du Hamel et de Jeanne de Toussaint, les acheta
Cette vente lui fut contestée par Jeanne de Fabas; mais elles lui furent définitivement adjugées par décret du 3 septembre 1697, rendu au Parlement de Paris, contre cette dame. Il était également baron de Barie et de Lados (*). Depuis cette époque, le château de Castets-en-Dorthe n'a cessé d'appartenir à la famille du Hamel, dont tous les membres, sans exception, ont joué un rôle important et honorable dans l'histoire de notre province. Trois d'entre eux furent présidents au Parlement de Guienne; un, maire de Bordeaux; un, sous-maire de la même ville, et un autre, préfet.
Le château de Castets-en-Dorthe (Planche CXVIII ) est bâti sur la rive gauche de la Gironde, à l'extrémité d'un plateau élevé de 30 mètres au dessus des eaux du fleuve; il est séparé du bourg (MJ qu'il domine par un profond ravin, au bas duquel jaillit une belle source (FJ. Jadis,
(') Généahgie de la maison du Hamel, par M. Laine, p. 36.
les fortifications du bourg étaient réunies à celles du château par un mur (A) dont on ne trouve plus que de faibles restes. Nous avons vu plus haut que cette forteresse fut construite en 1314. De ce qui fut fait alors il reste peu de chose, parce que de nombreuses modifications y ont été faites à la fin du XVl" siècle, par Jean de Fabas, à qui l'on doit probablement les différents bastions triangulaires tournés vers le bourg. Ceux qui devaient protéger les autres côtés de la forteresse ont été rasés; et à la fin du XYII" siècle, un membre de la famille du Hamel a donné au château l'aspect que nous lui voyons aujourd'hui, et en fit ainsi une des plus belles habitations de la Guienne.
Le château du XIV* siècle se composait d'une enceinte à peu près carrée, entourée de fossés qui protégeaient les côtés sud-est, sud-ouest et nord-ouest; le quatrième côté était suffisamment défendu par un talus (BJ de 30 mètres de haut, dont la base devait alors plonger dans le fleuve, qui en est séparé maintenant par un magnifique quai. En dehors de ce premier fossé existait une cour fij, enveloppée d'un second fossé semi-circulaire qui se reliait, en E, au talus du bord de l'eau, et en G, au ravin signalé plus haut; le fossé existe encore, de E en H. Il est fort probable qu'un autre côté des remparts du bourg s'attachait au château vers ce dernier point, laissant libre toute la portion HE, au milieu de laquelle s'ouvrait alors et s'ouvre encore la première porte (DJ. Les murs qui enveloppent la cour triangulaire L sont anciens, et pourraient remonter au temps de la première construction ; mais les bâtiments auxquels ils servent d'appui sont en grande partie modernes, il n'y a d'ailleurs de bien authentiquement ancien que les soubassements d'une partie du château proprement dit. On devait y arriver par un pont (L) franchissant le fossé et donnant entrée dans une cour barlongue fCj, sur les côtés de laquelle existaient les magasins, et par une poterne, au bout d'un pont (KJ. Tout cela est maintenant dénaturé, et je passe de suite aux portions encore debout^ bâties en 1314 par Raimond-Guillaume de Goth.
Je laisse de côté toutes les avenues, portes, antichambres et escaliers modernes, fort commodes d'ailleurs, mais n'offrant, pour le but que je me suis proposé, qu'un intérêt très secondaire. Donc,
lorsqu'on était dans la cour C, et que l'on voulait pénétrer dans le rez-de-chaussée du donjon A (voir le plan de détail), il fallait franchir une porte fCj (la porte actuelle [RJ était une fenêtre ou plus probablement une meurtrière), passer par l'antichambre B, et rejoindre, en dernier lieu, la porte P. Je n'ai pas vu de traces de portes pour passer de l'antichambre dans l'appartement /, qui autrefois ne faisait qu'un avec la petite chambre H, sous laquelle existe un caveau moderne ; on y entre maintenant en passant dans le rez-de-chaussée du donjon où l'on " fait une porte d'une ancienne meurtrière, en traversant ensuite la salie J, dont les murs extérieurs (NO), percés d'ouvertures en soupirail, sont relativement modernes, et en passant ensuite par une porte pratiquée dans l'ancien rempart, entre les pièces J et H.
L'entrée par la poterne, du côté du sud-est, a été tellement défigurée, qu'il est bien difiicile de s'y reconnaître. On a construit eu avant de cette poterne, et à une petite dislance de l'ancien
rempart, le mur LM, en même temps que celui (ONJ du côté opposé, laissant entre le rempart et lui un réduit (Kj humide et qui ne peut servir à aucun usage, dans lequel on entre par une porte basse et étroite. Une portion du mur ancien qui vient buter le mur moderne LM, donne à penser qu'il y avait une première porte sur le bord du fossé, suivie d'une petite antichambre, au fond de laquelle s'ouvrait la porte F. Une meurtrière du donjon, métamorphosée en porte, prenait en flanc l'assaillant qui parvenait à entrer dans cette antichambre, au plafond de laquelle devaient aussi exister des assommoirs. La poterne est suivie d'un long corridor fFEJ, au bout et à gauche duquel s'ouvrait une porte (DJ donnant dans l'antichambre B, et plus loin, du même côté, une autre porte par où l'on passait dans la cour C. A droite du corridor, on trouve l'ancienne cuisine [Gj, où l'on entre par une énorme arcade qui n'a jamais été fermée. C'est une grande salle barlongue et voûtée; les arêtes épannelées de la voûte retombent, aux angles, sur des culs-de-lampe de la plus grande simplicité. Une immense cheminée fSTJ occupe en entier un des bouts de cette salle, qui n'est éclairée maintenant que par une meurtrière ; l'obscurité qui y règne, les fagots qui l'encombraient presque entièrement lorsque je l'ai visitée, et le mur LM, m'ont empêché de voir s'il y avait des fenêtres ouvrant dans la cheminée, ce qui est fort probable. Des contreforts d'angle contre-boutent les voûtes.
D'après la description qui précède, on a pu voir que si l'on pouvait pénétrer dans le château par deux portes, une seule (PJ, parfaitement protégée, servait d'entrée au rez-de-chaussée du donjon A. Après l'avoir franchie, on se trouve dans une grande salle heptagone, servant maintenant de cuisine au château (Planche CXIX), et dont les voûtes ogivales ont des arêtes qui retombent sur des culs-de-lampe en pyramide renversée. Cette salle ne recevait de lumière que par trois meurtrières percées au fond d'une niche recouverte d'une voûte en anse de panier : deux de ces meurtrières ont été métamorphosées en portes, passant dans l'antichambre F et dans la salle J; la troisième (NJ, en fenêtre, la seule éclairant maintenant cette vaste cuisine. Deux des autres parois ne peuvent pas avoir d'ouvertures : dans la première passait un tuyau de latrines situées aux étages supérieurs; la seconde est en face du corridor noir qui passe entre le donjon et la. cuisine. Dans une des deux dernières parois existe une grande cheminée fVJ, recouverte d'un arc bombé, et ne faisant pas de saillie dans la salle; dans l'autre, s'ouvre la porte ogivale d'un escalier à vis qui avait une seconde entrée dans l'embrasure de la porte (PJ du donjon. Comme cet escalier était le seul servant à monter aux étages supérieurs de la forteresse, ces deux portes avaient paru utiles, afin d'isoler ceux qui gardaient le rez-de-chaussée du donjon et ne pas les forcer d'en sortir pour monter au sommet. Il permettait également au seigneur de surveiller partout sans faire ouvrir la porte de ce donjon.
Les étages supérieurs du château et presque tout ce qui est apparent, tel que le montre la Planche CXVIIl, ont été construits au XVII" siècle. Dans ces derniers temps, on a fait quelques réparations qui ont donné plus de tournure à cette belle résidence, au pied de laquelle s'ouvrent les dernières écluses du canal du Midi.
CHATEAU DE BUUGNAC. 277
CHATEAU DE BRLGNAC
A Eîossugan, canton de Pujols, arrondissement de Libourne.
L'acte le plus ancien que j'aie pu trouver sur le château de Brugnac (*) est une reconnaissance portant hommage, faite le 2 janvier 1214, par Jean de Jérusalem (Dejurusalem), en faveur de Guillera (^), évêque de Bazas, de tous les droits de dîmes de Brugnac, Ruch, Saint-Pey de Castets, Saliebruneau, Coyrac, Saint-Brice, Pujols, etc., sous le devoir de huit piignerées de froment de rente annuelle, payable à la fête de la Toussaint, portée et rendue à Sainte-Radegonde, au commandement dudit évêque; plus, une lance de fer doré d'exporle à chaque mutation de seigneur. Les seigneurs de Brugnac ont continué à payer cette rente jusqu'à la Révolution ; car on trouve plusieurs autres reconnaissances semblables : la première, faite en 1582 (seulement le nombre de pugnerées n'est plus que de quatre); la seconde, le 5 mai 1636; la troisième, le 29 mai 1647, et trois au XVIII" siècle. Dans deux de ces dernières, une est du 17 mai 1779, et par l'autre, fort probablement la dernière de toutes, en 1789, on voit que ces pugnerées s'étaient changées en deux boisseaux de froment.
Soixante-sept ans après, on trouve Brugnac entre les mains de Jordan de Puch. Le 8 juin 1281-82, il fait hommage de ce château au roi d'Angleterre ('). Les de Puch le possédaient peut-être depuis longtemps déjà. Nous venons, en effet, de voir que le seigneur de Brugnac avait les dîmes de Pujols, et je trouve, sous la date du 3 mai 1260, un acte de vente d'une terre sise dans la paroisse de Pujols, et confrontant à la propriété de F. de Puch. En 1301, Jordan de Puch fit faire, près du moulin de Brugnac, un fossé de 9 pieds de large et d'une profondeur égale, sur lequel il établit un pont pour que sa voisine Guiraude Béarnes, femme de maître Pierre Montagnac, notaire de Sauvelerre, piit faire passer facilement ses charrettes de foin. Le 10 septembre 1305, il rendit hommage à Raymond-Guillaume de Gensac, seigneur de Rauzan et de Pujols. Jordan, qui devait l'hommage au roi d'Angleterre, ne le fit au seigneur de Rauzan que lorsque celui-ci lui eut procuré la décharge envers le roi. Sa femme, Guicharde Expessa, avait rendu le sien au même seigneur, huit jours auparavant, pour d'autres biens qu'elle avait de son chef, et qui faisaient partie des appartenances de la maison de Brugnac.
Jordan de Puch était également seigneur de Sauvagnac; il eut pour fils Bertrand de Puch, ainsi que le prouve un acte de vente faite par ce dernier le 30 août 1311. Dans cet acte, ils sont tous deux qualifiés damoiseaux. Le 14 uiai 1337, il signe le contrat de mariage passé entre Gaillard de Naujan et Fine Yzambert. En 1348, Bertrand était prévôt de Sauveterre. Dans un acte de vente passé par Doat Barrât, notaire, le 31 novembre 1364, en faveur de Guillaume de Lhur, prêtre, ré de l'église de Sauveterre, on le trouve qualifié chevalier et seigneur de Sauvagnac. On trouve aussi, dans un acte de 1335, un Gaillard de Puch, damoiseau; en 1352, un Gautir de Puch, fils naturel de Bertrand de Puch, chevalier, et mari de Regia Rey. Enfin, dans deux actes de vente, un du 26 août 1355 et l'autre du 27 novembre 1360, on trouve un Amanieu de Puch, mari de Mathe de Lugagnac; il devait ôlre fils ou petit-fils de Jordan de Puch ; il était seigneur de Brugnac,
(') Presque toute cette notice a été puisée dans les archives du château de Brugnac, qui m'ont été communiquées par I. Loflofs Dauzac de La Martinie, propriétaire de ce chilleau. — {'] Cet évêque ne se trouve pas dans le Galtia Christiana. — l") RAles gascons.
278 CHATEAU DE BKUGNAC.
ainsi que le prouve un acte de vente, passé le 22 septembre 1394, par Guiraut Barrât, notaire, d'une terre mouvante de Gaillard de Puch, damoiseau, fils du seigneur mossen Araanieu de Pucli, chevalier, seigneur de Brugnac. Les témoins de cet acte étaient : Gautir de Puch, damoiseau; Arnaud Guasc, etc. Dans un acte de 1396, Gaillard de Puch est qualifié damoiseau de Trespitz; en 1 401 , on le trouve avec le titre de prévôt de Sauveterre. Maître Guillem de Lepine (LespinaJ, recteur de Gornac (GuosnacJ; Raimond de Puch, damoiseau, fils de Gautir de Puch, et Guiraut Delguot, sont témoins de ce dernier acte. Gaillard vivait encore le 4 mai 1403, et devait être, comme son père, seigneur de Brugnac, quoiqu'aucun des actes qui m'ont passé sous les yeux ne lui donne cette qualification.
A partir de cette époque, et jusqu'au commencement du troisième tiers du XV" siècle, les archives de Brugnac ne fournissent aucun renseignement; mais dans un jugement donné pour les biens nobles de Brugnac, le 17 mai 1673, je trouve que le 1" avril 1475, noble homme Jean Dandaux, rend hommage, pour raison des biens de Brugnac, à Bernard Angevin, comme seigneur de Pujols et de Rauzan. Je trouve en outre, dans le môme jugement, que les Dandaux possédaient cette terre comme héritiers des de Puch. Le 17 août 1477, Jean Dandaux achète à Jean Guillem, de la paroisse de Saint-Léger, diocèse de Bazas, les moulins qui sont dans la paroisse de Cazaugitat. Le 28 octobre 1482, il rend hommage à James ou Jacques Angevin, seigneur de Rauzan et Pujols, et le 7 juin de la môme année, à Jean de Durfort et à Jeanne Angevin, sa femme ('). Dans un contrat de vente daté du 27 avril 1 527, il est qualifié seigneur de Brugnac et de la maison noble de Birac. Comme seigneur de celte dernière maison, située paroisse de Saint-Sulpice du Bernac, il rendit, le 1" septembre 1541, hommage au roi de Navarre, à cause de sa seigneurie de Vayres, dans la juridiction de laquelle était située la maison noble de Birac (^). Le 29 mai 1546, il achète à Gassies-Arnaud de Puch, écuyer, seigneur du Pailhas, une certaine quantité de dîmes dans la seigneurie de Pujols, et il s'engage à rendre hommage au seigneur de Pujols à raison de cette acquisition. Le 16 mars 1557, il est cotisé d'un chevau-léger pour l'arrière-ban. Il avait épousé Françoise de Saint-Clair, dont il eut Raymond Dandaux, qui épousa Izabeau d'Arpaillao, fille de noble Jean de Chartres, écuyer, seigneur d'Arpaillan; il est qualifié, dans plusieurs actes, seigneur de Brugnac, Cugat et Birac. Il n'eut probablement pas d'enfants. Sa sœur, Izabeau Dandaux, avait épousé d'Autefort, seigneur de Rastignac, dont la fille, Anne d'Autefort, succéda à son oncle Raymond Dandaux dans la seigneurie de Brugnac, et épousa Pierre Le Berthon, chevalier, seigneur d'Aiguille, conseiller en la cour du Parlement de Bordeaux.
Le 16 avril 1582, Le Berthon rendit hommage à monseigneur Arnaud de Pontac, évoque de Bazas, comme l'avaient t'ait tous ses prédécesseurs depuis 1214. Comme membre du Parlement, sa maison noble de Brugnac, les biens nobles, et môme les biens roturiers qui en dépendaient, étaient sujets au ban et à l'arrière-ban, et exempts, par suite, de toute espèce de taille; néanmoins, les collecteurs de la paroisse de Ruch, oii se trouvait une certaine quantité de biens roturiers dépendants de la maison de Brugnac, contraignirent Anne d'Autefort à payer 2 écus 3 sous 4 deniers tournoi^ pour la taille de l'année 1582. Anne, pour éviter la saisie, s'exécuta, mais attaqua les collecteurs, qui devaient savoir que les tailles dans la sénéchaussée du Bazadais étaient personnelles, et ne pas ignorer le privilège que donnait la qualité de Pierre Le Berthon; elle demanda, en conséquence, qu'on les condamnât : d'abord, à rendre la somme qu'elle avait donnée, avec dépens, dommages et
(') Dans la copie du jugement que j'ai cité plus haut, il doit y avoir une erreur de date, car Jean de Durfort ne dut devenir seigneur de Hauzan qu'après la mort de son beau-père. — (') Archives de Vayres (inventaire, fol 19).
CHATEAU DE BRUGNAC. 279
intérêts; plus, à 500 écus d'amende, et, en outre, qu'on défendît aux autres collecteurs de comprendre en leurs tailles ses propriétés, à peine de 1,000 écus.
Pendant ce temps, l'année s'était écoulée : d'autres collecteurs avaient succédé aux premiers. Comme leurs prédécesseurs, ils avaient cotisé les biens roturiers de Brugnac, et comme la somme ne leur était pas versée, ils se rendirent au château, prirent un mail de fer appartenant à un ouvrier qui y travaillait, plus une pinte et un petit bassin à une autre personne. Les collecteurs des deux années furent assignés à comparaître devant la Cour ; là, ils déclarèrent qu'ils n'avaient compris dans les rôles des tailles que les biens roturiers, et que, d'ailleurs, Jean Dandaux et Raimond Dandaux son fils avaient payé la taille pour lesdits biens, malgré leur qualité de gentilshommes, et qu'Anne d'Autefort, quoique femme de Pierre Le Berthon, devait d'autant plus payer que, à cause de la qualité de son mari, « faisant son habitation en noslre ville de Bourdeaulx, » ne portoit aucune charge en ladicte ville, et n'estoit cottizée pour biens quelconques qu'elle » heust; il falloit donc qu'elle portast la charge ordinaire imposée sur le bien roturier qu'elle » possédoit, et n'y avoit poinct de raison que les paouvres habitans de ladicte parroisse payassent » ce à quoy les villaiges par ladicte demanderesse possédés étoient cottizés. » Ils ajoutaient que Raymond Dandaux « avoit payé la taille jusques aulx guerres civillas, ausquelles ledict Raimon » portoit les armes pour le parly en la religion prétendue réformée, et par icelles se authorisa tant » qu'il ne voulust continuer de paier la tailhe pour lesdicts biens, pour raison de quoy les » collecteurs de ladicte parroisse le firent exécuter; de quoy ledict Raimon fust si fâché, qu'il fist » mectre le feu à ung paillier d'ung des collecteurs, et de ce, lesdits collecteurs qui furent despuis » estans intimidés n'ozèrent demander ladicte tailhe à iceluy Ramond tant qu'il vesquit. Despuis le » dexcès dudict Ramond, feue Yzabeau Dandaulx, damoiselle, mère de ladicte demanderesse, lui » ayant succédé, fust exécutée pour raison de la tailhe ; mais le seigneur de Rastignac, mary de » ladicte Yzabeau, auroil menasse les comtes et collecteurs de ladicte parroisse de les offanser. » Après sa mort, sa veuve n'ayant pas voulu payer, on lui saisit ses meubles, qu'elle fut obligée de racheter.
A ces raisons, Anne d'Autefort en opposait d'autres; mais elle se retranchait surtout sur la charge de son mari, qui l'exemptait de toute taille. Bref, après avoir rappelé toutes les requêtes et tous les arrêts antérieurs, la Cour condamna les collecteurs à restituer les sommes consignées et objetr pris, et à un écu sol d'amende, et leur fit défense de « comprendre à l'avenir Anne d'Autefort » au livre des taillies et impositions de la parroisse de Ruch, ni les biens qu'elle possède en icelle, » à peyne de mille escus et de tous despens, dommaiges et intérests. » Les collecteurs qui succédèrent à ceux qui figurent dans ce procès tentèrent encore de faire payer la taille au seigneur de Brugnac; mais, le 15 décembre 1603, Pierre Le Berthon obtint du Parlement de Bordeaux un nouvel arrêt favorable à sa cause. Il était mort en 1610, puisque, le 30 juillet de cette année, son fils François Le Berthon, écuyer, comme seigneur et baron de Mornac et Brugnac, vendit une pièce de pré située dans la paroisse de Ruch. En 1614 et 1618, il était conseiller au Parlement de Toulouse. Le 28 décembre 1619, il fait hommage à monseigneur Jean de Jaubert de Barrault, évoque de Bazas, et le 25 mai 1636, à monseigneur Henri Listolphi Moroni, évêque du même diocèse. Dans un dénombrement du 18 avril 1623, on trouve que la maison de Brugnac était bommagère de la baronnie de Civrac à une paire de gants blancs.
Au commencement de l'année 1647, François Le Berthon n'existait probablement plus, puisque, le 29 mai, messire Jean Le Berthon, seigneur de Brugnac et de Mornac, rendait hommage à
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monseigneur Samuel Martineau, évêque de Bazas. En avril 1672, il fournissait son dénombrement pour la terre de Brugnac à M. le marquis de Civrac.
A la fin du XVII" siècle, le château de Brugnac et ses dépendances appartenaient à la famille Moyne ou Le Moyne; elle les tenait probablement des Le Berthon par héritage. On trouve, en effet, dans un acte du 28 octobre 1689, que Jean Le Moyne, écuyer, sieur de Chauclou, lieutenant général civil et criminel au siège royal de Castelmoron en Albrel, y habitant, était fils de dame Thérèse Le Berthon, dame de Chauclou, veuve de feu Raymond Le Moyne, sieur de Chauclou. Le 10 septembre 1697, Marguerite Le Moyne, demoiselle de Chauclou, afferma sa maison de Brugnac pour trois ans, moyennant 2,000 livres par an, au sieur Jacques Ramet, marchand, habitant du bourg de Pujols. En 1700, Jean Le Moyne, écuyer, seigneur de Chauclou et de Brugnac, conseiller du roi, lieutenant criminel au siège présidial de Saintes, y demeurant, afferme au même personnage le même domaine, pour cinq ans, moyennant 2,100 livres par an. Il était déjà seigneur de Brugnac le 26 septembre 1699, ainsi qu'on le voit par une plainte qu'il adresse au Parlement contre les riverains de la Gamage, qui laissaient sans le recurer le ruisseau qui devait alimenter ses moulins de La Royret et de La Liouze ('), tous deux situés près du château de Brugnac. Le 4 octobre 1706, il habitait Brugnac; il donna à fief nouveau à Jean Blanquet, meunier, les deux moulins de Brugnac, l'un à vent, l'autre à eau : le moulin à eau, situé sur la Gamage qu'on appelait aussi Ruisseau-Vieux; l'autre, sur le plateau, au devoir de 6 deniers d'exporle, à chaque muance de seigneurs et tenanciers, et pour trente-deux boisseaux de méture, mesure de Rauzan, et une paire de chapons de rente annuelle et perpétuelle. Lors de la Révolution, un descendant de ce Blanquet garda les moulins pour lui. M. le baron Du Roy de Brugnac les racheta vers 1820. Longtemps avant il aurait pu les reprendre, parce que le fermier avait cessé pendant plusieurs années de payer la ferme lorsqu'il la devait; mais M. Du Roy, « craignant que dans le » pays on ne prît cette résolution pour une réaction politique, dans la crainte aussi de réveiller les » préventions du peuple contre la noblesse, il préféra les racheter lorsque les fermiers, qui s'y » ruinaient peu à peu, voudraient les vendre. » C'est ce qui arriva en 1820.
Jean Le Moyne était encore seigneur de Brugnac le 18 mai 1717, ainsi qu'on le voit par un contrat de ferme. Sa fille Marie-Anne Le Moyne, dame de Brugnac, et messire Joseph Du Roy, son mari, conseiller du roi en ses conseils et président de la Cour des Aydes et finances de Guienne, firent, le 1 5 juillet 1740, l'inventaire de tout ce qui se trouvait dans le château.
Le domaine de Brugnac était alors composé de 260 journaux 10 lattes 10 escas; mais il n'y avait en fonds nobles que 130 journaux 5 lattes (^).
Il y avait trois métairies et trois borderies, savoir : les métairies de Broile, de Pétrus et d'Ortique, et les borderies de BroUe, d'Andolle et de Brugnac ; un moulin à eau et un moulin à vent, arrentés à trente-deux boisseaux de blé par an et une paire de chapons ; un dîmon appelé le dîmon d' Archambaud, dans Pujols et Mouliets, affermé 1 5 écus par an. De plus, le seigneur de Brugnac levait la dîme de onze-un sur tous les fruits à prendre depuis le chemin qui conduit de Ruch à Saint-Pey, prenant depuis Pourjac jusqu'à la pièce de Boucherie et jusques à Horliq (Ortique?), faisant le tour par le ruisseau.
Il y avait plusieurs fiefs attachés à ladite maison et qui lui devaient des rentes, dans les
(') Le nom de ces deux moulins s'est légùrement modifié depuis cette époque. — (') Dans un arpentement commencé le 15 mars et fini le 10 avril 1701, fait par le sieur Ducarpe, qui reçut 100 livres pour ses peines et nourriture, on trouve que le domaine se composait alors de 248 journaux 3 lattes 18 escas.
CHATEAU DE BRUGNAC. 281
paroisses de Bossugan, Ruch, Sainl-Pey de Castets, Pujols, Sainte-Florence, Mérignas, Saint-Vincens de Pertignas, Rauzan, Doulezon, Sainte-Radegonde, Romagne, Jugazan, Sauvelerre et autres paroisses.
Indépendamment des métairies, borderies et des prés qui y étaient attachés, le seigneur de Brugnac pouvait affermer environ i 2 journaux de prés. Toutes les métairies et borderies avaient un capital de bétail; elles étaient toutes à moitié des fruits et de profil sur le bétail. Les métayers et bordiers payaient la taille ou donnaient un préciput au maître pour la payer.
On pouvait recueillir bon an mal an, y compris la dîme, de trente-cinq à quarante tonneaux de vin (la majeure partie du vin était à moitié), et environ de cent à cent vingt boisseaux de blé de toute espèce, indépendamment des rentes en blé, qui pouvaient aller de quarante à quarante-deux boisseaux, sans y comprendre celle des moulins, et quelques boisseaux d'avoine. Il y avait un pressoir à huile qui était à la métairie de la Broue.
Le 17 mai 1779, Marie-Anne Le Moyne de Chauclou, veuve depuis quelque temps, habitait son hôtel, rue du Temple, paroisse Sainl-Christoly, à Bordeaux. Elle afferma aux sieurs Jean Grenouilleau et Jean Expert, pour neuf ans, sa maison de Brugnac, avec toutes ses appartenances et dépendances détaillées plus haut, pour le prix de 6,500 livres par an, plus les rentes dues aux divers seigneurs, qui étaient : 1° une barrique de vin, fût et lie, par an, à la maison de Monleau; 2" un boisseau de froment au château de Rigaud; 3° un boisseau de froment au château de Pujols, avec quelques sous de rente ; 4° deux boisseaux de froment à l'évoque de Bazas, auquel on faisait hommage d'une lance de fer doré ('); 5° plus, douze oies grasses par an, vers les Rois, rendues où se trouvera la dame' de Brugnac. Dans l'inventaire fait à l'occasion de ce bail, on voit que tout était fort usé, hors d'étal de servir, et que le château n'était plus habitable pour les seigneurs.
Les Du Roy, qui étaient aussi seigneurs du château de Suduiranl à Sauternes, gardèrent le château de Brugnac pendant la Révolution. En 1820, M. Joseph Du Roy, écuyer, en était propriétaire. Son fils Charles-Joseph Du Roy, aussi écuyer, a vendu, il y a trois ou quatre ans, le château et le domaine qui y est attaché à M. Lodoïs Dauzac de La Martinie.
Dans le dénombrement de 1789, on trouve que le château était « composé d'une basse-cour » renfermée de murailles garnies de défenses et de canonnières, et une grosse tour carrée, dedans » laquelle on entrait de la maison par un pont. » Cette description peut encore convenir à celle maison noble. Cependant, depuis peu d'années, les murailles garnies de défenses et canonnières ont disparu en partie, et l'on ne peut les regretter, tant l'habitation et le château lui-même ont gagné à celte suppression.
Ce château est situé sur la pointe d'un promontoire triangulaire ( Planche CXXI , n° 1 ) se reliant aux coteaux qui bordent la vallée de la Gamage, gros ruisseau que nous avons déjà rencontré à Blazimont. La côte sur laquelle il est bâti descend en pente assez rapide, vers le nord-ouest, jusqu'aux prairies qui bordent le ruisseau, et vers le sud, où se trouve un petit vallon très profond et en forme de cirque. De ces deux côtés, la forteresse était donc protégée par des pentes naturelles; mais ailleurs on ne trouve nulle trace de fossés. Seules, les murailles mentionnées plus haut la défendaient. On entrait dans la basse-cour par une porte (AJ^ près d'une
(') Dans un dénombrement de 1789, on trouve que le seigneur de Brugnac devait à l'évêque de Bazas deux boisseaux froment; au château de Pujols, un boisseau et demi ; à celui de Rigaud, un boisseau deux picotins; à celui de Monleau, quatre I picotins.
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espèce de bastion semi-circulaire, percé d'embrasures pour armes à feu; il est probable que celte porte était précédée de défenses qui ont été détruites il y a déjà longtemps. La porte A et les murs qui l'environnaient ont été démolis eux-mêmes il y a peu d'années. Les murs qui bordent le coteau n'existent plus qu'au sud-est; leur sommet était couronné par un chemin de ronde, dont le parapet était garni d'embrasures pour armes à feu. Il ne reste donc plus à étudier que la leur carrée et l'habitation B, menacée elle-même de disparaître dans peu d'années.
Cette habitation, qui a été construite comme les murs d'enceinte, dans les dernières années du XV" siècle, n'offre qu'un mince intérêt. Remplace-t-elle une construction plus ancienne? C'est bien difficile à savoir dans l'état actuel des choses. L'escalier renfermé dans la tour semi-circulaire servait autrefois d'entrée à l'habitation, et, par les étages supérieurs, à la tour carrée, dont elle est éloignée de 2 mètres, au moyen de ponts en bois (Planche CXX). Le linteau de la porte extérieure de cet escalier, murée maintenant, est couvert de moulures flamboyantes recouvrant un écusson en losange; ce sont probablement les armes des Dandaux, qui, à cette époque, possédaient le château de Brugnac. Au sommet de l'escalier, un moucharabys, orné aussi de moulures flamboyantes, s'avance au dessus de la porte. Dans le cas où un assaillant serait parvenu à franchir celle porte, on avait ménagé des embrasures de mousquet dans le noyau de l'escalier et entre les marches. Ce genre de défense était très usité dans les constructions de cette époque.
Le château, bâti au commencement du XIV siècle et très probablement par Jordan de Puch, se composait uniquement, je crois, de la loiir carrée, précédée peut-être d'une autre petite tour renfermant un escalier, si du moins les corbeaux en pierre qui soutiennent les ponts sont anciens. Dans l'état actuel des choses, il est impossible de résoudre ce problème : des fouilles seules pourraient faire connaître la vérité. La tour, qui autrefois était complètement isolée, se compose de trois salles voûtées superposées, et d'une terrasse entourée de parapets crénelés, dont deux angles sont surmontés d'échauguettes rondes (voir la coupe. Planche CXXI, n" 2). Quatre contre-forts diagonaux empâtent les angles. La tour n'est pas toute d'une venue; mais elle se rétrécit, à 7 mètres du sol, de 10 centimètres environ sur chaque face. Une roche dure, qui affleure actuellement le sol, lui sert de fondations naturelles. Ses murs ont 2 mètres d'épaisseur. Cette tour, à la base de laquelle on arrive de plain-pied, était sans doute autrefois enveloppée d'un fossé ou plutôt d'un vallum, dont le sommet devait être au moins à la hauteur du seuil de la porte du rez-de-chaussée, et de là, un escalier droit en bois conduisait à la porte du premier étage.
La porte du rez-de-chaussée s'ouvre à I^SO au dessus du sol extérieur; on y arrive depuis l'escalier par un pont. C'est une ouverture haute de 2 mètres, et recouverte par une arcade ogivale extradossée, dont les claveaux ont 0™65 de longueur. Le vantail, muni d'énormes verroux, était renforcé par une barre à bascule. Pour faciliter l'entrée de cette salle, dont le sol est bien plus bas que le seuil de la porte, on a établi, à partir de ce seuil, un escalier droit composé de six marches, en face duquel s'ouvre à une grande hauteur une petite fenêtre subtrilobée, très évasée à l'intérieur, et renfermée, à l'extérieur, dans un encadrement rectangulaire. Malgré sa petite dimension, elle répand dans celte salle une lumière suffisante pour permettre de bien voir, au sommet des parois opposées aux ouvertures, une corniche des plus simples, sur laquelle s'appuient les sommiers d'une voûte en plein-cinlre. Cette salle isolée et qu'on appelle la Prison, mais qui n'avait certainement pas été destinée primitivement à cet usage, puisque la porte se ferme en dedans, n'avait aucune communication avec le premier étage, dans lequel on ne pouvait arriver qu'en revenant dans la tour de l'escalier.
CHATEAU DE BRUGNAC. 283
Une porte de même forme que celle du rez-de-chaussée, s'ouvrant au bout d'un pont en bois
qui s'appuie sur deux corbeaux formés de deux assises en encorbellement, donne entrée dans le
premier étage, éclairé par une fenêtre géminée à baies ogivales, dont l'embrasure, recouverte
d'une voûte en cintre bombé, est garnie de deux bancs entre lesquels on a réservé un évier.
L'extérieur de la fenêtre est à linteau droit, recouvert d'une moulure saillante retombant, de chaque côté, sur une tête sculptée servant de console. Une de ces têtes n'a pas de caractère particulier; mais l'autre, quoique largement dessinée, est fort laide; elle tire la langue, et son nez épaté la fait ressembler à une face de nègre. La cheminée, enfoncée dans la paroi du sud-est, ne fait pas de saillie dans la chambre ; elle est recouverte d'un linteau droit formé de sept claveaux appareillés en crossettes. Comme la cheminée est fort large et devait laisser passer beaucoup de vent lorsqu'il n'y avait pas de feu, on avait taillé des feuillures dans le linteau et le chambranle pour établir une fermeture à double vantail, dont les gonds existent encore. A gauche, et à côté de la porte, est une armoire carrée à deux compartiments. En outre de l'abondante lumière que répandait la fenêtre, cette salle en recevait encore un peu par une petite ouverture quadrilobée, ouverte près de la voûte, au dessus de la porte, et en face d'une ouverture en meurtrière éclairant le milieu de l'escalier que nous prendrons pour monter au second étage.
Cette salle est recouverte d'une voûte d'arêtes dont les nervures, simplement épannelées, partent d'une clef circulaire (Planche CXXI, n" 3) renfermant un trilobé, au centre duquel est sculpté un écusson aux armes des de Puch, qui portent : Fascé d'or et de gueules de six pièces. Ces nervures retombent, aux quatre angles, sur dos culs-de-lampe représentant des têtes humaines : celle du nord, est une face humaine barbue et entourée de longs cheveux; celle du sud, une tête qui tire la langue et coiffée d'un voile; le n" 4 de la Planche CXXI donne celle de l'est, et le n" 5 celle de l'ouest. Ces deux dernières sont admirablement sculptées : une d'elles rappelle les beaux mascarons qu'on voit dans les chapelles qui entourent le chœur de la cathédrale de Bordeaux. La porte de l'escalier qui monte au second étage, est, à côté de la cheminée, dans l'angle sud. A peine franchie, il faut tourner brusquement à droite pour prendre l'escalier droit, composé de trente-deux marches, percé dans l'épaisseur du mur sud-ouest. Arrivé au sommet, il faut également tourner à droite pour trouver la porte d'entrée du second étage. Le palier inférieur est éclairé par une petite meurtrière (Planche CXXI, n° 6); le milieu de l'escalier, par une très petite fenêtre signalée plus haut, et le palier supérieur, par une autre petite meurtrière (voir la coupe. Planche CXXI, n" 2). Le couloir de l'escalier est voûté en cintre surbaissé, et les paliers en vis de Saint-Gilles. Le second étage est recouvert d'une voûte ogivale en berceau. Il est éclairé par une belle
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fenôtre à meneaux cruciformes (Planche CXXI, n" 7), dont l'embrasure, garnie de bancs, est recouverte d'une voûte en arc bombé. L'appui et le linteau sont formés chacun d'une seule pierre. Le linteau est surmonté d'une moulure horizontale formant larmier, et retombant verticalement, à droite et à gauche, à côté de la fenêtre, sur une tète formant cul-de-lampe. Une d'elles est coiffée d'une couronne, et l'autre d'une mître : un roi et un évéque. Deux tiges de fer, longues de 25 à 30 centimètres, munies à leur extrémité d'un gros anneau de fer mobile, sont enfoncées dans le mur extérieur, à 60 ou 70 centimètres de la fenêtre, à la hauteur du meneau horizontal. Elles ont dû servir à établir un rideau. Au milieu de la paroi qui fait face à la fenêtre est une cheminée semblable à celle du premier étage, et tout l'angle nord est occupé par des latrines
disposées d'une façon extrêmement ingénieuse. L'antichambre A, en communication avec la salle et fermée par une porte, est éclairée par une très petite fenêtre garnie d'un banc B, où pouvait s'asseoir le valet qui, pendant la nuit, accompagnait le seigneur aux privés ('). C est un urinoir muni d'une large dalle et d'une gargouille en forme d'évier, d'une armoire et d'une étagère. Il est voûté en plein-cintre et séparé de l'antichambre par une porte. D est le dernier réduit dans lequel on pouvait aussi s'enfermer; il est muni d'un siège sur encorbellement, ne
différant en rien d'ailleurs des autres cabinets destinés au même usage. Une disposition analogue, mais moins commode, se retrouve au château de Coucy (*).
Pour arriver sur la terrasse, on trouve, au sommet de l'escalier droit et sans entrer dans le second étage, un escalier à vis, couvert par un lanternon. Cette terrasse paraît avoir été refaite vers la fin du XV* siècle ou le commencement du suivant, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le style du lanternon et des échauguettes, par la forme des embrasures pour armes à feu percées dans ces échauguettes, et dans les merlons des créneaux. Le sol de la terrasse, fait avec de larges dalles, n'est pas uni, mais formé de deux sillons, à l'extrémité desquels sont établies des gargouilles pour l'écoulement des eaux pluviales. On a conservé à cet étage deux consoles d'un ancien moucharabys placé au dessus des portes des étages inférieurs.
Le plan de mon ouvrage ne me permet pas de donner, à une grande échelle, des plans et des élévations de l'ensemble et des détails de cette tour, bâtie au commencement du XIV" siècle par Jordan de Puch. Je n'ai vu nulle part une construction militaire aussi soignée sous tous les rapports. Les moulures et les sculptures sont admirablement dessinées, les linteaux des cheminées et les arcs des portes supérieurement appareillés, les matériaux magnifiques; enfin, la tour, en certains endroits, paraît neuve, tant la pierre est bien conservée. La vallée qu'elle domine est ravissante, et si l'on se place au sud du château, dans un garenne plantée de vieux chênes rabougris, on jouit d'une des vues les plus belles et les plus étendues du pays.
C) « La nuit, il était d'usage de se faire accompagner, lorsqu'on se rendait au cabinet, par un serviteur tenant un flambeau. (Dictionn. d'Archit., par VioUet-Le-Duc, t. VI, p. 164, au mot latrines.) — (') Idem, idem, p. 1G5.
A Saint-Michel de Castelnau, canton de Captieux, arrondissement de Bazas.
Nous avons fait connaître une lettre qu'Edouard I", roi d'Angleterre, écrivait le 20 août 1294 Arnaud de Blanquefort ('). Une lettre semblable était adressée à plusieurs autres seigneurs de Gascogne, parmi lesquels on trouve un Bertrand de Marnes (^). C'est jusqu'à présent le plus ancien seigneur connu du château de Castelnau-de-Mesmes ; car le nom des seigneurs de cette terre, convoqués par Henri III le 12 novembre 1242, n'est pas connu {^). Cent vingt-sept ans après, le 16 janvier 1 421, Rymer (*) nous fournit encore le nom d'un seigneur de cette localité : c'était un membre de la puissante famille de La Mote, appelé Jean, parent ou allié des sires d'Albret, qui venaient de faire la paix avec le roi d'Angleterre. Les La Mote possédaient probablement depuis quelque temps la seigneurie de Castelnau, qu'ils gardèrent pendant fort longtemps. Ils étaient aussi seigneurs de Noaillan, ainsi que le prouve un acte de vente de rentes et d'un sol de maison, sis et dues à Noaillan, faite, le 15 novembre 1473, par les chanoines d'Uzeste en faveur de noble et puissant seigneur et baron Jean de La Mote, damoiseau, seigneur de Castelnau-de-Mesmes et de Noaillan {''). En 1 567, François de La Mote est qualifié seigneur des mêmes localités. Il était fils de François, fils lui-même d'Alain de La Mote, qui avait eu pour père Jean, ainsi que le prouve un procès qu'eurent les seigneurs de Castelnau-de-Mesmes avec ceux de Bonnegarde. Vers 1560, Gaston de Béarn, seigneur de Bonnegarde, ne pouvant se faire rembourser les sommes que lui devait François de La Mote, fils d'Alain, voulut se saisir du château de Castelnau; mais ceux qui étaient dedans ayant refusé de lui en ouvrir les portes, il les fit défoncer. Le procès ne se termina que longtemps après, en faveur de dame Marie de Ballaguier, douairière de La Mote, agissant comme mère (elle était veuve de François, fils d'Alain), et administratricede la personne et des biens de François de La Mole, écuyer, son fils.
Pendant que Marie de Ballaguier était dame de Castelnau, le château fut pris à plusieurs reprises par les protestants. Voici comment d'Aubigné raconte, dans ses Mémoires, ces diverses prises : « Ayant pris (à la tête de la garnison de Casteljaloux) par escalade (®) Castelnau-de-Maumes, » voisin de Bordeaux ('), la dame du lieu, qui s'était immiscée dans les bonnes grâces et dans le » lit de Lavardin, fit désavouer sans peine les chefs de cette entreprise et en ordonner la réparation, » malgré toutes les remontrances des sieurs de Meru et de La Noue, qui s'y opposaient au nom de » tout le parti réformé.
» Ceux de Casteljaloux s'opiniâtrant toutefois à vouloir garder cette place, et la dame de » Castelnau, par ses sollicitations, ayant fait avancer M. de Villars pour l'assiéger avec quatorze » pièces de canon, sur la promesse du roi de Navarre de n'y envoyer aucun secours, je m'y jetai » comme ce général en faisait les approches, avec cinquante soldats et près de deux cents arque- » busiers à cheval; ce qui fit une telle montre, que M. de Villars, croyant que ce fût un secours
(•) Supra, p. 44. — (♦) Rymer, 1. 1, pars. II, p. 806 ; Londini. — (') ChampoUion-Figeac, Collections de documents, etc., t. I. — (•) Rymer, t. IV, pars. III. p. 197, 3' édit. — (») Archives du château de Suduiraut, à Sauternes, fies archives ont été analysées avec soin par M. Virac, qui m'a prêté son travail. De mon côté, j'ai étudié ces mêmes archives à Suduiraut, afin de compléter des noirs que M. Virac n'avait pas eu le temps de prendre. — 1°) Dans son Histoire universelle, il dit : par intelligence, ce qui met quelques doutes sur la véracité de ce qu'il va raconter. — (') Voisin de 80 kilomètres environ I
» contre la promesse faite de n'y point envoyer, battit aux champs et se retira vers Manciet.
» Cette entreprise ainsi avortée, Lavardin essaya de corrompre quelques soldats de Casteljaloux » demeurés en garnison audit Casteinau, en leur faisant entendre qu'étant leur colonel, on ne » pourrait les taxer de trahison s'ils déféroient à ses ordres, qui étoient de prêter la main à » La Salle-du-Chiron (Ciron), papiste, pour surprendre la place. Ces soldats me référèrent le tout; » et les ayant instruits de ce qu'ils avoient à faire, je fis mine de mener ma garnison à la guerre (') ; » et estant rentré de nuit avec elle, je reçus les papistes à bons coups d'arquebuses. Il en demeura » quarante-six sur la place, et je fus blessé dans cette occasion. Le roi de Navarre fut si piqué de » cette affaire, qu'il envoya le seigneur du lieu à Casteljaloux avec menace de faire assiéger ceux » des leurs qui étoient à Casteinau, avec quatre canons; à quoi on répondit : « Que qui en avoit » méprisé quatorze, n'en craindroit pas quatre (^). »
D'Aubigné se vante peut-être un peu dans cette occasion; car, dans une enquête faite le 19 juillet 1594 par Hiérosme de Chalup, conseiller du roi, lieutenant général civil et criminel en la sénéchaussée de Bazadais et Cour présidiale d'icelle, commissaire député par le roi, à la requête de dame Marie de Ballaguier, dame douairière des terres et seigneuries de Casteinau, de Lerm, en la sénéchaussée du Bazadais et de Noaillan en Bordelais, veuve de feu François de La Mote, vivant seigneur desdites terres, pour justifier la perte des titres de la terre de Noaillan et de Castelnau-de-Mesmes lors de la prise de ce dernier château, on ne voit pas paraître le nom de d'Aubigné. Les témoins de l'enquête furent choisis parmi les personnes les plus âgées de Saint-Michel de Casteinau et des paroisses environnantes; on y voit aussi comparaître maître Jean Delucbernet, notaire royal, qui, en cette qualité, devait parfaitement connaître les archives du château. Il y a vingt ans environ, déposent-ils, par conséquent vers 1574, que le château de Castelnau-de-Mesmes fut surpris par feus les capitaines Castaing et Cot, tous deux habitant Bazas, qui s'introduisirent par un petit arceau en pierre qui donne entrée à un ruisseau traversant lout le château d'un bout à l'autre; qu'ils pillèrent le château, et qu'ils détruisirent la plupart des titres et des papiers qui y étaient. Peu de temps après, la dame du lieu, ayant des intelligences dans la place, trouva moyen de s'y introduire avec quelques-uns des siens et en chassa Castaing. Mais trois ans après, vers 1 577 par conséquent, elle en fut de nouveau chassée « par le capitaine » Castaing de Casieijaloux, accompagné de certains soldais qui estoient tous de la nouvelle opinion, » lesquels déguizés en femmes et feignant porter du fruit à ladite dame, surprindrent ledit château, » auquel temps, dont peut avoir dix-sept ans ou environ, tous les meubles qui estoient restés lors » de la première prinse dans ledit château, ensemble les titres et documents (^), furent par ledit » Castaing de Casteljaloux et ses complices emportés, en sorte qu'il n'y demeura rien que les » murailles, tellement qu'en ce temps se perdirent tous les terriers, lettres et documents, tant du » château que d'autres maisons pocédées par ladite dame, parce que tous ceux qu'elle avoit pu » conserver à la première prinse, elle les avoit retirés entièrement dans ledit château. »
La dame de Casteinau fut elle-même chassée brutalement. Au moment où elle montait en carrosse pour se rendre dans la maison de Beaupuy, à Ruflîac, le sieur de cette maison, le capitaine Casse de Casteljaloux, qui était avec elle, se disposant, avec l'aide d'un des serviteurs de la maîtresse du château, à jeter dans le carrosse « un grand sac à mettre bled remply de papiers » d'icelle dame, lesquels néanmoins ayant été aperceus par un nommé le capitaine Beteille, complice
('! Il partit à la vue de paysans qui dépiquaient du seigle en face du château. — (') Mémoires de Daubigné, p. 487, édition Buchon. — i') Les papiers étaient renfermés dans un coffre placé dans la chambre qui est au-dessus du portail.
» dudit Castaing, y accourut et furent lesdits papiers par lui arrêtez et baillez à un sergent nommé » Gans, autre complice diidit Caslaing, de sorte que ladite produisante fut contraiacle de se retirer » sans emporter lesdits papiers. » Quelques autres témoins déclarent qu'ils en virent une grande quantité « dans le bourg de Castelnau, qui avoient été rompus et dessirés par lesdits preneurs; » que même, pendant qu'on les brûlait, des habitants du bourg proposèrent à un soldat nommé Jean Jolly, de Casteljaloux, de les leur livrer pour 2 écus, ce à quoi il ne voulut pas consentir.
Le capitaine Castaing, nous apprend la même enquête, resta dans le château jusqu'en 1 592, et en fut chassé par le maréchal de Matignon, lieutenant général du roi en Guienne, qui assiégea Castelnau et le prit de vive force. I! y mit une garnison, qui y resta longtemps, enleva les meubles et les titres qui restaient, et n'y laissa que les murs.
L'enquête nous apprend encore, que de tout temps les seigneurs de Castelnau prenaient le litre de premiers barons du Bazadais; c'est ce qu'affirme, entre autres, un témoin qui dépose l'avoir entendu dire à son grand-père, mort il y a trente ans, à l'âge de cent ans, et à son père, mort il y a dix-huit ans, âgé de quatre-vingt-dix ans. Un autre déposant rappelle le procès qui eut lieu autrefois (1 555) entre feu François de La Mote, seigneur de Noaillan et de Castelnau, et feu Pierre de Lansac, seigneur de Roquetaillade. La déposition de Deiucbernet, notaire, ajoutée à celle de plusieurs autres témoins, nous édifie sur les droits de péage perçus par les seigneurs de Castelnau; sur les diverses seigneuries et rentes qu'ils possédaient, et sur les devoirs qu'ils devaient rendre eux-mêmes à diverses personnes. Ainsi, les quatre paroisses de Saint-Michel de Castelnau, Larligue, Giscos et Lerm, avaient leur dîme inféodée au château de Castelnau et à la seigneurie de Lerm, dont les seigneurs de Castelnau avaient la jouissance en faisant hommage à l'évêque de Bazas d'un fer de lance doré pour la dîme de Lerm (•). Ils devaient une bague d'or pour celle de Saint-Michel et de Lartigue son annexe, une autre bague d'or pour celle de Giscos. Toutes ces exporles se devaient à muance de seigneur. Il y avait aussi 'plusieurs autres dîmes, qui étaient dues au prieur de Beaulac et à l'abbé de Fontguillem. M" Deiucbernet dépose « qu'il a vu » dans le château la table du tribut, autrement appelé le péage, de ce que anciennement les » marchands et autres qui passaient par les terres dudit Castelnau avaient accoutumé de payer des » marchandises qui sont achetées dans icelles, sauf et réservé les habitans qui ne sont point tenus » d'en payer, lequel tribut se lève encore à présent par lui qui dépose, et en qualité de fermier. » Scavoir est :
» 1° Pour chacune charrette de bled, froment, sègle, roilhet, fèves, pois et advoyne. 6 den. tourn. » 2° Plus, pour chacun bœuf, vache et chacun cuir 3 —
> .3° Plus, pour chacune douzaine de moutons, brebis, chèvres, chevraux 1 sol.
» 4° Plus, pour ciiacune teste de pourceaux 4 den. tourn.
» 5° Plus, pour chacune charrette de liège, merrain , pastel, poissons, plume 5 sols.
» 6° Plus, pour chacune charge de bled, de cheval ou d'asne, pour chacun 6 den. tourn.
» 7° Pour charge de cheval ou d'asne, de verre 2 verres.
» 8° Plus, pour charge d'un homme portant sur le col 1 —
» 9» Item, pour chaque charrette de bœuf portant vaisselle, se paye l pièce des plus belles.
> 10° Item, pour charge de cheval ou d'asne, de vaisselle de terre, se paye 1 —
» H" Plus, pour chacune livre de cire, métal, estain 1 Jacques.
(•) Ils ne possédaiunl la seigneurie de Lerm que depuis environ vingt-six ans, époque où elle fut achetée par feu François de La Mote, qui mourut trois ans après. Le château de Lerm se composait d'une simple tour entourée de fossés dont il restait des traces près de l'église en 16G0.
» 12° Et pour charge de charrette de cheval ou d'asne et homme portant marchan- » dises, tant de draps que autres marchandises, même pour chaque charroi
. et chacune charge 6 den. tourn.
» et autant en paye chaque homme qui porte sur son col.
» 13"" Plus, pour chacune teste de mulle ou mullets 3 —
» 14° Plus se paye, pour chacun quintal de fer ou plomb 1 sol.
» 15° Plus se paye, pour quintal d'espicerie , saffran et confitures 5 —
» 16" Pour chacune charrette de table ou de résine 5 —
» 17° Item, pour chacune charge de cheval, d'asne ou d'homme, portant du fer en
» besongne 6 den. tourn.
» 18° Homme à pied portant du fruit 6 —
» 19° Plus sont tenus, chacun marchand de miel qui fait achapt en la terre pour faire » des combres, avant commencer de mesurer, aller au château et illec porter » la mesure pour la comparer et égaler avec celle du château, pour illec rendre
» droiturière, et chacun desdits marchands est tenu bailler et payer 1 livre de cire.
» 20° Aussi sont tenus chacun marchand qui fait des combres dans ladite terre, pour
» chaque bouyet 3 sols.
» 21° Plus sont accoutumés payer, les marchands qui déployentlesdites marchandises > en ladite juridiction en jour de foire, ez lieux où lesdites foires se tiennent, » sans comprendre le péage, chacun marchand 5 sols. »
Dans un acte du 15 aoiît 1G13, François de La Mote est qualifié chevalier de l'ordre du Roi, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur des villes de Marmande et Monségur, seigneur baron de Castelnau-de-Mesmes, Lerm en Bazadais, baron de Noaillan en Bordelais, et autres places. II eut pour fille et héritière Guyonne de La Mote, qui se maria quatre fois : 1 " avec le marquis de Vaillac; 2° avec le sieur de Viilefranche ; 3» avec Gaston de Foix, marquis de Rabat; et enfin, en dernier lieu, avec le sieur d'Espagnet. Pendant la vie de sou troisième mari, le château de Castelnau-de-Mesmes fut assiégé et pris par les frondeurs. En 1652, « le château de
» Casteinau, qui était du parti du roi, incommodait ceux de Bazas tenant pour les princes Le
» capitaine Laserre, étant dans Casteljaloux avec sa compagnie, avait mis une partie de ses gens » dans Casteinau. Il y voulut aller pour savoir lui-même ce qui se passait; mais il fut pris » prisonnier, pour la seconde fois, de Balthazar... Ensuite de cela, Balthazar alla lui-même au siège ■» de Casteinau, considérant que la prise de cette place lui étoit très avantageuse et qu'elle » rafermiroit ceux de Bazas dans le parti des princes. Le régiment de Théobon et celui de cavalerie » de Balthazar : le premier commandé par Montgoural, lieutenant colonel, et l'autre par Fagot, » capitaine et major, firent les approches. Ces officiers emportèrent d'abord les dehors; mais dans » les nouvelles attaques, ils disputoient l'honneur du commandement. Ce différent qui s'alloit vider » par le sang, fut vidé par l'arrivée de Balthazar, qui, reprenant à soi le commandement, leur ôta » tout sujet de contention et les obligea de tourner leur animosité à la ruine des assiégés. Son » arrivée alluma le courage des siens, et sa valeur parut d'une sage conduite; car voyant que » l'endroit où le canon avoit été mis en batterie n'étoit pas propre pour faire une brèche suffisante, » il en fit dresser deux autres : l'une vers la courtine, du côté du soleil levant, et l'autre à celle du » midi, pour abattre la galerie qui du haut de la tour carrée incommodoit la tranchée; il pressa » les attaques avec tant de vigueur et d'opiniâtreté, que, dans quatre jours, il se rendit maître de >■ la place. Les conditions furent que les meubles qui appartenoient au duc d'Épernon, au » seigneur du lieu et à quelques particuliers de Bazas, seroient rendus. Balthazar, sans entrer
» dans la place , y laissa Sainl-Micaull pour exécuter ses ordres ('). » Il partit ensuite pour Caste Ijaloux.
Cependant ses ordres ne furent pas exécutés, si l'on en croit une enquête faite, le 25 avril 1660, devant M" de Cuissotte, seigneur de Visancour, Bierge, Plinot et autres lieux, conseiller du roi en son grand conseil et commissaire député, à la requête et diligence de Gaston de Foix, chevalier, marquis de Rabat, et de dame Guyonne de La Mote de Castelnau, son épouse, à l'encontre de monseigneur Samuel Martineau, évéque de Bazas, entre autres choses au sujet de l'enlèvement des titres et papiers du château de Castelnau. Les témoins assignés à cet effet, entre autres Jean Majault, procureur au présidial de Bazas et y demeurant, déclarent que les sieur et dame de Rabat faisaient leur demeure dans le château de Castelnau, où demeurait aussi feu sieur de Castelnau, père de ladite dame; que « sur la fin de l'année 1652, il (le château) fut assiégé par les sieurs de » Marchin et Balthazar, généraux de l'armée de M. le prince de Condé, lesquels firent battre le » château de deux pièces de canon, ce qui obligea ceux qui étoient dedans de capituler et se » rendre à des conditions assez avantageuses, lesquelles ne fuient nullement observées, et vit, lui » (Jean Majault) qui dépose, le sieur de Saint-Micho, quy avoit esté mis pour commander dans ledit » château, forcer luy-même et ouvrir avec un marteau et ciseau de fer les coures qui estoient » dedans ledit châleau, dans l'un desquels se souvient avoir veu du linge et quelques liasses de » papier, ne sachant ce qui en fut fait, et sait que le sieur de Saint-Micho, avec sa garnison, » demeura six mois et d'avantage en possession dudit chasteau. » D'autres témoins disent que le châleau fut pris après avoir été battu de deux canons pendant deux jours, puis pillé; qu'ils.virent brûler les titres et les papiers; qu'on prenait les draps et les nappes pour faire des sacs et emporter le blé et tout ce qui se trouvait dans le château, et que, pendant plusieurs jours, on vit passer dans le bourg de Lerm des charrettes chargées du produit de ce pillage.
En 1686, Jean d'Espagnet, conseiller du roi et premier président au Parlement de Bordeaux, était marquis de Castelnau-de-Mesmes. A cette époque eut lieu la division des seigneuries de Castelnau et de Noaillan, et les archives du château de Suduiraul sont muettes sur le premier de ces deux châteaux, qui dut passer, en vertu des dispositions testamentaires de la dame de La Mote, dans la famille de mcssire Gaston de Bouzct, marquis de Poudenas; car, dans l'état des juridictions de la sénéchaussée <!e Bazas en 1760, on trouve que M. de Poudenas était seigneur haut justicier de Castelnau-de-Mesmes.
Ce château, qui depuis la Révolution a passé par plusieurs mains, a été transformé en forge dont le fourneau est établi dans une des tours. A la manière dont il est traité par les propriétaires actuels, on doit considérer sa ruine comme très prochaine.
Ce château (Planche CXXII), malheureusement très défiguré, d'abord par des restaurations et additions considérables faites au XVII" siècle et par une forge établie depuis peu, offre un plan d'un véritable intérêt. Il se compose de trois parties bien distinctes : 1° le château proprement dit (A), 2° une basse-cour (BJ entourée de murs aussi anciens que ceux du château, et 3" une autre basse-cour (CJ, qui paraît n'avoir été établie qu'au XVII° siècle. Ces deux basses-cours sont plus élevées que le sol du château, bâti sur un petit ruisseau appelé le Gua-Sec, qui se jette, près (le là, dans le Ciron. Le sol sur lequel il a été construit a été quelque peu exhaussé par les terres
;') Balth;iKir, Hisluire de la guerre de (Juienne, Ijiljliolhèqiic el/.évirienne, p. 301 et suivantes.
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prises aux dépends des fossés creusés à l'ouest et au sud seulomenl, parce que, au nord et au nord-est, le vallon, qu'on pouvait facilement inonder, le protégeait suffisamment. Une terrasse (DJ a été établie de ce côté au XVII" siècle. A l'est et de l'autre bord du ruisseau existait une grosse
tour ronde (EJ, appelée Tour de la prison. Elle était reliée à la tour du nord-est (F) par une courtine qui, par conséquent, traversait le Gua-Sec, lequel entrait sous le château par un petit arceau percé au pied de celte courtine, dont le sommet est garni de meurtrières. Au sud de la tour E se trouvait, m'a-t-on assuré, une des portes du château. Cette partie de la forteresse est à peu près entièrement ruinée et méconnaissable.
Je crois qu'elle renfermait un moulin à eau, situé entre le château A et la tour E. Le ruisseau é ait, en effet, couvert par des constructions, ainsi que l'indiquent les corbeaux saillants vers l'intérieur, et les meurtrières dont la courtine EF est percée. C'est par ce moulin que durent s'introduire les soldats du capitaine Castaing.
Au sud, des fossés de 15 mètres de large, creusés à fond de cuve et bâtis sur la contrescarpe, se relient à ceux de l'ouest, presque entièrement déformés par l'établissement métallurgique ou comblés par les débris de la forge. Le bord de ce fossé occidental est flanqué de trois tours rondes. Celle de l'angle sud-ouest (Ml, dans laquelle est maintenant établi le fourneau de la forge, s'appelle la Tour (TEpernon. Ses murs, lézardés de toutes parts et maintenus par des cercles de fer, ont 2"'70 d'épaisseur. Les deux autres tours n'offrent aucun intérêt, pas plus que celle du nord-est. Toutes ont été défigurées au XVII" siècle, et peintes en rouge à l'extérieur. Les bâtiments sont également du XVII° siècle et dans un état complet de délabrement. Un vieux paysan, qui n'a jamais quitté la localité, se rappelle avoir vu une tour ronde en H et une autre tour en K. Ces deux tours défendaient l'entrée des fossés, qui, quoique plus élevés que le Gua-Sec, pouvaient s'inonder au moyen d'une prise d'eau amenée par une rigole sous la tour K. La porte principale piiraît avoir été en P, près de la tour d'Épernon. La chapelle était située en /, dans la basse-cour, qui devait être entourée de fossés dont il ne reste plus que de faibles traces. Je n'ai pas retrouvé la tour carrée située au sud, et dont la galerie incommodait tant, en 1632, les tranchées de Balthazar; elle devait être située entre les tours M et E; ce n'était peut-être qu'une portion de la courtine plus élevée que le reste et dominant la basse-cour B.
Il y a quelques années, on ne pouvait aller à Caslelnau-de-Mesmes qu'à pied ou à cheval. Une grande route partant de Bazas permet de s'y rendre en voiture et dans très peu de temps. C'est une charmante excursion à propo.>er à ceux qui aiment les sites sauvages, les grands arbres et les belles eaux.
NOAILLAN. 29J
NOÂILLÂN
Canton de Villanclraut, arrondissement de Dazas.
La seigneurie de Noaillan est une des plus anciennes du Bordelais, et les seigneurs qui In possédaient en prenaient le nom dès le commencement du XlIP siècle et probablement avant. Le premier de ces seigneurs qui nous soit connu s'appelait Amanieu de Noaillan, chevalier; il est nommé dans un titre du 2 mars 1225 ('). On le trouve au nombre des seigneurs qui se réunirent dans le château de Bordeaux, en 123G, pour remédier aux exactions des baillis du roi d'Angleterre dans l'Entre-deux-Mers (*). Cela prouve qu'il était en grande considération, et que, sans nul doute, la seigneurie de Noaillan était déjà fort ancienne. Il assista à la bataille de Taillebourg, puisque, le 3 mai 1242, Henri III lui écrivit de se trouver à Pons avec cinq chevaliers, le jeudi après la Pentecôte ('). Le 28 août de la même année, il jura, en compagnie de plusieurs autres seigneurs gascons, de maintenir un traité passé à Bordeaux entre le roi d'Angleterre et Raymond, comte de Toulouse (*). Le 25 septembre suivant, le roi étant à Bordeaux lui écrivit encore de venir à Sainle-Bazeille, dans l'octave de l'Exaltation de la Sainte-Croix, de se bien munir d'armes et de chevaux, et d'amener avec lui tous les hommes d'élite qu'il pourra se procurer. Henri III ajoutait qu'il se chargeait de leur solde (*). Amanieu de Noaillan n'obéit probablement pas à cet ordre, car il reçut du roi, le 12 novembre, une autre lettre datée de La Réole, le pressant de se rendre dans la même ville, bien muni d'armes et de chevaux, et d'y attendre ses ordres (®).
A la même époque vivait un Guillaume Seguin de Noaillan, qui avait le titre de chevalier (') ; mais il ne devait pas être seigneur de la terre dont il portait le nom.
En 1262, le seigneur de Noaillan s'appelait Bertrand; il fit partie de la Cour de Gascogne convoquée, au mois d'avril, dans le préau de l'Archevêché de Bordeaux, à propos d'un procès soulevé entre Marguerite de Turenne, femme de Renaud de Pons et fille d'Hélie Rudel, sire de Bergerac et de Gensac, et le roi d'Angleterre ("). Le 13 ou 14 décembre de la même année, il se porta gartint, avec vingt-quatre autres seigneurs, d'un traité passé entre Garcias-Arnaud de Navailles et le même monarque {^). Il est qualifié damoiseau dans un titre de cette même année et dans d'autres litres des années suivantes ('"). Un acte, daté du 16 des Ides de mars 1263, nous fait voir qu'il devait annuellement, le jour de la fête de Saint-Martin, deux quartes de froment, une de seigle et une de mil, mesure de Bordeaux, à l'archevêque de cette ville et à ses successeurs, pour deux parts qu'il avait dans les dîmes de Noaillan et d'Illats {"). Le 25 juillet 1262 vivait aussi un Hodo de Noaillan, qui fut témoin du testament d'Amanieu VI d'Albret ('*). Dans un acte du 10 mars 1273, il est fait mention d'un Pierre de Noaillan, chevalier ('^); c'est probablement lui qui est cité comme fils de Bertrand de Noaillan, et qui, le 19 mars 1274, devait au roi d'Angleterre un quart de
(') Variétés Bordelaises, t. VI, p. 48. — (') Archives historiques de la Ginmde, t. Ill, p. 112. — L'ablié Cirot de La Ville, Histoire de la Grande-Sauve, t. II, p. 181. — (') Rymer, t. I, pars I, p. 244; Londini. — (♦) Idem, idem, p. 248. — Variétés Bordelaises, l. III, 254. — (") Itymer, t. I, pars. I, p. 249; Londini. — (*) Champolllon-Figeac, Collection de documents inédits sur l'histoire de France, etc., t. I, p. 40. — C) Variétés Bordelaises, t. VI, p. 48. — (") Martial et J. Delpit, Notice sur un manuscrit de la bibliothèque de IVulfenhullet, p. 136, notes. — (») Idem, idem, p. 152. — Archives historiques de la Gironde, t. I, p. 144, cl t. III, p. 13. — (">) Variétés Bordelaises, t. VI, p. 48. — ('«) Archives du cliâteau de Siiduiraut. Une note au bas de l'acte, qui, d'ailleurs, n'est qu'une copie collationnée, nous dit qu'il faut lire Léogeats, au lieu d'Illats, parce que Léogeats s'appelait jadi-; Illats. Cela me parait douteux, parce que ces deux communes existent, et assez rapprochées l'une de l'autre. — ('•) Archives historiques de la Gironde, l III, p. 136. - ('') Variétés Bordelaises, t. VI, p. 48.
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cliovalior dont un autre quart était dû par la dame de Trencaléon, épouse du soigneur Gaillard Colomb, et la moitié qui restait, par Hugues de Caslillon ('). Bertrand vivait encore alors; car, le môme jnur, il fait hommage à Edouard l"'; il reconnaît être son chevalier, et tenir de lui en fief le château de Noaillan au devoir d'une lance d'exporle à muance de seigneur, et tout ce qu'il possède dans la paroisse de Salles au devoir d'un autour sor ou soixante sous bordelais (*).
Le môme jour, d'autres membres de la famille de Noaillan vinrent aussi faire hommage : Théobald de Noaillan déclara ne rien tenir du roi, que tout ce qu'il avait était des appartenances de la maison de Noaillan. Guillaume de Noaillan, chevalier, déclara tenir du roi ce qu'il possédait dans les paroisses de Saint-Macaire, de Sainte-Florence, de Conques et de Pujols, excepté une dîme à Pujols qu'il tenait de l'archevêque de Bordeaux; il devait au roi un marbotin (^) d'exporle à muance de seigneur, et au duc d'Aquitaine une paire de gants. Il déclare tenir tous ces fiefs en son nom et en celui de Gaillard de Noaillan son frère. Pour les fiefs en sus, il les tenait du seigneur de Bénauges (*).
A cette époque, il y avait à Noaillan un chevalier nommé Arnaud Garcies de Sescars, qui vint aussi faire hommage au roi; il déclara que tout ce qu'il possédait dans la paroisse de Noaillan, il le tenait du seigneur de celte terre et rien du roi, si ce n'est ce qu'il avait dans les paroisses de Saint-Symphorien et d'Uzeste, au devoir d'une paire de gants d'exporle avec le serment de fidélité. C'est en présence du sénéchal de Gascogne qu'il devait faire hommage pour ses fiefs de la paroisse de Saint-Symphorien {'^).
Le 16 novembre 1286, Fortaner de Cazenove, chevalier, reconnut tenir, au nom d'Arnaud de Noaillan, son neveu et pupille, la moitié du château de Freisse (Frechou), pour lequel il devait prêter serment de fidélité et fournir un demi-chevalier ("). Je ne sais si cet Arnaud était aussi seigneur de la localité dont il portait le nom. Le 14 juin 1288, un Bernadat de Noaillan paraît comme témoin dans un acte d'hommage fait à Amanieu d'Albret, mari de Rose de Bourg, comme seigneur de Vayres, par W. de Montravel, chevalier, à raison du château de Jabastas, sis en la paroisse d'Izon C). Six ans plus tard, le 12 juillet 1294, Edouard I" écrivit à Bertrand de Noaillan une lettre semblable à celle qu'il adressait à Arnaud de Blanquefort (*). C'était probablement le petit-fils de Bertrand, dont il a été fait mention plus haut. En 1312, Edouard H sentit le besoin de réveiller le zèle de ses sujets de Gascogne; il écrivit, le 1 5 avril, à un grand nombre d'entri' eux, et entre autres à Amanieu, seigneur de Noaillan, qu'il comptait sur sa fidélité, de se tenir prêt avec ses chevaux, ses armes et le plus gran 1 nombre d'hommes qu'il pourrait se procurer, afin d'être prêt à le servir lorsqu'il sera besoin. Il lui recommandait de lui faire savoir quel était le nombre d'hommes qu'il pouvait mettre sous les armes [^]. Au commencement du XIV" siècle, les seigneurs de Noaillan jouissaient du droit de haute justice, puisque, le 19 mai de l'année 1312-13, le roi alloua certaines dépenses pour une enquête faite à l'occasion de ce droit ('"). Il écrivit, le 17 juillet 1315, à Montasin de Noaillan, chevalier, et au seigneur Arnaud de Noaillan ("), qui fut témoin, le 1" octobre 1316, d'une déclaration faite par Amanieu d'Albret aux feudataires de l'archevêque de Bordeaux ('^).I1 était fort probablement seigneur de la terre dont il portait le nom,
(') Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 22. — (') Idem, idem, p. 25. — {') Pièce ilo monnaie. — (*) Archives historiques de la Gironde, t. III, p. 26. — (') Idem, idem, p. 27. — («, Idem, t. I, p. 358. — ("| Aicliives de Vayres. — t') Supra, p. 44. — l') Rynier, t. II, pars. I, p, 163; Londini. — ("). Rôles gascons. — L'abbé Baurein, Variétés Bordelaises, t. VI, p. 49, n'a pns remarqué (|iie, dans la date, donnée da[is le Catalogue des Rôles gascons, il y a une faute d'impression, et qu'au lieu de 1212/13, il faut lire 1312/13. — (") Rymer, t. Il, pars. I, p. 273 et 274. — ("j Archives historiques de la Gironde, t. II, p. 323.
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et reçut de Régine de Goth, petite nièce du pape Clément V, une grande niiirque de confiance. Cette dame, épouse de Jean, comte d'Armagnac, vicomtesse de Lomagne cl d'Auvillars, fit son testament le second des Ides d'août 1 323 et institua pour ses légataires universels plusieurs seigneurs, parmi lesquels on remarque Arnaud de Noaillan, chevalier ('). Le 6 juin 1326, le même honneur lui fut accordé, en compagnie d'Arnaud-Bernard de Preissac, par Rose de Bourg, femme d'Amanieu d'Albret (*). Le 8 juillet 1330, il fut témoin de l'acte d'hommage rendu par Malhe d'Albret, femme de Rainaud de Pons, chevalier, pour la baronnie de Castelmoron, au commissaire du roi de France (^). On trouve aussi, vers la même époque, plusieurs autres seigneurs du nom de Noaillan; ainsi, en 1322, un Amanieu de Noaillan fut convoqué par Edouard II pour la guerre d'Ecosse. Ce roi lui écrivit de nouveau, le 30 septembre 1324, pour l'engager à continuer à le servir fidèlement contre le roi de France. Le 30 décembre suivant, il lui adressa une autre lettre pour lui annoncer qu'il venait de faire la paix avec Bernard de Durfort, seigneur de Flamarens (*). Dans ces deux lettres, il est qualifié seigneur de Sainte-Livrade.
Lorsque le prince de Galles fut investi de la principauté d'Aquitaine, il fil prêter serment à tous les seigneurs de ce pays. Ceux du Bordelais vinrent lui Jaire hommage dans l'église Saint-André de Bordeaux. Le 9 juillet 1363, Arnaud-Guillem de La Mote s'y présenta, tant pour son compte particulier que comme tuteur de Jean, seigneur de Noaillan. Le 26 décembre, les commissaires du même prince reçurent aussi, dans la cité d'Agen, l'hommage d'un Vidal de Noaillan (*). Avant de partir pour l'Angleterre, le prince de Galles réunit, le 9 juillet 1373, les barons bordelais pour recevoir d'eux le serment de fidélité. Parmi les principaux seigneurs présents cités par Delurbe, on voit celui de Noaillan ("); mais le chroniqueur bordelais ne fait pas connaître son nom. En 1380, Assalhide de Ségur, dame de Cantenac, éiait veuve de noble homme Bertrand de Noaillan, seigneur de Maurian, de La Mothe de Ludon et de Cantenac. En 1421, un Louis de Noaillan était seigneur de Lisse C). Il est très probable que tous ces Noaillan apparlennienl à la même famille; mais il est fort souvent bien difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir, avec les rares indications que l'on possède, quels étaient ceux d'entre eux qui étaient seigneurs de la terre du Bordelais dont ils |)ortaienl le nom. Nous avons vu, dans un acte fort dégradé qui se trouve dans les archives du château de Suduiraut, daté du 20 septembre 1388, que Guilhem Arramon (Guillaume Raimond) de Noaillan, seigneur de Labarthe, damoiseau, donna en fief, à noble baron mossen Arnaud de Noaillan, son oncle, un château (*) à Labarthe en Lotrange avec ses appartenances, des localités à Sigalens, à Notre-Dame de Maillas, à Saint-Michel de Casteinau au lieu appelé à La Guardère, à Saint-Étienne de Lenessans, à Saint-Loiiberc, etc.; il lui donna aussi en fief, des dîmes qu'il possédait à Blanquefort en Bordelais, tout ce qui lui appartenait dans la paroisse de Ludon au lieu appelé à La Roque {^), dans ct'lle de Sainl-Médard en Jalles au lieu appelé Magialas, à Anteillan ('»); plus, tous les hommes questaux qu'il avait dans l'honneur de Blanquefort et au dehors; toutes les localités oii étaient ces hommes; en un mot, tout ce qu'il possédait à Blanquefort; le tout, au devoir de 5 deniers bordelais d'accroissement d'exporle à muance de seigneur, et pour 2 deniers d'accroissement de cens portés chez ledit Guillaume Raimond, à la bastide de Montestrange; plus, 3,000 livres
(') Variétés Bordelaises, t. VI, p. 72. — (') Archives historiques de la Gironde, t. IV, p. 72. — Gaslelier de La Tour, Généalogie de la maison de Preissac. — (') Archives historiques de la Gironde, t. IV, p. 79. — l'i Ryiner, t. II, pars. I, p. 371 et 584.
— (•) Jules Delpit, Documents, etc., p. 89 et 1 1 5. — («) Chronique Bordelaise, p. 20. — (') Rymer, t. IV, pars. III, p. 107, 3« édit.
— (•) Tola aquera mola, castet casterar — (') Nous avons vu plus haut qu'un Bertrand de Noaillan était seigneur de La
Mote de Ludon. - ('«) II y a un Anteillan, ou hôpital de Mignot, dans la paroisse de Saiut-Estoplie. C'est peut-être aussi au TaiUan.
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de denier d'entrée (de carilas et à'intradas). On voit, parmi les témoins de cet acte, Ilélies de Puch, damoiseau, enfant naturel (donzet naturau).
Tout cela ne nous dit pas à qui appartenait le château de Noaillan. Cependant, il paraît qu'alors il n'était plus possédé par la famille de ce nom, puisque, dans une trêve entre le roi d'Angleterre et le sire d'Albret, signée le 19 mai 1383, on trouve, parmi les compagnons, serviteurs ou alliés de ce dernier, que Gaillard de La Mote était seigneur de Castelnau-de-Mesmes, de Noaillan, etc. (').
Au commencement du XV" siècle , cette seigneurie fut enlevée aux La Mote par le roi d'Angleterre , et donnée à des seigneurs sur la fidélité desquels il comptait probablement davantage; ainsi, le 10 juin 1306-07, Charles de Beaumont en fut gratifié par Henri IV (^); elle lui fut de nouveau accordée ou la donation lui fut confirmée le 8 février 1415-16. Le roi Henri V y ajouta d'autres ténements en Bordelais, dans les paroisses de Mérignac, de Bègles et à Veyrines (^). Enfin, Noaillan, comme toutes les autres grandes seigneuries du Bordelais, fut concédée, le 13 juillet 1428-29, à Bernard Angevin, l'insatiable favori d'Henri VI (*). Il ne la garda pas longtemps, puisque, le 18 août 1450-51, elle fut donnée à Baudinot Gassies, homme d'armes, avec celle de CasteInau-de-Cernès (*).
Après la conquête de la Guienne, les La Mote rentrèrent en possession de la terre de Noaillan. Jean de La Mote, seigneur de Castelnau-de-Mesmes et de Noaillan, comme le furent ses successeurs, était neveu du maréchal Pothon de Xantrailles, qui lui laissa par testament tous ses biens, à la condition qu'il épouserait Béatrix de Pardaillan, sa nièce, et que l'aîné des enfants mâles qui naîtrait de ce mariage prendrait les armes de Xantrailles et les écartellerait de celles de La Mole. S'il ne voulait pas ou ne pouvait pas accepter ces conditions, il lui substituait Bernard de La Mote, son frère. Béatrix fut épousée par Bernard, et recueillit la succession de son oncle. En 1520, Jean de La Mote, seigneur de Noaillan, fils probablement de Bernard, contribua à rédiger et publier les Coutumes de Bordeaux (*). Nous avons vu, dans la notice sur Castelnau-de-Mesmes, qu'un autre Jean de La Mote existait en 1473. Les La Mote restèrent maîtres de ces deux seigneuries jusqu'en 1567. Celle de Castelnau-de-Mesmes avait le titre de première baronuie du Bazadais, titre qui donnait, à son possesseur, droit à certains privilèges que voulut, en 1555, lui disputer le seigneur de Roquetaillade, Jean de Lansac, qui venait d'épouser Catherine de La Mote C). Lorsque l'évéque de Bazas faisait son entrée dans sa ville épiscopale, le premier baron du Bazadais tenait la bride du cheval que montait l'évéque ; il est probable que cette marque de vasselage était chèrement rétribuée, car, si l'on en croit la tradition, toute l'argenterie qui avait servi au repas qui suivait cette cérémonie, et la monture du prélat, appartenaient à celui qui avait tenu la bride. Lorsque le Florentin Jean-Baptiste Alamanni fit son entrée dans Bazas, Jean de Lansac, comme époux de Catherine de La Mote et seigneur de la terre de Roquetaillade, située dans le Bazadais, prétendait avoir le titre de premier baron de cette province. La Mote, de son côté, qui était, il est vrai, seigneur de Noaillan, situé en Bordelais, mais aussi de Castelnau-de- Mesmes, situé en Bazadais, ne voulait pas céder un honneur qui lui appartenait de droit (*). Si l'on en croit l'abbé O'Reilly, Histoire de Bazas, page 205, l'affaire, après avoir failli devenir très sérieuse, s'arrangea à l'amiable; mais cet auteur, qui, selon son habitude, ne donne aucune preuve
(') Archives historiques Je la Gironde, t. III, p. 2S1. — (') R('iles gascons. — ('\ Idem. — (') Idem. — ('j Idem. — (") Bernani Authonine, Commentaires sur les coutumes générales de la ville de Bourdeaux..., p. 621. — [") Supra, t. I, p. I et 14, notes. — C, Voir Supra, notice sur Castelnaii-de-.Mesmes
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de ce qu'il avance, a inventé les noms du seigneur de Roquelaillade et de sa femme, et, de plus, il entremêle son récit de réflexions qui prouvent qu'il n'a pas compris l'avantage et l'honneur que donnait alors le titre de premier baron d'une province : ce n'est pour M. O'Reilly qu'une sotte question d'amour-propre. Le Parlement fut obligé de s'en mêler; il envoya à Bazas Jean de Citet, conseiller, et Louis de La Perrière, avocat-général, pour empêcher le scandale (*).
Le 9 mai 1567, François de La Mote vendit les terres de Noaillan et Léogeats à Jean Le Berthon, conseiller au Parlement de Bordeaux, pour la somme de 12,000 francs bordelais. Celui-ci les revendit pour la même somme, le S octobre suivant, à Raimond de La Roque, seigneur de Sainte-Croix du Mont, habitant de Langon. A l'époque de cette vente, un procès, à propos de cette seigneurie, était pendant entre les héritiers de Pierre de Béarn, seigneur de Bonnegarde, et les La Mote. François de La Mote n'ayant pas payé une somme de G, 787 livres 2 sous, qui était due à Gaston, fils de Pierre de Béarn, la terre de Noaillan fut adjugée à Gaston, par arrêt du Conseil du 24 février 1560. François étant mort, Jean de La Mote, son fils, intenta action de retrait lignager pour raison de la terre de Noaillan, et Gaston de Béarn fut condamné à la restituer moyennant remboursement de la somme due; mais il fit appel, et comme il était valet de Louis de Bourbon, prince de Condé, alors tout puissant, le procès fut probablement suspendu Pendant ce temps, Jean mourut, et François de La Mole, qui doit être son frère, étant encore très jeune, lui succéda. Ses tuteurs, François et Jean de Balaguier, évêques de Cahors et de Bazas, reprirent le procès. La sentence précédente fut confirmée pendant les troubles de 1569; mais le calme étant rétabli dans la province, cet arrêt fut cassé, et Gaston remis en possession de Noaillan. Cependant, les Balaguier obtinrent des lettres-royaux contre ledit arrêt. Gaston étant mort, sa veuve fit de nouvelles démarches; les Balaguier furent encore condamnés. Enfin, pour terminer ce long procès, ils demandèrent au roi d'ordonner à la veuve de restituer à François de La Mote la terre de Noaillan, moyennant qu'on lui remit les sommes qui lui étaient dues. Après quelques autres contestations, cette seigneurie fut rendue, le 4 mai 1578, à dame Marie de Balaguier, douairière de La Mote, mère de François de I-a Mole.
Il est assez probable qu'en 1567, la terre entière de Noailhin, et surtout le château, ne furent pas vendus à Jean Le Berthon, puisqu'on trouve que, le 30 mai 1 586, messire Guillaume de Gascq, sieur de Razat, chevalier, trésorier général de France en Guienne, coseigneur de la moitié dudit Noaillan, afl'erma cette terre et seigneurie. Il était beau-frère de François de La Mote en Madame de Piis,sa sœur. On trouve aussi que, le 8 juillet 1589,FrançoisdeLaMote, écuyer, seigneur et baron de Castelnau-de-Mosmes et premier baron du Bazailais, par acte passé à Bazas par-devant Chaumetlc, notaire, vendit la terre de Noaillan à Olivier Des Combes, aussi écuyer, coseigneur de la baronnie d'Auros et de Sepaux. habitant dudit Auros; mais que le 13 juin suivant, le procureur fondé de dame Françoise de Ballaguier, tante maternelle de François de La Mole, prit possession de cette seigneurie devant Duboucher, notaire, avec tout droit de justice haute et basse, par suilo du rachat qu'elle en avait fait du sieur Des Combes, en exerçant le retrait lignager. Cette prise de possession fut notifiée, le dimanche 17 du même mois, à l'issue de la messe paroissiale, aux habitants de Noaillan, qui déclarèrent « estre contens et ayscs dudict rachapt, et qu'ils recognois- » teront et recognoissent ladicte dame pour leur dame justicière, foncière et directe, et luy
(') Variétéx Bordelaises, t. VI, p. 46. — La suite de cette notice a été faite avec les archives du château de Siiduiraut, dont les propritHaires le sont aussi du chiteau de Noaillan. L'analyse de ces titres, que j'ai aussi consultés à Suduiraut, m'avait été prêtée par M. Virac.
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» rendront l'honneur, respect et obeyssance que subjetz sont tenus fère et doivent à leurs » seigneurs ou dames, et luy feront et payeront les droitz, devoirs, cen^^, rentes et autres qu'ils » fezoient audit sieur de Castelnau. » Le 19 juillet 1 S92, cetie môme dame revendit la même terre, aussi à titre de retrait lignager, à Joseph de La Mote, sieur de Lerm, frère dudit François. Cependant, ce même François de La Mote est, dnns un acte d'achat, daté du 17 juillet 1397, d'un immeuble situé à Léogeats, qualifié chevalier de l'ordre du Roi, seigneur et baron de Castelnau, de Lerm et de Noaillan, capitaine de 50 hommes d'armes et gouverneur pour le roi de la ville de Marmande. Il existait encore en 1613.
A cette époque, il s'éleva entre les habitants de Léogeats et le seigneur de Noaillan un procès assez singulier. Celui-ci, par acte devant Dusoulx, notaire, somma, le 4 juillet 1629, les habitants qui lui devaient le tiers de la dîme de Léogeats (les deux autres tiers appartenaient au curé dudit lieu) d'avoir à scier le blé qui lui revenait pour ladite dîme. Les habitants répondirent qu'ils avaient, de tout temps, laissé un sillon sur dix à scier, et que les seigneurs devaient le faire scier eux-mêmes. Le procès n'en resta pas là. Une enquête à ce sujet fut faite le 26 juin 1684; mais les choses ne parvinrent pas à s'arranger. La proportion de la taille, et probablement de la dîme, ne se faisait pas avec toute la justice possible, « puisque le roi, par arrêt de son Conseil d'État,
» tenu à Versailles ce 21 août 1764, désunit la paroisse de Leojats de celle de La
» Mote-ÎVoaillan , quant à l'assiette, rép:irtition et levée de la taille, capitation et autres » impo.-itions ('). »
François de La Mote eut pour fille Guyonne de La Mote (*), marquise de Castelnau, qui avait épousé en dernières noces messire Jean d'Espagnet, conseiller du roi et président au Parlement de Bordeaux ('). Cette dame étant morte, les seigneurie^ qui lui appartenaient furent [)artagées, le 15 avril 1686, entre son mari, messire Gaston de Bouzet, marquis de Poudenas, et demoiselle Barbe d'Espeletle : celle-ci en qualité de plus proche pai-ente de la marquise de Castelnau.
Messire Jean Duroy, conseiller au Parlement de Bordeaux, acquit peu de temps après, des sieurs d'Espagnet et de Poudenas, la moitié de la terre de Noaillan, et on fit hommage au roi le 23 mai 1689. Le 14 juin de l'année suivante, il fut procédé à la vérification du dénombrement de cette terre p:ir les présidents trésoriers généraux de France et de Guienne, sur la réquisition de messire Duroy, agissant tant pour lui que pour messire François de Piis de Varennes, seigneur de Vidaillac et Feugas, auquel Barbe d'Espelette, par son testament en date du 27 août 1689, avait donné une moitié de sa terre de Noaillan, dont elle donnait l'autre moitié à noble Gabriel de Piis de Puybarban, écuyer, frère de feu François de Piis, écuyer, seigneur de Puybarban, de Bassanne, et coseigneur de La Mote. Jean Duroy possédait donc la moitié de Noaillan; il était mort en 1700, et le 10 décembre do cette année, sa veuve, dame Catherine de Suduiraut, en acquit l'autre moitié de messire Pierre de Piis, seigneur de Vidaillac et Feugas. Les descendants de Jean Duroy conservèrent la terre de Noaillan jusqu'à la fin du XVIII" siècle. Aujourd'hui, les fils de M. Nicolas-Marie-Edme Guiliot sont propriétaires de Noaillan.
Le château de Noaillan est un polygone irrégulier, bâti à l'extrémité occidentale du bourg, dont il devait être jadis séparé par un fossé entièrement comblé m.iintenanl. Du côté occidental, il est protégé par une double terrasse au dessous de laquolli^ s'étend une vaste prairie. Son enceinte
(') Variélés liordelaises, l. VI, p. 4Î. — (') Supra, notice sur Ciisteliimi-ile->'esmes. — (') Jean il L'spiignet puruil d'azur au checnm d'ur iicconipigiié de trois éluilos de niêmp; au chef de yueales chargé d'un léopard d'or.
•était jadis flanquée, dit-on, de onze tours; il n'en reste plus que deux à l'ouest. J'ai tracé en E et en F la place de celles dont on conserve le souvenir.
Partout où les murailles existent, elles ont 2 mètres d'épaisseur. La grorse tour est percée
d'embrasures horizontales pour canons ; les fenêtres, refaites bien longtemps après la première
. ••-. construction, sont toutes en croix; les bâtiments
DD sont du temps de ces fenêtres, ainsi que la
margelle du puits. Il y avait en E, entre deux
tours , une porte qui donnait dans le bourg,
peut-être une autre en F. En K, on voit une
poterne en plein-cintre fort rapprochée de l'église,
ou plutôt de la chapelle du château, car l'église se
^ trouvait à l'angle nord-est de la place du bourg
\ et en dehors de l'enceinte de la forteresse. Les
• trois contre -forts du nord sont assez modernes,
ainsi que les lices OP, dont le mur est en talus.
La chapelle , encore vierge de réparations modernes, se compose de trois nefs et de trois absides jadis semi-circulaires : celle du centre est ornée, en dehors et en dedans, d'une arcature retombant sur de fort beaux chapiteaux. Un clocher-pignon, percé de cinq baies pour les cloches, s'élève sur la façade, dans le bas de laquelle s'ouvre une porte ogivale plus moderne que le reste de la chapelle, qui est du XII' siècle. Le château a été rebâti au XIV siècle, sur l'emplacement d'un château plus ancien.
FILLEULE DE BORDEAUI Chef-lieu d'arrondissement.
Le rocher sur lequel s'élève la ville de Blaye occupe une position trop exceptionnelle pour que les premiers habitants de la contrée n'aient pas eu l'idée de s'y retrancher; en sorte que les Romains, après la conquête de l'Aquitaine, n'eurent qu'à s'y établir à la place de ceux qu'ils avaient chassés, y ajouter quelques retranchements, y creuser peut-être des fossés plus larges, et en faire ainsi une des plus fortes places du sud-ouest de la Gaule. Dès le temps d'Auguste, c'était un poste militaire important ('). Blaye se trouve marquée dans la carte de Peutinger, dressée, croit-on, vers le milieu du II!" siècle. Ausone l'appelle Blavia la Guerrière (*), et plus tard, au XII^ siècle, l'auteur du roman de Garin le Loherain n'en parle qu'en lui donnant l'épithète de ville forte (^).
ÏAu commencement du V* siècle , cette ville était sous la charge du gouverneur de l'Armorique,
(') Pierre Louvet, Traité en forme d'abrégé de l'histoire d'Aquitaine —
[l') Blaives la fort cit.
Vol. II.
Fert militarem ad Blaviam, lettre X»,
lorsque la première invasion des barbares vint désoler nos contrées. Quelques années plus tard (419), les Visigoths détruisirent ce que leurs devanciers avaient laissé debout, et s'établirent à la place des Romains (*). Ciovis, vainqueur des Visigoths, s'empara de l'Aquitaine, dont ses descendants héritèrent. Un d'eux, Charibert, roi d'Aquitaine, fils de Clotaire II et frère de Dagobert, mourut à Blaye en 631 , et fut enseveli dans l'église de Saint-Romain, où son tombeau ne fut, dit-on, détruit que pendant les guerres de religion.
D'autres barbares, venus du Midi, les Sarrasins, chassèrent à leur tour les ducs d'Aquitaine; mais Charles Martel, après la bataille de Poitiers, rendit à Eudes, duc d'Aquitaine, les villes qu'il avait été obligé d'abandonner. L'alliance entre les peuples du Midi et ceux du Nord ne pouvait être éternelle, et Huaold, fils d'Eudes, voulut recouvrer son ancienne indépendance. Charles rentra en Gascogne, prit Bordeaux et Blaye, et ravagea le* pays (^). Cela se passait vers l'année 730. Quaranle-deux ans après, l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne fut entièrement détruite à Roncevaux par les Basques, malgré les prodiges de valeur de Roland qui la commandait. Charlemagne, averti trop tard, revint sur ses pas et ne trouva que des cadavres. Il fit transporter à Blaye le corps du paladin, et le fit ensevelir dans l'église de Saint-Romain. A sa tête, il fit mettre son épée appelée Durandal, et à ses pieds son olifan d'ivoire ('). Son cor ne s'est pas retrouvé ; mais le Musée d'artillerie de Paris et la ville de Rocamadour prétendent posséder tous deux la fameuse épée. A partir du milieu du IX' siècle, les Normands vinrent à plusieurs reprises ravager l'Aquitaine : Blaye ne put leur échapper; elle fut briîlée par eux, ainsi que plusieurs autres villes des bords de la Garonne (*).
Plus tard, au commencement du XP siècle, Blaye dépendait des comtes d'Angoulême. Guillaume II fut le premier vicomte de Blaye. Il possédait cette ville par suite de son mariage avec Gerberge, fille de Godefroy-Gonelle, seigneur de Blaye; mais les parents de cette dame ne voulurent pas le laisser jouir paisiblement de cette dot, ils attaquèrent la ville et la prirent. Guillaume, aidé du duc d'Aquitaine, ne tarda pas à la leur enlever. Ses deux fils, Alduin et Geoffroy, s'en disputèrent aussi la possession. Ce dernier fut vaincu, et Alduin lui ayant accordé son pardon, lui donna en outre les trois quarts de la vicomte de Blaye. Alduin étant mort, Geoffroy, qui portait aussi le nom de Rudel, posséda en entier la seigneurie. A cette époque, Blaye, étant sur les limites des duchés de Gascogne et de Guienne, était une sorte de ville neutre dans laquelle s'assemblaient les évéques et les seigneurs du pays pour élire l'archevêque de Bordeaux; c'est là que furent élus, en 1010, Seguin, et, en 1027, Godefroy II. Les Rudel restèrent longtemps en possession de la seigneurie de Blaye : l'un d'eux, Guillaume Rudel, eut une guerre à soutenir contre Guillaume IX, duc d'Aquitaine, qui, après une première défaite, le vainquit à son tour, le chargea de chaînes et prit la ville, qu'il détruisit de fond en comble. Peu de temps après cependant, il rendit la liberté à Rudel, qui mourut avant de rentrer dans Blaye. Wutgrin Rudel fut plus heureux que son père, et, malgré l'opposition du duc de Guienne, fit rebâtir, vers le milieu du XIP siècle, le château, qu'il rendit inexpugnable {^).
Les Rudel, comme les autres seigneurs de la Guienne, devinrent, par le second mariage d'Éléonore, vassaux du roi d'Angleterre. Malgré leur valeur guerrière, l'importance de la ville dont ils étaient seigneurs, leur nom, comme celui de bien d'autres, serait peut-être tombé dans l'oubli,
;') Chronique Bordelaise, p 5. — ('j Veniiti, Dissertation, p. S4. — Histoire générale du Languedoc, notes, t. I, p. 694. — (^> Chroniiiue île Turpin. — Delurbe, Chronique Bordelaise, etc., etc. — (*) Capefigue, Essai sur les incasions maritimes dti Normands dans les Gaules, p. 409. — (') Chronique d'Adlicraar. — Louvet, Traité en forme d'abrégé... — De Marca, etc.
si l'un d'eux, vivant à la fin du XIP siècle, n'avait, par son lalent littéraire, illustré toute sa famille : Geoffroy Rudel est un des troubadours les plus estimés de la Gascogne, comme il en était un des plus puissants seigneurs. Tout le monde connaît son amour pour la comtesse de Tripoli, sa parente, qu'il n'avait jamais vue; son voyage pour aller la rejoindre, et sa mort avant d'atteindre le port où l'attendait la dame de ses pensées. Si cette histoire, que, pour ma part, je ne peux prendre au sérieux, était vraie, ce Geoffroy Rudel ne pourrait être seigneur de Blaye, car le seigneur de ce nom fit, en 1237, hommage à Henri III, roi d'Angleterre, de tous ses domaines et de son château de Blaye, qu'il s'oblige à livrer au roi lorsqu'il en sera requis, et à donner en otage Agnès, fille de son fils aîné Gérard de Blaye ('). Si donc, comme on le croit, Geoffroy le troubadour mourut sans postérité, il ne fut pas seigneur de Blaye. Geoffroy d'ailleurs devait être fort Agé à cette époque; car, lors de la convocation des seigneurs de Gascogne faite par Henri III en 1242, avant la bataille de Taillebourg, il s'adresse toujours à Gérard et jamais à Geoffroy (*). Une seule fois seulement, après la bataille, le 12 novembre, il écrit à Geoffroy Rudel, à Gérard son fils, et à Geoffroy son autre fils (^).
Henri III, vaincu à Taillebourg, se sauva à Blaye et s'enferma dans le château. Saint Louis se mit à sa poursuite, poussa jusqu'à Cartelègue, oii étant tombé gravement malade, il fut forcé de s'arrêter (*). Le roi d'Angleterre se voyant suivi de si près, ne se crut pas en sûreté dans la forteresse de Rudel; il traversa la Gironde, et partit pour Bordeaux, laissant dans le château Franc de Brene, à qui il ordonna, le 7 octobre suivant, de le restituer à Geoffroy Rudel (*). Henri III, racontant lui-même dans une lettre sa fuite devant saint Louis, écrit que le roi de France n'osa attaquer la forteresse (*), où il n'avait pas eu le courage de l'attendre; il devait cependant savoir qu'une épidémie décimait l'armée française, et que le roi lui-même en était gravement atteint.
Geoffroy Rudel fut, plus tard, un des arbitres de la trêve qui fut faite entre le roi de France et celui d'Angleterre C). Philippe-le-Bel ayant enlevé par ruse la Guienne aux Anglais, Edouard I" fit partir une flotte sous les ordres de son frère Edmond, comte de Lancastre, qui prit Blaye et presque toutes les villes situées sur le bord du fleuve. L'année suivante, elles furent reprises par le comte d'Artois et Charles de Valois, qui commandaient une armée envoyée par le roi de France. Geoffroy Rudel, seigneur de Blaye, seconda de tout son pouvoir le roi anglais, qui lui écrivit, en 1294, pour l'engager à lui être fidèle, et, en 129S, pour lui annoncer le départ du comte de Lancastre. Un Geoffroy Rudel était encore seigneur de Blaye en 1315 ("); il était mort en 1318-19, et comme il ne laissait qu'une fille nommée Alice, la garde du château et de la châtellenie de Blaye fut donnée, le 1" décembre, par Edouard II à Arnaud Cailhau, sénéchal de Saintongc. Le 27 décembre de l'année suivante, Alice, femme de Guillaume Furt d'Ornon, ses fils Bernard et Gaillard d'Ornon, et sa fille Engevine, cédèrent au roi d'Angleterre le château, toute la ville, toute la châtellenie et la baroanie de Blaye, avec tous les droits de justice dans Blaye,
(') Archives hislor. de la Gironde, t. IV, p. J5, — (') Rympr, t. I, pars. I, p. 144 et 249; Londini. — (») Cliampollion-Figeac, Cullectiun de documents inédits.... 1. 1. U'iiprès le texle fEodem modo scribitur... Galfrido Rydel de Blavia, et Galfriclo fiiio suo et GerarJofilio suo), il paraîtrait ([ue le graml-pèie de Gérard s'appelait aussi Geoffroy; ce qui serait une raison de plus pour faire penser que le troubadour ne mourut pas sans postérité, ou ne fut pas seigneur de Blaye, à moins qu'il n'ait vécu, comme l'ont pensé plusieurs auteurs, dans le XllI" siècle, ce qui serait, d'ailleurs, fort possible. — (') Mathieu-Paris, Grandes Chroniques, trad. par Huillard-Breholles, vol. V, p. 18. — (») Archives historiques de la Gironde, t. IV, p. 16. — 0 Rymer, t. I, pars. I, p. ?06. Hymer date cette lettre du 19 septembre 1332. C'est 1342 qu'il aurait dû écrire. — C) Rymer, t. I, pars. I, p. 277 et 324, Londini. — (») Idem, t. II, par.s. I, p, 273; Londini.
dans le Blayais et dans tout le reste de la Gascogne, moyennant la somme de 1 ,000 livres tournois de rente, qui devait être prise sur la prévôté de Camparian et sur les coutumes de Bordeaux et de Royan qui appartenaient autrefois au seigneur de Blaye, et enfin d'autres revenus appartenant au roi ; plus, 1 1 ,000 livres tournois comptant. Dans cette transaction, qui fut confirmée, le 20 septembre 1332, par Edouard III, il fut stipulé, entre autres clauses, que si Alice n'était pas reconnue comme héritière de son père, les 1,000 livres de revenus et les 11,000 livres payées reviendraient au roi ('). Edouard II, voulant être seul propriétaire de la baronnie de Blaye, acheta, le 20 août 1323-24, les droits que pouvaient avoir sur le château le comte de Périgord et quelques autres. Il est probable que le roi d'Angleterre avait fait l'acquisition de cette ville, une des plus fortes de la Guieune et qui commandait l'entrée du fleuve, afin de la ravitailler comme il l'entendait (*), et de lui donner, pendant la guerre qu'il soutenait contre la France, des gouverneurs de son choix, et sur lesquels il pouvait entièrement compter. En 1333, il en donna la garde à Guillaume de Campagne, qui en était connétable depuis 1331, et à Bérard d'Albret, en 1337 ('). Il cherchait aussi à s'attirer ou à se conserver l'amitié de ses habitants. C'est ce qu'on voit par plusieurs lettres qu'il leur écrivit le 30 septembre 1324, le 17 juin 1326, le 10 mars 1328 et le 13 décembre 1336 (*), et par quelques privilèges qu'il leur accorda en 1335 (*).
En 1338, Gaston de Foix, ayant pris le commandement de l'armée française, passa en Guienne, s'empara de Blaye et de quelques autres places. Le 20 octobre 1341, la châtellenie et la prévôté de Blaye furent concédées par le roi d'Angleterre à Bertrand de Montferrand. Cependant, cette ville était probablement encore au pouvoir des Français, puisque, en 1345, elle fut assiégée par les Anglais. Elle était alors commandée par deux capitaines français, « messire Guichard » d'Angles, jeune chevalier, pour le temps de lors et appert durement, et l'autre, messire » Guillaume de Rochechouart. Cils se tinrent franchement et richement, et dirent qu'ils ne se » rendroient à homme. » Ils résistèrent en effet si vigoureusement, que « les Anglois en étoient » tous hodés et lassés; car l'hiver approchoit durement, et si ne conqueroient rien sur ceux de » Blaye. » Ils tinrent conseil, se décidèrent à lever le siège, traversèrent la Gironde, et se rendirent à Bordeaux (^). La ville de Blaye resta encore sept ans au moins entre les mains des Français; en effet, le 11 septembre 1352, le comte de Stafford « pactisait de la reddition avec noble Bertrand Viger, fils d'Arnoul Viger de Mont-Guyon (''), » qui en était sans doute gouverneur. Louvet, à qui ce fait est emprunté, ne dit pas si le pacte fut fait à la suite d'un siège et si la ville fut remise entre les mains des Anglais.
Le château et la châtellenie de Blaye furent, en 1357, donnés par Edouard III à Auger de Montant, seigneur de Mussidan, avec tous les revenus et les droits y attachés, en remplacement de la terre de Blanquefort qui lui avait été donnée en 1355, et que, sur l'ordre du roi, il avait rendue à Gaillard de Durfort (*). D'après une clause de cette donation, le roi ou son lieutenant pouvait reprendre la seigneurie en donnant à Auger de Montant 1,000 livres de rente. Sa fille Marie de Montaut, femme de Jean, seigneur de Grammont, la reçut à son tour du roi Henri V, le 26 novembre 1416, pour l'indemniser de la perte de la seigneurie de Pellegrue qui lui avait été enlevée pendant les dernières guerres (^). Déjà Henri IV, le 12 janvier 1409, lui avait acccordé
(') Rôles gasœns, — Ryraer, t. II, pars. Il, p. 845 ; Londini. — (') Jules Delpit, Documenta.. , p. 56 et 58. — (') Rôles gascons. — [*) Rymer, t. Il, pars. I, p. 571 et 633, et t. Il, pars. II, p. 733, 789 et 954. — (^] Rôles gascons. — («) Froissart, t. 1, p. 203, édit. Buchori. — i') Louvet, Traité en forme d'abrégé de l'histoire d'Aquitaine..., 2° part., p. 74. — ['] Supra, notice sur Blinquefort, p. 4S. — l'j Rymer, t IV, pars. II, p. 182, 3« édit. — Rôles gascons.
tout ce qui avait appartenu à son père Auger de Montant dans la châtellenie de Blaye, et tout ce qui pourrait être repris sur les sujets rebelles ('). En 1363, le 1 5 juillet, les députés de la ville : Gombaud Faussilh, Pierre DufuUatz et Pierre Rossel, se rendirent à Bordeaux, dans le palais de l'archevêque, pour prêter hommage au prince de Galles au nom de leurs concitoyens (^).
Plus tard, en 1376, Edouard III annexa la ville à la couronne d'Angleterre, et Henri IV, en 1406-07, confirma cette annexion (^). Dans l'intervalle, les Français, sous la conduite du Jttc d'Anjou et de Bertrand Du Guesclin, s'emparèrent de Blaye et d'une grande quantité de places fortes (*), qu'ils ne purent conserver longtemps, parce que l'armée était trop peu nombreuse pour permettre de l'affaiblir en mettant des garnisons dans les forteresses dont les Français s'étaient emparés de vive force; aussi, deux ans après, voyons-nous Blaye, revenue sous la domination anglaise, entrer dans la Confédération des Filleules de Bordeaux. Au commencement du XV siècle, les Français rentrèrent dans la Guienne, et vinrent, le soir du 21 octobre 1406, mettre le siège devant notre ville. Le duc d'Orléans, qui les commandait, n'arriva que deux ou trois jours après. Ils restèrent devant la place vingt-cinq jours environ. Pendant ce temps, les assiégés, commandés par Jeannot de Grailly, qui défendait la place au nom d'Archambaud de Grailly, comte de Foix, et de Jeannot son fils, qui chevauchait avec le duc d'Orléans, proposèrent un traité par lequel le comte s'engagerait à faire épouser Marie de Montant, fille du seigneur de Mussidan, et dame de Blaye, à un de ses fils. Le traité fut accepté avec plaisir par le duc, et il fut stipulé que Jeannot ne ferait plus de mal aux Français et ne laisserait entrer dans la place ni Français ni Anglais; en conséquence, le duc leva le siège de Blaye et alla assiéger Bourg par terre et par mer. Moni^trelet, qui n'a pas connu ce traité, publié pour la première fois dans les Archives historiques de la Gironde (■■*), ne parle pas du comte de Foix. Il raconte qu'un traité fut passé entre la dame de Blaye et le duc d'Orléans. Celui-ci devait lever le siège, et Marie de Montaut devait rendre la ville s'il parvenait à s'emparer de celle de Bourg. Elle s'engageait en outre, tant que durerait ce dernier siège, de faire délivrer, par ses sujets, des vivres aux Français au plus juste prix ("). Au surplus, le traité passé avec Archambaud ne fut observé qu'en partie : le siège fut levé, mais le mariage n'eut pas lieu. Marie de Montaut épousa, comme nous l'avons vu plus haut, Jean de Gramraont, et le comte de Foix fit remettre la place au sénéchal du roi d'Angleterre. Cependant, les Bordelais équipèrent une flotte pour secourir Blaye ; elle rencontra les navires français devant Saint-Julien en Médoc, et sur le soir le combat s'engagea. Un navire anglais fut pris, et resta toute la nuit au pouvoir des Français; mais le lendemain il fut repris. La flotte française fut battue; elle perdit deux vaisseaux et 367 hommes, parmi lesquels on comptait vingt chevaliers. Les Anglais, de leur côté, perflirent 32 hommes, dont on n'entendit plus parler, si ce n'est de quatre ou cinq, qui furent amenés à La Rochelle (^).
De leur côté, les gens de Bourg se défendirent vaillamment, ne voulurent pas se rendre au duc d'Orléans, contre qui Dieu combattait avec la pluie, le vent et la boue (*); de sorte qu'il fut obligé de lever le siège.
En 1423-24, l'année suivante, et en 1441-42, les rois d'.4ngletorre confirmèrent les privilèges de Blaye (»). ,
.(') Rymer, t. IV. pars. I, p. 147, 3» Mit. — i') Juins Delpit, Ducumcnts..., p. 9V. — (') nûtes gascons. — (*) Les Gramles Chroniques de France, piiblii-es par M. Paiilin-Parîs, t. VI, p. .■Î5:i et siiiv. — («) T. III, p. 179. — («, Chronique de Monsirekl, p. 44, (■■dil. Buchon. — l'i Archives historiques de ta Gironde, t. III, p. 179. — (*) Dia h conbato ab ptmjas, ab vent fort: et granJas fanhas. — (•; Rôle-- gascons.
Cependant, le moment arrivait où la Guienne allait être arrachée aux Anglais. Charles VII, après les avoir expulsés de leurs possessions du nord de la France, avait envoyé dans notre pays une armée disciplinée et aguerrie sous la conduite de Dunois. Un des lieutenants du capitaine, Jacques de Chabannes, se présenta devant Blaye le 8 mai 1451. Dunois y arriva le 15. La ville, vigoureusement assiégée, était défendue par le maire de Bordeaux, Gadifer Shorthoise; le sousmaire, Thomas Gassiet, et Pierre de Montferrant; mais elle ne put résister aux attaques des Français, et capitula le 24 du même mois ('). Le 7 novembre de l'année suivante, Charles VII confirma aux habitants leurs anciens privilèges, ce qui cependant ne les empêcha pas de prendre part à la levée de boucliers qui se fil contre la France en 1 452. Charles VII leur accorda de nouveau son pardon (*) En 1474, Louis XI, voulant aussi s'attacher les habitants, confirma leurs privilèges et leur en accorda d'autres; les rois, ses successeurs, en firent autant à plusieurs reprises (^). Les Anglais, quelque temps après leur expulsion, recommencèrent à faire le commerce avec les Bordelais; mais on leur imposa la condition de déposer à Blaye, jusqu'au moment de leur départ, leur artillerie et leurs munitions; « ils étaient également tenus de donner au gouverneur un écu » d'or, une pièce de bœuf et dix livres de chandelles. Cette coutume a subsisté jusqu'au temps du » protectorat de Cromwel, qui en obtint l'abolition (*). »
Depuis que la Guienne était passée au pouvoir de la France, la ville de Blaye jouissait d'une tranquillité relative, qui fut troublée au commencement du règne de Charles VIII. Le duc d'Orléans s'était révolté contre le roi, ou plutôt contre la régente Anne de Beaujeu, qui, quoique fort jeune, avait toutes les qualités administratives de son père Louis XI. Un des partisans du prince enleva la ville de Blaye, mais ne put la garder que fort peu de temps : Anne et son frère la lui reprirent l'année suivante.
Pendant les troubles de la gabelle, Taimagne, chef des révoltés, vint assiéger Blaye; mais le gouverneur le reçut à coup de canons, et Taimagne jugea prudent de déloger au plus vite. Pour se venger, il ravagea toutes les campagnes des environs (^).
La ville ne fut pas épargnée pendant les guerres de religion. Attaquée une première fois par les huguenots ayant à leur tête Pons de Mirambeau, elle résista et força les ennemis à lever le siège. Moins heureuse en 1 5G8, elle fut mise par de Roy, son gouverneur, entre les mains des protestants, qui démolirent les églises, ouvrirent les tombeaux et jetèrent aux vents les cendres des morts, incendièrent l'Hôtel-de-Ville, brûlèrent les archives, et enfin commirent toutes sortes d'excès. Monluc s'engagea à prendre Blaye d'assaut, mais il demandait pour les dépenses de cette expédition 30,000 livres; le Parlement les lui refusa, et le projet fut abandonné (®). Lors de la paix de 1570, Blaye rentra sous l'obéissance royale; mais la guerre ayant recommencé, d'Aubigné se présenta devant la ville, l'attaqua, et fut repoussé ('').
Pendant la Ligue, le gouverneur de Blaye, Piiul d'Esparbès de Lussan, prit parti contre le roi. Le maréchal de Matignon vint l'assiéger en 1592; mais le gouverneur, secondé par une flotte espagnole, força le maréchal à se retirer (*). Henri IV, devenu roi de France, récompensa le zèle de Lussan en lui accordant le bâton de maréchal.
(•) Voir (l.ins la Guienne, des 2 et 3 avril 1863, une relation complète et fort inléressinte de ce siège, extrait détaché d'unehistoire de la Conquête de la Guienne par les Français, que prépare M. Ribadieu. — (') Du Tillet, Chroniques..., p. 141, verso. (') Guienne historique et monumentale, t. II, p. 72 et 78. — L'abbé Diilon, Pecherches historiques sur la ville de Blaye, p. 76. — (*i Guienne historique et monumentale, 4'' part. p. 78. — y^\ L'i Colunnie, Histoire curieuse et remarquable de ta ville et procince de Hordeauc, t. 1, p. 480. — ("1 Dom Devienne, Histuiie de Bordeaux — Monluc, Commentaires, etc., etc. — ('j Daiibigné, Histoire universelle, t. II, p 357 et siuv - fl Chronique Bordelaise; Uelurbe, p. 37, et Darnal, p. 106, etc.
Louis XIII vint à Blaye en 1620. Cinq ans auparavant, il avait confirmé les privilèges des habitants; mais le moment arrivait où la ville allait presque entièrement disparaître pour faire place à une immense citadelle. Depuis l'invention de l'artillerie, la position de cette forteresse était encore plus favorable qu'auparavant pour défendre l'entrée de la Gironde et arrêter les navires qui voulaient la remonter; mais elle avait besoin d'urgentes réparations; il y avait des brèches effroyables, les magasins étaient tous rompus et découverts, les corps-de-garde et les logements des soldats en ruine ('). Aussi, Louis XIV la livra-t-il à ses ingénieurs. En 1652, Biaise-François, comte de Pagan, fit plusieurs travaux de défense du côté du château; mais ils étaient insuffisants, et, en 1688, Vauban construisit la citadelle telle que nous la voyons maintenant. Les premiers travaux nécessitèrent la démolition d'une grande partie des maisons de la ville. Vauban fit démolir le reste, et les habitants se retirèrent sur le coteau voisin, où ils construisirent la ville moderne. Depuis lors, l'histoire de Blaye n'offre aucun fait intéressant et se perd dans l'histoire générale de la France. Cependant, en 1814, les Anglais lancèrent quelques bombes dans la ville, incendièrent plusieurs maisons, et se retirèrent. En 1832, la duchesse de Berry fut enfermée dans la citadelle, où elle resta près d'un an. Louis-Philippe lui rendit sa liberté le 5 juin 1833. Cette princesse partit alors pour l'Italie.
Tels sont les faits importants qu'offre l'histoire de Blaye. J'ai laissé de côté une quantité considérable de détails qu'on peut lire dans la Guienne historique et monumentale , dans la France ou Histoire nationale des départements, par MM. Alex. Ducourneau et Amans-Alexis de Monteil ; dans les Recherches historiques sur la ville de Blaye, par M. l'abbé Dulon, etc. Mais ces études, encore fort incomplètes, ne sont que des jalons pour celui qui voudra entreprendre l'histoire d'une des villes les plus. intéressantes de la Guienne.
Dans la description que je vais essayer de faire, je ne dirai rien des travaux exécutés par le comte de Pagan, rien non plus de la citadelle construite par Vauban; je ne parlerai que de la ville du Moyen Age, qui a été complètement démolie lors de la construction de cette citadelle, et dont les murailles et les tours ont été presque entièrement englobées dans les bastions et courtines modernes (*).
La ville dont les Rudel étaient seigneurs, celle qui plus tard fut assiégée par le duc d'Orléans, et plus tard encore par Dunois, domine la rive droite de la Gironde; elle était divisée en deux parties de dimensions inégales, par un mur fort probablement, précédé d'un fossé. Elle présente la forme d'un arc très irregulier, dont la corde est tracée par la Gironde qui vient battre les rochers escarpés couronnés par les anciens murs, derrière lesquels se dressent ceux de la citadelle. Un fossé très large et très profond, creusé dans le roc et en partie inondé, venait relier les deux extrémités de la corde, et séparait la forteresse de la terre ferme. La partie la plus élevée regarde le nord ; elle renferme le château (A), lancienne citadelle ou esplanade du château (B). C, est la haute ville; D, la basse ville ou le faubourg; E, la tour de l'Aiguillette, à l'angle nord-ouest; F, le bastion du Cône; G, boulevard nu barbacane du château; H, porte et boulevard Saint-Romain; /, bastion du Port; L, chapelle Saint-Romain; P, chapelle du Bureau; Q, front de la rivière; R, porte de l'Intérieur (dans la légende de l'ancien plan, elle est appelée de Liverneuf). Les travaux marqués -f,
(') Archives historiques de la Gironde, t. II, p. 38. — [*] Le plan que je publie ici et celui du château ( Planche CXXIII) m'ont été fournis par M. David, de Blaye, arciiilecle au Mans. Il m'a fourni aussi diverses élévations du château et des plans de tous les éwges; mais ils ont été faits à une époque où le château avait déjà perdu tout caractère ancien.
qui devaient être exécutes en même temps que le bastion du Cône, ne le furent pas. Ceux qui sont marqués par des points ne furent pas exécutés.
Les murailles du Moyen Age étaient protégées par des tours rondes et carrées diversement espacées; leur sommet était crénelé et garni d'échauguettes ('). On entrait dans la ville par deux
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portes : une, au sud, qui devait être recouverte par une tour carrée; l'autre, à l'est, appelée la Porte Saint-Romain, s'ouvrait entre deux tours rondes vers la campagne, et à sections droites vers l'intérieur de la forteresse ; elle était précédée d'une grande barbacane semi-circulaire (H), entourée d'un fossé, et suivie d'un chemin creux long de 30 mètres environ et dominé des deux côtés par des murs élevés. On entrait dans ces tours par des portes en plein-cintre, ouvertes du côté de la ville; elles sont maintenant murées. Comme il existe de larges braies au pied des courtines, il devait y avoir, outre ces portes, une certaine quantité de poternes pour permettre aux hommes postés dans ces braies de rentrer facilement lorsqu'ils ne pouvaient plus tenir La porte U, percée dans le mur qui sépare les deux portions de la ville, est de la fin du XIII' siècle ; elle est ogivale et passe sous une tour barlongue, dont le premier étage communique avec le chemin de ronde du mur qui s'appuie contre elle.
Le château est bâti à l'est de la citadelle : c'est un fort triangulaire (Planche CXXIII) isolé, mais qui cependant se rattache par une de ses faces aux remparts de la place (voir le plan d'ensemble à la page suivante). Il est séparé de cette citadelle par un fossé large de 20 mètres, qui se relie à celui de la ville. On y entrait par une grande porte ouverte de biais, percée entre deux tours semi-circulaires (EF), suivie d'un long couloir, dont la voûte en plein-cintre est moderne, et précédée d'une barbacane semi-civculaire aussi, et protégée par un fossé se rattachant au fossé commun. On y entrait, du côté de la ville, par une poterne (K), au bout d'un pont étroit, et protégée par une tour semi-circulaire (B). Six tours rondes à l'extérieur fortifiaient le périmètre du château, et portaient toutes un nom particu-
Ardàves historiques de la Gironde, t. IV, p. 95.
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