‹ La Guimard, d'après les registres des menu-plaisirs de la Bibliothèque de l'Opéra, etc., etcChapitre 5 sur 71 · Journal des Inspecteurs de M. de Sartines. Dentu · texte numérisé non relu

Journal des Inspecteurs de M. de Sartines. Dentu

Une liaison plus durable s'était formée, en ces temps, entre la danseuse et le fermier général artiste, à la tête fine, aimable, intelligente, éveillée, que Ton voit gravée en tête d'un des plus beaux livres illustrés du dix-huitième siècle, et qui porte pour titre : Choix de chansons, mises en musique par M. de la Borde, premier valet de chambre ordinaire dît Roi, gouvernenr du Louvre. Et Jean Benjamin de La Borde, célèbre par ces deux vers de Voltaire :

Avec tous les talens le destin l'a fait naître 11 l'ait tous les plaisirs de la société.

était devenu un des amants en titre de la Guimard.

De cette liaison entre le premier valet de chambre du Roi et la danseuse, naissait en avril 4763, une fille, baptisée comme de père et mère inconnus, mais dont le père réclamait la paternité, en octobre 1770, affirmant que cette fille était bien sa propre fille, la fille naturelle de Jean Benjamin de La Borde, premier valet de chambre du Roi, et de la demoiselle Guimard, qui l'avaient élevée comme telle, et l'avaient reconnue par un acte passé devant notaires, le 17 septembre 1770, par lequel ils consentent à

la légitimation, et deux notables attestent qu'elle est leur fille, et qu'ils lui ont donné, en cette qualité, l'éducation convenable1...

I. Lettre de légitimation en faveur de la demoiselle Marie Madeleine Guimard, fille naturelle de Mllc Guimard et de Jean Benjamin de Laborde. (1770, octobre.) L Académie Royale de Musique au xvmc siècle, parE. Campardon, Bcrgcr-Lcvrault, 1884, 1" vol.

L'année qui suit son début, Mlle Guimard obtient un vrai succès aux spectacles de la Cour.

En effet le Mercure de France nous apprend que « ce jeune sujet, déjà connu et applaudi sur les théâtres de Paris, a donné devant la cour, à Fontainebleau, dans l'opéra de Castor et Pollux, des preuves agréables de ses progrès, et particulièrement dans les ballets de cet opéra, où elle dansait plusieurs pas de deux » .

Tous les ans Mlle Guimard s'empare un peu plus du public de Paris et de la cour. Et le Mercure de France imprime encore, à la date d'avril 1764, que Mlle Guimard « qui a profité avec succès des circonstances qui l'ont mise à portée de paraître, et qui n'en plaît que davantage au public, a chanté et joué le rôle de la statue dans Pygmalion, et qu'elle s'est acquittée de cet emploi avec grâce, et qu'elle a été fort applaudie.

Enfin, en juillet de la même année, le Mercure témoigne de ce que le zèle infatigable de MUe Guimard et son assiduité au service du spectacle, en font une des danseuses paraissant le plus souvent en scène.

En janvier 1766, à une des représentations des Fêtes de l'Hymen et de l'Amour, que l'on donnait les jeudis, Mlle Guimard était renversée par une pièce de décoration, qui lui tombait sur un bras, en le fracturant. Mais la fracture était simple, et Guérin, le chirurgien des mousquetaires, se trouvant à l'Opéra, ce soir-là, faisait sur place la réduction de la fracture, sans que la courageuse nymphe poussât un cri1.

Et depuis son accident2 qui n'avait laissé d'inquiétude à personne, chaque fois que la dan-

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