Correspondance secrète, vol. VII
2. A propos des mères d'actrices de l'Opéra, citons ce passage du Gazetier cuirassé : « Il y a une école à l'Académie
pousse parla taille vers l'altesse, — la débutante encore toute montée sur ses pointes, encore tout envolée dans sa robe aérienne de Bocquet, et faisant un rond de bras, pendant que le prince lui prend légèrement le menton, et lui ramage quelque galant compliment.
Eh bien, en l'année 1768, le prince maréchal de Soubise est l' entreteneur officiel, à deux mille écus par mois, de Mlle Guimard, et fait vivre, en ce temps, la danseuse dans un luxe qui dépasse, pour la richesse des équipages, et des toilettes et des ameublements, le luxe de la Deschamps, un luxe qui jusque-là n'avait pas été égalé. Puis il ne faut pas oublier que M. de La Borde, l'amant de cœur, est un fermier général, et que, d'une manière plus discrète, il contribue à la dépense de la femme aimée, au moins tout autant que le prince, qu'on appelle, Y amant honoraire, tandis qu'on nomme le fermier général, Y amant utile.
Or donc, MUe Guimard a trois soupers par semaine : un premier souper composé des
royale de musique, où les douairières de l'Opéra instruisent les élèves à rougir par règles, à crier sans douleurs, et à exprimer le sentiment par cadînces, c'est par ce moyen et la pommade astringente de du Lac, que la mère de Mlle Grandi (qui se dit sa tante) a vendu tant de fois l'innocence de sa fille, après y avoir retouché. »
plus grands seigneurs de la cour et de toutes sortes de gens de considération; un second souper qui était une réunion d'auteurs, d'artistes, de savants, car déjà autour de l'Opéra, qui commence à jouir d'une célébrité, en quelque sorte rivale du salon de Mme Geoffrin, il s'est élevé une cour de gens à talent et de philosophes beaux esprits ; enfin un troisième souper, « une véritable orgie, dit Bachaumont, où étaient invitées les filles les plus séduisantes, les plus lascives, et où la luxure et la débauche étaient portées à leur comble ] » .
Mais qu'est-ce ces trois soupers, auprès des spectacles magnifiques, que la Guimard donne à sa superbe maison de campagne de Pantin : ces spectacles pour lesquels Collé semble uniquement faire son théâtre de société ; Carmontelle écrire ses proverbes; de La Borde composer sa musique. Ces spectacles, où tout le Paris aristocrate du temps, y compris les princes du sang, brigue l'honneur d'être admis. Car, aux années qui vont suivre, on parle d'aller à Pantin comme d'aller à Versailles*.