Collection d'autographes de M. Morrison à Londres
Une dernière lettre de l'ancienne collection du baron de Trémont, adressée au banquier Perregaux, le 16 avril 1789, dont nous ne pouvons, hélas, donner que l'extrait du catalogue, nous représente la Guimard, vivant dans l'intimité des grandes dames anglaises, dans l'intimité de la duchesse de Devonshire, cette fanatique de danse, qui commandait un ballet à Vestris, et chez laquelle, dans la lettre adressée à M. de la Ferté, quelques années avant, la Guimard dit qu'elle passait tout le temps qu'elle n'était pas au théâtre... Et la réputation de son goût d'habillement fait de la danseuse française une sorte d'ordonnatrice des modes de là-bas.
Voici l'extrait du catalogue de Trémont, décembre 1859 :
« Curieuse lettre, sur son arrivée à Londres et sur l'accueil gracieux et empressé qu'elle y a
reçu de toute la noblesse, et principalement de la duchesse de Devonshire, qui est à la tête des organisateurs du bal, devant être donné au Grand-Théâtre. »
« Pour le bal il faut des habits, et les dames anglaises sont aussi coquettes que les Françaises. Donc au moment que je suis descendue de voiture, à mon arrivée à Londres, j'ai été assommée de marchandes de modes et de tailleurs, pour me 'prier de la part des dames de donner mes avis sur leurs habits. Vous pensez bien que je n'ai pas fait de façons... »
Des voyages, des tournées de la Guimard en Angleterre, il est resté un curieux, un étrange, un macabre témoignage.
La maigreur de la danseuse, elle est attestée par tous les écrivains contemporains1 qui ont parlé d'elle.
Le Yol plcs haut nous apprend qu'elle était maigre, longue, ressemblant pas mal à une araignée, et la diatribe en vers inspirée par la Dervieux, nous a renseigné surdsa cuisse héronnière et sa jambe en échalas.
Cette maigreur, elle a fourni ses plus jolis méchants mots à cette mauvaise langue de Sophie Arnould, qui, devant une figuration de la Guimard entre Vestris, et Dauberval laregar-
1. Le Vol plus haut ou YEspion des principaux théâtres de la capitale. A Memphis, chez Sincère, réfugié au Puits de la Vérité, 1784.
dant amoureusement, compare le trio, à deux chiens qui se disputent un os1, et qui, un autre jour, faisant allusion aux amours de Mgr de Jarente, l'évêque d'Orléans, a le drolatique mot sur la grasse feuille des bénéfices et le dessèchement de la danseuse2.
Oui, cette maigreur, c'est le refrain de toutes les attaques contre la femme, et même parfois le refrain des attaques contre ses amants, ainsi que cela s'est fait, à propos de la Cinquantaine de M. de La Borde3.
Avec le temps cette maigreur, hélas, semble augmenter, et mériter à la courtisane, cependant toujours aimée, la dénomination du Squelette des Grâces!
Eh bien, le témoignage du séjour de la Guimard à Londres, nous vient d'une image presque effrayante, où celle, qu'on appelle anacréontiquement squelette des Grâces, n'est plus même cela, mais le squelette de la danseuse d'une danse moyennageuse des Morts.
C'est une eau-forte coloriée, qui a pour titre :