‹ La GuimardChapitre 57 sur 74 · VINGT LIVRES · texte numérisé non relu

VINGT LIVRES

A Paris, ce dix février mil sept cent quatrevingt-six.

Mlle Guimard \

1. Mémoires secrets, vol. XXXII. — La Guimard, n'ayant pu se pourvoir d'un nouvel appartement, demandait au gagnant de ne pas entrer dans la maison en juillet, et espérait même de son honnêteté qu'il lui continuerait la jouissance jusqu'au 1er janvier 1787 sans exiger de loyer.

2. A gauche du billet existe une signature illisible, la signature du propriétaire du billet ; ce billet portant le n° 2026, et le billet portant le n° 2 047 sont conservés à la Bibliothèque Nationale L 27. — Un autre billet a passé, le 15 octobre 1851, à la vente d'autographes de Châteaugiron.

En 1783, M. de la Ferté, avons-nous vu, avait rédigé pour l'instruction de M. de Breteuil, ministre de la maison du Roi5 un rapport sur les sujets du chant et de la danse de l'Académie Royale de musique; en 1788 pour l'instruction de M. de Villedeuil, succédant à M. de Breteuil, Dauvergne, directeur de FOpéra, rédigeait un autre rapport. Dans celui-ci, où les portraits touchent parfois au libelle, on s'étonne un peu, en dépit de tous les griefs du directeur contre son premier sujet, de voir la parfaite justice rendue par Dauvergne aux talents de la Guimard.

Premiers sujets de la danse * .

Mlle Guimard. — Cette demoiselle a fait un service sans exemple, depuis 1761 qu'elle est entrée à l'Opéra ; il seroit très fâcheux pour le public et pour l'Académie que de faux conseils lui fissent perdre le mérite d'une considération que Ton doit à ses longs services.

lt Le personnel masculin de la danse se compose alors, en Premiers Danseurs, de Gardel, Vestris, Nivelon ; en Premiers Remplacements, de MM. Favre, Laurent, Frédérik, Goyon/ Huard, Laborie, Siville.

LAGUIMARD 193

Mlie Saulnier. — Belle femme, mais médiocre danseuse, pour ne rien dire de plus.

Mlle Pérignon. — Excellente danseuse dans son genre.

M1Ie Langlois. — Actuellement enceinte; il y a tout à craindre que le défaut d'exercice ne nuise à son talent.

Premiers remplacements .

Mlle Roze. — La meilleure danseuse dans le genre noble : elle se rend difficile pour le service par les mauvais conseils de son maître, le sieur Vestris père.

Mlle Goulon. — Bonne danseuse dans le genre noble, mais froide ; elle a cependant beaucoup acquis pendant son séjour à Londres. Les progrès sont très sensibles.

Mlle de Ligny. — Danseuse médiocre qui, malgré son travail, n'augmentera pas beaucoup son talent.

M116Zacharie. — Médiocre danseuse qui restera telle qu'elle est.

Mlle Miller. — Excellente danseuse, quoique un peu froide ; elle travaille sans relâche à devenir premier sujet, elle ne répugne à rien pour le bien du service.

Mlle Laure. — Cette jeune fille ne fait dans ce moment aucun service, pour cause de maladie

de femme ; il faut attendre l'époque pour savoir' ce qu'elle deviendra.

Mlle Trosche. — Jeune danseuse qui travaille beaucoup et qui double la demoiselle Pérignon à la satisfaction du public1.

En ces toutes dernières années de son service à l'Opéra, la Guimard est restée la personne in-| gouvernable qu'elle a toujours été, n'en faisanl qu'à sa volonté, n'obéissant qu'à ses caprices;1 et se gabelant, ainsi qu'on disait autrefois, desl tribulations de Dauvergne.

Songe-t-il, ce pauvre directeur, à donner h Chercheuse d'esprit une semaine où la demoiselle de Pérignon est incommodée, où la demoiij selle Langlois est prête d'accoucher*, où la de-| moiselle Zacharie se trouve en congé, où 1; demoiselle Trosche est dans son lit à la suit* d'une entorse, — au dernier moment la Guimar* lui envoie dire qu'elle est hors d'état de danser.]

Une autre fois, le répertoire arrêté pour la semaine, la Guimard fait prévenir qu'elle compte^ se purger le mardi et qu'on ait à changer de spectacle. Et cette purgation est une invention

\. L'Opéra secret au xvin» siècle, par Adolphe Jullien.

de la danseuse : il y avait tout simplement une partie organisée pour aller passer le mardi, le mercredi, le jeudi, à .PHay. « Voilà le résultat de la liaison de la Guimard avec toutes sortes de canailles, » écrit Dauvergne *.

La Guimard vieillissait, elle avait quarante ans, elle approchait la cinquantaine et, sur les planches de POpéra, dans sa nuée de gaze, elle continuait à être Hébé, elle continuait toujours à être la déité volante de la jeunesse.

On s'étonnait de cette conservation à la Ninon, de cette conservation qu'elle partageait avec un seul homme du siècle : le maréchal de Richelieu. Le secret de cette éternelle jeunesse, Castil-Blaze nous le dévoile, sans toutefois nous dire de quel livre du temps ou de quel contemporain de la danseuse il le tient, ce miraculeux secret ! A l'époque de ses débuts, Mlle Guimard avait fait faire un portrait d'elle, et maintenant, tous les matins, dans son boudoir, avec une main experte, mélangeant tous les pastels du maquillage, devant son miroir, elle refaisait sur sa figure de trente, de quarante, de cinquante ans,

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