SOIR SUR LA TERRASSE
— La lune s'attristait. Des se'raphins en pleurs Rêvaient, l archet aux doigts...
— La lune dispersant ses blancheurs ingénues
Mène par le ciel bleu le blond troupeau des nues ;
Peu loin un violon languissamment gémit,
On ne sait où : c'est comme une fleur défaillante
Qui, anonymement, rend son âme à la nuit
Dans un parfum qui fasse un chant et se lamente,
Et plane obscurément sous l'azur endormi.
0 tendresse partout ! subtile ardeur errante !
Un couple chat miaule, exaspéré d'amour.
Un chien sentimental sans fin hurle à la Lune,
En vain lui vouant son cœur de chien ; et, tambour
Assourdi, tout là-bas bruit l'affreux faubourg ;
Les heures, d'un clocher, s'égrènent une à une.
Moi, je suce ma pipe avec docilité.
Humant l'acre pétun à la svelte clarté
De la lune assoupie ; et contre moi Denyse,
Dans le fauteuil profond silencieuse assise,
Nous rêvons qu'eût été bien doux auprès de toi, Ma mère, d'aspirer la multiforme voix — — Ainsi submergés dans la caresse indécise Dont la lunevoluptueuse nous poursuit — Respirer, si mélancoliquement exquise, La voix, la vaste voix muette de la nuit.