‹ La guirlande des dieuxChapitre 4 sur 51 · LE VISAGE D'APOLLON · texte numérisé non relu

LE VISAGE D'APOLLON

Sur la montagne d'or, Apollon Musagète Est là debout, jouant de la lyre et chantant. L'azur au front le baise et la lumière en fête Allume sur sa lèvre un sourire éclatant.

De son vaste sourire une joie infinie,

O mon enfant, jaillit comme un torrent vermeil,

Et tu sens tout à coup un bondissant génie

Se lever dans ton cœur comme un jeune soleil.

Chante la vie, ô mon enfant ! La vie est belle

Et joyeuse, la vie est un présent divin !

Aspire par les yeux la clarté qui ruisselle !

Bois la flamme puissante et douce, comme un vin !

Et danse en son honneur une danse sacrée, Danse comme le vent, danse comme un rayon ! Écris de ton corps souple une frise dorée Pour le fronton rêveur d'un futur Panthéon !

Mais quel caprice obscur arrête ton délire? Pourquoi, danseur imberbe, interrompre ton jeu?... Quoi ! tu veux, te hissant jusqu'à son clair sourire, Contempler de tout près la face de ton Dieu?

Eh ! bien ! contemple-la, mon enfant ! mais prends garde ! Ce masque qui d'en bas semblait joyeux et doux Frémit d'une fureur épouvantable et darde Des regards empennés d'éclairs rouges et roux.

Que dis-tu de ces yeux de haine et de colère, De ce rire féroce et de ce front bombé? Et des ordres de mort qui de sa bouche amère Tombent sur Marsyas ou bien sur Niobé?

Honte au fou dont les doigts blessent la grande Lyre, Au poète par qui la Laideur a chanté ! Apollon le foudroie en éclatant de rire, Ivre du sang versé pour venger la Beauté.

Tu connais maintenant l'effroyable visage. Redescends sur le sol, l'âme passée au feu, Et jure, ô mon enfant ! par un serment sauvage, Jure-moi de servir et d'imiter le Dieu !

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