AVANT-PROPOS
Par hoquetSy jusqu'à nous s'esi prolongée la vie de la guillotine révolutionnaire, A l'heure oii elle s'apprête à choir au rang d'horrible objet de musée rétrospectifs il a paru intéressant d'en fixer la légende, sa légende rouge de l'heure de 93. Elle a, pour beaucoup, conservé le privilège de symboliser la Terreur, cette guillotine adoptée à l'aurore d'une ère de liberté, et c'est avec le casier judiciaire de cette marque infamante qu'elle apparaît aux yeux de la postérité. C'est qu'autour d'elle ont grouillé, hurlé, dansé, sangloté, les foules passionnées ; c'est que la vie française a, pendafU sa période la plus cxtraordinairement émouvante ^ réglé sa faveur politique sur le jeu de son couperet^ c'est qu'enfin, il faut à la Révolution la guillotine ^ comme Louis xiv à Versailles et Camille Desmoulins au Palais-Royal.
C'est donc son histoire que nous livrons aujourd'hui au public, son histoire anecdotique, pitto*
resque, si nous osons employer ces mots pour un pareil sujet. Volontiers avons-nous négligé la cause pour étudier plus particulièrement Veffet, c'est-à-dire, par exemple, que nous n'avons pas retracé le rôle politique de Danton ou de Robespierre, pour mieux pouvoir les montrer, simplement comme des hommes, debouts sur le tréteau de la place de la Révolution, Peut-être, dans cette matière, valait-il mieux s'attacher à ces détails menus de la vie privée, intime, que d'étudier l'ensemble que le lecteur retrouvera plus aisément dans la première Histoire de la Révolution qui lui tombera sous la main.
Il ne faut pas s'y tromper. C'est ici la chronique à la fois secrète et publique de la Fille à Guillotin, et non l'histoire de la Terreur. Sans doute comprendra-t-on mieux celle-ci par celle-là, et de l'abondance des documents inédits ou peu connus accumulés ici, se dégagera peut-être la physionomie du Paris de 93.
On nous pourra reprocher précisément cette accumulation de documents et de notes mentionnés dans nos références, mais avec M,Aulard — dont nous ne saurions toutefois partager toutes les idées — nous n'hésitons pas à reconnaître que c'est là « une des règles les plus essentielles de la méthode historique (i) » Ce qu'enfin nous avons tenté de faire, c'est de rassembler dans un format commode tout ce qui demeurait épars, dispersé, dans les mémoires, les journaux du temps, les libelles, les pamphlets, les rapports et les dossiers des Archives,
Peu importe de savoir si nous avons réus$i.
Nous ne demandons que de nous voir décerner le mérite de la tentative.
Paris, janvier 1908.
(i) A. AuLARD, La Révolution Française, tfi xo, 14 avril 1901^ p. 373.