Correspondance de Grïmm. Garnier, frères, vol. I
2. Mémoires secrets, année 1772. Une seconde représentation devait avoir lieu sur le théâtre de la Guimard, le jeudi, veille de Noël, mais cette fois l'archevêque obtenait gain de cause, et la Guimard recevait la défense de jouer
Au mois de juin 1773, ce prince de Soubise, si traitable sur l'article de la jalousie, et qui avait accepte jusque-là avec l'indifférence superbe d'un mari du temps, le partage des tendresses de la Guimard entre M. de La Borde et Sa Grandeur sultanesque, était pris d'un soudain accès de jalousie, et exigeait l'expulsion de l'amant — de l'amant que sa qualité de fermier général ne faisait pas précisément un amant de cœur1 .
Paris s'étonna de cet accès de jalousie, chez un homme, qui n'avait jamais été jaloux, et qui surprenant une maîtresse aimée, dans les bras du chevalier de Langeac, et se rendant à cette définition de Sophie Arnould : « Monseigneur, la sagesse d'une actrice n'est que l'art de bien
1. M. Deville dit que M. de La Borde s'était ruiné au service de la Guimard.
fermer les portes l ! » continuait ses largesses à l'infidèle. Aussi les mauvaises langues répandaient que la cause du congé ne pouvait se dire qu'à l'oreille, et venait de ce qu'en langage du dix-huitième siècle, M. de La Borde avait donné une galanterie à la demoiselle Guimard, que celle-ci l'avait procurée au maréchal prince de Soubise , le maréchal à Mme la comtesse de l'Hôpital, la comtesse à... Ici se perdait la genèse2.
A la suite de cette qnitterie de la danseuse, ce pauvre M. de La Borde tombait dans une mélancolie noire, que rien ne pouvait dissiper, appelant la fin de son service auprès du Roi — ce qui devait arriver au mois de juillet — pour quitter la France et courir l'Europe, afin d' oublier l'infidèle. Et dans son désespoir amoureux, perdant le goût de tout ce qu'il aimait avec passion, perdant ce goût de la musique qui avait été l'amusement et l'occupation de toute sa vie, il annonçait à ses amis, dans des lettres désolées, l'intention d'y renoncer.