‹ La Guienne anglaiseChapitre 35 sur 39 · CHATEAU DE CASENEUVE OU CASENAVE · texte numérisé non relu

CHATEAU DE CASENEUVE OU CASENAVE

A Insos, canton de Vi Uandrau t, arrondissement de Bazaa,

Au milieu du XIII" siècle, le château de Bazas et celui de Caseneuve relevaient de Gaston de Béarn. Comme vicomte de Gavarret, AmanieuVd'Albret en rendit hommage à Gaston, le 14 août 1250,

au devoir d'une lance d'esporle à chaque changement de seigneur, à la charge de les remettre une fois en sa vie entre les mains de Gaston, qui devait les lui rendre aussitôt après, dans le même état. Celui-ci devait, en outre, les défendre de tout procès et de toute attaque à main armée; ne devait, pour aucune raison, les demander au sire d'Albret ou à ses héritiers, à moins qu'il ne lui survînt quelque guerre. Dans ce cas, Amanieu devait les lui livrer pour l'aider à combattre ses ennemis jusqu'à la conclusion de la paix ou d'une trêve (•).

Le roi d'Angleterre, de son côté, avait aussi le droit de se faire livrer le château de Caseneuve. C'est ce qui résulte d'une lettre d'Henri III, datée de Bazas le 4 décembre 1254, par laquelle il s'oblige à restituer à Amanieu les châteaux de Casteljaloux et de Caseneuve, qu'il doit garder pendant deux ans, à partir de la fête de Saint-Michel. Si pendant ce temps il est obligé d'y faire des réparations, elles seront à ses propres frais ; et si le roi de Castille envahit les terres qu'Amanieu tient du roi, celui-ci jure de les défendre comme les siennes propres. Pour plus de sûreté, le roi fera jurer à tous les commandants qui se succéderont dans lesdits châteaux, de les restituer en bon état à Amanieu lorsque le temps sera venu. Le roi lui promet, en outre, de ne pas faire la paix avec Bernard de Bouville, seigneur de Bénauges, tant que celui-ci n'aura pas rendu au sire d'Albret son fils qu'il avait fait prisonnier, si du moins il était encore en vie (^).

En 1259, Gaston de Béarn, ayant fait la paix avec le roi d'Angleterre, s'engagea à remettre le château du Sault, qui relevait de la vicomte du Béarn, à Edouard, fils aîné du roi; mais Arnaud Garcies de Navailles, à qui il appartenait, ne voulut pas le livrer. Gaston résolut de punir son vassal désobéissant, et se fit remettre auparavant le château de Caseneuve par Amanieu d'Albret, en conséquence de l'acte d'investiture de 1 250 ('}.

Les seigneurs d'Albret possédaient encore le château de Caseneuve aux XIV*, XV* et XVI* siècles; on le trouve, en effet, sur la liste dos possessions de cette puissante famille, dans une trêve faite le 19 mai 1387, entre le roi d'Angleterre et Arnaud Amanieu d'Albret (*). En 1340, le siège fut mis par les Anglais et les Gascons devant Tarlas qui appartenait au sire d'Albret, tenant alors pour la France. Après un siège de sept mois, on fit un traité par lequel Tartas et plusieurs autres châteaux, parmi lesquels était Caseneuve, semient donnés à Charles, fils du duc d'Albret, qui jurerait fidélité au roi d'Angleterre. Si Charles ne voulait pas tenir son serment, il devait rendre au sénéchal de Bordeaux ce que celui-ci lui aurait donné (■"'). Si l'on en croit O'Reiliy, Histoire de Bazas, page 1 54, Antoine de Caseneuve, sénéchal de Bazas, qui était de la famille d'Albret, habitait en 1461 le château de Caseneuve. Le 21 février 1469-70, Charles d'Albret fait hommage à Charles, duc de Guienne. Sur la liste de ses châteaux, on trouve celui de Caseneuve (*); on le trouve aussi dans l'hommage fait à François I*' par le sire d'Albret, le 27 juin 1515 (').

Le 6 janvier 1648, haut et puissant seigneur messire François de Caumont La Force, marquis de Castelmoron, était seigneur de Caseneuve, Casteinau de Cernés et Balizac, comme mari de Marguerite de Vicose (*). En 1 581 et 1 583, Henri IV avait engagé ses seigneuries à Guillaume de Rancé; en 1595, il les engagea de nouveau à Raymond de Vicose ('). Plus tard, le château de Caseneuve passa par mariage dans la famille de Pons, puis par héritage à M. le comte Dubois

(•) Archives historiques de la Gironde, t. Il, p. 303. — i') Idem, t. III, p. 38. — (') De Marca, Histoire de Béarn, in-fol., p. 606. — (*) Archives ftisfonV/ues de la Gironde, t. III, p. 280. — (') Jean Charlier, édit. de l'imprimerie royale, p. 108. — i') Archives historiques de la Gironde, t. IV, p. 154. — (') Wem, p. 216. — (") 0"Gilvy, Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, t. II, p. 62. — l*) Cbarlolle-Rose Caumont de La Force, auteur d'un grand nombre d'ouvrages intéressants, est née au château de Caseneuve.

de La Mothe [•). Ce dernier est mort il y a quelques années, laissant pour héritier M. le comte de Sabran, à qui appartiennent maintenant le château et la terre de Caseneuve.

Ce château, un des plus vastes que je connaisse, est bâti au confluent du Ciron et du ruisseau de Honburens, sur un banc de rochers taillés à pic du côté du Ciron. L'ensemble des constructions et des terrassements a 230 mètres de long sur 133 de large. Il se compose de deux parties

principales : le château proprement dit, enveloppant une cour intérieure fA), et une grande basse-cour (BJ entourée de hauts remparts protégés par un large fossé (GFE) se reliant, en E, à des lices qui protègent toute la façade occidentale, et en G, à une large coupure (DC) qui sépare la basse-cour du château et se relie elle-même aux lices de l'ouest et du nord-ouest. Ces dernières sont au sommet des rochers qui font corniche sur le Ciron (Planche CXVIII). La terre du fossé, rejetée en dehors, avait formé un vallura dont on retrouve encore quelques restes. Devant la porte H s'arrondit le fossé d'une barbacane (I), entourée autrefois de murailles dont on enlevait les dernières fondations pendant le mois d'avril 1862; on comblait, par la même occasion, les fossés pour avoir quelques mètres de terre de plus à cultiver.

Pour pénétrer dans le château par la principale porte, qui a toujours dû se trouver au point H, il fallait d'abord traverser la barbacane dont l'entrée devait être au point R, où l'on trouvait encore des décombres lors de ma première visite à Caseneuve, le 5 avril 1856, du vivant de M. Dubois de La Mothe; franchir ensuite le fossé, passer sous la porte H et traverser toute la basse-cour £, entourée fort probablement de dépendances fortifiées. Il faut remarquer que les remparts de celte basse-cour, assez épais d'ailleurs, n'ont pas de meurtrières : toutes les défenses étnient portées au sommet, où le chemin de ronde existe encore dans quelques portions. Les murs sont en partie

(') O'Reilly, Histoire de Bazas, p. 278 et 353.

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démolis du côté de l'est; partout ailleurs ils sont mutilés par des brèches plus ou moins rapiécées. Ils ont tous les caractères des remparts élevés au XIII" siècle. Les quelques bâtisses qui existent maintenant dans la cour ne peuvent certainement pas donner une idée de celles qui s'y élevaient du temps des sires d'Albret.

A l'extrémité nord de la basse-cour, on trouve un pont qui traverse la coupure CD, très profonde et bâtie sur la contrescarpe. Il faut remarquer que les murs du château ne montent pas du fond des fossés, mais qu'ils laissent entre leur base et l'escarpe un étroit chemin de ronde, des braies fort probablement fortifiées autrefois par un parapet crénelé, derrière lequel se plaçaient des archers pour gêner les approches. Après avoir franchi la porte M, on se trouve dans une cour entourée de bâtiments qui paraissent avoir été tous construits au XVIP siècle ; ils renferment deux étages de grandes chambres sans intérêt, éclairées par des fenêtres cruciformes; des lucarnes à pignons, les uns triangulaires et les autres cintrés, éclairaient les anciens combles, qui ont été remplacés par des toitures plates recouvertes de tuiles creuses. Les murs ont pour couronne une corniche interrompue par les lucarnes et soutenue par de puissants modillons. Ils ont été élevés en partie avec les matériaux de l'ancienne construction, qui paraît avoir été alors entièrement démolie au nord, à l'est et au sud. Il ne reste d'ancien que les murs de l'ouest, où se trouvent les fondations d'une tour carrée fPj interrompant les lices de l'ouest et protégeant l'entrée de la coupure CD, dont les extrémités sont murées; mais un grand arc ogival bandé d'un bord à l'autre, à l'extrémité D, paraît prouver qu'elle n'était pas fermée autrefois. On m'a dit avoir exhumé des tombeaux au pied de la tour P, mais je ne les ai pas vus. C'est aussi dans ce mur occidenlal, épais de 2™60, qu'on trouve la poterne ogivale L, appelée la fausse porte. Là, comme dans le rempart de la basse-cour, on ne trouve pas de meurtrières. Comme ce rempart, le mur et la poterne ont tous les caractères de ceux bâtis au XIII' siècle.

La première forteresse élevée sur cette pointe de terre était loin d'être aussi considérable que celle de la fin du XIII' siècle : c'était une motte fJJ très abrupte, haute de 10 à 12 mètres, et dont la base est probablement formée par le rocher. Sur le sommet gît un immense bloc de maçonnerie de 5 mètres d'épaisseur, formant le parement d'une tour. Des marches d'escalier, qui sont incrustées dans ce bloc, prouvent, par leur position, qu'il est renversé presque sens dessus dessous. La mine seule a pu bouleverser ainsi une masse aussi lourde {'). D'autres murs, encore en place sur le bord sud-ouest de la motte, sont de la même époque que le gros bloc, qui m'a paru appartenir au XIII" siècle : c'était fort probablement le donjon du château. On avait isolé cette motte du plateau par une profonde coupure (KJ, qu'on a transformée en cour basse lorsque, au XIII" siècle, on a agrandi la forteresse ; alors on a pratiqué à une des extrémités de cette coupure la poterne L, suivie d'un couloir, et l'on a fait des caves sous les bâtiments qui ferment l'autre extrémité. Le mur qui partage la motte en deux m'a paru appartenir à la construction du XVII' siècle. Deux portes ouvertes dans la contrescarpe de la coupure K donnent entrée : l'une, dans un escalier qui conduit par une pente droite et très rapide au fond d'un puits creusé dans la cour A; par l'autre porte, on entre dans deux caves creusées dans le roc; elles sont très humides, et leur plafond s'exfolie par fragments si considérables qu'il est assez dangereux de les visiter.

Comme toutes les grandes forteresses, celle-ci avait sa chapelle et sa prison : toutes deux sont du XVII' siècle. La chapelle, beaucoup trop vantée, est fort proprette, mais manque tout à fait de

(') Voir les notices sur les châteaux de La Trave et de La Travette, vol. I, p. 95 et t02.

caractère. La prison est en N, à côté de la porte du château : c'est un cachot très profond, dans lequel on descend par un étroit escalier dont l'entrée est au niveau du sol de la cour; le fond du cachot est au niveau du fond de la coupure. Il ne reçoit de lumière que par un petit soupirail percé dans un mur d'une énorme épaisseur. Sur toutes les parois, mais principalement sur les parties du mur où frappent les rayons lumineux, sont des gravures creusées avec une pointe de fer par un prisonnier sans aucun doute ; elles représentent des navires ressemblant à ceux que l'on construisait au XVII*' siècle; des matelots manœuvrent sur le pont et grimpent dans les cordages. Ce prisonnier était fort probablement un marin. Il ne paraît pas avoir eu de successeur dans cette triste demeure, car tous les dessins sont de la même main.

Le château de Caseneuve est une immense habitation, située dans un lieu on ne peut plus solitaire, au milieu d'une vaste forêt de chênes et de pins, sur le bord d'une étroite rivière encaissée entre de hauts rochers et recouverte de grands arbres, qui, dans certains endroits, forment au dessus de l'eau une voûte de verdure. Nulle part ailleurs on ne trouve une végétation plus luxuriante, des arbres aussi grands et aussi gros. Lorsque, dans le printemps, on arrive par Préchac ou par les bords du Ciron, on ne voit cette énorme construction que lorsqu'on touche la base de la muraille ; mais à l'est s'étend une grande plaine fertile et bien cultivée, qui forme un contraste charmant avec les bois du bord opposé.

Canton de Langon, arrondissement de Bazas.

Dès le commencement du XII" siècle, les seigneurs de Castets-en-Dorthe tenaient un certain rang parmi la noblesse du pays. L'un d'eux fait des donations assez considérables à l'abbaye de Fontguiilem. Sa fille, nommée Guiraude, les confirma vers 1130. A la fin du même siècle, le chevalier et les prudhommes de Castets avaient fait quelques torts à la ville de La Réole. Après avoir indemnisé les habitants, ils firent, le 7 février 1200-01, alliance avec le maire et les jurats de cette ville. Ils jurèrent réciproquement de se porter secours en toute occasion, excepté cependant contre le roi d'Angleterre ('), qui, le 11 septembre 1242, écrivit au seigneur de CasIets-en-Dorthe de venir le rejoindre, bien monté et bien armé, à Sainte-Bazeille, dans l'octave de l'Exaltation de la Sainte-Croix, et d'amener avec lui tous les hommes qu'il pourra se procurer (*). Le 12 novembre de la même année, il lui écrivit de nouveau de se rendre dans la même ville, le vendredi après l'octave de Saint-Martin ('). Il paraît qu'à cette époque, la seigneurie de Castets était divisée, car le roi s'adresse non au seigneur, mais aux seigneurs fdominis) de Castets. Elle l'était également en 1275, puisqu'à cette époque Guillaume Seguin, IV" du nom, en était coseigneur (*).

Il devait exister alors quelques petits châteaux dans la paroisse, peut-être dans le bourg de Castets; mais la forteresse qui joua un' si grand rôle pendant les guerres de religion n'existait pas encore. Raymond-Guillaume de Goth, chevalier, neveu du pape Clément V, étant seigneur,

{') Archives historiques de la Gironde, t. I, p. 191. — (') Ryraer, t. I, pars. I, p. 249 ; Londini. — i') Collection de documents inédits sur l'histoire de France; lettres de rois, reines, etc., publiées par M. ChampoUion-Figeac, t. I, p, 74. — (') De Bourrousse de Laffore, Nobiliaire de Guienne et de Gascogne, généalogie de la famille de Seguin.

coseigneur peut-être de Castets-en-Dorlhe, le roi lui donna, le 1 5 novembre 1313-14, l'autorisation d'y construire une maison forte ('). Alors fut fondé le château de Caslets. Le 24 mai 1316-17, le roi paraît l'avoir donné à Raymond-Guillaume en toute propriété, avec sept paroisses, en échange d'un manoir que ce seigneur possédait dans le diocèse d'Agen (^). Le marché était probablement fort avantageux pour le seigneur de Castets; mais alors Edouard II était en guerre avec les Écossais et avait besoin d'argent; il est probable que Raymond-Guillaume de Goth lui en fit passer, comme le firent d'autres seigneurs, villes et cités de la Guienne f), et que le roi reconnut de cette manière les bons offices de son vassal.

Cependant, Raymond-Guillaume ne fut pas toujours fidèle à la couronne d'Angleterre. Après la mort de Charles-le-Bel, il prit parti pour Philippe de Valois contre Edouard III, et mourut pendant la guerre que le roi de France fit, en Guienne, à celui d'Angleterre. Philippe VI, ayant eu pendant quelque temps le dessus, voulut récompenser les seigneurs gascons qui l'avaient servi : les seigneurs de Castets étaient de ce nombre; aussi, à la prière de Jean, évoque de Beauvais, son lieutenant en Languedoc, il donna, au mois de mars 1341, à Bertrand de Goth, damoiseau, coseigneur de Castets-en-Dorthe, fils de Raymond-Guillaume de Goth, chevalier, la haute justice de cette localité, qui lui appartenait par suite, dit sa lettre, de la révolte du roi d'Angleterre, et la moitié de la basse justice dudil lieu, qui avait été confisquée pour la même cause, à Pierre du Solers et à plusieurs autres rebelles. Ce droit valait annuellement 80 livres tournois environ. Tous ces dons étaient octroyés à cause des services gratuits que Bertrand et son père lui avaient rendus pendant la guerre de Gascogne, et des pertes qu'ils avaient éprouvées (plus de 1,000. livres de rente par an], et, en outre, pour les in.Iemniser d'une somme de 2,060 livres de gages dont ils l'avaient tenu quitte (*).

Cependant, le comte de Derby étant arrivé en Guienne en 1345, reprit aux Français tout ce qu'ils avaient conquis. Le roi d'Angleterre dut confisquer à Raymond-Guillaume de Goth et à son fils la terre de Castets. Nous trouvons, en effet, qu'il la donna à Jean de Grailly, et que Jean l'ayant abandonnée, elle rentra au pouvoir du roi, qui en fit don à Bernard de Puch (de PodioJ, auquel elle appartenait en 1416 ('). D'un autre côté, on trouve que le château de Castets-en- Dorthe fut restitué au seigneur d'AIbret le 1 4 juillet 1355 (^) ; on trouve plus tard, le 2 juin 1358, que le roi d'Angleterre le garde sous sa main C'); et enfin qu'un Raymond-Guillaume, seigneur de Castets, fit hommage au prince de Galles, dans l'église Saint-André de Bordeaux, le 9 juillet 1363 (*). Estrce Raymond-Guillaume de Goth, ou Guillaume-Raymond (Willem AramonJ Monadey qui était à cette époque coseigneur de Castets, ainsi qu'on le voit par une reconnaissance, en sa fiweur, datée du 9 janvier 1367 (^)? En 1383, Gaillard de La Mote est, à son tour, qualifié seigneur de Castets-en-Dorthe ("). Il est vrai que cette seigneurie avait été de tout temps divisée; néanmoins, tout cela est fort obscur, et l'histoire suivie de ce château pendant le XIV° siècle ne peut se faire qu'imparfaitement avec le petit nombre de documents connus. En 1377, il fut pris parles Français commandés par le duc d'Anjou et Bertrand Du Guesclin ("). Le 1 1 décembre 1442, il fut pris de nouveau par les Anglais commandés par Roos, régent de la sénéchaussée de Guienne, et messire

(•) Rôles gascons. — (») Idem. — C) Archives historiques de la Gironde, t. II, p. 320. — (♦) Idem, t. IV, p. 103. — (») Rôles gascons — Hymer, t. IV, pars. II, p. 164, 3« édit. — Dans l'acte, il est dit qu'Henri donna la terre de Castets à Jean de Grailly. M doit y avoir ici une erreur de nom, puisque Henri IV ;ne monta sur le trône qu'en 1399, et que Jean de Grailly, dernier de ' ce nom, était mort depuis 1377 ; ce doit être Edouard III et non Henry. — (») Rôks gascons. — (') Idem. — (") Jules Delpit, Documents, etc., p. 89. — [') Archives historiques de la Gironde, t. I. p. 307. — (">) Idem, t. III, p. 281. — (") Les Grandes chroniques de France, publiées par .M. Paulin-Paris, t. VI, p. 353 et suivantes.

Hull, qui étaient partis de Bordeaux, le 10 novembre, à la tête de 300 hommes d'armes et d'autant d'archers, pour secourir La Réole assiégée par le roi de France (').

Nous avons vu plus haut qu'un Guillaume-Raymond Monadey était au milieu du XIV' siècle coseigneur de Castets. Deux cents ans plus tard, nous voyons qu'une Nicole de i'Isle, fille et héritière de Jean de I'Isle, chevalier, seigneur de Castets-en-Dorthe, des Jauberthes et de Monadey, fut mariée à Pierre III de Lur, qui devint ainsi coseigneur de Castets (^). Il est probable que Nicole de I'Isle, qui possédait une terre du nom de Monadey, descendait de Guillaume-Raymond Monadey, et que la seigneurie de Castets ne vint pas aux de Lur par une alliance avec les Monlferrand, comme l'avance M. l'abbé O'Reilly dans son Histoire de Bazas.

En outre, nous trouvons en même temps quelques autres coseigneurs de Castets : d'abord, vers 1550, messire Geoffrey de La Chassaigne, qui possédait le château par entier et la moitié de la juridiction dudit lieu; Gaston d'Arsac, seigneur de Castets, qui épousa Louise de La Chassaigne, fille de Geoffroy et de sa seconde femme Jeanne de Favier; M. de Min vielle, qui, en 1 573, acheta la portion de Louis de Lur, fils de Pierre de Lur et de Nicole de I'Isle.

Louise de La Chassaigne devint bientôt veuve, et se remaria, le 27 janvier 1572, avec Jean de Fabas, fils de Jean de Roux de Fabas, seigneur d'Arriès et de Castets, et de Marie d'Arriès (^). Par ce mariage, Fabas devint seigneur du château de Castets-en-Dorthe. Lors de son mariage, Jean de Fabas était catholique; mais cinq ans plus tard, il se fit protestant, et voici à quelle occasion : « Il » occupait Bazas pour le roi avec sa compagnie. Un capitaine, habitant la ville, avait épousé une » riche veuve dont la fille, née du premier lit, élait recherchée en mariage par de nombreux » prétendants. Son beau-[)ère voulait l'unir à un de ses parents. Fabas, de son côté, intriguait pour » ménager cette alliance à son cousin, le sieur de Gascq; mais bientôt, voyant qu'il ne pouvait » atteindre son but que par la violence, il fait assassiner le beau-père, enlève la jeune fille et la » livre à son parent; puis, pour se soustraire aux suites certaines de son crime, il embrasse la » religion protestante, met la ville au pillage, saccage les maisons des chanoines et démolit » l'église. » Ici n'est pas le lieu de faire l'histoire des deux Fabas, si bien traitée par M. Anatole Barthélémy (*]; je me contenterai d'en extraire ce qui a rapport au château de Castets.

A peine Jean de Fabas eut-il passé dans les rangs des protestants, qu'il escalada La Réole, et se mit ensuite à ravager les environs de Bordeaux, et commit toutes sortes d'excès jusqu'à la paix de Fleix, le 2G novembre 1581 . Pendant la paix, il favorisa une bande de pillards appelés les picoreurs; il arrêtait les vivres qui passaient sur la Garonne devant son château. Les catholiques étaient au désespoir, et cinq corps d'armée furent envoyés contre le roi de Navarre, qui, à cette nouvelle, fit ravitailler ses principales forteresses : Castets était du nombre; il y envoya 8 quintaux de poudre. Fabas avait depuis longtemps fait entourer son château de fortifications, et l'avait pourvu d'une bonne garnison, commandée par le capitaine Labarrière. Le maréchal Jacques de Goyon Matignon, un des chefs de l'armée royale, vint, à la prière du Parlement de Bordeaux, avec 4,000 hommes de pied, 450 chevaux et 8 canons, « mettre le siège devant Castets, pour » tirer vengeance des attaques continuelles de l'ancien gouverneur de La Réole. Le roi de Navarre,

(') Journal du voyage d'un ambassadeur anglais à Bordeaux en liii, traduit par M. G. B. (Gustave Brunet!. — (') Généalogie de la famille de Lur-Saluces. — ('j Probableiuent Orries, en Bénauges, paroisse de Ladaux. — (•) Toute l'histoire du château di' Castets-en-Dorlhe, pondant le temps qu'il a appartenu aux Fabas, est tirée d'une notice intitulée ; Les Deux Fahas, I5G9, 1654, par Anatole Barthélémy, Bibliufhéque de l'école des Chartes, t. II, part. Il, p. 545 ; de la généalogie de la famille de La Chassaigtif par M. O'Gilvy, Nuhiliaire de Guienne et de Gascogne, t. I, p. 393; de l'Histoire universelle, de d'Aubigné; des archives de M. k comte Henri de La Chassaigne (du Gros), etc.

» suivi de 1 ,800 arquebusiers et de 250 cavaliers, accourut en personne au secours de la place, » accompagné de M. de La Force. Il contraignit Matignon à se retirer, bien que celui-ci eût des » troupes plus nombreuses, dîna dans le château, puis repartit immédiatement pour se rendre à » Pau. Peu de semaines après, Matignon s'étant joint au duc de Mayenne, revint attaquer Castets; » il avait déjà fuit tirer quatre cents coups de canon contre les remparts, quand arriva la nouvelle » que Fabas, qui faisait des entreprises si merveilleuses que le vulgaire croyait qu'il eût un esprit » familier, était parti de Casteljaloux avec 400 arquebusiers, et se tenait à Caumont, prêt à venir » défendre son château. Cet avis arrêta les opérations des assiégeants.

» Matignon, qui sans doute tenait à réparer son premier échec, voulait avoir seul l'honneur de » prendre Castets ; aussi essayail-il de persuader au duc de Mayenne d'aller assiéger Saint-Basile » ( Sainte -Bazeille); mais ce dernier, sans se laisser convaincre par ces insinuations, envoya » secrètement vers Fabas pour tenter une capitulation. L'offre fut acceptée, et le traité conclu » le 9 avril 1386, à l'insu de Matignon, à qui il fut ensuite notifié par Pierre Forget, trésorier » général de l'armée. Le maréchal, du reste, dissimula son dépit, d'autant mieux qu'en réalité les » intrigues de Mayenne n'avaient eu pour résultat qu'une négociation peu avantageuse.

» Le traité portait, en effet, que Castets serait livré à Mayenne, qui pourrait en ordonner la » démolition avec l'agrément du roi; 12,000 écus d'or étaient accordés à Fabas, à titre » d'indemnité, pour faire rebâtir sa maison; et la garnison, après avoir livré ses drapeaux, » pouvait sortir saine et sauve. »

Henri IV, à peine affermi sur le trône de France, voulut reconnaître les services d'un de ses plus zélés serviteurs; il nomma Jean de Fabas gentilhomme ordinaire de la chambre, maréchal de camp, capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances, gouverneur du Condomois et du pays d'Albret. En 1605, il érigea la lerre de Castets en vicomte. Cette vicomte se composait alors des paroisses de Saint-Loubert, Mazerac, Bieujac et Saint-Pardon. En 1604, M. de Minvielle céda sa portion de la seigneurie à Jean de Fabas, qui devint ainsi seigneur en totalité de la seigneurie de Castets-en-Dorthe (').

Fabas mourut dans le courant de l'année 1614. De son mariage, il avait eu un fils qui porta le même nom que lui. La vie de Jean III de Fabas se passa en intrigues de toutes sortes en faveur de la religion réformée, et surtout en sa propre faveur. Il fut nommé lieutenant de maire de La Rochelle. Pendant qu'il occupait cette place (1621), « il avait promis aux Rochelais de retenir » pendant deux mois l'armée royale devant son château de Castets, si on consentait à le faire » participer aux in<lemnilés accordées à ceux de la religion réformée dont les châteaux avaient » été ruinés. L'assemblée (de La Rochelle) accueillit favorablement cette proposition, lui demanda » seulement un mois de résistance, et lui envoya aussitôt l'acte d'indemnité. Quand Fabas eut ce » titre entre les mains, il prétendit qu'il n'était pas conçu en termes convenables, et en biffa la » plus grande partie, ne laissant subsister que la promesse d'argent. Peu après, on apprit que » Castets et Casteljaloux s'étaient rendus sans résistance ; on assurait même que Fabas avait donné » l'ordre d'en agir ainsi à son fils qui commandait ces deux places, éloignées de 12 à 13 lieues de » la route que suivait le roi. »

Ce fait mécontenta fort l'assemblée de La Rochelle ; cependant, le Conseil de la ville le nomma [^général des églises de la basse Guienne. En cette qualité, il se mit à ravager le Médoc; mais, battu

,') Notes de M. Lafargue, ancien notaire à I>angon.

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deux fois par les troupes royales, il fut rappelé à La Rochelle, oii, à la suite de contestations violentes qu'il eut avec le Conseil de cette ville à propos de l'indemnité qui lui avait été promise lors de la reddition de son château, il fut obligé de donner sa démission de lieutenant de maire. Il ne pouvait rentrer dans son château de Castets, parce que, lors de son irruption dans le Médoc, tous ses biens avaient été confisqués par le Parlement de Bordeaux, qui, en môme temps, rendit un arrêt le dégradant de sa noblesse et le condamnant à avoir la tête tranchée. Se voyant sans asile, il se retira, vers la fin de septembre 1622, dans la tour de Cordouan, d'où « il levait des » contributions sur les pays du littoral, et inquiétait Royan où commandait alors le sieur de Droué, » gentilhomme picard ; mais celui-ci ayant découvert et fait arrêter un homme de Saint-Palais qui » faisait passer des vivres à la petite garnison de Cordouan, Fabas et les siens se virent réduits à » se nourrir des coquillages qui se trouvaient sur le rocher. » Cependant, les protestants se soumettaient de tous côtés : Fabas fit aussi sa soumission à M. de Barrault qui descendait la Gironde avec une flottille, et rentra à La Rochelle.

Peu après, Fabas se retira des affaires publiques, obtint sa grâce du Parlement de Bordeaux, et rentra dans ses terres, oii il mourut le 29 juillet 1654. Son fils était mort déjà depuis longtemps, à la suite des blessures qu'il avait reçues en défendant Tonneins. « Son père et lui, dit M. Anatole » Barthélémy en finissant sa notice, eurent le singulier bonheur d'achever dans le repos une » carrière commencée et poursuivie au milieu des troubles sanglants qu'amenèrent les querelles » religieuses des XVI" et XVII" siècles. »

Il restait à Jean III de Fabas une fille appelée Jeanne, qui devait hériter des seigneuries de son père; mais nous avons vu plus haut, qu'à la suite des excès commis par lui dans le Médoc, elles avaient été confisquées par le Parlement de Bordeaux. Charles du Hamel, chevalier, fils de Nicolas

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