‹ La guirlande à l'épousée, poèmeChapitre 76 sur 80 · BEAUTE, D'OU SORS-TU · texte numérisé non relu

BEAUTE, D'OU SORS-TU

— Quand se lèvent mes bras s'agite l'univers.

— « Ma femme ! » mot divin : où ne puis-je enfermer Les soifs de vénérer qui vers toi me transportent ! C'est peu nos pauvres chairs qui nous font nous aimer, Mais un plus haut objet que ces chairs demain mortes.

« Ma femme ! » pesez-le, ce mot d'éternité,

Comme il est fort ! Ma femme : et ce veut dire l'être

Qui nous est à lui seul toute l'humanité

Parmi tout l'univers, tout ce qu'on peut connaître

De l'insondable et trouble univers d'à côté,

L'antre vertigineux où tourne la nature, C'est ce qu'un tel mot : femme, à l'homme signifie. L'énigme écrite en Dieu, hors lui toujours obscure. Que Dieu dans ce creuset magique nous confie ;

Hélice sans repos tournant, même et nouvelle, L'énigme assiège avec les eaux, la terre et l'air,

Horloge ce son sang, pri-me de sa prunelle,

Puis sous le choc d'un cœur se fait chair de nos chairs ;

Ainsi voici qu'en nous l'énigme se révèle :

Quelle puissance immense et sourde a réussi A dissoudre la porte inflexible, et nous tendre La frissonnante fleur sans en faire une cendre ? L'universel amour : toi, femme son messie ;

Sous l'effluve échangé comme court une flamme,

L'irréductible et louche adversaire devient

L'intercesseur universel et le lien.

Et l'humain communie avec l'innombrable âme

Du monde en cette hostie humaine, un cœur de femme :

« Ma femme... » « je vous aime... » et par ces mots si doux, Où tout m'est expliqué, où je m'éclaircis tout. C'est un acte de foi double qui se proclame. Et les articuler c'est nous mettre à genoux.

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