‹ La GuimardChapitre 16 sur 74 · Amoldiana · texte numérisé non relu

Amoldiana

prononcé sur son cercueil, le 28 mai 1789, dans l'église royale de Saint-Aignan d'Orléans, une oraison funèbre où Benoist Rozier, prêtre chanoine de la dite église, rappelant les paroles de saint Àmbroise dans l'éloge de Valentinien, pleurera l'amant de la Guimard avec la désolation de cette pieuse latinité :

Stent omnes, stent ignoti... omnes, tanquam parentem publiaim obiisse, domestico fleta doloris illqcrymant, saaqiie omnes funera dolent1.

A la fin de septembre 1770, après une saison théâtrale très courue, très suivie par les grandes dames honnêtes en loges grillées, et par les impures en loges ouvertes, avait lieu la clôture du théâtre de Pantin, par un à-propos qu'il est nécessaire de donner à peu près tout entier pour faire apprécier le ton polisson et, n'en déplaise aux mânes de l'illustre public qui le fréquentait, le ton bêtement ordurier, certains jours, de ce théâtre : à-propos qui aurait été commandé par M. de La Borde à Armand fils, concierge de l'hôtel des Comédiens et auteur de quelques

i. Oraison funèbre de Sextus de Jarente de Labruyère, évê que d'Orléans, commandeur de V ordre du Saint-Esprit.

drames, avec la recommandation de le faire aussi salé i qu'il était possible.

« Messieurs,

« Autant que l'usage des choses de théâtre a pu me donner de pratique : Non, je mets la charrue devant les bœufs, Messieurs, je veux dire autant que la pratique des choses du théâtre a pu me donner d'usage, j'ai remarqué, en général, j'ai même expérimenté que les clôtures sont bien plus difficiles à faire que les ouvertures ; que le moment où Ton rentre a quelque chose de bien plus gracieux, de plus agréable que le moment où Ton sort, et que les actrices ne pourraient jamais se consoler des regrets de la sortie si elles n'envisageaient l'espérance d'un bout de rentrée. Ce discours tend à vous montrer d'un clin d'œil, à vous exposer d'une manière qui ne tombera pas en oreille d'âne, Messieurs, à rapprocher enfin, par un trait insensible, les avantages de la sortie d'avec ceux de la rentrée, la clôture, enfin, de l'ouverture.

« Mais ne pensons point à l'ouverture quand nous sommes à la clôture; ne pensons pas au commencement du roman quand nous sommes à la queue. C'est le plus difficile à écorcher, Messieurs, on le sait, et c'est pour cela que je

i. Mémoires secrets, vol. V et XIX.

rentre dans la matière de mon compliment et que j'en reviens à la clôture d'aujourd'hui, qui fait le fond de mon sujet. Vous trouverez notre clôture bien courte et bien petite, en comparaison des ouvertures si grandes, si brillantes, Mesdames, dont nous vous sommes redevables. Quelles obligations ne vous avons-nous pas pour les avoir soutenues ainsi agréables, douces et faciles, pour avoir écarté à propos ces critiques qui vilipendent sans cesse un acteur, l'obligeant de se retirer la tête basse et la queue entre les jambes ! Vous avez soutenu notre zèle, suppléé à notre faiblesse en nous prêtant généreusement la main pour nous dresser, selon vos désirs, et nous avez mis par ce moyen dans le cas d'entrer en concurrence avec les sujets du premier talent qui marchent toujours la tête levée et auxquels on ne peut reprocher qu'un peu trop de roideur, défaut dont ils se corrigeront aisément.

« Que dis-je, je m'aperçois que je m'allonge un peu trop sur les efforts de nos acteurs, que je pourrais m'étendre sur quelques-unes de nos actrices. Mais ce n'est pas là le moment ; je me contenterai de vous dire que, si nous donnons aujourd'hui quelque relâche à vos amusements et à notre spectacle, c'est reculer pour mieux sauter. Et, quoiqu'il ne soit pas permis à tout le monde d'être heureux à la rentrée, c'est cepen-

dant sur elle que nous fondons toute notre espé rance, et voici quel en est le motif.

Air : Je suis gaillard.

Esope un jour avec raison disoit Qu'un arc

Cet à-propos faisait scandale dans Paris. Il devenait le sujet de conversations indignées,, et l'on s'étonnait que la police tolérât qu'une fille de spectacle fît prononcer un discours aux allusions si cochonnes dans une représentation ayant presque la publicité d'une représentation publique1.

1. M. Begis, l'intelligent collectionneur de manuscrits, livres, brochures, concernant les mœurs, possède un Théâtre d'Amour en quatre volumes reliés en maroquin citron, provenant des collections de Monmerqué et Hankey, qui passe pour le théâtre de la Guimard.

Et voici le catalogue des pièces composant ce théâtre :

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