Mémoires secrets, vol. XIV
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que la chute de Mirza. de cette farce monstrueuse, qui n'avait plu, à Paris, qu'à l'abbé Aubert, et qui n'avait eu d'autre approbation que celle de Bret (le censeur de la pièce) a mis M"6 Guimard au désespoir, et compromis son goût et son esprit, et blessé son amour-propre. « qui. insinue-t-il peu galamment, augmente chez les femmes, en proportion de la décadence de leurs charmes ou de leur talent. Il lui a fallu une victime, et c'est sur lui qu'est tombé son dépit. Elle s'est obstinée à croire qu'il avait seul fomenté le bacchanal du jeudi gras. »
Noverre continue en ces termes : « La méchanceté opère souvent en dehors de ses desseins. C'est ce qui est arrivé à la demoiselle Guimard. Elle ne put déterminer ses camarades à l'accompagner chez le ministre ; ils savoient que ce n'étoit pas moi qui avoit composé la Fête de Mirza, et que sa chute ne pouvoit m'ètre imputée. Elle monta dans son char, et se présenta à M. Amelot, comme une nouvelle Andromaque, qui pleure la défaite d'Hector. Cette démarche ne put ébranler la justice de ce ministre. Son goût, et la renommée plus babillarde et plus indiscrète encore que la demoiselle Guimard, avoient déjà fixé son opinion, et il savoit que tout Paris, pour ainsi dire, s'étoit
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réuni pour proscrire un genre de spectacle, qui dégrade la majesté de l'Opéra, qui éloigne cet art de ses vrais principes, en le rapprochant des caricatures du boulevard. »
« J'ajouterai même qu'il détruit l'Opéra et que depuis que le sieur Gardel s'est emparé du sceptre de Terpsichore, les fêtes et les ballets attachés aux poèmes, sont sacrifiés impitoyablement à des pantomimes, dans lesquelles on subtitue à l'exécution brillante, à la bonne grâce et à l'harmonie des mouvements, des courses vagues, des gestes insignificatifs, et une expression si faible et si monotone, qu'on a besoin du secours du vaudeville pour lui prêter quelque intention. Ce nouveau genre, si l'on peut lui donner ce nom, n'a que l'avantage de pouvoir être exécuté que par des gens qui ne sauroient même pas danser, et j'ose avancer, Monsieur, que tous les efforts d'un maître de ballets, qui ne tendent pas à la perfection de la danse, sontdes efforts inutiles, mais encore funestes à l'Opéra. »
No verre ajoute que malgré la démarche de Mlle Guimard, il ne peut vraiment se persuader qu'elle lui attribue la chute de Mirza, mais que l'animosité de la danseuse contre lui, vient d'une autre cause, que son amour-propre n'ose
pas avouer. Elle vient cette animosité, de ce que sur les instigations de la Guimard, instigations peut-être perfides, il a fait danser à la demoiselle Cécile, le rôle NAnnette, et que quoique la chose ait été arrangée aux répétitions, pour que la jeune danseuse eût tous les désagréments possibles, il était arrivé que le public avait trouvé à la nouvelle Annette, une taille svelte, un visage de quinze ans, une expression naïve, et qu'elle avait été fort applaudie. C'est là son crime près de la Guimard, et peut-être un plus grand encore , c'est d'avoir composé un ballet, pour les demoiselles Cécile et Dorlé et de chercher à développer et mettre en lumière les talents des seconds sujets '.