LES TRANSES
— Une cloche tinte là-bas, on ne sait où.
— De ces limbes inconnus Où sourdement tu palpites.
Du ventre là qui s'agite.
Germe d'âme poindras-tu ?
Quel ange innomé t'envoie :
Veut-il l'absolution De nos égoïstes joies.
Ou leur expiation ?
Dois-tu prendre la lumière Pour la déprendre aussitôt ; Ventre tremblant de la mère.
En veux-tu faire un tombeau ?
Ou si l'autre, la jalouse Qui fermente là-dessous,
S'allait reclore sur vous.
Sur le fruit et sur l épouse ?
On s'évade : un souffle, une heure.
Pour y redescendre en chœur.
Jusqu'à l'aurore immortelle Dont les cloches nous appellent !
0 flamme d'ici-bas, reflet des clartés saintes. Lueur frêle et sublime, ô viehumaine, éteinte, 0 vie, en quel instant ! Devoir s'apprivoiser L'entendement avec la pantomime triste Qui sombre au trou qu'un rustre aviné va creuser ! Hors ma femme, pour moi rien ici bas n'existe : Elle est là qui m'appelle et f habite en sa voix. Contre moi je la sens et je la vois en moi. Et ce soir ce ne serait plus rien ! Une masse. Sans nom, hors notions de temps, d'heure, d'espace. Elle sera cette chose impossible : rien ! Plus de souffle et de corps, plus même de nom : rien Dont nous puissions nous faire une idée : un néant. Le vide : rien ! Et quelque chose encor, je sens. Quelque chose de moins que rien ! en attendant L'heure terrible, le grand jugement qui vient. Et par toi, tout cela, par toi, cher innocent !
Oh ! si lointaine, si impalpable et fluide Soit-elle, si quelque âme habite là déjà. Si tu nés plus le sac de gélatine avide Et jet d'écume hasardeux qui surnagea.
Que t'atteigne ce cri d'un cœur désemparé ! Reste plutôt le flot anonyme, égaré
Dans l'obscur océan des limbes où tu baignes !