‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 23 sur 71 · L'Académie Impériale de Musique, par Castil-Blazc · texte numérisé non relu

L'Académie Impériale de Musique, par Castil-Blazc

L'ouverture du théâtre de Pantin a lieu, cet été, par la représentation de la parade la plus épicée de Vadé, par Madame Engueule, parade suivie de la Fricassée, dansée par MUe Guimard et Dauberval. Et un moment, les habitués du théâtre de Pantin sont dans l'émoi que la police n'interdise décidément le spectacle licencieux de la danseuse.

Mais cette crainte ne dure qu'un temps car au mois de septembre, la Vérité dans le vin, ce chef-d'œuvre du théâtre grivois, y était représenté, joué par trois acteurs de la Comédie-Française, Dugazon, Auger, Feuillié, auxquels les fêtes de la Vierge avaient donné la liberté, et qui jouaient la pièce de Collé, affirme Bachaumont, comme jamais on ne les avait encore vu jouer. Et dans cette représentation, ils étaient merveilleusement secondés

par MUe Lafond, danseuse de l'Opéra, et par la maîtresse de la maison, dont la voix un peu rauque — sépulcrale, disaient ses ennemis, quand elle parlait, — perdait à ce qu'il paraît son désagrément dans le chant, et y devenait même assez agréable.

A cette représentation assistait le duc de Chartres, mais incognito, et bon nombre de femmes de la société, se croyant dissimulées dans des loges grillées, mais bien vite déchiffrées.

Et c'est un émerveillement parmi les fabricateurs de Nouvelles à la main, que ces divertissements ruineux de prince, donnés à Paris par une danseuse, en même temps que la reconnaissance de la gaieté, de l'entrain, du franc rire, de ces libres et amusantes soirées, où il n'y avait rien du sérieux, de la gêne, de la contrainte caractéristiques, des fêtes des Altesses1.

1. Mémoires secrets, vol. VI et vol. XXIV. Additions à l'aunée 1711.

En ce temps, Mlle Guimard avait la fantaisie de se bâtir un hôtel.

Dans ce quartier des Porcherons, qui dans le plan de Turgot de 1750, ne présente qu'une immense plaine maraîchère, semée, à de grands intervalles, de constructions rustiques et de bâtiments religieux, commence à s'élever, à vingt ans de là, tout un quartier d'hôtels, appartenant à la noblesse, à la robe, aux grandes impures.

C'est tout en haut de la rue de la Chausséed'Antin, contre la barrière, l'hôtel bâti pour feu Monsieur le président Hocquart, et qu'habite son fils, le marquis de Montfermeil; ce sont, rue Chantereine, l'hôtel Saint-Chamant, sur les dessins de l'architecte Rougevin, et l'hôtel de MUe Dervieux, sur les dessins de l'architecte Brongniart; ce sont, rue de Provence, les hôtels de Dreneuc, de Gouy d'Arcy, de Thun, de

Mme de Montess'on ; ce sont, en revenant à la rue de la Chaussée-d'Antin, et en*descendant vers le boulevard, l'hôtel de Balicourt, l'hôtel de Montmorency qui fait l'angle de la rue Basse ; ça va être, un peu plus loin dans la rue, à côté de l'hôtel originairement construit pour M. Necker, le Temple de Terpsichore l ou l'hôtel de Mlle Guimard, un hôtel rival de l'hôtel de Wu Dervieux, un hôtel élevé par Le Doux, architecte du Roi, un hôtel que les souverains étrangers, en leur séjour à Paris, iront visiter, ainsi qu'ils vont visiter le pavillon des Luciennes2.

Une charmante vue en couleur, à l'imitation d'une gouache du temps3, nous a conservé la vue de l'hôtel de Mlle Guimard. On voit la façade du Temple de Terpsichore, dont le porche est décoré de quatre colonnes, au-dessus desquelles un groupe isolé représente Terpsichore, cou-

1 . Paris tel qu'il était avant la Révolution, par M. Thierry. An quatrième de la République Française.

2. Les Mémoires secrets annoncent, à la date du 21 mai 1777, que le comte de Falkenstein a été visiter le Temple de Terpsichore.

3. Rare planche faisant partie d'une suite qui n'a pas été terminée. Elle porte : Maison de Melle Guimard, bâtie par M. le Doux. Prieur, f. 1791. Une réduction également en couleur a été faite par Janinet sur un dessin de Durand, et publiée sous le n° 27 dans une collection de vues de maisons de Paris, par Esnauts et Rapilly.

ronnée par Apollon : groupe en pierre de Conflans, de 6 pieds de proportion, sculpté par M. Le Comte, sculpteur du Roi. Et dans le culde-four derrière les colonnes, on voit encore le bas-relief de 22 pieds de longueur sur 4 de hauteur, où Le Comte a exécuté le triomphe de la Muse de la danse, la montrant sur un char, tramée par des Amours, et précédée de Bacchantes et de Faunes, et suivie des Grâces de la chorégraphie -.

Au bas de la planche en couleur représentant la façade du coquet édifice, sont données deux petites coupes intérieures, vous faisant pénétrer dans l'intimité de la demeure.

L'une vous ouvre l'antichambre, et la salle à manger, décorée de vasques aux eaux jaillissantes, portées par des groupes de naïades.

L'autre vous introduit dans la salle de spectacle, cette salle aménagée au-dessus de la porte, et qui pouvait contenir en son parquet, en ses loges ouvertes ou grillées, cinq cents personnes 2 ; cette salle au plafond peint par Taraval, et qui était en petit la salle de Versailles3.

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