‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 59 sur 80 · SOIR SUR LA TERRASSE · texte numérisé non relu

SOIR SUR LA TERRASSE

— La lune s'attristait. Des se'raphins en pleurs Rêvaient, l archet aux doigts...

— La lune dispersant ses blancheurs ingénues

Mène par le ciel bleu le blond troupeau des nues ;

Peu loin un violon languissamment gémit,

On ne sait où : c'est comme une fleur défaillante

Qui, anonymement, rend son âme à la nuit

Dans un parfum qui fasse un chant et se lamente,

Et plane obscurément sous l'azur endormi.

0 tendresse partout ! subtile ardeur errante !

Un couple chat miaule, exaspéré d'amour.

Un chien sentimental sans fin hurle à la Lune,

En vain lui vouant son cœur de chien ; et, tambour

Assourdi, tout là-bas bruit l'affreux faubourg ;

Les heures, d'un clocher, s'égrènent une à une.

Moi, je suce ma pipe avec docilité.

Humant l'acre pétun à la svelte clarté

De la lune assoupie ; et contre moi Denyse,

Dans le fauteuil profond silencieuse assise,

Nous rêvons qu'eût été bien doux auprès de toi, Ma mère, d'aspirer la multiforme voix — — Ainsi submergés dans la caresse indécise Dont la lunevoluptueuse nous poursuit — Respirer, si mélancoliquement exquise, La voix, la vaste voix muette de la nuit.

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