ORIENTALE
Fleur unique, ô rose cachée Des bosquets de Schiraz et des jardins d'Edesse ! Rose qu'en vain j'avais cherchée Pour en parfumer ma jeunesse !
Rose d'Avril, à peine ouverte, Tu fleuris pour un cœur d'octobre déjà sombre ! Ta jeune gloire rouge et verte Fait pâmer mon âme dans l'ombre !
O doux calice asiatique !
Tes pétales de sang et ton odeur profonde Sont comme un abîme mystique Entre mon bonheur et le monde !
Ma triste chair, ma chair farouche Qui sent un Dieu joyeux soudain danser en elle, Grâce au miracle de ta bouche Se croit un instant éternelle !
O rose entre toutes les roses !
Toi qui m'as révélé la démence sacrée, Mon génie est maître des choses Rien que pour t'avoir respirée !
Mais hélas ! ta splendeur outrage Le bas et lâche cœur de la race servile ! Prends garde ! Un effroyable orage Vient à nous de l'infâme ville !
Prends garde, hélas ! l'éclair va luire Et du crime d'amour nul n'osera t'absoudre, O fleur unique, ô fleur martyre, O rose promise à la foudre !
i --jr