‹ La guillotine en 1793: d'après des documents inédits des Archives nationalesChapitre 24 sur 40 · LE 21 JANVIER · texte numérisé non relu

LE 21 JANVIER

En 1792 parut une petite brochure de huit pages : Le Procès de Louis XVI mis au cachot pour ses forfaits. Pareille à toutes celles qui, par douzaines, paraissaient tous les jours, elle ne retiendrait l'attention si elle n'était ornée, en frontispice, d'une petite guillotine, et sous cet emblème, un mot, un seul mot :

j'attends

EUe n'attendra pas longtemps.

Le 20 janvier la neige a couvert Paris de son linceul et de son silence. La nuit venue, la dernière nuit de

l88 LA OUILLOTINB EN I793

Louis Capet, la pluie s'est mise à tomber. Par les rues, c'est maintenant de la boue, une boue glacée qui poisse les chaussures. A cette heure matinale, le brouillard s'est levé avec la lueur hésitante du jour. La ci-devant place Louis XV est déserte, enveloppée de la brume opaque. A huit heures, trois hommes débouchent de la rue Nationale, ombres courbées qui se hâtent.

Elles traversent la place, se dirigeant vers l'entrée des Champs-Elysées où se dresse la guillotine (i)« Les trois hommes montent sur le tréteau. Dans la brume s'étouffe le bruit sourd et prolongé du couteau qui, à deux ou trois reprises, tombe. C'est Sanson qui est venu essayer la machine. Satisfait, il redescend et s'en va avec ses aides. C'est l'heure à laquelle Santerre franchit le seuil du vieux donjon de la Comman<lerie du Temple. Depuis trois heures le roi est debout. A cinq heures Cléry l'a réveillé. A six heures et demie l'abbé Edgeworth a célébré la messe avec le calice et les objets sacrés prêtés par l'Eglise des Capucins du Marais, sur un ordre de la Commune (2).

Le Roi attend.

— Vous venez me chercher. Monsieur ? demandet-il à Santerre.

(i) «L'échafaud était dressé à l'entrée des Champs-Elysées et le piédestal qui, après avoir servi de soubassement à la statue de Louis XV. supportait alors celle de la Liberté ». Mortimer-Ternaux. Histoire de la Terreur (1792- 1794) d*après des documents authentiques et des pièces inédites» tome V. p. 504. Il y a là une erreur, la statue de la Liberté ne fut érigée en cet endroit qu'en août 1793.

(2) Voici deux pièces peu connues, relatives à cette démise messe de Louis XVL

« Un crucifix — un missel — un calice — un corporal et une pale — une patène — un amict — une aube — un cordon — un manipule — une étole — une chasuble — deux nappes d'autel — une grande et une petite hostie.

Je soussigné, ministre du culte catholique, agréé par le

— Oui.

— C'est bien.

Il va dans le cabinet proche prendre son testament, et prie Jacques Roux de le remettre à la Commune.

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Déclaration de Louis XVI à la Convention.

— Ce n'est pas mon affaire, je suis ici pour vous conduire à Téchafaud, lui est-il répondu.

conseil de la Commune séant au Temple pour dire la messe demain dans l'appartement de Louis Capet conformément à son vœu, désire qu'on me fournisse les objets détaillés dans

igo LA OUILLÛTINB BN 1793

— C'est juste, observe le Roî, et fl confie le testament à Baudrais, le commissaire de garde du Temple, avec un rouleau de cent vingt-cinq louis d'or à rendre à Malesherbes, qui les prêta. L'heure est venue. Sur un signe de Santerre, on se met en marche. L'escalier est descendu. La voiture est là. C'est celle de Clavière, le ministre, qui remplace la berline du maire que la Commune a refusée pour le dernier voyage royal. A côté de Tabbé Edgeworth de Firmont, le Roi s'assied au fond de la voiture. Le maréchal de logis et le lieutenant de gendarmerie Labrosse prennent place sur la banquette de devant. Le « tyran » rabat son chapeau sur ses yeux. Il est en habit de drap brun, une veste blanche avec une culotte grise, des bas blancs et un gilet de molleton blanc. L'abbé ouvre sou bréviaire et lit : « Judicame me, Deus, et discerne causa meam de génie non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me,,, » Le Roi reprend le verset de l'office

la liste ci-dessus. Ce vingt janvier mil sept cent quatre-vingttreize. %

Firmont.

Les commissaires de la Commune arrêtèrent :

« Nous soussignés, commissaires de la Commune, de garde à la tour du Temple, délibérant sur la demande ci-dessus énoncée, prions le citoyen curé de la paroisse Saint-Françoisd' Assise de vouloir bien prêter les objets détaillés dans la demande ci-contre, et sur le désir de Louis Capet. pour lui faire entendre une messe, qui doit être célébrée dans sa chambre, à la tour du Temple, demain matin, à six heures précises, et d'envoyer ces objets au conseil du Temple par une personne qu'il choisira à cet effet, lesquels objets lui seront rendus dans la matinée du même jour.

Nous prions, de plus, le citoyen curé de vouloir bien nous envoyer ces objets ce soir, s'il est poss ible, ou de nous faire assurer par le présent porteur qu'il voudra bien nous les envoyer demain, à cinq heures du matin.

Fait au conseil du Temple, ce dimanche au soir, vingt janvier mil sept cent quatre-vingt-treize.

L'an deuxième de la République française. > Les objets furent apportés à deux heures du matin.

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