LA VOIX PERDUE
Je t'aime, ô mon désir ! et depuis que je t'aime, Depuis que ton automne en mon cœur est entré Comme un soleil couchant splendide et mordoré, Je suis jaloux, non pas de toi, mais de moi-même;
Jaloux des jours ingrats, jaloux des jours lointains Où je te trahissais avant de te connaître ; Jaloux du vieux passé qui s'obstine à renaître, Jaloux des baisers morts et des regards éteints;
Jaloux de l'être vil et de l'âme vulgaire
A qui j'ai demandé l'infini de l'amour,
Et jaloux de la voix — de cette voix d'un jour !
Que je faisais chanter en lui parlant, naguère.