LA BIENFAITRICE
Elle vient, je l'entends, douce et belle, des palmes
Et des rameaux fleuris dans ses blanches mains calmes
Et de très lourds pavots et des lys ténébreux,
Douce d'avoir frôlé le front des malheureux,
Belle d'avoir bercé l'éternelle misère,
Et son silence a des murmures de rosaire.
Sa robe pâle, où tous les yeux qu'elle a glacés
Ont laissé pleurer l'or de leurs regards lassés,
Est bonne et maternelle à tous, comme la terre.
Elle apparaît, sereine, au chevet solitaire
De tous ceux dont la vie a brisé la fierté, Penche sur leur détresse un profil de clarté Et cachée à demi sous sa grande aile sombre Les baise tendrement sur la bouche, dans l'ombre, Et pour mieux endormir la douleur des amants, Bienfaitrice féconde en chers raffinements, Communique au baiser de ses lèvres sacrées L'inoubliable goût des lèvres préférées