L'ADIEU
Afin de nous armer contre le sort méchant Et l'absence qui nous effraie,
Viens goûter avec moi l'ivresse du couchant Dans la paix de la roseraie !
Sur le banc coutumier, sans parler, viens t'asseoir
Une grâce fière circule Dans l'air voluptueux avec le vent du soir
Et la splendeur du crépuscule.
Vois! les ardents rosiers, comme nous amoureux, De leurs branches rouges et roses
Sur nos cheveux mêlés et sur nos fronts fiévreux Penchent en chœur toutes les roses.
Reste ainsi frémissante et belle de tes pleurs,
O pâle tête trop aimée !
Les Yeux fermés, parmi l'enchantement des fleurs,
Dans l'ombre rouge et parfumée.
Reste ainsi, sans parler, telle que tu m'aimais, Parmi leurs feuilles odorantes,
Que je puisse fixer ton image à jamais
Dans mes vers aux rimes mourantes !
Et pour que les amants, s'ils lisent, quelque jour, Ce doux poème où tu reposes,
Devinent, évoqué, par son relent d'amour, Ton visage à l'ombre des roses!