‹ La GuimardChapitre 26 sur 74 · Correspondance littéraire · texte numérisé non relu

Correspondance littéraire

narJ, — et au fond duquel s'élève le lourd colombier rustique des paysages de Boucher, la Terpsichore du dix-huitième siècle est représentée en bergère de l'Opéra.

Elle a sur la tête un chapeau de jardin, un chapeau rose aux rubans envolés, un chapeau dç la forme la plus capricieusement gondolée, contournant une chevelure à l'œil de poudre imperceptible. Elle porte également un corsage rose auquel sont adaptées de bouffantes et aériennes manches de gaze brochée descendant jusqu'aux coudes, et une guimpe dont un coin soulevé laisse à découvert le haut d'une épaule nue. Le corsage est lacé sur une pièce d'estomac bleu qui devient, au-dessous de la ceinture, la jupe de dessus aux trois retroussis d'une polonaise se gonflant sur le jupon rose du dessous, et un tablier de gaze brochée des manches et de la guimpe voltige autour de la longuette et svelte femme qui, une main sur le cœur, soulève de l'autre ce tablier où sont deux roses, dans l'esquisse d'un pas de danse.

Sous sa jupe, un carlin à Fœil allumé, au petit mufle renfrogné, aux crocs colères, jappe, jappe, jappe, aboyant contre un Amour blotti dans un rosier, un Amour grassouillet, un Amour aux ombres fauves et aux lumières purpurines de la chair, et qui est en train de viser, avec une ilèche de son petit arc, le soulier de satin blanc

à la bouffette rose, le soulier vainqueur des cœurs de la danseuse1.

Cette peinture, au bas de laquelle sont jetées une houlette et une musette, est une peinture rapide, courante, décorative, où le peintre, sans grand souci de la ressemblance de la Guimard, a peint le type de la danseuse, aux joues fardées, au regard en coulisse, au sourire de la profession, mais avec toute l'habileté des grands décorateurs du dix-huitième siècle, et dans une harmonie de chair de pêche, et comme en la douceur pour les étoffes de couleurs joliment passées et de nuances adorablement fausses.

L'ouverture, l'ouverture attendue du Temple de Terpsichore, qui devait avoir lieu par la représentation de la Partie de chasse de Henri IV, et la Vérité dans le vin, était enfin annoncée pour les premiers jours de décembre 1772 — et c'était une fureur parmi toute la grande société pour se procurer des billets. L'on se racontait que la

1. Le Figaro du lundi 8 août 1892 parlant de la vente de la collection de chaussons de danseuses, faite par un vieux fidèle de l'Opéra, le mois dernier, notait un lot dans lequel se trouvait un chausson qu'on disait avoir appartenu à la Guimard, et qui se vendait 950 francs.

représentation de la Partie de chasse de Henri IV, qui devait être jouée par les comédiens français, interdite d'abord par le maréchal de Richelieu, d'accord avec les autres gentilshommes de la Chambre, avait été autorisée par Sa Majesté, annulant la décision de Richelieu, par le crédit du sieur de La Borde et du maréchal de Soubise, les deux tenants de la danseuse.

Puis les difficultés avec l'archevêque de Paris amenaient un retard à l'ouverture du théâtre, qui avait lieu seulement le 8 décembre. L'unique concession faite à l'archevêché était le remplacement de la Vé&ïté dans le vin par une pantomime intitulée : Pygmalion, une parade qui était la parodie du petit acte de Collé1.

Et, ce jour-là, il y avait dans « le Temple de Terpsichore » une compagnie d'hommes de la plus grande distinction, comptant deux princes du sang : le duc de Chartres et le comte de Lamarche et, en femmes, une assemblée de filles du plus joli minois, toutes radieuses de diamants1.

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