EN LA VILLE AUX PORTES D'OR
— Mille cloches battent dans l'air.
— Pâques, Pâques ! c'est les cierges, 0 brasiers, ô cathédrales !
L'encens bleu fuse en spirales !
C'est les enfants et les vierges
Suspendus aux palmes vertes, Cent mille cœurs bondissant Sous la joie d'être innocents.
Ames en fleur, tout ouvertes !
Tous les peuples chantent, rient Sous l'océan des bannières.
L'hosanna des orgues mères, Le silence, les longs cris, La lumière !
Pâques, c'est la cloche envolée Qui traverse l'azur sans fin
Et retinte au clocher d'or fin, Etincelant et barbelé,
La cloche ailée !
Pâques ! Pâques ! c'est tant de fleurs Dans les prés, fumante émeraude, Que ces bons prés, leur herbe chaude Ne sait plus quelle est sa couleur, C'est le bonheur !
Tous les rameaux d'or s'étoiler :
Tant de folioles vert tendre Qu'il semble avec l'aube descendre Toutes les étoiles du ciel Nous consoler !
C'est tant d'msectes sur la terre Qu'on croit voir les grains de gravier Devenir des diamants noyés Dans des poussières de lumière.
Qui diaprent l'air !
C'est tant de ruisseaux et si clairs.
Et si remuants, que l'on pense Les grelots du soleil qui dansent Dans le tumulte des champs verts Des bals d'éclairs !
C'est tant de parfums suspendus, De tiédeurs, de voix, de lumières Et de mouvement, que les fières Orbes de nos sens distendus Sont confondues !
Pâques ! Pâques ! c'est ma Denyse, Ses cheveux roulant sur son cou, Et sa gorge, deux jeunes loups Qui sursautent de convoitise Sous la chemise !
Pâques ! c'est Denyse qui vole Le ciel et l'engouffre en ses yeux.
Et le soleil dans ses cheveux, Pour s'en ourdir une auréole De samte folle !
Cache les fleurs dans sa poitrine Et dans son souffle leuis odeurs Et sur sa lèvre leurs fraîcheurs Et tout me cache, ô brigandine Qui m'assassine !
Denyse vêtant son corsage Et sa jupe couleur du temps.
Flagellant de cheveux flottants,
Vierge enrageante d'être sage, Mon mien visage !
Pâques, Denyse, hou ! c'est nos noces ! Laisse-toi vaincre et viens tout près : Niaise innocence des prés, Fi ! fuyons vers la forêt rousse Et sur la mousse !
Viens sous le dais mouvant des feuilles. Sur ces lourds gazons odorants, Déclos-toi, Denyse, et te rends, Amazone, que je te cueille.
Et toute effeuille !
Pâques, Pâques ! son ciel affame, 0 ma Denyse, unique nuit, 0 noces, le monde fini,
Nyse, ma Nyse, sois ma femme...
La vision s'évanouit.
[Nancy] .