BALLADE DES BELLES DAMES MARTYRES
Le ciel du soir languide et suggestif, Enluminé de vapeurs safranées, Parle à mon cœur sur un rythme plaintif. O souvenir des défuntes années !
Vieux menuets, gavottes surannées, Charme lointain d'un pastel appâli, Votre âme en fleur a parfumé l'oubli Du long parfum d'une invisible rose!
Chantez encore un couplet de Lulli, Chantes encore un air de Cimarose !
Un siècle mort tremble dans ce motif : Moutons frisés, houlettes rubanées, Sachets d'iris dont le relent captif Évoque en moi des étoffes fanées ! Gerbes d'antan, qui donc vous a glanées? Où sont Colin, Annette et le bailli?
Et la meunière et le moulin joli?
Réveillez-le dans l'ébène morose D'un clavecin par le temps dépoli :
Chantes encore un air de Cimarose.
A cet appel l'esprit contemplatif Voit se dresser des femmes condamnées Dont le sourire ineffable et craintif A la blancheur des tristes solanées.
O cols meurtris ! ô têtes profanées ! O doux regard crépusculaire empli De la rougeur de l'échafaud jailli Entre les fleurs de leur Trianon rose!.. Pour apaiser leur fantôme aboli, Chantez encore un air de Cimarose !