LUI
Au mois d'août 1783, ce sont, dans les habitués de l'Opéra, chez les assidus du ballet, ce sont de terribles alarmes. MUe Guimard a la petite vérole, et l'on s'entretient à la Cour, dans les salons, dans les cafés, du danger de cette maladie chez une femme de quarante ans, et dont l'état et l'existence ne promettent pas un sang rebelle à la maligne influence.
Les amateurs de la chorégraphie ont une autre inquiétude. Ils craignent que les prêtres ne s'emparent de la danseuse, et ne la déterminent à quitter le théâtre. Mais, grâce à Dieu, les bulletins sont rassurants, et les gens, au courant des nouvelles de l'Opéra, assurent qu'il n'est pas encore question d'un confesseur. Enfin, au bout d'une vingtaine de jours, Paris apprend la convalescence de l'illustre danseuse, et un
Recueil de lettres secrètes1, que je possède, nous apprend que, le 29 août, une fête est célébrée chez MUe Guimard, pour rendre grâce à ses amants du soin qu'ils ont pris d'elle.
Le Recueil des lettres secrètes ajoute : « M. de la Ferté et le prince de Soubise se sont piqués à l'envi d'être plus généreux l'un que l'autre. La convalescente a déclaré que l'intendant des Menus méritait d'entrer au boudoir avant son rival, et que par reconnaissance, elle lui devait sa première faveur. »
Je ne sais quel anecdotier a raconté, qu'à sa rentrée à l'Opéra, dans la Chercheuse d'esprit, comme on la félicitait des très légères traces, que le mal avait laissées sur sa figure, un brutal qui sans doute avait à se plaindre de la danseuse, dit assez haut pour qu'elle put l'entendre : « Parbleu, ce visage-là ne pouvait être marqué de petite vérole, on ne laboure pas sur le roc2! »
1. On lit, d'une écriture du temps, en tête de ce recueil : M. Naigeon, ami de Diderot, tenait ce manuscrit de Grimm.
2. L'Académie Impériale de Musique, par Castil-BIaze. Paris, 18o5.
Le dicton : « bête comme une danseuse » ne s'applique pas à la Guimard. Non, elle n'est pas une bête, la femme qui définit ainsi les comédies de Marivaux : « C'est le cœur dévoilé par l'esprit ! » Marais parlant d'elle, toute jeunette, affirmait qu'elle avait l'esprit très vif, et dans un autre rapport, publié par La Police dévoilée, on vantait la grâce moqueuse de son dire.
Et voici, qu'une lettre de la danseuse au compositeur Champein, nous est un témoignage du gentil badinage de cet esprit, de l'aisance avec laquelle la femme se tire d'une indiscrétion maladroite d'ami, de l'aimable malice épistolaire, que sa plume trouve en courant1. Elle est vraiment amusante cette lettre de la grande et vo-
1 . Le Diable Boiteux, dans les quelques lignes nécrologiques qu'il consacre à la Guimard, parle de ces' « naïvetés spirituelles ».
lage impure, avec la forme humoristique de son couplet sur les amours éternelles, avec sa profession de foi d'originalité et de passion folle de l'extraordinaire.
« Je suis infiniment sensible, Monsieur, à la lettre honnête, que vous m'avez fait l'honneur de m écrire, mais je ne sçais trop comment je dois vrcndre les remerciements que vous me faites, sur ce que j'ai dit de vous à M. de T***. Dans tous les cas, je puis vous répondre avec assurance qu'il n'y a pas de quoi1. Ne m'en sachez pourtant pas mauvais gré. Je suis accoutumée à
\ . Comme toutes les lettres de femmes du temps, femmes de la société ou d'ailleurs, la lettre de la Guimard est sans orthographe. Elle écrit : il ni a pas de quoi, — c'eut été' d'omage, — la voix s'enrouille, etc., etc.
Du reste pour donner une idée plus complète de l'orthographe de la danseuse, en voici un autre échantillon : c'est un reçu au comte de Robien d'une pension de cent francs, qu'il lui faisait.
Je reconais avoir ce jour reçue de monsieur le comte de Robien la somme de sent livre, pour Vanée échue du jour d'hier, de la pension qu'il a bien voulu me faire conjointement avec ces cohéritiers dont quittance à Renne [Rennes) ce 2f avril 1781.
Renne en interligne approuve la Guimar.
Sur la même feuille est un reçu, donné à MUc de Robien, de la somme de trente et une livres douze sols trois deniers, auxquels doit s'adjoindre la somme de soixante-huit livres, sept sols neuf deniers, que doit payer M. de Bourgneuf : — reçu du 22 avril 1784, toujours signé : Guimar.
ne rien déguiser de ma façon de penser, c'est petit-être une mauvaise habitude, mais j'y suis attachée, et je la conserverai principalement avec lui. Est-ce ma faute, si c'est un bavard? Ai-je donc tant de tort de me plaindre, de l'indiscrétion de ces vilains hommes ? J'en appelle à vous, n'est-il pas vrai, que si vous n'aviez pas eu l'esprit bienfait, il n'en auroit pas fallu davantage pour nous brouiller, avant même de nous connaître. En vérité, c'eût été dommage, heureusement qu'entre roués, on prend tout en bonne part, voilà ce qui me rassure.
« Oui , f ai trouvé le nom de Franzel charmant, lorsque je l'ai entendu prononcer. Oui, je m'intéresse à elle, mais que lui sert cet intérêt, puisqu'elle ne vous en inspire plus! Il faut convenir que son règne n'a pas été long, et vous avez beau dire, vos excuses ne sont pas recevablesl
a Ah ! pourquoi, s'il vous plaît, ne peut-on pas toujours s'aimer et se le dire! Parce que la voix s'enroue à force de le répéter! Vous croyez qu'on s'enrhume moins facilement, en le disant, tous les jours, ci des objets différents. Moi, je pense le contraire, par la raison qu'il faut beaucoup plus parler pour persuader , alors qu'on a réussi. Tenez, vous avez de très mauvais principes, ne vous avisez pas de les donner à mon frère, car
sur ce point je ne plaisanterais pas. Écoutez, Monsieur, de bonne foi, il vous faudroit faire un grand travail pour vous réhabiliter dans mon esprit, car votre vertu est bien en souffrance, je suis trop franche pour vous le dissimuler. Avouez que voilà une plaisante manière de faire connaissance ensemble, elle me plaît assez : j'aime T extraordinaire, c'est une folie!
« Oui M. de T... me fera grand plaisir de vous amener chez moi, je serai très aise d'avoir votre amitié, car je vous rends bien justice, en vous accusant bien d'être un amant volage, mais je croirais vous faire injure, si je ne vous croyais pas un ami fidèle.
« Je suis charmée que l'auteur des paroles de Léonore fasse des changements à cette pièce, en vérité elle en a le plus grand besoin, quant à ce qui les regarde. Pour vous, Monsieur , je ne puis que vous renouveler tous mes compliments, et ils sont aussi sincères que mérités.
« Je suis très parfaitement, monsieur, votre très humble obéissante servante.
« Guimard1. ))
Ce 3 septembre.
Pour M. Champein.
1. Lettre communiquée par M. Hervey, lettre acquise depuis la vente de sa première collection, et adressée au compositeur Champein.
LY
Au renouvellement de l'année théâtrale de 1784, le bruit s'est répandu dans le public que la danseuse avait l'intention de demander sa retraite, et devant l'émotion que cette retraite met dans le monde lyrique, pour garder, pour retenir la Terpsichore de l'Opéra, M. de la Ferté se voit obligé, dans cette lettre, d'appuyer près du ministre la demande qu'elle fait d'une augmentation de mille livres pour sa pension de retraite.
« Paris ce 3 avril 1784.
« Monseigneur,
« J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint la copie d'une lettre que j 'ai reçue de Mlle Guimard i , et qu'il seroit heureux que vous eussiez la bonté
1. La copie de la lettre de M1'** Guimard n'est plus jointe à la lettre de M. de la Ferté.
de parcourir, pour que je puisse recevoir vos derniers ordres, avant votre départ. Il paroit que tout le monde est alarmé de la crainte de perdre Mllc Guimard. M. Lenoir, chez lequel je viens de dîner, m'en a même parlé, et il lui semblerait juste qu'on lui donnât quelque satisfaction, en lui promettant de lui accorder les mille livres de plus de pension, qu'elle demande pour le temps de sa retraite, mais à condition toutefois qu'elle n'en parleroit pas, pour que cela ne tirât pas à conséquence. Mais, il faudroit qu'elle gardât le même secret que Mlle Levasseur.
« Je dois aussi avoir l'honneur de vous prévenir, Monseigneur, que tous les premiers sujets de l'Opéra, ont été chez Mlle Guimard, pour l'engager à continuer ses services. Enfin je viens de découvrir dans la visite qu'elle vient de me faire, et où elle n'a mis aucune humeur, qu'elle tient à cette grâce, moins par besoin que par amour-propre. Je ne lui ai pas caché que si vous lui accordiez cette grâce, qui pourroit être motivée sur ce qu'elle avoit eu le bras cassé, il y a quelques années par la chute d'une décoration, ce qui en rendroit les conséquences moins dangereuses, personne n'ayant à alléguer un semblable motif. Alors vous exigeriez d'elle, qu'elle
mît plus d'économie dans les dépenses qu'elle occasionne à l'Opéra, d'autant mieux, Monseigneur, que vous étiez déterminé à ne plus laisser donner à l'avenir que très rarement des ballets d'action, quiavoient occasionné, depuis plusieurs années , des dépenses presque aussi considérables que la mise d'opéras nouveaux. Elle m'a promis, de se conformer à tout, à vos volontés. »
Le ministre répondait le même jour à M. de la Ferté, que quoique « une faveur accordée à un sujet ouvre la- porte à une foule de prétentions », en considération de ses longs services, il promettoit de lui assurer, lors de sa retraite les mille livres de plus de pension qu'elle demande, mais à la condition qu'elle garderoit le plus profond secret sur cette grâce.
Le mardi, 2C> juillet 1785, était donné, à l'Opéra, le ballet du Premier Navigateur ou le pouvoir de l'Amour.
C'était un ballet en trois actes, où Mlle Guimard jouait le rôle de Mélide, un rôle dessiné spécialement pour elle, et de la composition de Gardel l'aîné, son compositeur ordinaire, et qui avait déjà fait les grands succès de la danseuse, dans les ballets de Mirza, de la Chercheuse d'esprit, de NlNETTE A LA COUR.
Est-on curieux de savoir sur quel ton lyrique parle du talent de la danseuse, l'auteur des Costumes ET ANNALES DES GRANDS THÉÂTRES DE PARIS?
« Peintres, poètes, comédiens, artistes en tous genres, voulez- vous connaître le goût sur lequel on a tant disputé, sans jamais pouvoir le définir, voyez MUe Guimard, et voyez-la souvent
dans toutes les attitudes et tous les rôles de la danse, et vous puiserez dans ses moindres mouvements, le goût, sans lequel rien ne peut être agréable. Ce goût, désigné chez les anciens, par les mots lepos, venustas, que les langues modernes ne savent point traduire. »
Et l'enthousiaste compte rendu du ballet du Premier navigateur, est illustré d'un de ces aimables lavis en couleur de Janinet, à l'imitation d'aquarelle, où nous voyons MUe Guimard, les cheveux dénoués, dans une tunique blanche, à l'envolée derrière elle d'une ceinture bleue, et battant, désespérée, la grève de l'île déserte, créée par l'inondation, qu'ont faite soudainementles Dieux, et qu'entoure de toutes parts un Océan à perte de vue.
L'auteur affirme dans ce compte rendu, que Mlle Guimard, qu'on ne peut se lasser de voir et de revoir, réunit les talents de l'actrice qui sent et exprime toutes les passions, à ceux de la danseuse la plus exercée, disant que le jeu muet de la danseuse, dans le moment, où le pressentiment amoureux l'avertissant de l'arrivée de son amant Daphnis, lui remet l'espérance au cœur, sans qu'elle puisse savoir ce qui l'a fait renaître : cette espérance est une de ces choses, qu'il paraît impossible à la pantomime de peindre, —
et que cependant Mlle Guimard exprime avec la plus frappante vérité.
Puis l'article finit par ces vers de Dorât, tirés de son poème de la Déclamation théâtrale, célébrant la danseuse dans le Premier navigateur :
Quelle nymphe légère, à mes yeux se présente !
Déesse, elle folâtre et n'est point imposante,
Son front s'épanouit avec sérénité.
Ses cheveux sont flottants, le rire est sa beauté.
D'un feston de jasmin, sa tête est couronnée,
Et sa robe voltige, aux vents abandonnée.
Mille songes légers l'environnent toujours;
Plus que le printemps même, elle fait les beaux jours.
Des matelots joyeux, rassemblés auprès d'elle
Détonnent à sa gloire une ronde nouvelle,
Et de jeunes pasteurs, désertant les hameaux,
Viennent la saluer aux sons des chalumeaux.
C'est l'aimable gaîté : qui peut la méconnaître,
Au chagrin qui s'envole, aux jeux qu'elle fait naître?
Fille de l'innocence, image du bonheur,
Le charme qui te suit, a passé dans mon cœur.
Sur ce gazon fleuri qu'elle a choisi pour trône,
Pasteurs, exécutons les danses qu'elle ordonne,
Fuyez, arrêtez-vous, suspendez votre ivresse;
Comme Guimard enfin appelez les désirs,
Et que vos pas brillants soient le vol des plaisirs.
Le ballet du Premier navigateur, sans doute aux grands regrets de la cour, ne pouvait être joué par Mlle Guimard à Fontainebleau, Tau-
tomne suivant. En 1855, le hasard m'a fait trouver dans la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, un recueil de Nouvelles manuscrites1 qui annonce, à la date du 13 octobre 1785 :
« La demoiselle Guimard s'étant blessée, dimanche dernier, au genou, par une chute dans un escalier, ne sera point en état de faire briller son talent pendant les voyages de la cour. »
1. Nouvelles de l'an 1785, par M. Barth. L'adresse de M. Barth est au café du Caveau, au Palais-Royal.
Dans rembarras de ses affaires, Mllc Guimard songeait à se défaire de son hôtel de la Chausséed'Antin, et avait l'idée originale de le mettre en loterie. Elle faisait agir de puissants amis près du gouvernement, obtenait sinon l'autorisation officielle, au moins que les ministres ne mettraient pas d'opposition à cette loterie privée *, et aussitôt faisait imprimer le prospectus que voici :
1. Donnons ici la lettre adressée par le ministre de Galonné au lieutenant de police de Crosne :
« Versailles, le 19 mai 1786.
« On ne m'a point demandé, Monsieur, et je n'ai pas donné d'autorisation pour la loterie de MUe Guimard. J'ai seulement pu dire, quand onm'en a parlé, quejc ne m'y opposcrois pas. Il me semble que dans l'état actuel des choses, il y auroit beaucoup d'inconvénients à ne pas tolérer le tirage qui est annoncé, tous les billets étant distribués, et n'y ayant eu ni réclamation, ni aucune défense, soit de la part du baron de Breteuil, soit de la mienne. »
« Prospectus d'une loterie de la maison de Mlle Guimard, dont le tirage se fera publiquement, le premier mai 1786, dans une salle de l'hôtel des Menus, rue Bergère, en présence d'un officier public l .
« Cette maison est située à l'entrée de la chaussée d'Antin, et consiste en un bâtiment, entre cour et jardin; la face sur la cour est ornée d'un péristyle ; le rez-de-chaussée qui est élevé de huit marches, est distribué en une antichambre, salle à manger, chambre à coucher, boudoir, une grande pièce éclairée par le haut pouvant servir de galerie de tableaux, cabinet de toilette, salle de bain, etc., le tout très orné.
« Dans le comble sont aussi de petits appartements très commodes et aussi très ornés.
« Un bâtiment sur la rue, dans lequel sont les écuries et remises, et au-dessus, une salle de spectacle avec toutes ses décorations.
« Le jardin est orné de berceaux couverts. La plupart des meubles resteront à la maison, étant faits pour la place. »
Décrivons d'après une note du prospectus, ce mobilier : un mobilier meublant, estimé à
1 . Les Comédiens du Roi de la Troupe Françoise, par E. Campardon. Champion, 1879.
27 532 livres, un riche mobilier courant de tapissier du temps.
C'est la salle à manger, avec ses dix-huit sièges en velours d'Utrecht vert et blanc, ses trois tables de trente, de quinze, de dix couverts.
C'est la serre chaude, avec ses banquettes de velours d'Utrecht vert, et ses quatre girandoles portées par des figures en stuc, montées sur des piédestaux de marbre blanc.
C'est le boudoir, avec ses deux canapés et ses deux bergères de taffetas vert. La Guimard aime décidément le vert!
C'est la chambre à coucher, avec ses deux grands tableaux servant de tentures (un de ces deux tableaux serait-il le tableau de la Guimard, par Fragonard, possédé par M. Groult), son lit à niche, ses deux tète-à-tête, ses six fauteuils à carreaux, son écran à deux feuilles couvert de damas de Gênes cramoisi et blanc, ses deux girandoles en lys d'or moulu.
C'est la salle de bains, avec la niche de la baignoire en perse.
C'est le cabinet de toilette, avec sa tenture en papier lampas, et ses six cabriolets couverts de velours cramoisi et blanc, etc., etc., etc. Le prospectus continue :
« La loterie sera de 2 S00 billets à 120 livres le billet, dont un seul gagnant.
« Aussitôt après le tirage de la loterie, MUe Guimard passera le contrat de vente de la maison et des meubles, au profit du propriétaire du lot gagnant. »
Dans un second prospectus, l'on disait que l'accueil favorable, que le public avait fait à cette loterie, dont la distribution des billets était déjà avancée, engageait Mllc Guimard à le satisfaire, sur les objets qu'il avait pu désirer.
Répondant à la demande qui lui avait été adressée, sur la manière dont se ferait le tirage, elle annonçait qu'il y aurait deux roues, dans l'une desquelles, seraient déposés 2o00 billets roulés, et un timbré : Lot.
Mlle Guimard déclarait aussi que, par un arrangement avec les seigneurs, dans la censive desquels était située sa maison, le gagnant n'aurait à payer pour ladite vente que 12 000 livres, et que la maison était en pleine propriété, qu'il n'y avait ni bail emphytéotique ni bail à rente, qu'elle était seulement chargée du cens ordinaire.
Le tirage de la loterie qui devait avoir [lieu,
le Ier mai 1785, retardé par des circonstances particulières, était remis au lundi 22, du même mois.
Ledit jour, en présence du commissaire de Serreau, des sieurs Devassis et Tartois, tous deux inspecteurs de la loterie royale de France, en une salle pratiquée en forme de tente, dans le jardin de l'hôtel des Menus, et avec l'assistance de quatre enfants du Saint-Esprit, de deux particuliers devant annoncer les billets, et de quatre tourneurs de roues, sur les dix heures du matin, devant un public nombreux, déjà assemblé, les 2 500 billets numérotés étaient placés dansuneroue, et les 2 499 billets en blanc, avec le billet portant le mot : Lot, étaient placés dans l'autre.
Mille billets avaient été tirés sans que le lot gagnant fût sorti, et comme il était deux heures, et que le public désirait une interruption, les scellés étaient posés sur les deux roues. Puis, à quatre heures, ils étaient levés sur la réquisition de Mlle Guimard, et le tirage de la loterie repris.
C'était seulement après le tirage de 2 267 billets tirés, que sortait le billet gagnant, le billet 2 175.
L'hôtel de Mlle Guimard était gagné par la
comtesse de Lau, porteuse d'un seul billet1, qui revendait l'hôtel 500 000 francs, au banquier Perregaux.
Et voici le fac-similé, pour ainsi dire, d'un des billets de cette curieuse loterie :
Loterie de la maison de Mademoiselle Guimard, dont le tirage se fera le 1er mai 1786, en une salle de l'Hôtel des Menus, sis rue Bergère. N° deux mil vingt-six.
Le porteur est propriétaire d'un billet de ladite loterie, pour laquelle il a payé la somme de cent