seulement ici le corridor continue au delà de la porte, et conduit, après avoir fait divers coudes, dans des latrines saillantes à l'extérieur. Une petite cheminée chauffait cette chambre, qui est éclairée par une belle et curieuse fenêtre. Intérieurement, sa forme est ogivale et mesure depuis le sommet de l'ogive jusqu'au plancher, 3™13; à l'extérieur, elle est à linteau droit, et son ouverture est divisée en deux par un meneau vertical carré, dont le chapiteau et la base offrent les mêmes moulures, tout ce qu'il y a de plus simple d'ailleurs. Les volets, une fois fermés, étaient consolidés par des barres de bois qui s'enfonçaient dans la muraille; les verroux entraient dans une gâche réservée à l'intérieur
du meneau. On a ménagé dans les embrasures deux niches dans lesquelles les volets se logeaient pour ne pas gêner les personnes assises sur les bancs dont ces embrasures sont munies; il y en a deux de chaque côté, et chaque banc a son palier particulier. Comme le sol de la chambre est bien plus bas que la fenêtre, il faut monter quatre marches pour arriver au palier du banc le plus élevé. Cette disposition est fort rare dans le département de la Gironde.
Les deux étages supérieurs offrent à peu près les mêmes
emménagements que ceux de cette dernière chambre; seulement,
les fenêtres sont tournées vers le point opposé de l'horizon, et la
cheminée est placée dans l'angle qui fait face à celui dans lequel est
celle du dessous. Pour arriver à la plateforme, où était la seule défense
sérieuse de la tour, on a pratiqué un escalier droit dans l'épaisseur
^ du mur, parce que l'escalier à vis s'arrête au niveau du sol du
H- dernier étage. Cette plateforme, pavée de larges dalles de pierre, a
perdu sa couverture et ses créneaux, et ne conserve qu'une partie des consoles des mâchicoulis.
Au premier abord, cette tour paraît tout d'une venue; mais cependant, deux ressauts, placés
l'un à la hauteur du sol de la quatrième chambre et l'autre à celui de la sixième, diminuent chacun l'épaisseur des murs de 10 centimètres environ. Ce beau donjon, haut encore de plus de 30 mètres, domine tous les environs. A l'ombre des chênes rabougris qui végètent entre les fentes des dalles, on peut voir une partie de l'Entre-deux- Mers, qui, pendant un temps, fut placé sous la protection des seigneurs de Curton.
1C8 CHATEAU DE PRESSAC.
CHATEAU DE PRESSAC
A Daignac, canton de Brannes, arrondissement de Libourne.
On peut commencer la notice sur le château de Pressac par cette phrase consacrée : L'origine de son histoire se perd dans la nuit des temps. Et, en effet, deux ou trois faits isolés et problématiques, c'est tout ce qu'on trouve antérieurement à la fin du XV° siècle. A la fin du XP, Bernard de Castillon et Ralier de Daignac possédaient dans la paroisse de Daignac des terres qu'ils donnèrent à l'abbaye de La Sauve-Majeure ('). Le 20 mars 1274, Amanieu de Curton, damoiseau, et Arnaud-Bernard de Preyssac, aussi damoiseau, reconnaissent tenir en fief d'Edouard I" la terre de Lanhac (Danhac, Daignac?). Cette terre doit fournir un chevalier pour le service militaire : Élie de Lanhac, qui en est coseigneur, doit en fournir la moitié; mais Amanieu doit se porter garant pour les deux autres (^). Ceci me paraît prouver qu'au XIIP siècle, Arnaud-Bernard de Preyssac, soudan de La Trau (^), possédait une terre près de Curton, dans la paroisse de Lanhac (évidemment Daignac). Il est fort probable qu'il y fit bâtir nn château auquel il donna son nom, et qu'il transmit à ses successeurs le titre de soudan (*^), qu'ils ont porté jusqu'à la Révolution. Nous verrons plus bas que les parties les plus anciennes de Pressac remontent à la fin du XIII' siècle ou au commencement du XIV.
Cette terre passa dans la suite entre les mains de la famille de Ségur. On trouve dans un acte d'inféodation du 20 janvier 1438, qu'elle était alors entre les mains de Pey de Ségur. A la fin du XV' siècle, Jean de Ségur est qualifié soudan de Pressac. Dans un bail à fief nouveau du 22 mars 1500, Guiron de Ségur, chevalier, fils de Jean de Ségur, est qualifié captai de Puchagut, seigneur de ïhéobon et de Pressac; dans un autre bail de 1501, il porte en outre le titre de seigneur de Landerouat. Il avait épousé Yzabeau de Meyrac, dame de Théobon de Landerouat et de Cantenac, qui lui donna deux fils, Gaston et Guillot, et une fille nommée Catherine. Il mourut avant la majorité de ses enfants, ainsi que le prouvent deux reconnaissances, l'une du 25 août et l'autre du 16 octobre 1507, faites en faveur d'Yzabeau de Meyrac, mère et tutrice de ses enfants. Dans une reconnaissance datée de 1509, Gaston de Ségur est qualifié seigneur de Puchagut, de Théobon et de Pressac. En 1512, il termina un procès qui durait depuis cent quatre-vingt-deux ans entre les seigneurs de Pressac et de Curton. Nous avons vu plus haut (") qu'Edouard III avait donné à Arnaud de Curton la justice haute et basse de la paroisse de Daignac. Il est probable que le roi d'Angleterre avait fait cette concession à Arnaud, dont il avait à se louer, sans se préoccuper du seigneur de Pressac, dont le château est, comme celui de Curton, dans la paroisse de Daignac; de là des contestations, qui, à la longue, se terminèrent à l'amiable. Voici le résumé de la transaction qui fut passée, le 13 novembre 1512, entre Jean de Chabannes, seigneur de Curton, et Gaston de Ségur, et qui fixe les limites des deux juridictions : L'étang qui est au dessous du château de Pressac demeurera à Gaston, ainsi que la chaussée dudit
(') L'abbé Cirot de La Ville, Histoire de la Grande-Sauve, t. I, p. 368 et suiv. — Notes eonimiiniqu(^es par M. le marquis do Puyfferrat, qui prépare la publication du Carlulaire de la Sauve-Majeure. — (*) Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 32. — (') Voir supra, vol. I, p. 95. — (♦) Voir, pour ce titre, supra, vol. I, p. 95, notes. — En étudiant les papiers de la famille do La Chassaigno, que M. le comte Henri de La Chassaigne (du Gros) a bien voulu me confier, et avec le-squels j'ai rédigé la plu« grande partie de cette notice, j'ai trouvé assez souvent le mot soldat remplaçant celui de Soudan ou soldan. — [^) Notice sur k château de Curton, p. 159.
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étang; les villages de Larmavaille, de Peyrefite et du Temple; le parc et le domaine de Pressac, les maisonnettes qui sont au pied du parc dudit château de Pressac, et la moitié de l'église de Daignac. A partir du milieu de cette église, on tracera vers l'est une ligne, et tout ce qui se trouvera au sud de celte ligne appartiendra à Gaston, et tout ce qui se trouvera au nord appartiendra à Jean de Chabannes. Les villages de Taulemises, les maisons de Boisset, de Bonnet etdeBouchet, seront dans la juridiction du seigneur de Curton. Ainsi, depuis la chaussée de l'étang jusqu'au carrefour de La Loze, de là tirant vers le sud jusqu'au porche de l'église, et la moitié de l'église, telles sont les limites pour cette partie du territoire. De l'église, les limites seront tracées par « le chemin qui va à Peyrefit jusqu'au carrefour, oîi il y a un chemin qui va de Dardenac à la » croix de Guillac, laissant ledit chemin et tournant à main gauche, et suivant icelui chemin qui » vient de Dardenac et va à la croix, laquelle est assise et située sur le grand chemin par lequel » l'on va de Guillac à Curton. Tout le sud de cette ligne sera de la jurisdiction de Pressac, qui aura » justice haute, basse et moyenne. »
Si l'on en croit R. Guinodie ('), Gaston de Ségur aurait épousé Jeanne, fille de Michel de Chassaigne, seigneur de Génissac, de laquelle il aurait eu Isabeau de Ségur, dame de Génissac, mariée à Louis de Pierre Buffière. D'un autre côté, je trouve dans deux reconnaissances, l'une datée du 7 et l'autre du 23 mars 1530, et dans un arrêt du Parlement de Bordeaux du 27 mars de la même année, que la seigneurie de Pressac appartenait à messire François de Pierre BufTière, chevalier, baron de Château-Neuf, captai de Puchagut, soudan de Pressac, seigneur de Théobon et de Landerouat, mari de Catherine de Ségur, fille de Giron de Ségur et sœur de Gaston. Enfin, Geoffroy de La Chassaigne, qui fit son testament le 28 octobre 1564, est qualifié dans tous les actes de Soudan de Pressac. De là, on peut, je crois, conclure que la famille de La Chassaigne s'est établie dans le Bordelais plus anciennement que ne l'a écrit M. O'Gilvy dans la généalogie de cette famille (*); que Jean de La Chassaigne ne tenait pas la soldanie de Pressac par suite d'un mariage avec une demoiselle de la maison de Ségur, puisque François de Pierre Buffière en fut seigneur après Gaston ; mais qu'une parenté très rapprochée existant à cette époque entre ces trois familles, la terre de Pressac passa par héritage entre les mains de Geoffroy de La Chassaigne. Il était second président au Parlement de Bordeaux, seigneur de la maison noble de Gassies, en Queyries, devant la ville de Bordeaux, du château de Castets-en-Dorthe et autres lieux. Il joua un rôle fort dangereux pendant les troubles de la gabelle à Bordeaux, en 1 548.
Depuis cette époque jusqu'en 1809, la soldanie de Pressac est restée dans cette illustre famille, dont la généalogie a été publiée par M. O'Gilvy (^). Je n'ai trouvé pendant ce long espace de temps qu'un fait digne d'être signalé. Geoffroy de La Chassaigne, fils aîné de François de La Chassaigne, avait avec le sieur de Puiredon un procès au sujet des possessions substituées à sa famille. Il paraît que ce dernier, trouvant que la justice n'était pas assez expéditive en suivant les voies ordinaires, voulut se la faire lui-même. Il prit avec lui un nommé Falzar, soldat de garde du maréchal de Schomberg, gouverneur du Languedoc, et plusieurs autres personnages, et, se servant de l'autorité et du nom de ce seigneur, il s'empara du château de Pressac, en chassa les domestiques, brisa les portes et les fenêtes, dégrada les bois des environs, et commit toutes sortes d'excès. Geoffroy se plaignit au Parlement, et, par suite d'une ordonnance royale datée du 20 décembre 1G41, on fit une enquête pour punir les coupables.
(•) Histoire de Liboume, t. 111, p. 357. — (') Nubiliaire de Guienne et de Gascogne, t. I, p. 398. - (') Idem, idem. Vol. II. 52
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Le dernier seigneur de Pressac, Jacques-Christophe de La Chassaigne, mort en 1809, avait légué la terre de Pressac à M. Benazel, avoué. M. le général vicomte Darmagnac en devint acquéreur quelque temps après. Son fils l'a vendue à M. Bessières, à qui elle appartient encore.
'y,'"ijl, '11/ ;• :
Le château de Pressac (Planche XCIX) est situé sur un promontoire rocheux faisant partie des coteaux qui bordent la rive droite de la vallée au fond de laquelle coule le ruisseau qui passe au
dessous de Curton. Deux coupures creusées à fond de cuve dans le roc isolent la forteresse du plateau. Au lieu de bâtir le château sur la pointe du promontoire, on l'a construit un peu en arrière de façon à permettre de le défendre encorede ce côté par un fossé (ABC), dont la terre et les pierres rejetées en dehors ont formé un vallum dont la crête est fort étroite et le talus très rapide. Ce fossé, qui vient rejoindre à l'est la coupure intérieure (CD), ne s'étendait pas aussi loin du côté opposé; il s'arrêtait presque en face d'une tour carrée (A) au bas de laquelle existe une poterne dont la base est enterrée et dont on ne voit que les claveaux supérieurs. A partir de là, le talus très rapide prend du pied des courtines.
D'après la disposition de son plan, le château peut se diviser en deux parties séparées par les coupures. Pour arriver dans la première partie, qui forme une langue de terre large de 1 5 mètres environ et qui occupe toute la largeur du promontoire, il faut traverser la coupure sur un pont (EJ, au bout duquel on trouve une porte ogivale défendue par un moucharabys sur trois consoles, mais dont les assommoirs sont bouchés par une pierre plate percée d'une petite embrasure ronde pour armes à feu. Les abords de cette porte étaient défendus par des courtines fEFj percées d'embrasures dans le bas et couronnées de mâchicoulis sur consoles à trois assises surmontés d'un parapet pointillé de petites meurtrières rondes pour arquebuses. De distance en distance, des échauguettes perchées sur des culs-de-lampe pyramidaux et coiffées d'une calotte sphérique interrompent le chemin de ronde. Leurs petites embrasures circulaires prennent la courtine en flanc et la coupure en enfilade. On monte sur ce chemin de ronde par un escalier à vis placé dans une tour circulaire engagée dans le mur, près de la porte. Dans le dernier palier, on a pratiqué des meurtrières qui battent le chemin de ronde lui-même et la campagne par dessus les parapets. Le bastion / et la courtine ID sont fortifiés de la môme façon, sauf qu'ils n'ont jamais eu d'échauguettes ni de mâchicoulis ; il est vrai que les abords étaient plus difficiles de ce côté que de celui du plateau. Cette courtine se relie aux grosses tours du château et ferme l'extrémité de la coupure, clôturée aussi par un mur à l'autre bout.
Toute cette partie du château de Pressac est du XV' siècle et disposée pour l'usage des armes à feu; elle conserve d'ailleurs toutes les autres dispositions des siècles précédents; il n'y a que les embrasures et les meurtrières de changées. La forme des consoles des mâchicoulis, leur espacement, leur grandeur, sont en tout conformes à ceux des siècles précédents; seulement, le parapet est continu au lieu d'être crénelé. A droite de la porte, on rencontre une vaste salle à deux travées, voûtée à la française et surmontée d'appartements : c'était, dit-on, la chapelle; elle est, je crois, du XVP siècle.
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Le château proprement dit a la forme d'un hexagone irrégulier, contre les courtines duquel s'appuient des bâtiments dont il est fort difficile de découvrir la date, parce qu'ils sont badigeonnés
du haut en bas et que toutes leurs ouvertures ont été refaites; seule, la portion qui borde la coupure n'avait qu'un mur surmonté d'un chemin de ronde. Les bases de cette portion du château sont du commencement du XIV' siècle. Au XV, il a été complètement modifié, et enfin, au commencement du XIX', M"" la vicomtesse Darmagnac l'a presque entièrement transformé; mais on parait ne s'être pas écarté du plan primitif ou des modifications du XV' siècle. Les appartements qui bordent les courtines de 2 mètres d'épaisseur, les tourelles sur encorbellement et la haute tour octogone C, n'offrent qu'un intérêt très secondaire. Il n'en est pas de même de la porte D, qui s'ouvre entre deux tours semi-circulaires en saillie sur l'extrémité occidentale de la coupure. — Après avoir traversé le bastion /, dont nous donnons ici la vue perspective et, à la page suivante, un plan à une plus grande échelle, on traverse la coupure sur un pont en pierre comparativement moderne, et on se trouve, entre les deux tours, en face d'une haute porte ogivale, dont l'ouverlure était jadis fermée par le tablier du pont-levis. Avant d'arriver aux vantaux de la porte, qui roulaient sous un cintre bombé et s'abattaient, une fois fermés, contre les pieds-droits d'un arc ogival, on rencontrait un assommoir suivi d'une herse. Cette porte franchie, on se trouvait dans la cour du château.
Dans l'état actuel des choses, on ne peut savoir si un escalier particulier conduisait dans le premier étage des appartements appuyés contre les courtines, ou s'il n'y avait que celui qu'on trouve dans l'angle de la tour A. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'au moyen de ce dernier escalier, on pouvait parvenir partout en passant sur le chemin de ronde ou en traversant les tours au premier étage. Le plan du rez-de-chaussée me dispensera d'en donner une description détaillée. On pénètre dans la tour A par une porte ogivale très étroite qui donne dans la cour du château. Les six nervures de la voûte retombent sur des culs-de-lampe pyramidaux, et partent
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d'une clef ornée d'un fleuron. Les meurtrières sont percées sous des embrasures ogivales ; leur ouverture extérieure a été refaite lors des modifications du XV' siècle. Une profonde armoire est
ouverte dans une des parois; dans une autre s'ouvre la porte de l'escalier à vis, maintenant murée. J'ai entendu dire au général vicomte Darmagnac que l'entrée des souterrains était si dangereuse , qu'il l'avait fait murer. 11 est probable que ce qu'il appelait les souterrains étaient les salles basses qui doivent exister sous le rez-de-chaussée.
Pour pénétrer dans la tour B, il faut entrer d'abord dans une grande salle (CJ^ qui était, je crois, la cuisine; là, on trouve, en D, l'ancienne porte murée, et dans un coin une autre porte moderne. On rencontre dans cette tour des dispositions analogues à celles de la voisine ; seulement l'armoire est à double compartiment. La porte de l'escalier étant murée au rez-de-chaussée, il faut pour arriver maintenant au premier étage, monter au dessus de l'ancienne cuisine; là, on trouve une porte (PJ, suivie d'un escalier droit dans l'épaisseur du mur de la tour. Mais si nous avions pu passer par l'escalier à vis, nous y serions entré par une porte en cintre bombé (DJ, murée aussi. A côté s'en présente une autre, recouverte d'un linteau droit, suivie d'un long couloir dans l'épaisseur du mur, et par laquelle on passait sur le chemin de ronde de la courtine qui borde la coupure. La fenêtre est carrée; on arrive près de son ouverture extérieure en montant quelques
marches. La cheminée, en face de la fenêtre, est petite, recouverte d'un arc bombé, avec une feuillure qui permettait de la fermer quand il n'y avait pas de feu. La porte qui pénètre dans la chambre de garde, entre les deux tours, est en plein cintre vers l'intérieur, et en ogive du côté opposé. Les nervures de la voûte partent d'un écusson, et retombent sur des culs-de-lampe d'une forme insolite et qui paraissent avoir été destinés à être supportés par des pilastres; on les avait peut-être ornés d'écussons peints.
La chambre de garde entre les deux tours, au dessus du couloir de la porte, est à peu près carrée. Elle est éclairée, du côté de la cour, par une fenêtre dont l'embrasure est recouverte d'une voûte bombée. Ses parois sont garnies de bancs. L'extérieur, à linteau droit, est divisé en deux par un meneau vertical à moulures prismatiques. Une embrasure, à deux orifices superposés, est en face de la fenêtre. Dans le sol s'ouvraient les fentes de la herse et de
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l'assommoir. Cette salle n'est pas voûtée. Le plan de l'autre tour offre des dispositions analogues à celles qui existent dans sa voisine; elle a de plus une armoire percée dans le mur. L'escalier, pour monter à l'étage supérieur, est disposé aussi d'une façon différente. Il faut remarquer que si dans les forteresses du Moyen Age, on évitait de donner un accès facile du rez-de-chaussée au premier étage, on cherchait au contraire à multiplier les escaliers à partir de cette hauteur, pour permettre d'atteindre facilement le sommet des murs oîi étaient les défenses principales. Ici, au premier étage, chaque tour possède son escalier : celui de la tour de gauche est à rampes droites. Après avoir fait deux angles droits, il débouchait en A dans le second étage de la même tour, refait au XV' siècle.
Les chambres sont beaucoup plus vastes que celles du dessous; mais aussi l'épaisseur des murs est moindre. A cette époque, la tour du nord seule avait une cheminée, dont le manteau n'existe plus. Des fenêtres carrées, tournées vers la campagne, les éclairent toutes les deux. La porte qui de la première chambre communique dans le cabinet au dessus de la salle de garde, a son linteau
orné d'une accolade renfermant un trilobé. Les latrines sont placées [: en encorbellement dans l'angle de la tour du sud, oii existe une cheminée du XVIIP siècle, sur laquelle on lit cette inscription : Maria predestinata est hâter Dei in virtcte. Cet étage n'est pas voûté; il était recouvert d'un plancher, au niveau duquel existait un chemin de ronde avec créneaux et mâchicoulis sur consoles à trois assises faisant le tour complet du sommet du mur. Deux toitures pyramidales, reliées par une autre toiture à double égout, recouvrent cette belle porte, qui formait à elle seule une forteresse complète et pouvait se défendre encore longtemps après la prise du reste du château. Sa hauteur totale jusqu'au fond de la coupure, sans compter la toiture, est de 1 5™6o, ainsi répartis : du sol du chemin de ronde au sol du deuxième étage, 2™80; du sol du deuxième étage au sol du premier, 4'"85; du sol de celui-ci au fond actuel des fossés, 8 mètres. Les fossés ont maintenant 3 mètres de profondeur. On s'était procuré de l'eau en creusant un puits au point P (plan d'ensemble); il sert encore au même usage.
En résumé, ce château, qui, comme disposition du plan, ressemble considérablement à celui de Malengin (*), doit avoir été fondé à la même époque, c'est à dire dans le premier tiers du XIV siècle. Il existe de cette époque la base de tous les murs du château proprement dit, les deux premiers étages des tours de la porte, et une partie de la tour octogone. Cent ans plus tard, on sentit la nécessité de modifier les forteresses pour résister aux armes à feu. Nous avons vu quelUîs transformations on fit alors subir au château de Blanquefort (*). A la même époque, on en fit autant à celui de Pressac ; on métamorphosa les anciennes meurtrières en embrasures pour de petits canons n'atteignant qu'un point de l'horizon, mais disposées pour un tir rasant. On enveloppa la barbacane, réservée entre les deux coupures, d'un mur épais garni d'embrasures et d'un chemin de ronde machicoulisé, destinés à défendre le château du côté du plateau, le seul accessible. Un de ses angles fut renforcé d'un bastion semi-circulaire battant le vallon et protégeant la porte d'entrée. Pressac est, comme Blanquefort, une des premières forteresses disposées pour l'usage des canons. Enfin, il y a cinquante ans environ, de grandes réparations ont fait de ce vieux manoir une iiabitation des plus confortables. Tout se trouve réuni dans ce délicieux coin de terre : un site
(') Tome I, p. 105. — (') Supra, p. 64.
174 MOULIN DE DAIGNAC.
ravissant, un des vallons les plus pittoresques de l'Entre-deux-Mers, de vertes prairies, et enfin des bois de haute-futaie, à travers lesquels apparaissent les tours imposantes et les gracieuses tourelles du château (Planche XCIX).
MOULIN DE DAIGNAC
Canton de Brannes, arrondissement de Libourne.
A la fin du XP siècle, Ratier de Daignac possédait un moulin dans cette paroisse, et la portion de terre qui est entre l'église et le moulin; il en fit don à l'abbaye de La Sauve-Majeure, se réservant le septième de la rente que ce moulin et la terre devaient produire. Il donna en outre le moulin de Talabruga ('), le jardin, et la terre nécessaire pour bâtir une maison servant au meunier. Geoffroy, quatrième abbé de La Sauve, qui gouverna l'abbaye depuis 14 06 jusqu'en 1119, se disposait à rebâtir le moulin de Daignac; mais les enfants de Ratier, Amauvin en tête, voulurent reprendre ce que leur père avait donné, et s'opposèrent à la construction. Cependant, à la sollicitation de leurs amis, et moyennant 1 40 sous que l'abbé leur donna, ils laissèrent à celui-ci la liberté de faire le moulin; ils y ajoutèrent les terres nécessaires, tant au dessus qu'au dessous, pour y établir un étang et creuser un fossé pour l'écoulement des eaux ; ils lui fournirent en outre la pierre et les bois nécessaires pour la construction de la chaussée, et confirmèrent toutes les donations de leur père aux mêmes conditions (^).
L'abbaye de La Sauve possédait huit mouhns dans la paroisse de Daignac. Le 7 juin 1476, Jean de Ségur, soudan de Pressac, qui tenait à fief quelques-uns de ces moulins, reconnut devoir à l'abbé une rente annuelle de six sacs de froment et autant de seigle ('). Jean de La Chassa igné, Soudan de Pressac, afferma, le 20 janvier 1700, à Léonarde Garineau, veuve de Jean Bonneau, et à Isaac Bonneau son fils, son moulin à eau, situé dans la paroisse de Daignac. Ce moulin, dit l'acte, est garni de roues, rouet, meules, étang, fuites, défuites, terres labourables, chenevil, pré et pelouse, outre ces deux petits barails (enclos) de pré appelés au Mares, de la contenance d'un journal chacun (*).
Un de ces moulins, le moulin neuf de Pressac, le seul à peu près entier de toute celte collection, celui très probablement qui fut le sujet du procès entre Geoffroy, abbé de La Sauve, et les enfants de Ratier de Daignac, après avoir appartenu aux seigneurs de Pressac, a passé entre les mains de la famille Rabeau; de celle-ci à la famille Piganeau, qui le possède actuellement C*). Il est situé à quelques centaines de mètres au nord de l'église. Il se compose d'un rez-de-chaussée très élevé de cerveau, surmonté de deux étages. Son plan est carré; au centre s'élève un pilier carré en pierre, surmonté autrefois d'un poteau en bois destiné à supporter la charpente et à soulager les poutres et les solives des planchers. Le rez-de-chaussée est divisé en trois parties à peu près égales, mais à des niveaux différents : la première est occupée par deux roues mises
(') Ce moulin a changé de nom, ou n'existe plus. Il existe encore dans la commune d'Espiet une famille du Brega, aux ancêtres de laquelle appartenait le moulin du Luc, situé sur le ruisseau de Daignac, à quatre kilomètres environ en amont du château de Pressac. — (*) Cartulaire de la Sauve-Majeure, notes communiquées par M. le marquis de Puyfferrat. — (') M. l'abbé Cirot de La Ville, Histoire de la Grande-Sauve, t. II, p. 361. — (•) Archives de M. le comte Henri de La Chassaigne, acte passé par Brisson, notaire royal en Guienne. — fl Notes fournies par M. le curé de Daignac, mamtenant curé d'Haux.
MOULIN DE DAIGNAC.
en mouvement par l'eau de deux vannes (A); c'est la plus élevée; on y monte par un escalier en bois. Dans la seconde, tournent les deux meules; la troisième est libre. C'est dans celle-ci, au
sud, que s'ouvre la porte recouverte par un linteau soulagé par un arc de décharge en plein-cintre.
Un moucharabys (B) desservi par le premier étage la protégeait. En face, au nord , existe une autre petite porte en plein-cintre (C), qui permettait de passer derrière le moulin. Cette partie du rez-de-chaussée est éclairée à l'ouest par deux étroites fenêtres, presque des soupiraux, très évasées en dedans dans tous les sens. Cet ébrasement est recouvert d'une voiite en plein-cintre. L'une des ouvertures a la môme forme en dehors; l'autre est à sections droites. Deux petits jours qui éclairent les meules, et un troisième les roues, ne sont pas plus grands que les précédents, mais sont carrés vers l'intérieur. En D, on trouve une petite armoire carrée; en E, un évier. La cheminée paraît avoir été en F, mais cette partie du jnoulin a été dégradée par l'ouverture d'une porte qui communique dans une écurie moderne.
Pour résister à la poussée des terres de l'est, dont le niveau s'élève à la hauteur du sol actuel du premier étage, on a établi à l'intérieur un puissant contre-fort. Le plancher du premier étage était plus haut jadis qu'il ne l'est maintenant; il est facile de s'en convaincre : 1° par le seuil des portes, celle qui pénètre dans la chambre, celle des latrines et celle du moucharabys ; 2° par la hauteur du sol des fenêtres, et de plus, par le ressaut qui est pris aux dépens de l'épaisseur des murs, et sur lesquels s'appuyaient les solives du plancher. Plusieurs fenêtres
^ donnaient du jour dans cet
appartement, qui paraît avoir été divisé en plusieurs pièces par des cloisons en bois. La fenêtre de l'est a dû être carrée; son ouverture est dégradée. Celle du sud, placée à côté des moucharabys, est en plein-cintre. Celle du nord est une espèce de porte donnant sur le vide ; elle servait peut-être de moucharabys au dessus de la petite porte du rez-de-chaussée. Celles de l'ouest sont divisées en deux baies en plein-cintre' par une colonnette dont le chapiteau est de la plus grande simplicité ; les pieds-droils sont surmontés d'un tailloir, et chacun des cintres est taillé dans une seule pierre. Leur embrasure, qui est fort dégradée, paraît avoir eu des bancs et avoir été voûtée en arc bombé.
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176 CHATEAU DE SEMIGNAN.
Le second étage a été démoli, du côté de l'ouest, jusqu'au niveau du sommet de ces fenêtres; mais il a été en partie conservé du côté opposé. Là s'avance, à l'angle sud-est, sur des consoles à deux assises, une échauguette en partie ruinée. Dans la façade orientale s'ouvrent trois meurtrières formées d'une simple fente verticale. Je crois que deux autres échauguettes surmontaient les contre-forts de la façade occidentale, ce qui donnait au moulin une tournure très élégante qu'il a perdue depuis la démolition du second étage. Une chaussée magnifique en pierres de taille semblables à celles du moulin lui-même, traverse le vallon en entier. Elle retenait autrefois les eaux d'un élang, et servait de limite aux juridictions de Curton et de Pressac.
Les caractères archéologiques et les textes s'accordent pour signer l'acte de naissance de ce monument des premières années du XIP siècle.
CHATEAU DE SEMIGNAN
A Saint-Laurent, canton de Saint-Laurent, arrondissement de Lesparre.
Le plus ancien titre sur ce château qui soit venu à notre connaissance est du 8 mars 1322-23 : c'est un hommage fait, pour cette terre, parGassion de La Marche, damoiseau, à Amanieu d'Albret, chevalier, seigneur de Verteuil. Gassion, est-il dit dans l'acte, reconnaît tenir cette terre en fief du .«eigneur d'Albret, comme ses ancêtres la tenaient de ceux dudit seigneur, sous la redevance de cent sous bordelais d'esporle à seigneur mouvant (*). Cent ans plus tard, au mois de février 1 429, cette seigneurie était possédée par Bertrand de Montferrand, seigneur de Langoiran; il la tenait de son père, qui portait le même nom que lui (^). A la fin du même siècle, le 14 juillet 1480, elle était au pouvoir de messire Jean de Lur, écuyer (^). Le 4 avril 1 517, Gaston de Foix, comte de Caudale, était seigneur de Semignan (^). Delphine de Brassier, veuve de Michel-Joseph de La Roque, baron de Budos, était coseigneuresse de cette baronnie en 1789 (*). Le château et la terre sont possédés maintenant par M. Bergeron.
Le château de Semignan (Planche C), bâti sur un terrain parfaitement plat, se compose d'une cour entourée de bâtiments protégés par des fossés larges de 1 2 mètres et toujours pleins d'eau. En avant de cette enceinte principale , en existe une autre plus petite et de la même forme,
également enveloppée de fossés qui se relient aux premiers, et qui ont été comblés à l'ouest et au sud. A l'un des angles de celte basse-cour, mais en dehors des fossés, existait, il n'y a pas longtemps , une motte de 1 0 mètres de diamètre, peut-être un tumulus, dans lequel on a trouvé des briques et des poteries.
Pour entrer dans le château, il fallait traverser un premier fossé. Au bout du pont, on passait sous une tour carrée, saillante, protégeant la porte; puis, à l'autre extrémité de la basse-cour, on rencontrait le second fossé. Ici, les principales dispositioii>
(') Archives historiques de la Gironde, t. II, p. 334. — (') Variétés Bordelaises, t, II, p. 120. — (') fdem, t. I, p. 301 et t. Il, p. 74. — (') Idem, t. III, p. 19. — \') Liste des membres de l'ordre de la Noblesse.
CHATEAU DE BÉNAUGES. 241
A celte époque, le> lépreux ou gahets étaient 1res nombreux en Europe; la charité publique et particulière leur venait en aide autant qu'il était possible, et les hôpitaux où l'on recueillait ces malheureux étaient assez nombreux dans les campagnes. La Bénauges en renfermait une certaine quantité. Assalhide, femme de Pierre de Grailly, par son testament fait le 2 avril 1328, dans le château de Bénauges, leur légua une somme de 10 livres ('). Le roi, comme suzerain, possédait des droits assez étendus sur le château et la vicomte de Bénauges, et sur toutes les possessions de Pierre de Grailly; il les céda à Isabelle sa mère, le 8 décembre 1340 (^). Cette concession lui fut confirmée le 22 juin 1344 (^).
Edouard III, continuant les errements politiques de ses prédécesseurs, favorisait l'érection des forteresses dans la Gascogne. Il concéda à Pierre de Grailly et à Jean de Grailly, captai de Buch, des droits assez considérables sur les marchandises vendues et achetées dans leurs domaines, pour, avec ces revenus, approvisionner les forteres.ses et réparer les fortifications de leurs villes et châteaux situés sur les frontières du pays ennemi (*). Le seigneur de Bénauges devenait vieux et ne pouvait plus chevaucher comme autrefois; aussi, malgré la guerre acharnée que se faisaient les Français et les Anglo-Gascons, obtint-il, à cause de ses infirmités, et à deux reprises différentes, le 1*' octobre 1343 et le 10 mai 1345, la permission de rester dans ses forteresses pour les défendre {*). Il dut mourir vers la fin de 1345, laissant de sa première femme cinq garçons, et deux filles de sa seconde. Son fils aîné, Jean II, lui succéda dans la vicomte de Bénauges; mais il mourut bientôt après. Il avait épousé Blanche de Foix, fille "de Gaston I", comte de Foix, dont il eut trois enfants. L'aîné, Jean III de Grailly, devenu célèbre sous le nom de Captai de Buch, hérita de toutes les seigneuries que son père possédait en Guienne. Le roi d'Angleterre, à qui il rendait d'éminents services, lui restitua en 1355 tous les droits que les seigneurs de Bénauges possédaient autrefois dans cette vicomte (").
Le captai de Buch, qui a jeté un si grand éclat sur la famille de Grailly, assistait à la prise de Bergerac, sous les ordres du comte de Derby, en 1345, et il y fut fait chevalier sur le champ de bataille. M. R. Guinodie, dans son Histoire de Libourne, t. I, p. 38, dit avoir trouvé dans le? Archives de cette ville un acte dans lequel il est dit que Pierre de Grailly, comte de Bénauges, fut alors armé chevalier. Ce doit être une erreur de celui qui a rédigé l'acte, parce que nous avons vu plus haut que Pierre était alors resté dans son château à cau.se de ses infirmités. Voici comment s'exprime, à cette occasion, le Catalogue des rôles gascons, 10 mai 1345 : Pro Petro de Greilly, vicecomite de Bénauges, morando in castris suis ratione de invaletudine corporis. Le captai de Buch, dont l'histoire est connue de tout le monde, passa sa vie à guerroyer contre la France. Fait prisonnier à Soubise, par Yvain de Galles, il mourut dans la Tour du Temple, à Paris, sans avoir été marié. Tous ses biens passèrent à son oncle Archambaud, second fils de Pierre II et d'Assalhide de Bordeaux.
Archambaud, comme ses prédécesseurs, resta toujours fidèle à la cause de l'Angleterre. Il épousa, au château de Civrac, Isabelle de Foix, fille de Roger-Bernard de Foix. En 1399, Mathieu de Castelbon, frère d'Isabelle, qui avait hérité de son cousin Gaston Phœbus des comtés de Foix et de Béarn, mourut sans enfants, laissant tous ses biens à sa sœur, à la condition que son époux Archambaud et leurs enfants prendraient les noms et armes de Foix. Gaston de Foix, leur troisième fils, eut pour apanage les biens de Guieniio, et devint ainsi seigneur de la vicomte de Bénauges,
(') Variétés Bordelaises, t. I, p. 163, et t. IV, p. 19. — (') Ri'iles gascons. -- ('j Rymer, t. III, pars. I, p. 15; Londini. — (*) n. Guinodie, Histoire de Libourne, t. II, p, 482. — Rymer, t. II, pars. II, p. 1236; Londini. — fl Rôles gascons. — fl Rymer, l. m, pars. I, p. 305; Londini. — Rôles gascons.
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qui, en sa faveur, fui érigée en comté le 18 juin 1 42G ('). Dans les temps difficiles qu'il eut à traverser, Gaston de Foix ne faillit pas un instant et resta toujours fidèle à la couronne d'Angleterre, à qui sa famille devait toute sa grandeur. En 1451, ne pouvant se résoudre à passer au service du roi de France, il fit un traité particulier avec Dunois, vendit ses terres de Guienne, d'accord avec son fils Jean de Foix, pour 84,000 écus d'or, à Gaston de Foix, son neveu, fils de son frère aîné Jean, et au comte de Dunois, qui, peu de temps après, revendit sa portion à son co-acquéreur. Gaston se retira ensuite à Meille, petite ville d'Aragon dont il était seigneur, et y mourut. Son fils Jean de Foix prit part à la révolte de 1452, fut fait prisonnier à la bataille de Castillon. Banni de France, il se retira en Angleterre, laissant son fils aîné en France, sous la tutelle de son cousin Gaston de Foix ('). Cependant, le château de Bénauges, dont la garnison était composée d'Anglais et de Gascons, résistait toujours, et fut une des dernières places qui reçut une garnison française; il ne se rendit que par composition (*). En septembre 1 453, Charles VU confirma le traité fail pour la réduction de cette forteresse (*).
Jean de Foix avait épousé Marguerite de Pôle, nièce et héritière de Guillaume de Pôle, duc de Suffolk. Henri VI lui donna en présent de noce le comté de Kendal ou Candale, avec la réserve que le titre de comte de Candale serait transmis dans leur descendance. Il devint ainsi la tige de l'illustre maison de Foix-Candale. Après dix ans d'exil, Louis XI le fit solliciter de revenir en France, où il rentra. Il promit obéissance au roi, racheta ses terres, et fut de nouveau seigneur de Bénauges (*).
Gaston de Foix, son fils, lui succéda dans toutes ses seigneuries. Comme grand sénéchal de Guienne, il convoqua le \i septembre 1491, par ordre du roi, dans la ville de Bordeaux, le ban et l'arrière-ban de toute la noblesse de Guienne (''). Le comté de Bénauges passa ensuite à son fils Gaston, IV^ du nom, de celui-ci à Frédéric de Foix-Candale. Homme ardent et entreprenant, Frédéric, dévoué à la cause catholique, forma à Cadillac en 1565, malgré les édits de pacification, une ligue connue sous le nonî de ligue du traité de Cadillac, pour faire une guerre à outrance aux huguenots. Ses intrigues compromirent sa fortune. Il engagea plusieurs de ses terres : celles de Cadillac et de Bénauges furent saisies en 1563, et vendues à François d'Aubusson; mais François Monsieur de Foix, évéque d'Aire, frère de Frédéric, les racheta en exerçant le retrait lignager, et les laissa à son neveu Henri de Foix-Candale, fils de Frédéric, sa vie durant. Henri fut tué au siège de Sommières en 1 573. Il ne laissa que deux filles : Marguerite, qui épousa le duc d'Épernon, et Françoise, qui se fit religieuse.
François Monsieur de Foix, évoque d'Aire, avait donné à sa nièce Marguerite, lors de son mariage avec le duc d'Épernon, la terre de Bénauges et une certaine quantité d'autres seigneuries. Dans son testament, il déclare vouloir que le premier né des enfants mâles de cette union porle le nom de Foix-Candale, qu'il succède à tous les biens, droits et prérogatives qu'il avait donnés autrefois et qu'il laisse actuellement à la mère, ainsi que tous les premiers nés à l'avenir de la descendance de sa nièce. Jean-Louis Nogaret de La Valette, duc d'Épernon, devint ainsi seigneur de Bénauges. Marguerite mourut à vingt-six ans, laissant trois enfants : 1" Henri de Nogarel, qui mourut sans postérité; 2° Bernard, duc de La Valette, puis duc d'Epernon, qui succéda à son père; et 3" le cardinal Louis de La Valette. Bernard mourut en 1661 , après son fils unique Louis-Charles Gaston de Foix, prince de Candale, qui ne fut pas marié. De cette façon, et d'après le testament
(') Rôles gascons. — (') Jean Chartier. — R. Guinodie, Histoire de Libourne. — (') Supra, vol. I, p. 19. — (♦) Jean Du Tillet, Chron. abrég., etc., p. 141, verso. — (') Supra, p. 91. — (^) Variétés Bordelaises, t. II, p. 354, et t. III, p. 16.
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de révoque d'Aire, la terre de Bénauges devait revenir aux descendants de son fi ère Charles de Foix, seigneur de Villefranche, et à Gaston-Jean-Baptiste de Foix-Candale, qui mourut jeune, n'eut qu'une fille qui lui succéda et qui mourut elle-même enfant. Son oncle, frère de son père, hérita ainsi du comté de Bénauges; mais il mourut sans avoir été marié, le 1 4 mars 1671 . Son frère le plus jeune, Henri-Charles de Foix, lui succéda. Les deux ducs d'Épernon avaient laissé de nombreuses dettes; en 1678, le comté de Bénauges fut divisé et vendu à plusieurs seigneurs; enfin, au commencement du XVIIP siècle, Henri vendit toutes ses terres de Guienne. En 1642, le comté de Bénauges donnait 12,000 livres ('); en 1710, il donnait, en droits seigneuriaux seulement, 17,000 livres.
Ce comté fut acheté par Etienne de Gombault (*), conseiller au Parlement de Bordeaux. Celui-ci « avait épousé Marie-Angélique de Gasc, et de cette union naquit Angélique-Jacquelte de » Gombault, qui porta le comté de Bénauges en dot à François de Wavrans, chevalier, marquis de » Boursin. C'est de cette dernière que l'on parle encore dans le pays en l'appelant la méchante » comtesse, à raison des nombreux procès qu'elle avait eus avec ses vassaux et de son extrême » fierté (^). »
La marquise de Boursin mérite-t-elle bien cette qualification qui ternit sa mémoire, ou bien ne lui a-t-elle été donnée, ce qui est fort probable, que par des vassaux qui, après avoir dépouillé peu à peu les anciens seigneurs, ont trouvé mauvais que la comtesse revendiquât ce qui lui appartenait? Voici en effet ce qui arriva : En 1636, on avait fait un arpentement des terres dépendant de la seigneurie de Bénauges. Mais depuis ce temps, par diverses circonstances, lés droits généraux et particuliers du comté avaient été négligés; il y avait eu des mutations de fiefs, de sorte qu'il était impossible de s'y reconnaître. Le procureur fiscal exigea qu'il fût procédé à un nouvel arpentement des 1 9 paroisses dont se composait le comté ; le tout aux frais et dépens des tenanciers, au prix de 8 sous 9 deniers par journal, tout compris. Les seigneurs devaient s'approprier les domaines vacants ou ceux dont les propriétaires ne voudraient pas se déclarer les maîtres. — Les arpenteurs devaient faire un registre séparé pour chaque commune, et le déposer aux archives du château.
Les arpenteurs de chaque paroisse furent désignés. Voici le nom de ces paroisses : Arbis, Saint-Pierre de Bat, Gantois, La Daux, Gornac, Castehieil, Coyrac, Martres, Saint-Genis du Bois, Saint-Martial, Aubiac en Bénauges, Semens, Saint-Germain du Graoux (de Graves], Mourens, Monpezat, Donzac, Omet, Escoussa}}s, Montignac.
Les tenanciers étaient obligés de renseigner les arpenteurs, de leur faire connaître les domaines des personnes absentes; ils ne devaient rien cacher, sous peine de 10 livres d'amende; ils devaient signer leurs déclarations. Les arpenteurs avaient ordre de signer pour ceux qui ne sauraient pas ou ne voudraient pas le faire, et de planter des bornes pour indiquer les divers ténements (*).
De pareilles mesures, fort justes d'ailleurs, durent paraître arbitraires, surtout si elles furent rigoureusement exécutées, et elles le furent, si on en croit la tradition. Il n'est donc pas étonnant que des concerts de malédiction venus jusqu'à nous se soient élevés contre celle qui en était l'au'eur.
Jacquelle de Gombault laissa un fils, qui épousa Marie-Joanne-Claude de Lange de Comnène.
(') Archives hiatoriques de la Girunih. t. III, p. 87. — (♦) Je dois une partie (le ce (\u\ prc^cède, à partir de l'année 1453, à M. Delcros aillé, quincaillier à (iidillac, ((iii, avec une obligeance parfaite et un désintéressement peu commun, a mis à ma diRposition ses précieux manuscrits sur l'iiistoire de Cadillac et de son arrondissement. — l') Communication faite, le 27 septembre 1861, au Congrès scientifique de France, à Bordeaux, i)ar M. Virac. — (•! Archives de la commune d'Arbis.
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« Ce dernier eut un fils qui mouiut sans postérité dans l'émigration, et une fille qui épousa un » industriel de l'Alsace nommé Frédéric Wendel.
» Le gouvernement républicain fit le partage de la terre de Bénauges ; il en vendit la moitié » qu'aurait pu amender le jeune comte émigré, et le fils de M. Wendel aliéna, il y a une trentaine » d'années, l'autre moitié par lui recueillie du chef de sa mère ('). »
Depuis cette époque, le château de Bonauges, après avoir passé par plusieurs mains, est actuellement la propriété d'un de nos honorables négociants de Bordeaux, M. A. Pourman.
Au milieu du comté de Bénauges, et presque au contluent de l'Euille et d'un petit ruisseau qui prend sa source près de l'église Montpezat, derrière laquelle on trouve quelques restes de fossés qui prouvent que ce lieu a jadis été fortifié, s'élève un monticule isolé, couronné de tours et de remparts : c'est le château de Bénauges. Du sommet de leur donjon, les seigneurs du pays embrassaient d'un coup d'œil presque tout leur vaste domaine. La vue, bornée au sud-ouest et à l'est oîi s'élèvent deux autres monticules semblables, s'étend au nord jusqu'à la crête des collines qui divisent les bassins de
la Garonne et de la Dordogne, depuis Monta-
rouch jusqu'au château de Launay (*), qu'on distingue à peine dans la brume du lointain. Au sud-est, entre les deux monticules dont je viens de parler, l'œil suit les sinuosités de la vallée ombreuse, au fond de laquelle coule le ruisseau de Montpezat.
A cette position, déjà si bien fortifiée par la nature, les ingénieurs des seigneurs de Bénauges ont ajouté d'immenses fossés et des vallums plus considérables encore, qui se relient à de vastes terrasses soutenues p;ir des murs à pic : vallums et terrasses forment un ovale irrégulier de près de 200 mètres de long sur plus de 110 de large, encadrant le château proprement dit (Planches CXIV, CXV et CXVI) (^). Celui-ci occupe le sommet du mamelon. Il est protégé, au nord et à l'ouest, par un énorme vallum (NN'J haut de 8 à 1 0 mètres, large à la base de 25 mètres environ, entourant un fossé de 25 mètres de large, profond de 6 mètres à partir de la crête du vallum, et de 16 à 17 mètres depuis la base des remparts élevés sur son escarpe. Un talus rapide le protège, à l'est, du côté de la basse-cour; au sud, c'est une terrasse (00'), dont les murs à pic ont 8 mètres de hauteur; actuellement, le fossé et le vallum s'arrêtent, au nord, en E et en N' . On a la preuve évidente qu'ils s'étendaient, il n'y a pas encore bien longtemps, jusqu'au bout (V) du bâtiment H, et que le fossé a été comblé
(') Communication faite, le 27 septembre 18G1, au Congrès scientifique de France, à Bordeaux, par M. Virac.
Supra,
t. I, p. XXIII. — 1^) La planche CXIV donne une vue à vol d'oiseau du château tel qu'il est actuellement. Dans la planche CSV, j'ai enlevé les constructions élevées dans la cour au XVIII» siècle. Li planche CKVI donne une vue prise du milifu du parc.
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pour former le jardin D. Il est même fort probable qu'avant la construction du château actuel, le vallum et le fossé, plus anciens sans nul doute que les constructions, enveloppaient presque tout le sommet du mamelon et traversaient la basse-cour, de V en 0, où ils rejoignaient la terrasse à son extrémité orientale ('). On entre maintenant dans la forteresse par un portail ouvert à l'ouest, en Pj et par la porte ancienne passant sous la tour A, à l'extrémité orientale. C'est cette issue que nous allons prendre pour faire la description, étudiant l'un api es l'autre les objets qui s'offriront à nous.
Si nous venons du nord, une côte extrêmement rapide nous conduit devant la porte A; si, au contraire, nous arrivons de l'est, il nous faut descendre le mamelon dont nous avons parlé plus haut, pour remonter ensuite, mais par une pente douce, jusqu'à la porte devant laquelle devait exister un fossé, dont il ne reste plus que de légères traces. Si nous venons de l'ouest, nous suivrons le chemin (DYA) resserré entre le pied du vallum et la pente, assez rapide en certains endroits du mamelon, présentant ainsi, dans tout le parcours, le flanc droit aux défenseurs placés sur le sommet de ce vallum. Dans l'état actuel des choses, il est impossible de savoir où était l'entrée de cette forteresse primitive. Il est probable cependant qu'elle était vers le point 0.
Des arrachements dans les murs qui entourent la tour de la porte me donnent à penser qu'elle était précédée d'une barbacane ou de quelque autre ouvrage avancé. Quoi qu'il en soit, un grand encadrement carré qui entoure l'ouverture ogivale de la porte prouve qu'il y avait un pont-levis ou un genre de fermeture analogue ; mais il n'y avait pas de herse ni d'assommoir, accompagnement ordinaire des portes des forteresses. Le couloir, fort large (i^GS), voûté en berceau ogival, débouche directement dans la basse-cour. On monte au premier étage de la tour A par un escalier en pierre moderne. Je crois que primitivement il n'y en avait pas; on y arrivait par le premier étage de l'appartement H. La porte est ogivale en dehors et bombée en dedans. La chambre n'a pas de voûte, pas plus que celle du second, recouverte par la charpente, et dont le plancher repose sur de forts corbeaux en pierre. Ces deux chambres paraissent avoir été complètement ouvertes
du côté do la cour, ou fermées simplement par une cloison en bois ; peut-être aussi avaient-elles été disposées de cette façon afin de permettre d'y établir deux bretèches superposées servant de moucharabys intérieur, du haut desquelles on pouvait laisser tomber des projectiles sur les assaillants qui avaient défoncé la porte, et les atteindre de loin lorsqu'ils étaient entrés dans la cour. Le second étage était plus haut autrefois que maintenant; il était éclairé par de petites fenêtres faisant l'olfice de créneaux. Le mur de façade, au premier étage, a 1™3d d'épaisseur; il est percé de deux meurtrières cruciformes, recouvertes intérieurement d'une voûte bombée; du côté du sud, existe également une meurtrière cruciforme, mais dont l'intérieur n'est recouvert que par un linteau droit. Il n'y a pas de meurtrière au nord, parce que ce flanc de la tour est engagé dans le bâtiment //. Presque toutes les pierres de cette tour sont recouvertes de marques de tâcherons dont voici ci-dessus les types principaux.
Après avoir franchi cette porte , nous nous trouvons dans une vaste basse-cour montant en
(') Le château d'Arqués, bâti au milieu du XI siècle, a des vallums et des fossés qui ont la plus grande analogie avec ceux de Bénauges (voir Viollet-Le-Uuc, Dictionnaire de l'architecture française du XI« au XVI- siècle, t. ill, p. G9, au mot château.
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pente douce jusqu'au talus, au dessus duquel s'élève le château proprement dit. Si nous regardons à gauche, nous apercevons un rempart assez élevé, épais de 1"35, renforcé à l'extérieur par des contre-forts bâtis après coup, et précédé par des lices étroites soutenues elles-mêmes par un mur peu élevé. Ce rempart, qui forme en plan une ligne brisée, est percé, près de la porte d'entrée seulement, de meurtrières dont voici la forme extérieure : une d'elles s'ouvre juste dans un des angles du rempart. Lorsqu'on examine avec attention la base de ce rempart, et que l'on remarque la hauteur à laquelle ces meurtrières sont percées, on reste convaincu que le sol de la cour était primitivement plus élevé qu'il ne l'est actuellement; qu'au lieu de monter en pente douce, il était à peu près horizontal, et qu'en face de la porte existait un chemin creux étroit se dirigeant vers la tour / ('), et dont le sommet des parois garnis de défenseurs devaient, avec le concours de ceux postés aux premier et deuxième étages de la tour A, à tous les étages et au sommet de la tour /, et sur les chemins de ronde qui l'avoisinent, fatiguer considérablement l'assaillant qui était parvenu à s'y engager. Nous verrons encore une preuve de l'abaissement du niveau de la cour en étudiant le bâtiment H.
L'extrémité méridionale du rempart est fortifiée par une tour ronde [QJ, composée d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage : celui-ci, à peu près semi-circulaire, sert actuellement et a peut-être toujours servi de pigeonnier. Elle est couronnée d'une toiture presque plate. Le plan du rez-de-chaussée présente une forme assez bizarre : c'est un trilobé ou plutôt un ovale, contre lequel s'appuie un hémicycle servant de niche à deux meur-
W trières, formées d'une simple fente verticale au fond d'une embrasure barlongue. Le mur de la tour est, du côté de la campagne, beaucoup plus épais que du côté de la cour oii s'ouvre la porte, qui ne me paraît pas ancienne. On devait jadis entrer dans ce rez-de-chaussée par une trappe. Cette tour servait à protéger une poterne par laquelle on descendait de la cour dans les lices (OO'J qui servent actuellement de jardin, et se reliaient primitivement, comme je l'ai déjà dit, aux vastes fossés qui enveloppaient la forteresse. La poterne a été remplacée, au sud de la tour, par un grand portail pratiqué dans un mur moderne. Un mur protège les lices au sud, puis vient après la pente assez rapide du coteau.
Revenons maintenant au pied de la tour A; prenons à droite : là, nous trouvons un grand bâtiment (HJ couvert dune toiture aiguë à double pente. Un des côtés s'appuie sur le rempart percé de meurtrières semblables, pour la fente extérieure, à celles du mur AQ; mais à l'intérieur, leur embrasure, couverte d'un linteau droit, est au fond d'une niche voûtée en arc bombé. Ici encore nous trouvons une preuve que le sol de la cour était jadis plus élevé que maintenant, et que la porte était suivie d'un chemin creux. Ainsi, les meurtrières de ce grand bâtiment sont très élevées au dessus du sol actuel; un rang de piliers octogones en pierre, destinés à soutenir les poutres du plancher, règne au milieu du bâtiment d'un bout à l'autre. Autrefois les bases de ces piliers reposaient sur le sol, à la rigueur môme elles pouvaient y avoir été légèrement enfoncées; maintenant, on les trouve à 1"70 environ au dessus du sol, sur le sommet d'une étroite langue de terre coupée à pic, servant de base à une cloison moderne élevée au droit des deux piliers les plus l'approchés de l'orient. L'extrémité occidentale de ce bâtiment, qui sert d'étable et décurie,
(') Un ctiemin creux dans ce genre existe à Roquetaillade; on en trouve un autre à Fronsac, un à Caslillon. Je pourrais citer une infinité île forteresses où la porte de la basse-cour s'ouvre au bout d'un chemin creux dont l'autre extrémité est au sunnnet de la forteresse.
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est au niveau de l'ancienne cour; là existe une porte, qui est peut-être une ancienne poterne. Ce grand bâtiment, construit en même temps que tout le château, servait de grange, d'écurie et de remise ; plus tard, on y a fait au centre quelques modifications pour y loger des cultivateurs. On trouve, à l'ouest de ce bâtiment, la base du rempart qui se perd bientôt sous le sol, et celle d'un autre mur dune date fort reculée et qui se dirige vers la base extérieure du grand vallura. Quant au mur VN', il est moderne, et n'a été construit que pour soutenir le sol de la cour et du jardin D.
Le château proprement dit était divisé en deux portions à peu près égales par un fossé (fdj (V. la Planche CXV) qu'on doit avoir comblé lorsqu'on a construit, au commencement du XVIIP siècle, la partie neuve du château. Chacune de ces deux portions avait une porte particulière; elles devaient, en outre, communiquer entre elles par une porte dont il ne reste plus de traces; elles sont séparées maintenant par un mur moderne, bâti sur l'emplacement de l'ancienne clôture. On avait accumulé les obstacles pour arriver jusqu'aux portes. Plus tard, au contraire, on a fait tout ce qu'on a pu pour en rendre l'accès facile et commode. ÎVous avons vu plus haut qu'on était obligé, lorsqu'on venait de l'ouest, de faire presque en entier le tour du château pour arriver à la porte A, après laquelle on se trouvait engagé dans un chemin creux. Parvenus au sommet de ce chemin, presque sous la tour /, on tournait à gauche et on longeait le pied du talus rapide sur lequel est construit le rempart IK, auquel on présentait toujours le flanc droit, et l'on s'engageait ainsi entre ce rempart et le mur OP de la terrasse 00', mur épais de O^SO, qui devait être plus élevé que maintenant et probablement crénelé. Au moment où l'on commençait à tourner vers l'ouest, on rencontrait deux routes : l'une qui côtoyait le talus IK et aboutissait à la porte K, et l'autre, qui longeait le mur de la terrasse, était moins rapide et arrivait à la porte G. Actuellement, il n'y a plus qu'un chemin dans toute la largeur de la terrasse. Celui qui longeait le mur OP a été comblé, et l'on a abaissé son niveau en P, de façon à permettre d'établir un chemin (LPK) remplaçant celui qui fait le tour entier de la forteresse.
De ces diverses transformations, voici plusieurs preuves : — 1" Le mur OP, de 0 en P' , est percé de trois meurtrières : la première, à l'est, est à une hauteur convenable au dessus du sol, qui, là, doit être le sol primitif; le seuil de la seconde est au niveau du sol actuel, et la troisième est complètement enterrée. 11 est évident que toutes trois devaient se trouver également à une hauteur normale au dessus du sol primitif; donc, à partir de la première meurtrière, le sol a été exhaussé en pente douce; si l'on ne suppose pas deux routes primitives se bifurquant vers la première meurtrière, on ne peut trouver un moyen raisonnable pour arriver à la porte charretière K, en laissant les meurtrières libres. — 2" 11 existe, entre la porte K et la tour A' (Planche CXV), une poterne (f) ogivale en dehors et en cintre bombé en dedans, très étroite, haute de 2 mètres, et dont le sol est à 2 mètres au moins au dessous du sol de la porte K. Cette poterne, qui vient d'être dégagée il y a peu de temps, n'aurait pas sa raison d'être si le sol extérieur n'était pas autrefois plus bas que maintenant. En adoptant la seconde route longeant le mur P'P, nous trouvons le niveau de cette route à celui du seuil de la poterne par laquelle on entrait dans le fossé partageant le château en deux. 11 y avait donc autrefois deux chemins : un escaladait le talus jusqu'à la porte K ( il n'était pas plus raide que celui qui existe maintenant) ; l'autre suivait le mur OP, conduisait d'abord à la poterne f, et ensuite à la porte G par une pente douce. Actuellement, la terrasse descend par une pente assez rapide do la porto K à la barrière P. pratiquée au bout du chemin moderne (LP) qui passe à travers le vallum et le fossé, et qui raccourcit de près de 400 mètres jusqu'à la porte K.
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On s'était bien gardé, en outre, d'ouvrir les portes juste en face do chacune de ces deux routes; on les aurait franchies avec trop de facilité Plus les portes étaient difficiles à aborder, et plus on se croyait en sûreté dans une forteresse. Il fallait éviter surtout les surprises. Nous allons voir l)ientôt comment s'y était pris l'ingénieur pour en rendre l'abord extrêmement périlleux. La porte K est une large ouverture ogivale précédant un assommoir suivi d'une herse, derrière laquelle les vantaux roulaient sous une voûte en arc bombé. Le chemin par lequel on arrivait à cette porte était si étroit, qu'il eût été im|)ossible à une charrette de tourner brusquement pour entrer sans courir le risque d'être précipitée dans le fossé devant la poterne f, à une profondeur de 2'"50 au moins. Pour éviter celte ditïicuilé, on a fait le pied-dioit de la porte à pan-coupé du côté de l'arrivée seulement. Cette disposition ingénieuse, ajoutée à la saillie de 30 centimètres que fait le mur au des.sus des pieds-droits, à partir de la retombée de l'arc ogival, a forcé le constructeur à chercher une combinaison de coupe de pierres pour relier le sommier de cet arc au pied-droit. Cette saillie donnait à la tour qui surmontait la porte un peu plus de largeur dans la partie supérieure sans en augmenter la base. Il y avait, en effet, autrefois une tour au dessus de cette porte. Au premier étage, dans lequel on entrait par les chemins de ronde, se tenaient les hommes qui manœuvraient la herse, desservaient l'assommoir, surveillaient et défendaient les courtines par des meurtrières percées sur les flancs de la tour. Il est probable qu'il y avait un second étage garni de hourds fort saillants, destinés à écraser l'agresseur au moment où il se disposait à pénétrer sous le couloir où l'assommoir faisait le même office lorsqu'il essayait de soulever la herse. Cette tour était peut-être, comme celle de la porte A, ouverte du côté de la cour, pour prendre facilement à dos ceux qui, après avoir franchi la porte, étaient engagés dans le chemin creux qui
la suivait. Voici les marques de tâcherons qu'on rencontre sur ses murs.
Il est facile de se convaincre encore ici de l'existence de ce chemin creux et de l'abaissement du sol de la cour. Le seuil de la porte K n'a été ni abaissé ni exhaussé; mais les meurtrières, de a jusqu'en h, sont à plus de 2 mètres au-dessus du sol, et le bas du mur dans lequel elles sont percées laisse voir le blocage de sa fondation. On peut en dire autant du rempart du nord, où l'on distingue encore les meurtrières placées plus haut que le sol du rez-de-chau.ssée du bâtiment moderne ('). Le sol a été abaissé jusqu'au point B\ dans la seconde partie du chAteau. Autrefois, il était partout au même niveau ; il est maintenant bien plus haut près de la porte G qu'au pied de la tour /.
Il est probable que lors de la construction primitive on avait laissé la cour complètement libre, et qu'aucune construction ne s'adossait aux remparts, dont l'épaisseur varie de 1'"G0 à 1"95. Les meurtrières n'ont à l'extérieur qu'une simple fente verticale, sans pattes ni croisillons. A l'intérieur, elles s'ouvrent sous un linteau sur consoles, au fond d'une niche large de i^SO, recouverte d'une voûte en plein-cintre.
(') J'ai fait abstraction de ce bâtiment dans la planche CXV; mais le plan de son premier étage est tracé dans le plan d'ensemble, page 244. II se compose de plusieurs chambres voûtées au rez-de-chaussée, d'un premier étage en très bon état, très logeable et assez bien distribué. Un corridor, éclairé par une grande fenêtre à l'est, le coupe dans toute sa longueur. De chaque côté sont les chambres, dont plusieurs ont des portes communiquant dans les chambres voisines. La grand'salle et la salle à manger sont daiis les deux pièces A' et A", largement éclairées vers la cour et du côté de la campagne. Le second étage a besoin de nombreuses réparations. Les toitures sont parfaitement entretenues. En B" existait, il n'y pas longtemps encore, un bâtiment qu'on appelait Y Audience.
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A l'extrémité orientale fie cette cour s'élève la plus belle tour du château de Bénauges. Elle se compose maintenant d'un rez-de-chaussée et de deux étages et demi Cette moitié formait autrefois le troisième, éclairé par de petites fenêtres et surmonté d'un chemin de ronde, fort probablement crénelé et hourdé. Le manque de défenses supérieures et la coiffure disgracieuse qu'on lui a infligée ne sont pas de l'invention du XIII" siècle, et d'ailleurs ce poste avancé et presque isolé devait posséder tout ce qui constituait alors une véritable forteresse. Le rez-de-chaussée, dans lequel on entre maintenant par une porte tournée vers la cour et qui est nécessairement moderne, était autrefois de ce côté presque entièrement sous terre ; on ne pouvait donc y entrer que par une trappe pratiquée dans le plancher du premier étage; il n'y avait pas de voûtes. Dans le rez-dechaussée, dont le diamètre est de 4™77, s'ouvrent trois meurtrières semblables en tout à celles du rempart, et dont deux battent directement le pied des courtines, et la troisième, le chemin creux qui venait de la porte A. La porte ogivale du premier étage s'ouvre maintenant sur le palier supérieur d'un escalier moderne (voir le plan. Planche CXV). Elle était primitivement placée à une certaine élévation au dessus du sol de la cour, et on ne devait y monter que par un escalier en bois. La chambre dans laquelle on pénètre a 5™o0 de diamètre; on y trouve trois meurtrières semblables à celles du rez-de-chaussée, mais dirigées vers d'autres points de l'horizon, et une cheminée, large de l'^OS, ilont il ne reste plus que les chambranles, formés de pilastres octogones à demi-engagés. Un d'eux est en partie caché par le pied-droit d'un grand arc moderne destiné à supporter une galerie couverte établie devant la porte du second étage, où l'on monte par un escalier fort étroit dont l'ouverture inférieure part du couloir de la porte d'enlrée du premier et conduit directement sur le sommet des courtines placées au nord de la tour, où elles sont maintenant plus hautes que celles du sud, puis au second étage en revenant directement sur lui-même; il n'entre pas dans cet étage, mais dans la galerie dont j'ai parlé plus haut, et qui a dû être faite en môme temps que le château moderne. Elle n'est séparée de la chambre que par une cloison; on trouva sans doute alors plus commode de faire passer les hommes de garde devant la chambre que dedans. Le second étage, plus large que les autres, est également muni de meurtrières, et éclairé par une petite fenêtre qui parait avoir été ouverte après coup. Un escalier fort étroit, percé en rampe droite dans l'épais-seur du mur sud de la tour, conduit au troisième étage, dont il ne reste plus rien, ainsi que je l'ai dit plus haut.
Lorsque l'on construisit, au commencement du XVIII" siècle, le château moderne, on profila d'une construction antérieure, m.iis plus récente que le château de Jean de Grailly, et l'on en fil le salon à manger A' el le salon de réception A". Cette construction fermait l'extrémité nord du fossé intérieur; mais pour ne pas gêner la circulation et pour laisser la liberté et la facilité de surveiller la forteresse et d'aboutir à une poterne d, qui devait s'ouvrir en face de l'autre poterne f, on avait laissé dans la base du mur qui est du côté de la cour, une grande ouverture qui permettait d'arriver jusqu'à la poterne en passant sur la salle A". Ces deux ?alles ayant eu leurs ouvertures complètement refaites, il n'est pas possible de leur assigner une date; mais nous aurons à présenter, lors de la description du donjon Z, une preuve irrécusable qu'elles lui sont postérieures.
Au milieu de la cour D est un puits très profond el qui fournit une eau excellente.
Maintenant que nous connaissons les parties secondaires du château, il s'agit de visiter et détudier la forleres.<je proprement dite. Pour cela, au litu de traverser le fossé fd qui n'existe plus, franchir le portail moderne qui ne donne aucune idée de la fermeture ancienne, que d'ailleurs on
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pourrait peut-être retrouver en fai-^ant des fouilles, nous allons revenir sur nos pas et prendre le chemin qui longe le mur OP, et nous diriger vers la tour ronde /'. Depuis que le chûteau ne sert plus de forteresse, on a essayé d'en faciliter les entrées, comme autrefois on avait essayé d'accumuler les obstacles près des porles. Nous avons déjà dit que primitivement le fossé ET (plan d'ensemble, page 244) rejoignait la terrasse 00\ et que par conséquent la route très rapide (LPJ n'existait pas, et qu'on était obligé, lorsqu'on venait de l'ouest, de faire le tour entier du château pour arriver devant la porte G. En pratiquant la roule LP, on a considérablement abaissé le sol en P; mais, par la même occasion, le seuil de la porte G s'est trouvé tellement élevé, qu'elle est devenue impraticable, et c'est fort probablement pour cela qu'elle a été murée. Primitivement donc le chemin qui longeait le mur OP montait jusqu'au seuil de la porte G par une pente très douce (Planche CXV), après avoir contourné la tour /', dont maintenant les fondations sont à découvert. Pour rendre l'entrée facile, on avait fait à la porte un couloir biais; de sorte que les charrettes, ici comme devant la pjrte K, n'avaient pas à tourner trop brusquement sur l'étioil terre-plain qui le précédait. La porte était de cette façon à l'abri de toute surprise. Ou ne pouvait, en effet, y arriver sans attirer l'attention des guetteurs les moins diligents.
La porte est grande et en plein-cintre, et le couloir qui la suivait devait avoir assommoir, herse, et tout ce qui composait une porte de celte époque, sauf un pont-levis, qui était inutile à cause de la disposition insolite de l'arrivée. Il nous est impossible d'étudier le couloir, dont tous les cintres intérieurs sont en partie détruits et qui est fermé par un mur très épais. La porte s'ouvre entre deux tours rondes dont il nous est impossible de voir les étages supérieurs. Nous
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pénétrons dans leur rez-de-chaussée, recouvert d'une voiite sphérique, par une petite porte à linteau. Elles ont chacune trois meurtrières, dont l'intérieur est simplement ébrasé et recouvert d'une plate-bande (voir, page suivante, leur forme extérieure). On voit que le haut n'est pas patte, que la patte inférieure est semi-circulaire, que le croisillon est formé par deux triangles équilaléraux reliés par un de leurs angles, et qu'en outre ce croisillon est bien plus rapproché du sommet que de la base de la meurtrière. Nous devons remarquer aussi que la direction de leur tir a été fort adroitement combinée. Observons auparavant, que la tour /', qui devait, comme bordant la
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route, supporter peut-être seule les attaques, est plus épaisse que sa voisine. Sa première meurtrière n'est pas disposée pour défendre seulement le pied de la courtine, mais aussi pour enfiler le chemin d'arrivée; de la seconde, on frappait l'assaillant au moment où il était engagé entre le mur et la terrasse P; et, de la troisième, on l'attaquait quand il allait entrer sous la porte. Les meurtrières des autres étages chevauchant sur celles-ci, atteignaient tous les points que celles du bas laissaient à découvert. La meurtrière g de la tour l" se trouvait en face de l'ennemi qui commençait à tourner pour arriver devant la porte.
Dans l'un des rez-de-cliai!ssée est logé un porc; l'autre sert de clapier à des lapins. Les créneaux ont été murés.
Le couloir de la porte G débouche maintenant directement dans la cour, parce que toutes les constructions qui se trouvaient au fond de cette cour, contre les courtines de l'ouest et du sud, ont été démolies entièrement. Autrefois, il n'en était pas ainsi : après avoir franchi la porte, on se trouvait, comme à Roquetaillade, à Curton et ailleurs, engagé dans une antichambre, au fond de laquelle, en M, devait être une grande porte qui ne s'ouvrait que lorsqu'on était parfaitement sûr que les charrettes ne portaient rien de suspect et que les gens qui les conduisaient n'avaient pas de mauvaises intentions. A gauche étaient les magasins R; à droite, et jusqu'à la tour X, des logements, ainsi que le prouvent quelques amorces de murs, des corbeaux en pierre, une fenêtre remplaçant peut-être une meurtrière, au dessous de laquelle est un égout, destiné sans doute à l'écoulement des eaux qui avaient servi à nettoyer la chambre. La courtine Kl, et la base de la tour /', ont été construites avec des pierres moins bonnes qu'ailleurs, ou elles ont été dégradées par des projectiles. C'est à peine si, dans le parement extérieur, où la courtine est peut-être plus ancienne que le reste du château, on voit encore l'indication de l'appareil.
La salle R formait donc un immense magasin, séparé de l'antichambre par un mur peu épais dont il ne reste plus que les amorces. Il n'était pas voûté, mais le plancher était soutenu par des arcs-doubleaux surbaissés d'une très longue portée et qui retombaient sur des pilastres octogones engagés dans les parois. Ces arcs n'existent plus maintenant; mais je les ai vus en place, il y a quinze ans environ. Ce magasin, comme ceux que j'ai déjà eu l'occasion de signaler, était peu éclairé; il devait y avoir une fenêtre du côté de la cour. Une meurtrière, ne donnant qu'une bien faible lumière, perçait la paroi de l'ouest; elle est maintenant murée. Une autre meurtrière existait au nord, et a été remplacée plus tard par la grande fenêtre (T) que nous étudierons bientôt. Au premier étage devait être la salle d'honneur, pour laquelle on a construit quelque temps après le charmant oratoire T . Deux grandes ouvertures carrées et fort laides remplacent les anciennes fenêtres de cette salle.
On entre par une porte recouverte d'un linteau dans la tour angulaire S, dont le rez-dechaussée est voûté en demi-sphère. Ses trois meurtrières sont semblables à celles de deux tours voisines (I et F). Nous trouvons encore, dans ce rez-de-chaussée, une poterne (h), maintenant murée, et par laquelle on descendait dans les fossés et sur les braies. Je n'ai pu en voir l'ouverture extérieure, parce qu'elle est cachée derrière un mur fort élevé, bâli sur la crête de l'escarpe et chargé de couvrir le sentier rapide ou l'escalier qui y arrivait. La porte était assujétie par une barre en bois qui s'enfonçait dans le mur lorsqu'elle était fermée. La hauteur de cette tour est la môme que celle des tours voisines ; le sommet était crénelé et hourdé.
Du magasin (RT), on passait dans la salle U par une porte ogivale placée dans l'angle nord-ouest;
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on y entrait aussi de la cour fDJ par une autre porte ogivale ouverte dans l'angle sud-est. Une grande porte et une fenôtre du siècle dernier remplacent, du côté de la cour, des ouvertures primitives. Une grande cheminée ancienne munie d'un petit four, et un évier recouvert d'un cintre bombé, prouvent que c'était là la cuisine du premier château. Bien plus tard on a bâti, au nord de celte cuisine, un petit corps-de-logis contenant une cuisine et une chambre. La salle U fut alors destinée à un autre usage. Près de l'angle nord-est, une petite porte à linteau (J) conduit dans une tour, ronde à l'extérieur, heptagone intérieurement aurez-de-chaussée, mais circulaire dans les deux étages supérieurs qu'on aperçoit par une large brèche du côté de la campagne. Le rez-de-chaussée seul est voûté. Les six nervures de la voûte reposent sur des culs-de-lampe représentant des mascarons grimaçants, un seul excepté, qui est en forme de pyramide renversée. Dernièrement, on a creusé jusqu'à une certaine profondeur le sol de cette tour, où existait, je crois, un caveau souterrain. Au rez-de-chaussée, trois meurtrières, ressemblant à celles des trois tours précédentes, battaient le fossé et le sommet du vallum. La position de l'une d'elles prouve évidemment que le bâtiment en saillie, au nord de la cuisine U, est plus moderne que la tour.
Remarquons, en passant, qu'aucune des meurtrières de ces quatre dernières tours ne protégeait directement le pied des courtines; on avait peut-être pensé que les défenses supérieures et la raideur extrême du talus sur la crête duquel elles s'élèvent, étaient des protections suffisantes. Au dessus de la cuisine existaient dv ux étages d'appartements, où l'on voit encore des restes de cheminées, des portes et des fenêtres, dont les moulures indiquent le XIIP siècle. Des ouvertures modernes, preuves évidentes de réparations et de reconstructions postérieures, jointes à l'état de ruine de ces étages, rendent toute description impossible.
A l'est de la cuisine s'élève une haute tour trapézoïdale (Z) qu'on appelle le Donjon. Je doute fort qu'elle ait eu primitivement cette sérieuse destination. On y entrait depuis la cour, et très probablement aussi depuis la cuisine : de la cour, par une porte (mj ogivale en dehors et en cintre bombé en dedans; de la cuisine, par une porte ouverte près du même angle, murée maintenant, et si bien murée, qu'il m'a été impossible de m'assurer si elle est en plein cintre ou ogivale, et par une petite porte à linteau conduisant dans des latrines communes à la cuisine et à cette grande salle, éclairée maintenant par deux grandes fenêtres faites au commencement du XVIII" siècle. Primitivement, il n'y avait qu'une fenêtre fnj du côté de la cour, un autre petit jour ouvert à l'est de la grande fenêtre du nord, et une meurtrière. La grande ouverture la plus rapprochée de l'est, du côté de la cour, servait de porte. Comme elle était beaucoup plus élevée que le sol de la cour, on construisit pour y monter un grand perron à une seule rampe, d'une architecture pleine de style et de grandeur comme la porte elle-même, au dessus du linteau de laquelle on a encastré un écusson aux armes du marquis de Boursin et de Jacquette de Gombaull. Alors encore on a exhaussé le sol de celte grande salle pour le mettre au niveau du sol du premier étage des bâtiments que l'on construisait au nord de la cour B. Déjà, lors de la construction primitive, on l'avait élevé d'un mètre environ au dessus du sul de la cuisine, afin de laisser plus de hauteur à la cave xjui est au dessous, cave qui n'était pas voûtée, et dans laquelle on descendait, du côté de la cour, par une porte ogivale suivie d'un large escalier recouvert d'une voûte rampante; on y descendait aussi, du côté de la cuisine, par un escalier droit, condamné maintenant, et dont la petite porte murée, à linteau sur consoles, se distingue encore en 7. Cette cave était éclairée à l'est, avant la construction du corps de logis A" A', par deux longues fenêtres très étroites en dehors, très ébrasées en dedans, et prenant leur jour dans le fossé fd. Lorsqu'au XVIII" siècle, on construisit le grand perron dont j'ai parlé plus
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haut, on avait caché l'entrée ogivale de la cave; mais une porte ménagée sous ce perron permettait encore d'y descendre. On ouvrit aussi alors, après avoir comblé le fossé fd, une grande porte dans le mur de l'est; on mura les deux fenêtres et on en ouvrit une très petite au nord.
J'ai dit plus haut que le sol du donjon était plus élevé qtie celui de la cuisine. La preuve en est fournie par le seuil de la porte m, plus élevé que celui de la cuisine, et par la voûte en rampe ascendante qui recouvre le couloir de cette porte, dans lequel existaient quelques marches; enfin, par les marches qui de la cuisine conduisent au seuil de la porte des latrines, lequel devait être au niveau du sol de l'appartement. Sur la face orientale de cet appartement, nous ne découvrons qu'une porte murée, percée sans doute lorsqu'on a bâti le corps-de-logis A", et une cheminée du XVIIl' siècle. A la môme époque, on a voûté la cave, ce qui a nécessité encore l'exhaussement du sol primitif du rez-de-chaussée, dans lequel on fit un escalier rampant pour monter au premier étage. Il partait du milieu de la base de la paroi septentrionale, et le palier supérieur était près de l'angle sud-ouest, où l'on trouve une porte murée à linteau sur consoles qui passait dans le premier étage au dessus de la cuisine. 11 existait autrefois deux étages au dessus du rez-de-chaussée Z; on en voit encore les ouvertures ogivales et quelques petites fenêtres, et en outre quelques détails qui prouvent qu'une réparation avait été faite dans le XV" siècle.
Moins d'un siècle après la construction du château, vers le milieu du XIV* siècle, les deux étages supérieurs du donjon ont été réduits en un seul, pour établir à leur place une grande chapelle. Alors on a construit une voûte d'ogive, divisée en deux travéïs séparées par un arc doubleau qui retombe, au nord et au sud, sur de courts pilastres octogones à demi-engagés, montés sur des cuis-de-lampe feuillus et couronnés de chapiteaux de même nature Les arcs ogives et les formerets retombent dims les angles de la chapelle sur des culs-de-Iampe représentant : au nord-ouest, un hibou; au sud-ouest, deux personnages; au sud-i st et au nord-est, un homn.e affaissé sous le poids qu'il supporte. A la clef de la tra\ée orientale est sculpté un agneau portant la croix triomphale et couronné du nimbe crucifère. La voûte de la travée occidentale est écroulée; mais sur le sol de l'appartement gît la clef de voûte qui représente trois poissons réunis par la tête, symbole de la sainte Trinité. Cette chapelle était éclairée par trois longues fenêtres ogivales, ouvertes toutes trois dans chacune des trois parois de la travée orientale. La fenêtre de l'est prouve évidemment que le corps-de-logis A" est au moins postérieur à l'établissement de cette chapelle. Ces trois fenêtres ont plus lard été murées, et la chapelle a dû changer de destination lorsqu'on a bûti le petit oratoire dont j'ai parlé plus haut. Le donjon n'avait sans doute pas été destiné à être voùlé ; l'arc doubleau a poussé le mur du côté de la cour, et c'est peut-être ce qui a occasionné la chute de la travée occidentale. On remarque près de la voûte de cette travée, au nord, une petite porte à linteau sur consoles, qui était peut-être primitivement au niveau du sol du troisième étage, et à laquelle on dut arriver plus tard au moyen d'une échelle. De cette porte, on montait sur le chemin de ronde ménagé au sommet du donjon par un escalier droit percé dans l'épaisseur du mur, et dont le palier inférieur est éclairé par une meurtrière formée d'une simple fente verticale. Ce chemin de ronde a été refait au commencement du XVIII" siècle, et les créneaux ont été alors remplacés par des baluslres semblables à ceux qui couronnent le rempart /AT. On y monte maintenant par une échelle extérieure placée au dessus de la toiture de la salle A" .
En face de ce donjon, de l'autre côté de la cour, près de l'autre entrée du fossé qui la traverse, s'élevait une autre grosse tour irrégulière (Z) dont il ne reste plus maintenant que le rez-de-chaussée, recouvert d'une belle terrasse au niveau de celle qui est sur les remparts, et
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voùlé lors de la construction de cette terrasse. L'épaisseur énorme dos murs de cette tour, la place qu'elle occupe près d'une des portes extérieures et sur la route de l'autre, près de celle par laquelle on passait d'une cour dans l'autre, me donne à penser qu'elle était le donjon primitif, ou que du moins elle était une des principales défenses de la forteresse, et, comme importance, supérieure à la tour /. Elle devait avoir au moins trois étages. La porte actuelle est moderne; on devait entrer dans le rez-de-chaussée par la voûte.
Nous avons vu plus haut qu'on avait construit après coup un petit oratoire (T) contre le flanc septentrional de la grande salle RT. Si alors on avait bâti les murs de fond, on aurait gêné la sortie de la poterne de la tour S; mais comme l'oratoire était au premier étage, on a élevé deux piliers renforcés chacun par un contre-fort, et on les a réunis par un arc ogival ; deux autres moitiés d'arcs les réunissent au mur, laissant ainsi à jour le rez-de-chaussée de cet édicule. Déjà un mur (scr), sinon aussi ancien que le château, du moins antérieur à l'oratoire puisqu'il sert d'appui aux piliers l et r, cachait la poterne ; et comme ce mur n'est pas parallèle au rempart, il s'est trouvé que les arcs s'appuyant à angle droit sur ce mur ont leurs ouvertures inégales, et que le rez-de-chaussée n'est pas carré. Cette difficulté n'a pas arrêté l'architecte, qui a obtenu un carré au premier étage en enlevant le parement extérieur du rempart. Cette chapelle est recouverte d'une voûte d'arêtes dont les quatre nervures partent dune clef ornée de feuilles de vigne, et retombent, dans les angles, sur des faisceaux de colonnes qui reçoivent aussi la retombée des formerets. Cet oratoire était splendidement éclairé par trois grandes fenêtres ogivales : celles du levant et du couchant sont formées de deux baies subtrilobées, séparées par une colonnette et surmontées d'un oculus quadrilobé; celle du nord est plus large que les deux autres : elle a trois baies subtrilohées; celle du milieu est surmontée d'un oculus quadrilobé, et chacune des deux autres d'un trilobé. Les chapiteaux de toutes les colonneltes sont ornés de deux rangs superposés de feuilles de lierre et de vigne. Ce charmant édicule est, je crois, de la seconde moitié du XiV siècle, et construit très probablement par les ordres du fameux captai de Buch. Le bénitier qui gît au bas de la chapelle, est creusé dans un petit chapiteau roman provenant sans doute de la démolition du château assiégé au XIII" siècle par Henri IIL Sur la corbeille de ce chapiteau, haute de 0™2S environ, on trouve trois personnages, deux quadrupèdes, deux oiseaux et deux poissons, un spécimen en un mot de toute la nature animée.
Généralement, pendant tout le Moyen Age, on n'ouvrait pas de grandes fenêtres au rez-dechaussée : ici l'on a dérogé à la règle, et, lors de la construction de l'oratoire, l'on a ouvert, au bout du magasin RT, une large fenêtre (T), munie de deux bancs dans ses embrasures et recouverte de deux baies subtrilobées surmontées chacune d'un dormant polylobé. Cette fenêtre prenait son jour sous l'oratoire dont le plancher devait être muni d'orifices servant d'assommoirs, au dessus du couloir qui montait à la poterne, dont le débouché inférieur devait être, en E, au fond du fossé (plan d'ensend)le. p. 244), et où l'on a retrouvé dernièrement quelques constructions.
Après l'analyse que nous venons de faire et les différents textes connus jusqu'à présent, on peut, je crois, conclure qu'il ne reste du château assiégé par Henri IH, en 1233, que le grand vallum, le fossé qu'il enveloppait, et les divers terrassements; qu'à la fin du XHI" siècle, Jean I" de Grailly fit refaire à neuf le château. Toute l'enceinte (ÏKI'S'K'I) est sans nul doute de cette époque. On doit attribuer à la fin du môme siècle, mais un peu plus tard, tout le mur qui ferme la basse-cour à l'est. La porte .1 et la tour qui la surmonte, ainsi que le grand bâtiment H, sont peut-être du commencement du XIV'' siècle. Les meurtrières de la tour A sont parfaitement
cruciformes et pattres. Nous avons donné différents exemples des meurtrières des autres parties de la forteresse. De plus, on remarque sur les pierres de celte tour, sur les murs Intérieurs et les piliers du bâtiment H, diverses marques de tâcherons qu'on ne retrouve nulle part ailleurs. Celles que l'on retrouve sur la porte K, contemporaines des remparts auxquels cette porte se relie, sont différentes. Je n'en ai pas découvert dans les autres parties du château.
Le château de Bénauges est un des plus importants du déparlement de la Gironde. Les dimensions considérables du vallum et des fossés qui l'enveloppent lui donnent un aspect peu commun ; la conservation presque entière de ses deux enceintes a une grande valeur archéologique; les sièges mémorables qu'il a essuyés aux XIII" et XV" siècles, et les noms illustres de ses possesseurs : les Gavarret de Bouville, les Grailly, le captai de Buch, les Foix-Candale et les Épernon, en font un des monuments historiques du {iremier ordre.
FILLEULE DE BORDEtOX
Chef lieu de canton, arronrlissemen t de Cordeaux.
Au milieu du XIIP siècle, les seigneurs gascons, fatigués de la tyrannie de leur gouverneur Simon de Montfort, comte de Leycester, s'étaient révoltés. Les villes du pays avaient suivi l'exemple des seigneurs, et ce n'est qu'avec des peines infinies que le roi d'Angleterre, Henri III, était parvenu à rétablir l'ordre, en accordant aux uns de nouveaux privilèges, et en confisquant les terres de ceux dont il croyait avoir le plus à se plaindre ou qui n'avaient pas été assez adroits pour faire leur soumission lorsque leur isolement ne leur permettait pas de résister. Bernard de Gavarret de Bouville, seigneur de Bénauges, fut de ces derniers. Son château fut assiégé et pris par Henri III en personne, son comté de Bénauges confisqué, et presque toutes ses possessions furent données par le roi à Jean de Grailly, qui lui avait rendu de grands services et dont il avait toute la confiance ('). Nommé sénéchal d'Aquitaine le 17 août 1280 (*), le roi le chargea de faire réparer une grande quantité de forteresses dans sa sénéchaussée et d'en construire de nouvelles ("^j. Il lui donna en môme temps l'autorisation de bâtir des bastides (*). Jean de Grailly profita de la permission et fonda celle de Cadillac, à laquelle, par une charte datée de La Linde, le mardi après la Pentecôte 1280, il accorda des privilèges qui durent y attirer un grand nombre d'habitants (*).
(') Voir supra, notice sur le cliàteau de liénauges. — (') RûUs gascons. — Rymer. — (') Supra, notice sur le château de Bénauges. — (•) Rôles gascons.
(') Privilèges, franchises et libériez sous lesquels sont régis et gouvernés les bourgeois, manans et habilans de la ville, terre et seigneuries de Cadillac traduits du gascon et latin en langue française, par M" Pierre Douhet , mars 1722.
• Sachent tous ceux qui les présentes lettres verront, que nous concédons à tous nos habitans de noire ville de Saint-Jean, '» diocèse de Bordeaux
» Art. 1". — Sçiivoir que par nous ou nos successeurs no soit levée, en ladite ville, quôtu, taille ni albcrge, ni ne recevront » aucun emprunt, si de gré les habitans ne nous veulent prêter.
» An. 2». — Que les habitans de ladite ville, et qui habiteront à l'avenir, puissent vendre, aliéner et donner tous leurs » biens, meubles et immeubles, à qui bon leur semblera
Cette ville, ou dw moins l'emplacement qu'elle occupe, s'appelait autrefois Saint-Jean, possédait une église doat il reste encore un fragment dans l'église actuelle, et probablement une forteresse sur le bord de l'Euille. Se trouvant dans la paroisse dj Cadillac, elle en prit le nom, qui ne lui est pas venu, comme l'ont écrit quelques auteurs, de celui de son fondateur : Grailhj, Grailllamim, ou de Catellianum, Caslel. La paroisse de Cadillac, en effet, existait auparavant, puisqu'en 1238 les habitants de l'Entre-deux-Mers se plaignaient qu'Henri de Trubleville, sénéchal d'Aquitaine, avait vendu injustement à la vicomtesse de Bénauges les paroisses de Cadillac, de Loupiac et de Sainte Croix du Mont (').
La bastide fondée par Jean de Grailly n'était encore entourée que de fossés et de palissades. Au commencement du XIV" siècle, les habitants, qui étaientdéjà fort nombreux, sentirent la nécessité d'être protégés par des fortifications plus solides. Pierre de Grailly, qui en était alors seigneur, partageait le vœu des habitants, et le 22 septembre 1315 un accord fut passé entre eux. « De » plus, il a été ordonné, dit l'article 2 de cet accord, que le seigneur vicomte et les jurats et habitans » dudil lieu de Cadillac, que le susdit lieu de Cadillac sera clos de murailles, murs de chaux, sable » et pierre, bien proûtablement; c'est à sçavoir que la clôture dudit lieu devra être toute environnée » de la ville, ainsi qu'il est fossoyé et commencé de fossoyer de fossés; et comme l'on passera par » la rive de la mer (^), entre le pont de la ville, sauf les chemins et padoues, et du pré au dessous » de la ville, jusqu'aux murs de la clôture du châtjau de Cadillac, en laquelle clôture, ledit » seigneur vicomte doit faire pour environner la ville quatre portails bons et suffisans à la clôture » de la ville, et les jurats et habitans dudit lieu de Cadillac devront clore et faire tout le restant de » la clôture, excepté lesdits quatre porlails (*). »
Pour parer aux dépenses d'un travail aussi considérable, il fut convenu qu'on changerait les mesures du vin qui se vendait à Cadillac. « Et mesme, est-il dit dans l'article 3, les mesures du » vin qu'on a accoutumé de vendre à taverne, au lieu de Cadillac, étaient plus grandes que celles
» Art. 3°. — Que les habitans de ladite ville puissent librement marier leurs filles où ils voudront et faire prémouvoir leurs » enfans à l'ordre de cléricature.
» 4rt. 4". — Que nous ou notre bailli ne saisirons aui'uns habitans de ladite ville, ne ferons violence ni exécution sur ses » biens, pourvu toutefois ((u'il veuille et aye cautions de se représenter en jugement, sauf pour le meurtre ou mort d'homme, » blessure mortelle, ou autre crime; veu lequel, son corps ou bien-meubles soient sujets au confîsq.
» Art 5°. — Que nous ni notre bailli ne citerons ni manderons la question ou clameur d'autnii, sinon pour notre fait » propre, ni ne troublerons aucun habitant de ladite ville en ses honneurs ni possessions.
« Art. 6". — Si un habitant meurt sans héritier et sans faire de testament, ses biens reviennent au seigneur
• Art. 10». — De chaque sol ou habitation contenant quatre cannes de largeur et douze de longueur, nous percevrons douze
• deniers d'oublié tant seulement et selon le plus ou le moins, à la fête de Saint-Jean-Baptiste, et deux deniers d'acapte an » changement de seigneur ou maître; et, en cas de vente, nous percevrons de l'acheteur, pour droits de lods et ventes, » sçavoir, la douzième partie du prix ipie le fonds sera vendu.
» Art. 14". — Il y aura six consuls annuels et vingt-quatre notables.
» Art. 21°. — Si homme et femme sont surpris en adultère et clameur s'ensuit, et si, par gens dignes de foi, ils demeurent » convaincus ou leur crime confessé en jugement, chacun soit condamné de droit à 100 sols ou fassent tous nu4s le tour de la
• ville, et le tout à l'option des parties.
» Art. 33°. — Le marché de ladite ville se doit tenir le lundi
» Art. 34". — Les foires se tiendront en ladite ville aux termes assignés. »
(•) Archives historiques de la Girunde, t. III, p. 125. — (') La Garonne, qu'on appelle la mer parce que le reflux s'y fait sentir. — i'J Privilèges, etc., lucu cit.
» de Bordeaux, et que lesdites mesures, comme dit est, doivent être changées et mises à la mesure » et grandeur de celles de Bordeaux, est ordonné entre ledil seigneur vicomte, les jurais et habitans » dudit lieu de Cadillac, autant de fois qu'il sera tiré d'une barrique, tonneau de via ou autre » vaisseau, de plus en deniers pour la diminution de la mesure vendue en taverne qu'il ne souloit » valoir, appartienne aux jurats et habitants dudit lieu de Cadillac, el que cette plus valeur en » deniers soit mise et posée et retourne au profit commun des jurais et habitans dudit lieu, à l'effet » de le tenir clos, non l'employer à autres nécessités ni usage, ains à tenir clos et fermé ledit lieu )> comme dit est.
» D'avantage, dit l'article 5, est ordonné que le seigneur vicomte ne peut ni ne doit contraindre » les jurats ni habitans dudit lieu, à travailler ni à clore ledit lieu, ni à faire nulle taillade; si non » du profit desdites mesures et des susdits vins, pour laquelle clôture faire, ledit seigneur devra » donner ou fournir loute la chaux qui sera nécessaire à ladite clausure, foreslage ou bois où se » feront et couperont toutes les bûches que besoin sera au lieu plus proche et aisé qu'on pourra » trouver à Cadillac, au moindre dommage dudit seigneur, et faire aider à charrier le bois ou la » chaux une fois chacun an, jusqu'à ce que la clôture dudit lieu soit faite, avec boeufs et charrettes, » et tout autre bétail de charroi par lout Bénauges ; et les habitans dudit lieu devront donner audit » seigneur vicomte et à son commandement, pierre tirée à faire l'un desdits quatre portails, et toute » la chaux nécessaire à faire lesdits quatre portails
» Est de plus ordonné, dans l'article 6, et établi entre les susdits seigneur vicomte, jurats et » habitans dudit lieu de Cadillac, que tous ceux qui ont ou auront maisons, places ou sols, soit » genlilshorames, prêtres ou clercs ou autres personnes qui ne seront habitans dudit lieu, payent » et soient tenus payer et contribuer à clore et fermer ledit lieu, et y aider selon que les jurats et » conseil dudit lieu aviseront, et selon leur possessoire. »
Les habitants se mirent de suite à l'ouvrage, et la ville fut bientôt entièrement entourée de murs : deux des portails au moins furent même achevés; mais les seigneurs de Bénauges ne tinrent pas entièrement les clauses de l'accord qui avait été passé. Nous voyons en effet ('), qu'en 126G, six jurats, onze prêtres et cent cinq bourgeois habitants de Cadillac, s'étant assemblés dans la chapelle de Saint-Biaise de celte ville, chargèrent cinq prêtres et un bourgeois habitants de ladite ville, de prier messire Jean de Grailly d'approuver et de confirmer les libertés, franchises et coutumes concédées jadis par ses ancêtres. Les députés se rendirent à Bordeaux auprès du vicomte de Bénauges, où l'acte qu'ils demandaient fut passé dans l'église de Puy-Paulin, le 6 février 1366. Après plusieurs articles, qui sont plus ou moins favorables aux habitants de Cadillac, on remarque le suivant qui prouve que les privilèges n'étaient pas cédés pour rien : « Et » plus lesdits instituans ont donné et concédé auxdits procureurs et à chacun d'eux pour le lout, » plein et libéral pouvoir de tenir quitte ledit seigneur et ses biens desdits quatre portails, que ledit » seigneur messire Pierre de Grailly, quand vivait, avait promis de faire faire à la clôture des murs » de ladite ville de Cadillac; exempter aussi ledit seigneur de tout fournissement de bois et charroi, » que ledil seigneur messire Pierre de Grailly jadis leur avait promis donner ou faire à la clôture » dudit lieu (*). »
Les murailles de Cadillac étaient à peine terminées, que la ville éprouva le sort de toutes les
(') Priiilc(jes, elc, loai cit. — (•> Idem. — D'autres privilèges et la confirmalion des précédeiils furent nccordOs à l,i ville de Ciidillac, le Î8 mai 1400 et le I 4 aoûtde la même année, p;ir Archambaud de Grailly; le 29 avril 1491, par Gaston de Foix; le 23 septembre 1495, par autre Guston de Foix, et le 20 j.iin 1517, par autre Gaston de Fuix.
Vol. II. 33
forteresses de cette époque ; elle fut assiégée lors de la campagne du duc d'Anjou et de Du Guesclin en Guienne. Le duc d'Anjou étant au siège le Saint-Macaire, au commencement de septembre 1377, avait pris la résolution d'aller assiéger Cadillac; mais ayant appris que le sire de Duras, après avoir été fait prisonnier à la bataille d'Eymet et avoir recouvré sa liberté sur la promesse qu'il avait faite de passer du côté des Français, avait manqué à son serment, il se dirigea sur Duras, et chargea un corps de Bretons d'aller assaillir la garnison anglo-gasconne de Cadillac. « Ils prirent la ville à force, et occirenl ceux qui dedans étoient ('). » Si l'on en croit cependant les Grandes Chroniques, la ville ne fut pas assiégée (^). Peu de temps après, en effet, elle était encore au pouvoir des Gascons, puisque le sire de Langoiran, qui n'avait pas manqué à son serment comme celui de Duras, vint se faire tuer sous ses murs par Bernard Courant, capitaiue de la garnison (').
En 1379, la ville entra dans la Confédération des Filleules dont j'ai déjà parlé en maintes occasions. Cette alliance lui donna quelque repos; mais le duc d'Orléans ayant été assassiné en 1 407, la commotion de cet événement, qui ralluma le feu de la guerre civile en France, se fit sentir jusqu'en Guienne, où les Armagnacs causèrent quelques dégâts. Cependant, le maire de Bordeaux , les députés des trois États de la Guienne , el le chancelier du comte d'Armagnac, se réunirent à Cadillac, oîi ils conclurent une trêve qui, pour quelque temps, fit cesser le désordre (*).
Lors de la première expédition de Charles VII en Guienne, en 1422, les Français, qui avaient pris un grand nombre des villes de cette province, avaient l'intention d'assiéger Cadillac; mais de prorapts secours sauvèrent la ville pour cette fois (^). Elle n'eut pas ce bonheur en 1453. Deux ans auparavant, elle avait été comprise dans le traité particulier que le caj)tal de Buch, qui en était seigneur, avait fait avec Dunois; mais lors de la révolte de la Guienne, elle résista avec vigueur aux attaques de l'élite de l'armée française. Après la bataille de Castillon, le roi mit le siège devant Bordeaux; il chargea en même temps, vers la fin du mois de juillet, le comte de Foix et le vicomte de Lautrec, son frère, d'assiéger Cadillac. Toute l'artillerie dont ils pouvaient disposer fut employée à battre les tours et les murailles; le roi y envoya ses plus grosses bombardes et ses canons du plus gros calibre. Le 19 novembre, un mercredi matin, Xantrailles ayant pris la direction du siège, ils furent mis en batterie en face dun boulevard que les Anglo-Gascons avaient fait devant une des portes; mais à leur aspect, la garnison effrayée abandonna le boulevard, après y avoir mis le feu, et se retira dans la ville. Les Français se précipitèrent à leur suite, éteignirent l'incendie, s'établirent dans le boulevard abandonné, et firent j luer leur grosse artillerie, bombardes et canons, contre une tour voisine de la porte de la ville et contre la courtine y attenant. Les pierres qui s'en détachaient remplirent une grande partie du fossé; le reste fut comblé par des fascines, dont tous les hommes avaient été munis auparavant. Le fossé rempli, l'assaut fut ordonné. Malgré une résistance longue et vigoureuse, la garnison fut obligée d'abandonner la ville et de se retirer dans le château, où, s'apercevant qu'elle ne pouvait tenir longtemps, elle fit offrir aux généraux français de lui remettre la forteresse, plus dix mille écus, moyennant quoi il lui serait accordé d'en sortir la vie sauve. Cette proposition fut envoyée au roi, qui était toujours devant Bordeaux. Charles VII ne voulut pas entendre parler de capitulation, et ordonna de pointer toute l'artillerie sur le château. Après une résistance de quelques jours, la garnison demanda à faire de nouvelles
(') Froissart, t. II, p. 9, édil. liuclion. — (') Les Grandes chroniques Je France, pi.il)liées par M. Paulin-Paris, t. VI, p. 353 el suivantes. — ('j Voir supra, anicle Langoiran, t. II, p. 8. — ('i Dum Devienne, [listuiie de Bordeaux, p. 85. — fl G. B. jGii.stave Brunel), Extraits du journal du coyaye d'un ambassadeur anglais à Bordeaux en t4ii.
propositions. Une conférence s'ensuivit, dans laquelle il fut décidé que les Anglo-Gascons rendraient le château avec celui de Bénauges et la ville de Rions; que les Anglais seraient pris à rançon, mais que les Gascons seraient traités suivant le bon plaisir du roi. Gaillardel, leur commandant, ne trouva pas grâce devant Charles VII, qui le fit mettre à mort :
El nu regard du cappilaine, Qui avait sa loyauté fau.ssoe Et f.âl aux Francoys tant de peine, Il eut la teste tranchée (').
Si l'on en croit Olhagarey (*), il aurait tenté d'assassiner Gaston de Foix pendant les conférences.
Après la conquête de la Guienne, l'histoire de Cadillac se confond avec celle de ses seigneurs, les Foix-Candale, et ensuite les ducs d'Épernon (^). Pendant les guerres de religion, en 1562, elle fut prise par Symphorien de Durfort. Pendant celles de la Fronde, servant de résidence au duc d'Épernon, elle eut moins à souffrir que les localités voisines, et atteignit même alors son plus haut point de splendeur. Pas un roi, pas une reine, pas un grand personnage, ne venaient en Guienne sans aller faire une visite au seigneur de Cadillac. On y vit tour à tour Catherine de Médicis et Charles IX, Henri IV, Louis XIII et le cardinal de Richelieu, Mazarin et Louis XIV. Ce dernier vint à Cadillac le 16 octobre 1639. Le duc d'Épernon « le reçut avec une pompe princière. »
Les deux ducs d'Épernon avaient laissé de nombreuses dettes, et la plupart des créanciers appartenant à leur famille, leur succession fut divisée entre les divers membres; enfin, Henri- Charles de Foix vendit, le 1 5 mai 1713, la baronnie de Cadillac, comprenant alors les paroisses de Cadillac, Gabarnac, Montprinblanc et Loupiac, au président Dalon et à M"° Daulède. Cette dernière ne prenait pour sa portion que la paroisse de Loupiac. Le tout, y compris les droits de nomination des officiers de justice, de quatre jurats par an, d'un trésorier de la ville; le droit de donner des lettres de bourgeoisie dans la ville, celui de haute, moyenne et basse justice dans Cadillac et dans les trois autres paroisses, et dans une partie de celle de Laroque, dont l'autre partie dépendait de celle de Rions, et enfin tous les droits quelconques, fut vendu pour la somme de cent onze mille francs. Il est dit dans l'acte que si l'acquéreur voulait démolir le château, les habitants pouvaient exiger que les murs extérieurs sur lesquels il est bâti fussent conservés à la hauteur des autres murs de la ville, afin qu'elle ne restât pas ouverte (*).
L'acte de vente était à peine passé, que le comte de Moncassin, représentant de la ligne la plus rapprochée de Foix-Candale, comme fils d'Henriette de Foix, vint exercer envers le président Dalon le droit du retrait lignager, le remboursa de cette acquisition, et prit lui-même la possession de cette seigneurie ('). Le comte de Moncassin mourut à un âge très avancé , « sans avoir été » marié et après avoir adopté son neveu et filleul Charles de Preissac, second fils de son frère » utérin Jean Eyméric, marquis d'Esclignac, et petit-fils d'Henriette de Foix. » Il eut pour fils Charles-Louis de Preissac, qui émigra en 1792 avec son fils, et mourut vers 1794. Sa femme, Marie-Marguerite-Concorde Chol de Torpanne, demeura à Cadillac jusqu'au moment où les administrateurs révolutionnaires vinrent prendre possession du château; elle se retira alors à Tournecoupe, où elle mourut peu de temps après. En 1807, Amable-Charles de Prei.-sac étant rentré en France,
(') Marnai Paris, dit d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VU. — (») Histoire de la Maison de Foix. — J. Cliarlier, llathieu de iiiicy, etc. - (') Voir supra, notice sur le château de liénauj^es. — ,♦) Acte de vente de la h.iroiinie de Cadillac : archives de I. le comte Henri de La Chnssaigne ,dii Gros). — (', -Notes manuscrites de M. Delcros atnô, deCaddlac
l'Empereur lui rendit le château de Cadillac qui n'avait pas été vendu. Il le vendit lui-même en 1818, et pour 35,000 fr., au Gouvernement, qui en a fait une maison de détention ('). Les fastueux appartements des ducs d'Épernon servent maintenant de dortoir à des malheureuses souillées de toutes sortes de crimes, et dont la société a été obligée de se débarrasser.
La ville de Cadillac est bâtie à l'ancien confluent de l'Euille, gros ruisseau qui descend des hauteurs de l'Entre-deux-Mers, et de la Garonne qui coule actuellement à 200 mètres environ des murs. Le château, qui avec ses dépendances occupe près d'un tiers de la ville, s'élève sur le bord du ruisseau. De tous les autres côtés, la cité est défendue par des fossés, larges de 18 mètres
environ, creusés en partie dans le rocher. Ceux du sud et de l'est sont encore bien conservés, et ont à peu près leur profondeur primitive. Leur contrescarpe est bâtie. Ceux de l'ouest, du côté de la Garonne, creusés dans un terrain d'alluvion, sont entièrement comblés depuis quelques années seulement.
Le plan de la ville forme un polygone irrégulier, divisé par des rues qui se coupent à angle droit, comme celles de toutes les bastides; au centre est une place carrée entourée d'arcades, sous lesquelles passent les quatre rues principales. Lorsque le duc d'Épernon détruisit l'ancien château, fort probablement moins vaste que celui qu'il fit élever à sa place, on fut obligé de démolir un des côtés de cette place. Depuis lors, les arcades d'un troisième côté ont disparu, et bientôt, par ordre de la municipalité, toutes les autres vont disparaître à leur tour. Cette disposition était commode, mais elle n'est plus de mode (^).
Les remparts sont flanqués de tours rondes et carrées, et percés, aux quatre points cardinaux, de quatre portes s'ouvrant sous des tours carrées : trois de ces portes existent encore ; la quatrième, celle du nord, a été démolie il y a trente ou quarante ans. « Les murailles de la ville, dit l'accord » du 22 septembre 1315 cité plus haut, devront avoir d'épaisseur partout tout autour de la ville, » ou de largeur, quatre pies, et de hauteur sur terre, sous les batailleries, partout continuellement » douze pies de massonnerie ; et les batailleries devront être faites convenablement sur les » susdites murailles, conlinuellcment partout, bien et suffisamment, par bons et loyaux maçons. » Les murs ont en effet la hauteur et l'épaisseur indiquées ci-dessus, et les batailleries, c'est à dire les créneaux et les chemins de ronde, sont bâties avec le plus grand soin. Il n'en existe plus malheureusement que quelques fragments, le reste ayant servi, il y a trente ou quarante ans, à faire de mauvais chemins dans les environs. Ces batailleries ne se composaient donc que de créneaux sans mâchicoulis et sans hourds (^). Ces créneaux devaient être fermés par des volets qui s'ouvraient
(•) Notes manuscrites de M. Delcros aîné, de Cadillac. — (') Dans un gros bourg du Lot-et-Garonne (Verteuil-d'Agenais), la municipalité, avec l'assentiment des habitants, a pris un arrêté par lequel tout propriétaire, qui veut construire ou réparer une maison sur la place, doit laisser une galerie ouverte sous la façade; de sorte que, dans quelques années, la place de Verteuil ressemblera à celles des bastides du XIII" siècle. — (') Des orifices carrés dans le sommet de la courtine, entre la porte D et la tour xV, paraissent cependant indiquer, mais là seulement, l'existence de hourds
au moyen il'iin pivot horizontal roulant sur deux corbeaux en pierre, qui s'avancent, de chaque côté du créneau, au sommet des raerlons. Cette disposition permettait de voir, en enlre-baillant le volet, ce qui se passait au pied du mur, et même de lancer ou de lai?ser tomber des projectiles
sans trop se découvrir Au milieu des merlons, pas de tous cependant , est percée une meurtrière dont voici la forme (').
Nous avons vu plus haut que la ville, à la fin du XIIP siècle, n'avait pour fortifications que des fossés et des palissades; que les habitants ne commencèrent à l'entourer de murs qu'à la fin du mois de septembre 1315; que certaines parties de travaux traînèrent en longueur, et qu'en 1366, les portes, ou du moins quelques portes, n'étaient pas terminées, parce que les seigneurs de Bénauges n'avaient pas tenu les conditions de l'accord de 1315. Voyons si, par l'étude détaillée des remparts, des tours et des portes, nous pourrons reconnaître les différentes époques signalées dans les textes.
Depuis le ciiàleau jusqu'à la porte du Chapitre ou de Bénauges F, on ne trouve rien à noter, parce que le rempart est caché dans des maisons modernes. Cette porte, qui s'ouvre à l'extrémité orientale de la rue de Bénauges, se compose d'un long couloir voûté en berceau ogival surmonté d'un premier étage, séparé, par un plancher, d'un grenier crénelé dont la charpente est recouverte de tuiles creuses (Planche CXVII). Les défenses du couloir se composaient : 1° du fossé; 2° d'un pontlevis disposé comme ceux de Roquetaillade, et s'emboîtant, lorsqu'il était relevé, dans des feuillures pratiquées dans les pieds-droits d'un grand arc ogival ; 3° d'une herse précédée d'un assommoir, et glissant entre deux arcs ogivaux moins élevés que le premier, et 4" enfin d'une porte dont les vantaux roulaient sous le grand couloir. Lorsque le duc d'Épernon fonda le couvent des Capucins, trouvant probablement que son château était trop exposé par ce côté, il fit laisser entre le couvent et le fossé de la ville un long corridor (HG), protégé, à son extrémité méridionale, par une porte (G), qui prit le nom de Porte des Capucins. Elle était surmontée d'une tour recouvrant le passage. Cette nouvelle défense rendait ce côté oriental de la ville inattaquable.
On ne pouvait arriver au premier étage de la porte de Bénauges que par des portes percées en face des chemins de ronde des courtines adjacentes. La porte que l'on voit dans la gravure
(Planche C.WII), au sommet d'un escalier, est moderne. On entrait donc dans cet étage par la porte A', percée au niveau du sommet de la couitine du nord, et par celle (A) percée bien plus bas que la courtine TE du sud, qui, formant la façade orientale de l'église, a été pour celte raison plus élevée dans celle partie que parlout ailleurs. La première de ces portes est en cintre bombé; l'autre est recouverte d'un linteau ' "^ sur consoles (voir à l'autre page une vue perpeclive de l'intérieur
de cette salle). A droite, on aperçoit i'évier-meurtrière marqué D sur le plan. Il servait en effet à deux fins; il était garni, dans les temps ordinaires, de trois étagères de bois, sur lesquelles on plaçait les ustensiles de cuisine, et que l'on enlevait en cas de siège, pour laisser apparaître une meurtrière cruciforme enfilant le fossé. A gauche, en face de l'évier, s'enfonce dans la paroi une
(•) Ce détail est pris dans la courtine du sud.
large cheminée recouverte d'un linteau d'une seule pièce, soulagé par un arc de décharge en plein-cintre. Au fond, un grand cintre bombé, sous lequel existait une meurtrière cruciforme battant de face le pont-levis, et remplacée maintenant par une petite fenêtre fCj, qui, jointe à
l'ancienne (BJ ouverte du
côté de la ville , répand dans cette chambre une lumière .suffisante. Cet arc de décharge recouvrait l'assommoir placé entre le pont-levis et la herse; il avait surtout été construit pour faciliter le mouvement de celle-ci. Les merlons du
sommet de la tour sont percés de meurtrières semblables à celles du sommet des courtines, dont on voit plus haut un dessin. Plus tard, les créneaux ont été murés, et on y a ménagé des embrasures pour les armes à feu.
J'ai cru reconnaître que les soubassements des remparts, dans certaines parties de la ville, surtout à l'est, sont plus anciens que leur partie supérieure; ainsi, ceux qui forment le flanc oriental de l'église A me paraissent de la construction des premières murailles (premier tiers du XIV* siècle); les pierres dont ils sont formés, depuis le fond du fossé jusqu'au sommet du crénelage, viennent de la même carrière; l'appareil est également le même partout. Les meurtrières sont pattées en haut et en bas, mais le croisillon ne l'est pas : c'est une simple fente horizontale, courte, comme j'en ai déjà rencontré à Roquetaillade et à Budos. Les meurtrières qui s'ouvrent dans les merlons sont plus courtes, mais elles offrent exactement les mêmes détails.
A partir du chevet de l'église, le mur a été démoli dans une longueur de 35 mètres environ; mais il a encore une hauteur de 2 mètres, ce qui permet de voir qu'à 3 ou 4 mètres de l'église il y a une reprise, à partir de laquelle et au sommet du t;ilus le mur est plus moderne, jusqu'à
la tour de l'angle sud-est (LJ, qui elle-même paraît contemporaine de ce rempart, c'est à dire de la seconde moitié du XIV" siècle. Tout le soubassement, à partir du talus, est cependant de la première construction. Les meurtrières du rez-de-chaussée de cette tour sont cruciformes; néanmoins, elles ont été disposées pour l'usage de l'aitillerie et pour celui de l'arbalète. Cette forme insolite me donne à penser qu'on peut les classer au nombre des plus anciennes embrasures à canons; elles indiquent, à n'en pas douter, la transition entre l'archère et l'embrasure; elles pouvaient servir à deux fins, alors qu'on trouvait beaucoup d'archers exercés et peu d'artilleurs. Les meurtrières du premier étage, le seul encore debout, n'ont pas cet orifice inférieur, ce qui paraît prouver que, dans les premiers temps de l'invention des canons, on avait jugé que le tir rasant était plus efficace que le tir plongeant — Au sud, jusqu'à la porte C, les remparts, assez bien conservés, n'offrent rien de piirticulier; ils ressemblent à ceux qui forment le flanc de l'église : c'est là que j'ai dessiné le merlon percé d'une meurtrière (p. 261).
La porte C, qui s'est appelée Por^e Venuhaut, s'appelle indistinctement : Parle du Sud, Porte du Collège ('), Porte de l'Horloge. Elle ne possède ce demi t nom que depuis qu'on y a mis, il y a une centaine d'années, l'horloge qui était auparavant sur la porte de Bénauges. Elle est à cheval sur la courtine et surmontée d'une tour à quatre étages, qui paraît remonter au temps de la première construction des murailles. Le rez-de-chaussée se compose d'un couloir voûté en berceau ogival, défendu par un pont-levis. une herse précédée d'un assommoir desservi par le premier étage, et enfin par les vantaux de la porte, assujétis par des barres qui s'enfonçaient dans les murs. 11 faut remarquer que ce couloir est plus étroit du côté de la campagne que de celui de la ville.
Le premier étage, dont voici le plan, est au niveau du chemin de ronde (A) des courtines. Les portes par lesquelles on y entre sont ogivales. La coupe ci-contre donne la forme intérieure de cette porte et des meurtrières. Voici la porte qui s'ouvre sur la courtine A, avec un détail du congé du biseau. Cet étage est percé de trois meurtrièies : deux enfilent les fossés à droite et à gauche, et la troisième est en face du pont-levis. Elles ont été disposées plus tard pour rem[)loi du lanon, et les deux petits orifices * qui s'ouvrent à côté de la meurtrière de façade ont été probablement pratiqués alors pour servir d'évent ; ce sont de longs tuyaux carrés, horizontaux, qui ne peuvent avoir eu d'autre usage. La fente extérieure de ces meurtrières n'est pas pattée. Du côté de la ville s'ouvre une fenêtre à linteau sur consoles. C'est dans cet étage que se tenaient les hommes chargés de manœuvrer la herse et de la protéger par l'assommoir qui la précède. Cette tour n'a pas de voûte; les étages sont séparés par des planchers dont les solives s'appuient sur des corbeaux en pierre, excepté au quatrième, où un redan du mur leur sert d'appui. Un escalier en bois sert de communication entre chaque étage. Le second, éclairé de la même façon que le premier, n'a que deux meurtrières enfilant les fossés. Le lroi.«^ième est semblable au second ; n)ais il a de plus une iiieurtrière en face du pont-levis. Les meurtrières de ces deux étages s'ouvrent sous un linteau sur consoles, au fond d'une niche voûtée en cintre bombé. Le quatrième étage renfermant l'horloge, et la toiture, ont été construits, il y a cent ans environ, lorsqu'on a établi cette horloge.
Cette porte est à l'entrée d'une rue qui passait sous les arcades de l'est de la place. Elle porte maintenant le nom de Grande-Rue. La rue (ce) à l'est de celle-ci s'appelle Rue Sarrazine. La rue qui est à l'ouest fab) s'appelle Rue du Gros, passe sous la galerie occidentale (fa) de la place, et avait à son extrémité sud une poterne (b) qui a été démolie, il y a une dizaine d années, avec la courtine qui réunissait la porte C à la tour de l'angle sud-ouest M.
Cette tour est ronde et tout à fait en saillie dans les fossés. Elle a trois étages séparés par des planchers dont les solives s'appuient sur des corbeaux en pierre. On entre dans l'étage du milieu par une porte à linleau sur consoles, et dont le seuil est un peu plus haut que le niveau du sol de la ville; on devait de là descendre par une trappe dans celui du dessous. On passe dans l'étage
zîz:x
(M Le collège était situé en R.
supérieur par une porte au niveau du sommet des courtines. Voici le plan de l'étage intermédiaire; j'y ai ajouté la place des meurtières de l'étage inférieur, indiquées par des hachures. Toutes
ces meurtrières affectent à l'intérieur la forme ordinaire de celles du
XIV° siècle, mais il n'en est pas de même à l'extérieur; ainsi, celles du
rez-de-chaussée ont, au dessous de leur fente verticale cruciforme,
un orifice circulaire à l'usage de très petits canons. Un de ces orifices n'est
pas directement au dessous de la fente; mais, comme son voisin, il est bien
contemporain de la meurtrière. Au premier étage, les meurtrières n'ont
pas de croisillon, et l'embrasure inférieure est évidemment plus moderne;
au second, elles ressemblent en tout à celles des remparts. Tout cela
donne à penser que cette tour est contemporaine de celle de l'angle sud-est. Mais ce qui paraît
devoir dissiper tous les doutes, c'est que, comme celui de l'autre tour, le corps de celle-ci, à partir
du redau du sommet du talus, est bâti avec des pierres d'une autre qualité que celle des pierres
qui forment le soubassement, et que leur appareil est également différent. Celui du talus ressemble, en effet, à celui des courtines. Ou remarque contre le flanc de cette tour, mais à une certaine hauteur seulement, l'amorce d'un mur dont je n'ai pu deviner l'usage.
Vint-cinq meurtrières, semblables entre elles, s'ouvrentdans le rempart de l'ouest, depuis la tour M jusqu'à la tour P. A l'intérieur, elles sont recouvertes d'un linteau sur consoles, au fond d'une niche voiitée en plein-cintre. On peut étudier la disposition des remparts dans cette longue ligne de courtines; on remarque qu'ils étaient séparés des maisons par un étroit couloir, un chemin de ronde au niveau du sol, où .=e tenaient les archers desservant les meurtrières, et permettant à la garnison de faire sans obstacle le tour intérieur de la ville et de pouvoir se transporter facilement sur les points attaqués. Cette disposition avait aussi l'avantage de ne pas laisser à certains bourgeois le soin de défendre la partie des remparts contre laquelle s'appuyaient leurs maisons. De distance en distance, des escaliers rampants contre l'intérieur du mur servaient à monter sur le chemin de ronde supérieur, et en même temps de conlre-forts.
Dans le rempart méridional s'ouvre la porte de la Mer (D), donnant entrée dans la rue de même nom, passant sous les galeries du sud de la place ; puis, sous le nom de Rue de Bénauges, se dirigeant eu face de la porte du Chapitre. Lorsde la première construction des fortifications de la ville (1315), la porte de la Mer n'était pas ce que nous la voyons maintenant (Planche CXVIl). Elle n'était pas protégée par la tour actuelle, qui est tout à fait en saillie dans le fossé; elle n'avait pour toute défense que le moucharabys qui s'avance, au dessus de l'ancienne porte, dans l'intérieur de cette tour ('); lequel possède, en outre des orifices inférieures, trois meurtrières d'où les flèches pouvaient atteindre l'assaillant engagé sur le pont. On peut se convaincre que la tour est postérieure à cette première porte, et par conséquent aux remparts : 1" par son caractère, son aspect, sa tournure; 2" par les reprises de la maçonnerie, qu'on voit très bien de fintérieur de la ville, au dessus du moucharabys ouvert sur le chemin de ronde ; 3° par une console de cette défense qui
(<) Voir un dessin et un plan de ce moucliarabys et une vue de la tour du cùto de la ville, dans les Types les plus remarqudiles de l'architecture au Moyen Age dans la Gironde, par Léo Urouyn, texte par M. L. de Lamotlie. Le dessin donné dans le? Instructions du comité historique des arts et monuments, a ëté fait de souvenir et ne peut donner une idée juste de ce moucliarabys
ost engagée dans la maçonnerie à l'intérieur de la tour; 4° par la différence de l'appareil des étages supérieurs et de toute la façade. Dans le bas, sur les flancs de cette tour, on remarque un appareil semblable à celui des remparts environnants, et des meurtrières semblables aussi à celles qui percent ces remparts; ce qui fait supposer que la tour avait été commencée, mais que la construction, arrivée au dessus des meurtrières, avait été abandonnée. La tour est à peu près carrée; elle a trois étages au dessus du rez-de-chaussée qui sert de couloir à la porte, et une terrasse crénelée dont les merlons sont percés de petites embrasures. Le premier étage n'avait pas de porte; on devait y descendre du second par une trappe; on montait dans celui-ci par le chemin de ronde au moyen d'une échelle; la porte, défendue par un moucharabys placé au niveau de la terrasse, est recouverte d'un linteau sur lequel le biseau dessine une accolade à peine sensible. Le second étage n'était éclairé que par cette porte; le troisième l'était par trois très petites fenêtres carrées; on montait sur la terrasse par une trappe. La porte extérieure de la tour est surmontée d'une haute arcade ogivale. La disposition du plancher qui séparait le rez-de-chaussée du premier étage, rendit le moucharabys intérieur inutile après la construction de la tour.
En se dirigeant de cette porte vers le nord, on rencontre en N les arrachements d'une tour carrée tout à fait en saillie dans le fossé : c'est probablement celle qui fut démolie en 1 453 par l'artillerie des Français (*).
La tour de l'angle nord-ouest fPJ est semblable, pour la forme, la dimension et les dispositions, à celle de l'angle sud-ouest, avec cette différence qu'elle possède, au premier étage, des latrines en saillie dans l'angle formé par cette tour et le mur occidental de la ville. Les meurtrières sont semblables à celles des courtines environnantes. Au [rez-de-chaussée, on n'y a pas ajouté d'orifices circulaires pour canons, mais on en a ajouté au premier; le second étage n'existe plus. Cette tour paraît contemporaine des remparts, et plus ancienne par conséquent que les deux autres tours rondes.
La Porte de l'Euille (E), qui portait aussi le nom de Porte Saint Bach, à cause de la statue de ce saint placée sur une con-^ole dans le couloir, est démolie; mais il existe, dans la salle des séances particulières de l'Académie de Bordeaux, une vue de Cadillac dont cette porte forme le premier plan. Elle ressemblait à celle du Chapitre. Les courtines qui s'y appuyaient sont aussi démolies. Celle qui rejoint le château existe en entier, jusques et y compris presque tout le crénelage; elle est de la première construction des remparts.
On voit, d'après ce qui précède, qu'ici les caractères archéologiques et les textes sont à peu près d'accord. Les textes nous disent, en effet, qu'en 1315, un accord fut passé entre les habitants de Cadillac et leur seigneur Pierre de Grailly pour envelopper la ville de remparts. Celui-ci prenait à ses frais la construction des quatre portes; mais en 13G6, Jean de Grailly, captai de Buch, se fit exempter de cette charge, et les habitants durent les faire à leurs frais. Mais nous avons vu que deux des tours qui surmontent les portes, peut-être trois, ont été construites en même temps que les remparts, dans le premier tiers du XIV" siècle. Il dut donc arriver ceci : ou les habitants construisirent les portos à leurs frais, espérant que ces frais seraient remboursés par leurs seigneurs, ou ceux-ci firent réellement construire les deux ou trois portes susdites; mais celle de la Mer ayant été faite provisoirement, la tour même commencée, Jean de Grailly pensa que la ville pouvait se contenter du simple moucharabys qui la défendait, et ne jugea pas à propos de tenir la
(') Supra, page 258.
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266 CHATEAU DE CASENEDVE.
promesse de ses prédécesseurs; les bourgeois de Cadillac, à leur tour, ne voulurent pas contrarier le puissant captai. Les tours L et M, dont le soubassement seul est contemporain des remparts, furent probablement aussi finies à cette dernière époque.
On a dit quelque part que la ville de Cadillac avait été bâtie par un Gaston de Foix : il n'en est rien; seulement, à la fin du XV' siècle, on reconstruisit dans cette ville une grande quantité de maisons, dont quelques-unes subsistent encore; la plus intéressante de toutes est au point /"du plan. Elle recouvre la première arcade de la galerie occidentale. Des arcs en plein-cintre et très lourds supportent deux étages surmontés d'un pignon très aigu, dont les rampants sont ornés de choux-frisés. Le premier étage est éclairé par une grande fenêtre divisée en quatre baies par un meneau cruciforme ; des pilastres portés par des cariatides, surmontés de clochetons et réunis par une contre-courbe ornée de crochets frisés, lui servent d'encadrement. Une fenêtre, ornée de la même façon, mais plus petite et sans meneaux, éclaire le second étage. On monte dans ces divers étages par un escalier placé dans une tour bâtie dans la cour. Je n'ai pas rencontré dans la ville une seule maison entière du XIV* siècle; mais on retrouve, dans les cours et dans l'intérieur de quelques-unes d'elles, des portes et des fenêtres de cette époque. Une halle moderne (I), qui tombe en ruine, remplace l'ancienne. En 0 est la place du Marché; en B, le château bâti par le duc d'Èpernon , auquel il coiita plus de deux millions. C'était, dis;iit-on, la plus belle résidence de France. Je n'en parlerai pas ici, parce que des vues, des plans et des descriptions en ont été souvent publiés. Cependant, je dois dire que je ne partage pas l'enthousiasme des contemporains des ducs d'Èpernon. Il est probable que ce qui les remplissait d'admiration, c'était le luxe intérieur.
Un auteur de Cadillac, M. Delcros aîné, pense que le château de Cadillac est le château de Bénauges des historiens ; que tous les faits que l'on rapporte au château de la commune d'Arbis se sont passés à Cadillac, et que le château de Bénauges, qu'il appelle Château a Arbis, a été fondé seulement au XV' siècle, et qu'il n'était qu'un fief de la seigneurie de Bénauges. Ceux qui ont suivi avec attention nos notices historiques sur ces deux localités, et surtout la description du château de Bénauges, le plus considérable et l'un des plus anciens de la province, ne pourront partager l'opinion de l'honorable M. Delcros. Les seigneurs du château de Bénauges, qui étaient en même temps seigneurs de Castillon, de Castelnau de Médoc, de Puy-Paulin de Bordeaux, captaux de Buch, etc., abandonnèrent probablement le château de Bénauges après la conquête de la Guienne, le laissèrent peut-être tomber en ruine et résidèrent dans leurs autres seigneuries, et enfin, du temps des ducs d'Èpernon, il fut tout à fait abandonné pour Cadillac. Mais de là à la non existence de cette immense forteresse des Gavarret de Bouville, des Grailly et des captaux de Buch, il y a loin.