L'ÉCHAFAUD EN VAUDEVILLES
mari mort pour la République, consolez-vous, vous êtes vengés. J'ai vu tomber dans le sac la tête du veto femelle. Je voudrais, f..., pouvoir vous exprimer la satisfaction des Sans-Culottes, quand l'architigresse a traversé Paris dans la voiture à trente-six portières. Ses beaux chevaux blancs, si bien panachés, si bien enhamachés, ne la conduisaient pas, mais deux rossinantes étaient attelées au vis-à-vis de maître Sanson, et elles paraissaient si satisfaites de contribuer à la délivrance de la République qu'elles semblaient avoir envie de galoper pour arriver plus tôt au lieu fatal. La garce, au surplus, a été audacieuse et insolente jusqu'au bout. Cependant les jambes lui ont manqué au moment de faire ta bascule pour Jouer à la main chaude^ dans la crainte, sans doute, de trouver après sa mort un supplice plus terrible que celui qu'elle allait subir. Sa tête maudite fut enfin séparée de son col de grue, et l'air retentissait du cri de : Vive la république * ! »
» Moins de six mois après le 16 octobre, c'était le tour d'Hébert de jouei' à la main chaude. Il fut si lâche devant la mort qu'il fut l'objet du dégoût des dix-sept condamnés qui allaient mou-, rir avec lui. Dès la sortie du Palais, sa face était livide ; il était, vêtu, suivant son habitude, avec recherche, mais ses hdbits; étaient en désorare. Il pleurait à gTos sanglots, et la sueur cou-| lait de son front. La population, massée sur le parcours des char-, rettes, l'accablait de huées et d'injures : « Eh I Père Duchesne, lui criait-on, tu vas regarder à la lucarne, tu nous diras demain
298 LA ftUILLOTINE PENDANT LA RÉVOLUTION
On pourrait ici grouper les eSPets oratoires auxquels donna lieu, dans les discours officiels de l'époque, la guillotine considérée comme rasoir national. Il y aurait là une étude bien curieuse et assez comique d'éloquence révolutionnaire. L'instrument de mort était devenu, en effet, un lieu commun qui trouvait sa place dans toutes les harangues — et l'on sait si elles furent nombreuses, — au même titre que les Brutus, les Gassius, les Scaevola, les Germanicus et autres fameux héros de l'antiquité. Mais une telle compilation nous entraînerait trop loin, et nous devons nous en priver. Contentons-nous de donner comme échantillon ce fragment d'un discours de Ghaumette au Conseil général de la commune de Paris.
« Citoyens, rappelez-vous ces moments de crise où les membres de la Montagne et ceux de la Commune de Paris, en défendant la même cause, ont eu simultanément un pied sur l'échafaud et l'autre lancé au hasard pour la liberté en danger'. »
dans ta feuille ce cfn'on y Toit... 1 » Sur la place, il fallut le descendre de la charrette et l'asseoir sur le pavé, car ses jambes ne pouvaient plus le soutenir. Il était pres(ïue mort de peur lorsqu'on l'attacha, évanoui, sur la bascule.
On nous a réhabilité déjà bien des hommes (f la Révolutiou, mais je ne crois pas qu'il soit au pouvoir de ç jelqu'un de lavpr cette ignoble figure d'Hébert et da la montrer autremeat qu'au pilori de l'histoire.
> Moniteur du lé fiimaln an II.
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Donc l'échafaud était passé dans les mœurs, et les Parisiens — certains Parisiens, du moins, — s'amusaient extrêmement de ce nouveau jouet. On eut la plaisante idée de trancher la tête de tous les saints de pierre qui ornaient la façade des églises. A Notre-Dame, les statues des porches de la vieille basilique avaient été raccourcies. La brisure blanche de la pierre faisait contraste avec le corps de ces statues noircies par le temps et donnait l'impression d'une chair fraîchement coupée, ce qui parut très malicieux. Et partout on chantait des couplets de circonstance, pleins d'allusions à la guillotine. Quel recueil on ferait de ces chansons révolutionnaires qu'inspiraient certainement autant la peur que l'habitude et le besoin inné de plaisanter qu'a le peuple de Paris. Ce sinistre refrain :
Dansons la Carmagnole} Thre Je son I vive le son| Dansons la Carmagnole t Tive le wa. . . du canon I
n'est autre chose qu'une allusion brutale au sac de son qui hantait les cauchemars de toute la France en 1793.
D'^Uleurs, on a imprimé en Vm ÎI un Recueil
d'hymnes patriotiques chantés aux séances du Conseil général de la commune par les citoyens dé l'armée révolutionnaire S qui ne laisse aucun doute sur la place que tenait la guillotine dans les préoccupations poétiques des Tyrtées de l'époque. Représentez-vous le Conseil général de la Commune de Paris tenant séance et chantant:
Puisque nous sommes réunis, Tuons les brigands du pays, Ne faisons pas d' quartier, Tuons jusqu'au dernier,
Dansons la carmagnole ! etc..
Tremblez, traîtres conspiratetas.
Fédéralistes imposteurs, Vos projets sont connus, Vous êtes tous f...
Dansons... etc..
Fuyez, fuyez, il en est tempS; La guillotine vous attend, Nous vous raccourcirons.
Vos têtes tomberont.
Dansons... etc..
La lecture de ces chants féroces, sî justement oubliés, est une révélation des pensées qui ani-
* Voir le catalogue des livres composant la bibliothèque poétique de M. VioUet-Leduc, Paris, chez Floc, libraire, 1847.