I . Devise du cadran solaire de Verrières-Ie-Buisson
Nous avons tant et tant d'entreprises si belles A bien mener, à mener loin !
Mon âme est grande, oui, mais débile et rebelle. Et mon courage moins que rien !
Et sans ton doux soutien, sans toi pour récompense. Plus ne m'est rien, plus rien ici ;
Si tu t'en Vas, si tu trahis notre espérance. Je n'ai plus qu'à partir aussi !
— Les cloches du nord se sont mises à sonner C'est pour votre femme et votre fils aîné.
— Viens et Vas, et bats, mon cœur.
Tourne, tourne, ma cervelle !
— Dix heures ! douze heures ! quinze heures Sous ce martellement hideux !
Que les nuages sont joyeux !
Est-il donc possible qu'on meure
Quand chante tant de joie au ciel ?
Heures, minutes et secondes S'attardent dans la joie ; le monde Tourne et rit, tout est flamme et miel.
Oh ! lâche, lâche, que je souffre !
Je ne peux plus tenir debout.
Je vacille à Vair comme au bout Du cierge la flamme quon souffle.
Misère ! mon corps, là, cloué.
Quand l'âme tournoie et t'appelle Supplice imbécile et cruel, Va-t-il, enfin, lui, s'envoler !
J'implore qu'au moins en esprit Vole à toi cette âme : inutile !
L'agrafe est solide, ô futile Fureur, je suis pris et bien pris !
Lui se cramponne à ses deux ailes ; Elle, s'agite, essaye un vol.
Et lui, demeuré sur le sol.
Il l'entend là-bas qui appelle !
Tourne, tourne, ma cervelle.
Viens et vas, et bats, mon cœur !
Je tonne, et cest la voix du Maître qui t'appelle !
— Ah dites-moi, maman m amie, Quoi donc j'entends sonner ici ?
— L'horreur secrète de Ténèbres Aux Vendredis-Saints grelotants Submerge mon cœur et célèbre Un sacrifice révoltant
Avec la passion hideuse
Où ta pantèles sous le fer.
Du viol des chairs généreuses
Et qui sont la chair de ma chair ;
0 cloche ! après l'heure des hontes Et des deuils, du sang et des pleurs.
Se pourra-t'il qu'appelle et monte Un jour de gloire et de bonheur ?
La cloche tinte : Attends ton heure, attends. ion heure.
— Ah dites-moi, maman m'amie.
Qui donc j'entends pleurer ici ?
— De profundis, de profundis !
Je me prostré sous ton supplice.
Des profondeurs de notre abîme Vers toi, ma sœur, et pour nous jai crié ; Faut-il un sacrifice et toi pour la victime En holocauste toi, pour que fût expié
Et dédié notre bonheur ?
0 Béatrice ! ô Eurydice !
Que fais-je, Orphée impur, cadavre que tu traînes Rivé par les saignantes chaînes, Que tu traîne à tes pieds ailés !
En Vain crisperas-tu tes ailes.
Sans pouvoir, héroïque oiselle.
Hors des enfers nous soulever, 0 Eurydice, ô Eurydice !
Ma vaillante, mon héroïque, Tu souffres, tu saignes pour moi.
Et tu souris comme autrefois.
Comme toujours, ô femme, ô martyre stoïqiié,
0 Béatrice, ô Béatrice !
De profundis, de profimdis.
Que remonte le clair jadis.
Son innocence et sa délice !
— Aimer, cest mourir.
Mourir pour renaître en l'être qu on aime Et ne plus vivre en soi et vivre à même lui , Vivants ou morts, enfant je t aime.
Femme je t'aime, A travers lui !
— // pleut doucement sur la ville.
— Le vieux cheval blanc Sous le hangar tremble ; L'air est haletant.
L'orage s'assemble L'univers attend.
Voici qu'une trombe De poussière arrive.
Où tout l'azur sombre :
Et soudain remonte.
Et s'évanouit.
LA GUIRLANDE A L'ÉPOUSÉE Une goutte tombe.
Silence sinistre.
Soudain un éclair...
— Que Dieu nous assiste ! — Un coup de tonnerre Secoue l'univers.
Mille coups répondent Et mille éclairs bleus :
Le ciel crève en pluie.
C'est la fin du monde...
— Le tonnerre gronde Formidablement.
— U orage accablant le ciel Pèse sur mon être aussi ; Tout succombe, l'air est cuit.
Mon cœur nage dans le fiel ; Dans cette loque de cœur L'angoisse égoutte du plomb ; Un glas tombe sur mon front.
Mes jambes branlent de peur.
Oh ! mon Dieu !
Le soleil est de cuivre rouge.
Les nuages de plomb noirci.
Les arbres sont du vert-de-gris.
Et les vents une poix qui bouge ; L'air me fuit, je bois de la fièvre.
J'ai sommeil et peur de dormir.
Tout me harasse et tout m'énerve Et mon cœur voudrait se vomir.
J'avale de la laine Et ravale un air mou, Je crache mon haleine Tant elle est fade au goOt ; Crève, ciel, en cataractes.
Gouffre là-haut suspendu, Ensevelis sous tes vagues Deuils et bonheurs confondus ; EpoumonneZ'Vous, bourrasques.
Déluges, chantez en chœur.
Déversez vos torrents flasques Assez pour noyer mon cœur.
Gorgez les gargouilles.
Noyez les ruisseaux, Pleuvez à pleins seaux.
Flots d'or, flots de rouille ; Noyez tout mon cœur,
Vagues furieuses.
Charriez rancœurs Et fureurs boueuses !
Balayez nos veines Du vieux sang putride, Des fièvres malsaines Et des joies morbides ; Vomis, ciel, V éclair. Et, soleil, tes flammes.
Dispersez les trames De ma vie d'hier !
Mais sans fin les gargouilles roulent.
Dont les ruisseaux des rues débordent.
Des torrents qui tordent, détordent Une eau plus visqueuse et trouble ; Et mon même cœur, tordu.
Dégorge pareille immondice :
D'une onde pure jamais plus N'y luira la fraîche délice !
— L'air se rafraîchit ; L'averse redouble.
— // pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville.
— // pleut, mon cœur, il pleut à verse. Et l'on dirait que cest du sang.
Ton sang qui de ton flanc quon perce S'échappe comme un océan ;
Le ciel pourri comme mon âme, Ce ciel est plein comme mon cœur ; Tu n'es pas là, ma pauvre femme.
Tu n'es pas là, tu n'es pas là !
Ciel malade et bouleversé.
Les Vents sont noirs, sourde la pluie,
Et les nuages pourchassés
Me semblent, vomis par la nuit.
Les fantômes qui s'enfuient De nos beaux jours trépassés :
Le bonheur est une fusée.
Le plaisir s'enfuit avec l'heure.
Le bonheur est une fusée.
On le cherche, il n'est déjà plus ;
On le cherche, il nest déjà plus.
Et notre ardeur s'y est brisée :
Il nest de grâce inépuisée Que dans Notre-Seigneur Jésus !
La cloche tinte avec sa lenteur acharnée.
— Forces éternelles.
Portez-moi des ailes, Que je fuie vers elle.
Vers la hien-aimée !
Faites-moi poussière.
Que m'emporte l'air Au nid solitaire.
Ame désâmée !
Etre ce nuage Que résout l'orage.
L'oscillant mirage De cet arc-en-ciel ;
Veau de cette averse Qu'en feux d'or traverse.
Balance et disperse Le soleil au ciel !
— Oiseau bleu couleur da temps.
Revole à moi promptement !
— Comme au fond des nues Vont les golfes bleus.
C'est un oiseau bleu Qui m'est descendu !
Grimoire menu.
Menu chiffon bleu, Mon cœur morfondu Ne t'espérait plus ;
Et je t'ai lu.
Et m' apparut Soudain tout bleu L'orageux ciel ;
C'était un peu.
Quittant la nue,
De ce ciel bleu Dessous ton aile,
Qui rnest venu, 0 billet bleu. Bel oiseau bleu Tant attendu !
Toutes cloches sont revenues :
Voici l'heure, et par les nues, 0 mon Dieu, vos angélus l
Les nues se dissolvent.
Un coin du ciel bleu.
Une fumée blonde.
Enfin l arc-en-ciel :
0 merci, mon Dieu !
— Dansez au son de la musette.
Sautez au son du tambour n /
— Je voudrais me rouler par terre.
Effondrer ces voûtes de Verre, Tant je suis, tant je suis heureux ', Bondir à travers la fenêtre :
Je m envolerais bien peut-être Lui tirer sa barbe au bon Dieu !
Je voudrais tordre des vaisselles.
Faire exploser cinq cents pucelles.
Danser sur les places tout nu ; Lâcher mots tant espovantables, Que croyant entendre le diable Luther tombât mort sur son schpatz !
Je voudrais pleurer, rire aux larmes.
Embrasser tout vif un gendarme.
Trouver des vers ahurissants. Crever par jeu toutes mes veines.
Faire de mon corps des fontaines Pour enivrer tous les passants !
Je voudrais te tistre des voiles Avec le milliard d'étoiles Qui dansent en rond dans les deux, Crier plein ta bouche : Je t'aime !
Et là mourir à V instant même.
Tellement je me sens heureux !
— Les cloches de la cathédrale Tintent dans l'air frais du matin.
— // est né le divin enfant.
L'agonisante A frémi :
Il est né le divin enfant.
Chantons tous son avènement !
Le ventre de la mère a frémi d'allégresse, A frémi et s'est séparé.
Et l'enfant a jailli comme l'eau des promesses Chantons, l'enfant sauveur est né.
Nous sommes tous ressuscites !
Et r enfant a jailli d'un seul bond Avec l'élan d'une prière :
C'est un enfant tout rose et blond Qui nous ressemble comme un frère.
Et nous irons partout chantant,
— Jouez hautbois, résonnez musettes ! —
Et nous irons partout chantant :
Il est ne, le divin enfant !
Ce puisse être la chanson douce Des heures, des saisons, des cœurs.
Où filles, où garçons, tout pousse Comme les astres et les fleurs !