MADRIGAL ROUGE
Quand je t'ai vue, incendiée Dans ta robe couleur de feu, A moi-même j'ai dit adieu, Et partout je t'ai mendiée.
De toi mon amour est goulu !
Mon âme à tes yeux aimantée De ta rubescence est hantée, Maudite, qui n'as point voulu!
Depuis que te voilà partie, Mon tourment s'est encore aigri :
Comme un phtisique j'ai maigri ; Ma joue a des pâleurs d'hostie.
Toujours ton fantôme abhorré, Dans la nuit de ma décadence, Sur un rythme douloureux danse, Comme un grand papillon pourpré.
Celui-là me jette la pierre Qui n'a connu désir pareil !
Quand on a toisé le soleil On a beau fermer la paupière :
Du spectre rouge éblouissant Toujours la prunelle est battue...
Il faudra qu'enfin je te tue :
Je ne vois partout que du sang !