‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 70 sur 80 · LES TRANSES · texte numérisé non relu

LES TRANSES

— Une cloche tinte là-bas, on ne sait où.

— De ces limbes inconnus Où sourdement tu palpites.

Du ventre là qui s'agite.

Germe d'âme poindras-tu ?

Quel ange innomé t'envoie :

Veut-il l'absolution De nos égoïstes joies.

Ou leur expiation ?

Dois-tu prendre la lumière Pour la déprendre aussitôt ; Ventre tremblant de la mère.

En veux-tu faire un tombeau ?

Ou si l'autre, la jalouse Qui fermente là-dessous,

S'allait reclore sur vous.

Sur le fruit et sur l épouse ?

On s'évade : un souffle, une heure.

Pour y redescendre en chœur.

Jusqu'à l'aurore immortelle Dont les cloches nous appellent !

0 flamme d'ici-bas, reflet des clartés saintes. Lueur frêle et sublime, ô viehumaine, éteinte, 0 vie, en quel instant ! Devoir s'apprivoiser L'entendement avec la pantomime triste Qui sombre au trou qu'un rustre aviné va creuser ! Hors ma femme, pour moi rien ici bas n'existe : Elle est là qui m'appelle et f habite en sa voix. Contre moi je la sens et je la vois en moi. Et ce soir ce ne serait plus rien ! Une masse. Sans nom, hors notions de temps, d'heure, d'espace. Elle sera cette chose impossible : rien ! Plus de souffle et de corps, plus même de nom : rien Dont nous puissions nous faire une idée : un néant. Le vide : rien ! Et quelque chose encor, je sens. Quelque chose de moins que rien ! en attendant L'heure terrible, le grand jugement qui vient. Et par toi, tout cela, par toi, cher innocent !

Oh ! si lointaine, si impalpable et fluide Soit-elle, si quelque âme habite là déjà. Si tu nés plus le sac de gélatine avide Et jet d'écume hasardeux qui surnagea.

Que t'atteigne ce cri d'un cœur désemparé ! Reste plutôt le flot anonyme, égaré

Dans l'obscur océan des limbes où tu baignes !

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