‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 73 sur 80 · LYS ET L'UN DE VOUS TOUS · texte numérisé non relu

LYS ET L'UN DE VOUS TOUS

— Terre, ouvre-toi! terre, fends-toi!

Terre s'ouvrit, terra fendit.

— Être sublime est donc ta fonction.

Ta fin et ta nécessité.

Irrésistible mission Servie avec naïveté.

Avec insouci : tel un lys A pour fonction d'être pur.

Pourtant qu'en vue de son supplice Se tourmente un torride azur.

sous L'HORLOGE DU DESTIN *

—La cloche tinte, gronde, appelle, objurgue et somme.

— Le plaisir s'enfuit avec l'heure, Le bonheur est une fusée !

Le soleil rit, l'air frais chante et palpite, Ton fantôme habite.

Cadavre, en mon cœur, Sœur, ma pauvre sœur !

Or et azur est l'étendue immense ; Je te vois étendue sur l'horreur d une claie. On fouille dans tes plaies, on fouille dans mon cœur. Ma sœur, ô ma sœur !

Courage, ô sœur, ma sœur navrée.

Draine mes restes de vigueur.

Que ta souffrance abominée Y soit noyée, et nos douleurs !

Griffes et becs d'un sort féroce Me clouent sans force au loin de toi : Je te transfuserais des forces.

Si fêtais contre toi, ô moi !

En vain ! ma volonté se crispe : Faut-il que lâche il soit, mon cœur.

Faut-il quil soit mol et débile, 0 ma sœur, ô chair de ma sœur !

Je vois ma fuyarde pensée

S'attarder vers ce ciel en fleur.

Et s'y distraire, et t'oublier !

Oh ! fai honte ; oh ! ma sœur, pardonne.

Car tu le sens et tu le vois.

Que je ne suis plus là : pardonne.

Je ne souffre plus avec toi ;

Mon faux courage {abandonne.

C'est à présent ce lâche cœur

Qui pleure un secours de ton cœur !...

Le plaisir s'enfuit avec l'heure.

Le bonheur est une fusée !

— Vulnerant omnes.... ^

— Contemple-les, ces aiguilles, Implacables à tourner, Contemple-les, ces faucilles.

Aciers de V éternité !

A chaque pas quelles tracent Sur le disque blanc et froid.

Leur tranchant haineux me glace.

Je les sens entrer dans moi.

Les pas quelles exécutent Sont ceux que ton destin fait :

Plus que dix, que cinq minutes.

Plus qu'une, et rien : cen est fait ! C'en est fait, l'irréparable Tombe dans l'éternité :

Puissances inexorables.

Rien ne peut vous arrêter !

Devise d'un cadran solaire.

Chaque tic tac me semble Un battement qui tremble De ton pauvre cœur :

Oh ! Dieu, quil va vite, Oh ! chère petite.

Comme tu as peur !

Vois les deux aiguilles, Vois les deux faucilles :

Comme elles travaillent.

Comme elles entaillent Ton cœur et mon cœur !

Oh ! je me méprise Oh ! je me sens lâche, Denyse, Denyse, Triste bien-aimée, Quà cette heure on brise.

On massacre, on hache !

Je veux f envoyer du courage :

Du courage, je nen ai plus.

Je suis un moineau sous l'orage, Muet, transi, meurtri, perdu ; L'heure tourne autour de ta vie.

Et c'est pour moi, et c'est par moi ! Mon Dieu ! dix heures et demie.

Son corps a le temps d'être froid !

Pourquoi du soleil, pourquoi des lumières

Et des fleurs là-haut ?

A bas ces flambeaux : torches funéraires.

C'est vous quil nous faut !

Nuages de neige.

Là-haut qui voguez.

Triomphal cortège.

Ah ! disparaissez !

Le bonheur est une fusée !

... Ultima necat.

— Eh quoi ! cette suée d'horreur.

Ce ruissellement de souleurs.

Ne s'est donc pas encor tari.

Ou ne va-t-il jamais tarir ?

Et les destinées rancunières Nous repoignardent par derrière :.

Moriere, i7 faut mourir !

0 mauvaise fée, envieuse Fatalité, lâche et hargneuse Némésis, scélérate, gueuse.

Tous nos bonheurs ressuscites Elle les reprend, la mégère.

Et joyeusement les lacère.

Et les piétine sur la terre :

Il faut mourir, moriere /

// faut mourir, il faut mourir :

Je t'entends rire et retentir.

Glas féroce à nous avertir

Que nos joies sont rien que désirs :

Assez juste pour altérer

Du vrai bonheur, et quau moment

U étreindre une nuée fuyant,

La Mort nous ricane : — Viens-t en.

Il faut mourir, moriere !

Est-ce la fin de tes souffrances Cette fois ? Sinistre espérance !

Le glas grince dans le silence :

— Sa fin, oui ! Oracle abhorré.

Miel empoisonné, ironie Funèbre ! Elle sera finie Oui, ta torture : avec ta vie ?

Il faut mourir, moriere !

Peut-être à cette heure es-tu morte.

Oh ! comble de Fhorreur ! la porte, La porte qui s'ouvre m'apporte L'affreuse annonce en Vain niée Et que j'attends ! L'air sent la mort, Je sens la mort : tout sent la mort. Tout me hurle : la mort ! la mort !

Il faut mourir, moriere !

J'ai, sans but, erré par les rues.

Ahuri comme un chien perdu :

— Peut-être à cette heure on la tue — Poignard tourné et retourné ; Je me fais l'effet d'un fantôme Qui s'en revient parmi les hommes.

Et la cloche brame et me somme :

Il faut mourir, moriere /

Peut-être, oui ! juste à cette heure.

Cher cœur, loin de notre demeure.

Loin de tout, loin de moi, tu meurs.

Loin de mon baiser imploré, Seule, seule ! Il n'y sera pas.

Pour retenir entre ses bras L'âme sublime qui s'en va :

Il faut mourir, moriere !

Oui, souffle sublime, et suprême

Battement d'un cœur, quoi, pas même ?

De quoi sert-il, ô Dieu ! quils s'aiment

Comme on ne s'est jamais aimé ?

La consolation dernière

Ils ne l'auront pas, et la bière

Te livrera veuve à la terre :

// faut mourir, moriere !

0 tes yeux, étoiles jumelles.

Chavirant aux nuits éternelles

Sans le baume de mes primelles !

Tes lèvres ayant expiré

Leur pur souffle sans que ma bouche

L'aspirât, et sur cette couche.

Ce cher corps que d'autres mains touchent...

Il faut mourir, moriere !

Et l'on me parlera de gloire

A conquérir ! d'ime mémoire

A répercuter dans l'histoire.

Devant ces haillons déchirés !

Ma gloire était quoi P ta tendresse.

Etait mon bonheur : alors, qu'est-ce

Tout le reste ? Ah ! Dieu, qu'on nous laisse

En paix mourir : moriere !

— La cloche de la cathédrale Appelle, auguste et sépulcrale.

Et triomphale et maternelle :

— Je tonne, et cest la voix du Maître qui f appelle. Je mesure ta vie et ta mort sous mes bonds. J'avertis les vivants, f endors les moribonds. Et j'éveille les morts à la vie éternelle.

— Utere prœsenti, memor ultimœ ^.

— Dois-tu mourir, est-ce-une prophétie Qui me rebat comme à coups de massue ? Tu dois mourir et cest moi qui te tue. Et mon amour te supplicie.

Non, tu ne mourras pas, ma mignonne couleuvre, Ton lézard ne veut pas, veut pas !

Tu reviendras le raviver, pour que notre œuvre Mûrisse ; tu ne mourras pas !

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