ODELETTE D'AVRIL
— Et m'en allai chantant (le ran) Tout le long du chemin (le rin) :
Ah, qu'il est doux d'aimer.
Au bois rossignolet.
— Que d'enfantines défaillances Exténuèrent mes vaillances !
Que m'ont d'absurdes méfiances Déprimé,
Tu le sais, et combien vacille Lenfùnt maladif, imbécile De scrupules, mais tant docile A t'aimer !
Ah, vois-tu, cette guerre horrible De moi contre moi, fîèche et cible A la fois, duel impossible.
N'a été
Que la lutte absurde et barbare De Mars contre Avril : qui prépare L'inouï réveil en fanfare Des étés.
Ah, ce conflit trouble, sauvage, Meurtre sur soi, double veuvage.
Plus d'une déchirante page L'a chanté :
Mais, délivrés soient les captifs.
L'alouette au chant décisif A chassé les corbeaux furtifs Du ciel d'or ;
Des bêtes croule la fourrure Giduque, et gonfle la parure.
Amour et guerre : Hiver murmure.
Il s'endort ;
Vois ! la ncuve pousse vorace Revendique âprement sa place, Vois s'éclater sous son tenace Vouloir d'être
Les feuilles sèches du dernier Octobre gaîment oublié :
Ainsi nous poussons au charnier Les ancêtres,
Quand Mai, féroce conquérant Bardé de fleurs, allègrement Fait rouler Décembre au torrent.
Neige et fanges !
Ainsi notre cœur rajeuni Par l'éternel amour, bruit.
Frémit, chante, innombrable nid De mésanges !
Or ce triomphe est ton trophée.
Jeune flamme, héroïne et fée.
Ta légende, hélas parafée De douleurs :
Tu fus ce jeune soleil riche Qui désagrège l'Hiver chiche.
Ensemençant mon cœur en friche De bonheur !
Frêle et puissante et souveraine, Tu rallumas ce cœur en peine Qui plus n'osait battre qu'à peine, Presque plus ;
Ton despotique aveu : « Je t'aime »
Me fit confiant en moi-même :
J'osai me scruter sans blasphème, Et me plus...
Pourtant, par bouffées se réveillent Les arrière-goûts de la vieille Terreur qui m'étranglait la veille :
Tu les vis
Obscurcir l'hymne de nos gloires, Noir envol de corneilles noires Rayant l'azur aux nobles moires De noirs cris :
Va ! c'est le spasme d'agonie De l'Hiver, une aube ternie A peine, c'est la litanie
Des vieux morts
BJBLIOTHECA
A ma vieille âme d'hier, morte Pour de bon : j'ai bouclé la porte Et dehors poussé la cohorte Des remords :
Va, tu le vois, je deviens calme Et plane sous l'aile des palmes De ta gloire en moi, ô très aime Dont je suis
Le servant dévotement tendre Qui t'ai prise sans y prétendre :
Va notre route, va m 'attendre; Je te suis.
PIMPON D'OR
— La violette double, double, La violette doublera.
— Violettes blanches, Pâques prédies, Fleurs qui s'épanchent De la chérie :
Pour ton dimanche, Défunt mari, Mam toute blanche, Mam qui se penche.
Ciel qui dit : oui !
Violettes blanches sur l'or vert, Parfums, soleil, tiédeurs et joie Et tout le printemps, tu l'envoies, Brelan d'ailes qui t'es ouvert.
Et, brelans de cloches dans l'air.
Grand frère blond me veut sa proie
Tout son printemps tu me l'envoies, La fleur a dégelé l'hiver.
0 Denyse, ô déjà ma femme, On dorlotera ce cher cœur, L'enivrera comme de fleurs...
Non, Denyse, je vous diffame :
Approchez, ange méconnu, Tendez ce col, ce beau col nu...
Hélas, loin es-tu, chère femme, 0 flsur, hélas, où fleuns-tu ?