‹ La GuimardChapitre 19 sur 74 · Mémoires secrets, vol. V · texte numérisé non relu

Mémoires secrets, vol. V

Le 27 avril 1772, le sieur Rebel, chevalier de l'ordre du Roi, nommé Directeur général de l Académie Royale de musique, entrait en fonction, ayant sous ses ordres Dauvergne, et « prenait le gouvernement de cette machine si difficile à conduire ». Il débutait par prononcer un discours a,nimé des meilleures intentions à l'égard de ses administrés : ce qui lôur était assez indifférent, mais, ce qui ne l'était pas, c'est que les douze mille livres du traitement du directeur général étaient prises sur les gratifications générales, qu'on écornait de ceci, de cela, sur un tel, sur une telle. Ce traitement d'un directeur supplémentaire, qu'on faisait payer aux artistes sur une partie de leurs émoluments, les mettait dans une telle irritation que nombre de danseurs et de danseuses, entçe autres Mlle Guimard, qui faisait son apprentissage de meneuse de la cabale, menaçaient de quitter. Et elle parlait tout haut de se rendre avec Dauberval en Russie, où on les demandait.

Quoique de « fortes tètes » s'occupassent de remettre la paix dans le peuple lyrique, de jotir en jour on était plus en guerre que jamais, et cela finissait de la part des artistes par la

demande « par huissier » de leur retraite. Et il fallait qu'au mois de juin le duc de la Vrillière, le secrétaire d'État, ayant le département de Paris, et conséquemment la haute police de l'Opéra, fît venir chez lui les principaux mutins : Gardel, Dauberval, Peslin, Guimard, et leur enjoignît de retirer sur-le-champ leurs assignations aux directeurs, pour qu'ils eussent à leur donner congé, les menaçant d'une punition exemplaire.

Ce quos ego*, disent les Mémoires secrets, a tout fait rentrer dans Tordre accoutumé.

L'intimité de Mlle Guimard, tout intermittente qu'elle fût, avec le prince de Soubise, capitaine des chasses, amenait en sa faveur une grâce bien anormale pour le temps.

En cette France d'alors, où la chasse était le privilège exclusif de la noblesse, par la toutepuissance du prince, à l'effet de fournir du gibier à la table de la danseuse, un canton de chasse était pris dans les Plaisirs du Roi- et donné à la châtelaine de Pantin qui avait le pouvoir en sa

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