PRIERE
In mutua Charitate.
— Ma femme, mon suprême des bonheurs sur terre N est pas même celui qui m'épuise en ton flanc, Ni même d'écouter ta soif déjà de mère, Boire la fécondeur de mon embrassement ;
Ni le ravissement de notre jour de noces Et celui de la nuit céleste qui suivit, Ni l'angoisse des nuits augustes et atroces Où ton ventre s'ouvrait pour délivrer la vie ;
Et ni l'écho de tant de douceurs et de drames. Ni non plus le reflet de ce matin béni Où j'osai dire : — Voulez-vous être ma femme ? Et tu me répondis balbutiante : Oui !
Non plus notre foyer aux enfants purs et roses. Fruits de ta chasteté d'épouse, et c'est pourtant Par toi que j'ai connu cette ineffable chose : La pudeur des époux, le rire des enfants ;
Mais dans ceci : de te sentir pelotonnée GDiTime un enfant à naître au creux de mon gn'on. Songer : C'est la chair de ma chair à moi donnée, Et sur nous sans vieillir les siècles tourneront ;
D'où cet espoir divin : que dis-]e ? cette attente. Ayant donc tant souffert et tant de larmes bu, Mêlant nos cœurs, mêlant nos pauvres chairs dolentes. S'endormir l'un dans l'autre et ne s'éveiller plus,
Et ne s'éveiller plus, épouse, vierge et mère. Et martyre surtout, que dans les cieux sans lin, Sous le vertigineux repos dans la lumière. Par delà la souffrance et les bonheurs humains !