LES TROIS JOUISSANCES
Récit erotique
Voici la préface du livre :
Toute l'antiquité a retenti des dialogues d'un amour plus que libre qu'avait composés Elephantis. et dont les dernières copies ont été probablement brûlées lors de l'incendie de la Bibliothèque de Ptolémée. Des peintres de renom avaient joint à ces ouvrages licencieux des dessins qui représentaient l'amour sans voile, dans toutes les attitudes que l'imagination la plus hardie avait pu suggérer... C'est une pareille tradition qui a pu faire naître, dans les âges modernes, les entretiens d'Aloysia et les sonnets de l'Arétin...
Un prince étranger, homme très aimable mais un peu blasé sur les plaisirs que l'innocence apporte, avait un théâtre secret où il n'introduisait que des roués de sa petite cour et des dames de qualité, dignes d'être des courtisanes. C'étaient les saturnales de la Régence. On y jouait sans voile les priapées de Pétrone et les orgies du Portier (des Chartreux). La licence d'un grand festin lui-donne la hardiesse de s'adresser à moi et de me demander des conseils sur les moyens de jeter de l'intérêt dans cet odieux spectacle. J'eus la faiblesse de lui dire que Socrate lui-même se serait prêté en ce genre aux folies d'Alcibiade. De ce moment il n'eut plus de secrets pour moi et il m'invita avec toutes les grâces imaginables à épurer son théâtre, de manière qu'un sage pût s'y rendre, même en loge grillée.
Au fond, ce très précieux manuscrit, ce très curieux théâtre n'a que la tradition pour être celui de la Guimard, et aucun document ne vient à l'appui de cette tradition. Il est possible qu'une ou deux pièces de ce recueil aient été jouées | sur les théâtres de Pantin et de la Chaussée d'Antin, mais c'est tout ce qu'on peut supposer à la rigueur, devant le silence des Mémoires secrets qui donnent les titres d'un cerf tain nombre de pièces jouées sur les deux théâtres.
Puis Delisles de Salles, l'auteur de ce théâtre et de la préface, n'est point le fournisseur de la Guimard, qui est Collé, et le prince dont il parle est le prince d'Henin, l'amant de Sophie Arnould, que Ton voit figurer dans une de ses scènes erotiques. Or donc le Théâtre d'Amour ne me paraît pas le théâtre particulier de la Guimard, mais bien le théâtre secret attitré où, en ses jours de libertinage d'esprit, un maître de maison de la grande société allait puiser pour une représentation à huis clos.
La Cinquantaine, dont la musique était de M. de La Borde, représentée au mois d'août 1771, n'avait aucun succès, et la chute de Topera, attribuée à l'insignifiante musique du compositeur, faisait réapparaître les pamphlets, les quatrains injurieux, les mauvais petits vers, contre le musicomane qu'aucun insuccès ne pouvait décourager. On ne lui pardonnait pas surtout d'avoir menacé le chanteur Legros, se refusant à chanter dans son opéra, de le faire passer une cinquantaine au For-1'Ëvêque et, dans les vers satiriques dirigés contre le valet de chambre du Roi, sa maîtresse avait sa part, et la maigreur de la danseuse lui était de nouveau méchamment rappelée.
Après Rameau paraît La Borde.
Quel compagnon ! Miséricorde ! Laissez notre oreille en repos :
De vos talents faites-nous grâce ;
De la Guimard allez compter les os,
Monsieur Fauteur, on vous le passe *.