‹ La Guirlande (volume 2)Chapitre 8 sur 14 · RIDEAU · texte numérisé non relu

RIDEAU

^M/iûuJi^ "^O/waStfiC

Le beau L/unois au clair de la lune

A clair oe la lune, mon ami lantôme,, vois mon inlortune : entr ouvre ton neaume.

Je traîne mes pas, cnercnant des ima- ^es, et n en trouve pas même en ces nuages.

Je n ai plus de ilammes. — « lu n as plus de leu i Viens donc cnez les âmes en

reprenore un peu.

JD oiii d errer tout seul ! i> ous sommes grand nombre — traînant des linceuls blancs comme nos ombres.

Vieilli qui me parle, amant des bruyères, c est le pauvre Canaries d Orléans mon Irère.

Oon Ombre poète glisse de travers, tant sa loUe tête est mangée des vers.

Où vas-tu, mon Irère { — V^nercner dans la nuit un dernier trouvère pour cnanter notre nuis.

— 1 lens, voici J enanne sous ses gonlanous... v^liercnes-tu mon âme .' oon casque lait : non I

— J e chercne, en ces terres de bonnes semences, un dernier trouvère pour cnanter la Jrance.

— L,a xiire et JCaintrailles et xlorent

d llliers cnercnent mon plumail sous les ?

noisetiers

— Jromt ! notre compère, ^ous cner-cnons ensemble un dernier trouvère...

JVl.ais ce vil ressemble

auquel ta main baille une longue plume en argent de lune, prise à ton plumail.

ressemble à V^elui que rêvent nos âmes, (ivt Canaries dit : oui, et oui-da, Jenanne.j

— Viens-ten ou va-t en ! » — Je m en vais Dunois. JVjLOiirir f J ai le temps. — ce Jais ce que tu dois. »

Au clair oe la lune mon ami lantôme salue ma Xortune, salue oe ton neaume.

:s'a«t'3wt

iradi

ition et

restigi

Oocial

K déplacement des fortunes en 1920 est tel, que nous assistons à un véritable bouleversement social. La guerre a permis aux uns de s'enrichir et les autres ont dû rester sur leurs positions de 1914. tenus pendant 5 ans par leurs obligations militaires. Les premiers, pour la plupart, n'ont pu acquérir aussi facilement que leur fortune des notions élémentaires d'éducation et d'instruction. Il s'ensuit que la vie sociale extérieure est empreinte d'une vulgarité excessive.

A égalité de fortune, les nouveaux riches jouissent sans pudeur de leur argent pour leur unique plaisir, tandis que les autres sont tenus de sauvegarder leur situation territoriale et familiale, et de soutenir de leurs deniers les œuvres charitables et sociales.

Devant cette redoutable réalité, il importe au prestige du pays que les vieilles familles françaises s'efforcent de maintenir les traditions, à défaut de la cour dont les moindres gestes avaient force de loi.

Chez nous, il faut que la société parisienne donne le ton.

décrète la mode et observe les lois protocolaires. Cette société est composée de l'aristocratie de l'ancien régime et de l'aristocratie impériale, de quelques familles appartenant à la grande industrie et à la haute bourgeoisie et aussi d un certain élément cosmopolite. Et par cosmopolite, j'entends de grandes familles appartenant à la

diplomatie et dont les relations avec la société française sont constantes.

Parfois, dans ce tout composé, on peut y distinguer une femme qui a conquis sa place par sa beauté et des hommes qui ont conquis leur rang par leur intelligence et leur esprit.

A côté de cette société bruyante dont

les gestes sont relatés dans les chroniques

mondaines, il y a une société à Paris qui

vit dans le calme, sans souci d'étonner

le monde par des initiatives souvent

audacieuses et chez laquelle se pratiquent

encore les coutumes ancestrales.

Distinguons enfin dans le chaos social de rares salons politiques et littéraires qui s'efforcent de continuer la tradition du xvii'^ et du xviii' siècle et chez lesquels vous rencontrerez toutes les élites, tous ceux qui représentent une force dans le pays.

Vous verrez là des politiciens de marque, des diplomates, des étrangers de passage, des lettrés. C'est la grande fusion, le terrain neutre qui permet à des éléments très divers de se connaître. Il est même certaines grandes dames qui convient leurs amis à un dîner donné en l'honneur d'un ministre de la République. Les difiBcultés matérielles menacent l'existence même de ces salons, dont l'influence peut être considérable.

Notons enfin que la coterie élégante qui mène le mouvement superficiel et mondain admet facilement dans son sein des femmes de la société européenne, dont la famille, la beauté, l'intelligence sont notoires. Elle admettra plus difficilement des Américaines du Nord ou du Sud en raison de leur nombre toujours croissant. Dans une société comme la nôtre, en présence des éléments

nouveaux et vulgaires qui menacent de nous submerger, au nom même de l'influence irrésistible de l'argent, nous devons maintenir nos traditions. Cette nécessité s'impose si nous voulons conserver notre souveraineté dans le domaine de l'art, de la littérature et de la mode.

Nous a£Bnons et éduquons notre goût, dès notre enfance, en contemplant les chefs-d'œuvre immortels de nos musées et de nos palais. Il faut maintenir le culte de notre grand Passé et puiser dans nos demeures historiques le plus pur de nos traditions.

Les Français ne peuvent oublier, en dépit du nivellement social et de l'éclat de la denrée alimentaire, qu'ils vivent près de Versailles, de Fontainebleau et de Compiègne auxquels se rattache un glorieux passé de faste et d'élégance. Là, vécurent les rois qui firent la France, eux et leurs cours somptueuses dont les historiographes indiscrets nous ont conservé le souvenir impérissable. Sans doute le Parisien essaie-t-il de perpétuer les coutumes françaises que ses pères surent respecter mais il entend, pour être compris et écouté des nouvelles générations, être nouveau jeu, moderniser son allure vieille France et porter son panache désuet avec la compréhension de l'heure présente. Nous avons, dis-je, besoin de maintenir nos traditions. La cour n'est plus là comme guide et comme mentor. Nous devons faire notre police nous-mêmes et je crois que les étrangers de distinction, sils se donnent la peine de nous connaître, ne se plaindront jamais de notre accueil.

Les Princes du sang reçoivent chez nous une hospitalité dont la forme est digne de notre ancien régime.

Par une réaction naturelle, les institutions républicaines nous font respecter davantage ceux qui appartiennent à des maisons souveraines. Parfois même, certains traitent avec un excès maladroit des princes exotiques, des princes tombés dans le commun, tant le baisemain et la révérence flattent agréablement leur vanité, manque de mesure et cette ignorance nuances sont la résultante de cinquante ans régime démocratique.

La manière et les usages sont les prérogatives d'une élite que la guerre a singulièrement frappée. Cette élite est néanmoins seule capable de donner des directives.

La jeunesse française comprend désormais son devoir. Après s'être complue dans une brillante et \&me oisiveté, elle se réfugie désormais dans le travail capable seul de lui assurer le prestige et 1 indépendance. Les Français de race auront de la sorte promptement raison des illettrés enrichis en deux ans dans le rétamage et la ferraille.

Nous avons eu des gentilshommes verriers. Nous aurons des gentilshommes parfumeurs et des gentilshommes drapiers qui seront capables de garder leur rang social et de maintenir les traditions.

L'argent n'est-il pas le nerf de la vie et la condition du prestige social ?

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Voici 1 Hiver

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