ORGUES DANS LE VENT
— Partons d'un vol silencieux
Et suivons de la nuit l'ombre qui se retire.
— Sans parler, sans but, la main dans la main. Deux enfant iront par les grands chemins ;
L'azur dans les yeux ils iront sans voir Les aubes s'ouvrir et blêmir les soirs ;
La main dans la main deux anges lointains Laisseront voguer l'heure et le destin ;
Ou bien s'en viendront vaguer par les grèves, Et l'orgue des flots bercera leurs rêves ;
Ils auront l'amour des formes exquises, Des plaisirs pareils à des friandises ;
Ils sangloteront sans deuil ou désir.
Sans chercher pourquoi, pour le seul plaisir,
Emplissant alors l'insondable nuit
A sentir rouler leurs larmes sans bruit ;
Ou parfois laissant distendre âme et corps Sous les voluptés où souffle la mort.
Et dans tout cela hautainement chastes, Deux enfants perdus des suprêmes castes.