‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 39 sur 80 · EN LA VILLE AUX PORTES D'OR · texte numérisé non relu

EN LA VILLE AUX PORTES D'OR

— Mille cloches battent dans l'air.

— Pâques, Pâques ! c'est les cierges, 0 brasiers, ô cathédrales !

L'encens bleu fuse en spirales !

C'est les enfants et les vierges

Suspendus aux palmes vertes, Cent mille cœurs bondissant Sous la joie d'être innocents.

Ames en fleur, tout ouvertes !

Tous les peuples chantent, rient Sous l'océan des bannières.

L'hosanna des orgues mères, Le silence, les longs cris, La lumière !

Pâques, c'est la cloche envolée Qui traverse l'azur sans fin

Et retinte au clocher d'or fin, Etincelant et barbelé,

La cloche ailée !

Pâques ! Pâques ! c'est tant de fleurs Dans les prés, fumante émeraude, Que ces bons prés, leur herbe chaude Ne sait plus quelle est sa couleur, C'est le bonheur !

Tous les rameaux d'or s'étoiler :

Tant de folioles vert tendre Qu'il semble avec l'aube descendre Toutes les étoiles du ciel Nous consoler !

C'est tant d'msectes sur la terre Qu'on croit voir les grains de gravier Devenir des diamants noyés Dans des poussières de lumière.

Qui diaprent l'air !

C'est tant de ruisseaux et si clairs.

Et si remuants, que l'on pense Les grelots du soleil qui dansent Dans le tumulte des champs verts Des bals d'éclairs !

C'est tant de parfums suspendus, De tiédeurs, de voix, de lumières Et de mouvement, que les fières Orbes de nos sens distendus Sont confondues !

Pâques ! Pâques ! c'est ma Denyse, Ses cheveux roulant sur son cou, Et sa gorge, deux jeunes loups Qui sursautent de convoitise Sous la chemise !

Pâques ! c'est Denyse qui vole Le ciel et l'engouffre en ses yeux.

Et le soleil dans ses cheveux, Pour s'en ourdir une auréole De samte folle !

Cache les fleurs dans sa poitrine Et dans son souffle leuis odeurs Et sur sa lèvre leurs fraîcheurs Et tout me cache, ô brigandine Qui m'assassine !

Denyse vêtant son corsage Et sa jupe couleur du temps.

Flagellant de cheveux flottants,

Vierge enrageante d'être sage, Mon mien visage !

Pâques, Denyse, hou ! c'est nos noces ! Laisse-toi vaincre et viens tout près : Niaise innocence des prés, Fi ! fuyons vers la forêt rousse Et sur la mousse !

Viens sous le dais mouvant des feuilles. Sur ces lourds gazons odorants, Déclos-toi, Denyse, et te rends, Amazone, que je te cueille.

Et toute effeuille !

Pâques, Pâques ! son ciel affame, 0 ma Denyse, unique nuit, 0 noces, le monde fini,

Nyse, ma Nyse, sois ma femme...

La vision s'évanouit.

[Nancy] .

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