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La guirlande

s'allier contre la femelle qui les divisait : Philippe-Egon, sottement, lui tourna le dos et Sophie-Charlotte la choisit pour confidente.

La brouillerie de Leurs Altesses Sérénissimes dérangea quelque peu le cérémonial du voyage. Phili abandonna la première voiture à la grande-duchesse et à la baronne ; pour ne point perdre une place, on mit avec elles la femme de chambre et, sur le siège, à côté du chauffeur, le masseur turc. Phili, variant ses plaisirs, roula désormais, tantôt avec Mûller et Mignon, tantôt avec Frédéric Mosenthal, selon qu'il se sentait d'humeur à recevoir des caresses ou des leçons de philosophie. Mosenthal était capable de traiter les plus hautes questions de la métaphysique ; mais il savait se mettre à la portée de son élève, et ne l'entretenait que des rapports de l'amour avec la morale.

— Il n'y en a aucun, disait-il. L'amour est audessus de tout, comme l'Allemagne. La seule offense que l'on puisse faire à la nature est de refréner un instinct qu'elle a mis en nous. La république de Silberberg lui a rendu hommage en abolissant toutes les lois infâmes et jusqu'aux règlements de police.

Philippe-Egon, qui, à titre de souverain déchu, était encore un peu superstitieux de discipline et d'autorité, repartait timidement :

- — Ne crois-tu pas que, sans mettre bien entendu à l'exercice de l'amour aucune entrave, il conviendrait, si j'ose m' exprimer ainsi, de l'organiser ?

— Tu es bien boche! répondait Fritz Mosenthal, qui peut-être ne l'était pas moins.

Ne m'en parle pas! disait Phili. C'est mon

désespoir. Combien j'ai encore besoin de tes conseils et de ton exemple pour acquérir cette légèreté

que j'aden toi !

pirait.

quoi soupi- Fritz?

ce que j'aime et qu'elle est dée. A ma ferais-tu ?

rais comme consolerais gnon.

as raison,

nait une halt-ait la voiprécepteur ner dans maîtresse et de lait. Illes étroitement

serrés l'un contre l'autre qu'ils n'occupaient pas la moitié de la banquette, et il n'avait point la peine de leur dire : « Faites-moi donc une petite place ».

Le trajet, pénible, était si varié qu'il ne parut point trop long, et par miracle le programme put être

française

mire si fort

Il sou

— Pour r es-tu, disait

— Par ma femme trop bien gar place, que

— Jefe toi, je me avec Mi

— Tu disait Phi

Il ordon te, et quit ture de son pour retour celle de sa de son frère trouvait si

exécuté de tous points. Les fugitif s parvinrent à Prague cahin-caha le sixième jour et obtinrent des wagons-lits. La grande-duchesse et la baronne revendiquèrent la case à deux couchettes. Phili prit, pour lui-même, Otto Millier et Mignon, celle qui en contenait trois. Ils n eurent plus que cinq ou six changements et des arrêts de moins de quatorze heures ; ils arrivèrent à Genève le quatrième jour un peu avant minuit. L'hôtel où ils descendirent est situé hors la ville, au bord du lac. Ils le virent de loin tout illuminé malgré l'heure indue, et entendirent une horrible musique.

— Que diantre fait-on ici ? demanda Phili au manager, qui, sachant la qualité de ses nouveaux hôtes, les était venu saluer au bas du perron.

— Monseigneur, on y danse et on y soupe toute la nuit.

— Mais moi, je veux dormir !

— Vous ne sauriez avant six heures du matin ; mais ensuite Votre Altesse Sérénissime reposera paisiblement jusqu'à l'heure du thé, où les danses reprennent. Cela fait presque le tour du cadran.

— Je ne me représentais pas ainsi l'austère cité de Calvin, murmura Fritz Mosenthal.

— J'étais prévenu ! dit gaiement Phili. Allons nous habiller. Je meurs de faim. Madame, ajouta-t-il du ton le plus impérieux en se tournant vers Sophie- Charlotte, je vous prie d'aller mettre une toilette convenable et de venir souper avec nous.

Un quart d'heure plus tard, le grand-duc ayant

endossé son smoking, la grande-duchesse le joignit, en robe fort courte, un peu trop décolletée pour son jeune âge, avec son beau rang de perles au cou. La robe de la baronne de Krakus était de velours noir, mais ni moins décolletée ni moins courte. Phili lui fit compliment de ses jambes, qui étaient en effet de fortes jambes. Mignon avait une jupe à paniers, des flots de volants et point de corsage. Mosenthal et Millier ne marquaient point trop mal. Sitôt assemblés, ils se dirigèrent vers la salle de restauration, conduits par le manager en personne. On leur ouvrit la porte à deux battants. Ils furent éblouis et assourdis.

Deux orchestres jouaient simultanément aux extrémités de la salle, et comme ils ne se souciaient point de s'accorder, cela ^ faisait une cacophonie qui, dans le premier moment, semblait insupportable aux oreilles délicates : elles avaient bien vite fait de s'y accoutumer. Les musiciens, M^

qui raclaient leurs instruments depuis plusieurs heures, transpiraient au point que leur noir avait coulé : leur musique n'en était pas moins nègre. Une centaine d'hommes en smoking et de femmes à moitié nues, mais couvertes de bijoux, dansaient tout en soupant et soupaient tout en dansant. Comme, à chaque

instant, les soupeurs se levaient pour aller faire un tour de fox-trot ou de tango, et les danseurs se rasseyaient pour souper, il était fort difficile d'apercevoir du premier coup d'œil s'il restait une table libre. Le manager lui-même hésitait, quand un homme jeune encore et chauve, qui portait à son plastron une perle unique, peut-être fausse, mais d'une grosseur et d'un orient incomparables, s'écria en français, avec un fort accent russe :

— Monseigneur ! . . .

Monseigneur, excusezmoi : n'êtes-vous pas Son Altesse Sérénissime le grandduc de Silberberg?

— Oui, dit Philippe-Egon froidement.

— En ce cas, nous sommes petitscousins. Voyez en moi l'infortuné grand-duc Ivan Cyrilovitch Romanof , exilé de ma patrie comme de raison. Mais vousmême ?...

— Je suis, dit Philippe-Egon, détrôné de la semaine dernière.

— S'il fallait être égoïste, je m'en féliciterais! Vous allez donc souper avec nous, mon cher! Laissez-moi vous présenter la comtesse Tatiana Schmûck.

Elle est mon épouse morganatique, mais légitime.

Phili baisa la main de la comtesse, qui lui baisa la nuque. Il fit un petit sursaut d'étonnement, puis se ressouvint que c'est l'usage. Il regarda Sophie- Charlotte et vit que cet usage ne lui plaisait point. « Elle est jalouse ,» pensa-t-il. Ensuite il regarda la comtesse, et se dit : « Elle est ravissante. Quelle branche! Au fait, c'est ma première femme du monde. » Ces mots, qui lui étaient venus machinalement, le firent aviser qu'il avait peut-être conçu, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, le machiavélique projet de se divertir avec la comtesse et de reconquérir Sophie-Charlotte par la jalousie.

Mais il n'avait pas dix-neuf ans : il croyait faire de la politique et déjà il jouait franc jeu.

Il expédia les présentations et, tandis que son petitcousin baisait la main de la grande-duchesse, il marmotta pêle-mêle les noms de Mignon, de la Krakus, de Mosenthal, de Mûller.

— Mon cher, dit Ivan Cyrilovitch, vous prenez place à côté de la comtesse Schmùck, comme de raison, et moi à côté de Son Altesse Sérénissime.

Il crut devoir ajouter, avec un gros rire :

— Vous savez que je ne suis pas dangereux.

Phili n'en savait rien et fut interloqué, mais n'eut

point la curiosité de demander à Son Altesse Impériale des explications.

— Surtout ne causons pas déjà de nos malheurs ! dit Ivan Cyrilovitch. Je suis excédé, mon cher. Cette révolution, quel ennui ! Il n'y faut pas songer.

La recommandation était superflue. En moins de cinq minutes, Phili, Sophie-Charlotte, la grosse baronne de Krakus elle-même, ainsi que Mignon, Fritz et Otto, s'étaient mis au rythme des autres soupeurs- danseurs, qui rendait toute conversation suivie impossible. Tatiana, cependant, se trouva un moment seule avec Phili, et assise. Elle lui dit d'une voix chantante :

— Son Altesse Sérénissime madame la grandeduchesse est bien jeune !

— J'ai fait un mariage blanc, dit Philippe - Egon.

— Ah? dit-elle.

Et aussitôt, quittant son soulier, qui n'était guère qu'une pantoufle, elle posa son pied sur celui de Philippe-Egon, qui, par hasard, avait quitté son escarpin. « Elle est à moi ! » pensa-t-il ; et il se sentit fort empêtré. Tatiana Schmùck était en effet sa première femme du monde, et il n'avait aucune habitude du monde. Non seulement, comme tous les princes, il n'avait pas reçu ombre d'éducation, il ignorait la civilité puérile et honnête des bourgeois,

mais ses procédés amoureux étaient ceux du paradis terrestre, et il craignait qu'ils ne fussent point encore praticables dans une société mal définie, que la révolution a rapprochée de la nature, sans lui faire perdre toutes les apparences et le vernis de la civilisation. Il ne crut point possible de dire tout uniment à madame la comtesse Tatiana Schmùck, épouse morganatique mais légitime d'un grand-duc de Russie, ce qu'il souhaitait d'elle avec précision, et il ne trouvait pas autre chose à lui dire.

Il songea bien que cette personne, appartenant au même milieu que lui, était sans doute aussi primitive et aussi mal élevée ; mais l'embarras de sa partenaire ne remédiait pas au sien et, après s'être témoigné, du pied, leurs sentiments, ils demeuraient tous deux en détresse.

sent jamais" tiré s de ce mau-

la baronne de Krakus ne

revenue près d'eux, encore

letante de

Ils ne se fus vais cas, si fût à propos toute ha s'être es v al se -

sayée à la hésitation.

La baronne avait si manifestement le physique de la complaisance que Phili, en la revoyant, se dit : « Suis-je sot ! Je l'avais remarqué il y a dix jours, et je n'y songeais plus ! »

Il est probable que Tatiana faisait des réflexions du même ordre. Elle regardait tour à tour la baronne et Philippe- Egon, et semblait les implorer.

— Madame, dit brusquement Phili à la Krakus, vous dansez comme un ange, et je veux danser avec vous.

Elle était tombée assise, elle rebondit : les désirs d'un prince sont des ordres. Phili daigna la faire pivoter quelques secondes, puis s'arrêta pour souffler, et lui dit tout net qu'ayant résolu d'honorer la comtesse Schmùck, il la priait d'arranger ça.

Madame la baronne de Krakus ne se montra point mortifiée de recevoir une telle mission; au contraire. Elle semblait tout ensemble fière, contente et un peu déçue.

— Je vois, dit-elle maternellement à Phili, que Votre Altesse Sérénissime est redevenue raisonnable ; mais tient-elle si fort à cette Schmùck ?

— Absolument, dit-il.

— Je crains que Votre Altesse ne fasse fausse route.

— Pensez-vous qu'on me refuse ? dit Philippe- Ego n avec hauteur.

— Certes non !

— Alors, faites ce que je vous dis.

Il ramena la baronne, puis s'écarta

de nouveau. Il la vit glisser deux mots à l'oreille de la comtesse et, quand il revint, elle lui fit signe qu'il était agréé.

— Demandez-lui où est sa chambre, dit-il tout bas.

Elle le demanda, on le lui dit, elle le répéta au grand-duc, et environ six heures du matin, quand les danses finirent, il y fut tout droit, Tatiana de même ;

si bien qu'ils se trouvèrent nez à nez devant la porte. Tatiana l'ouvrit.

— Passez, lui dit-elle.

— Vous êtes chez vous, dit-il.

Comme il doutait s'il convient de traiter une femme du monde ainsi qu'une maîtresse ordinaire, elle eut une façon de lui dire : ALettez-vou<* donc à votre aide, mon cher, qui lui parut trancher la question. Elle acheva de l'éclairer deux heures plus tard, en lui disant :

— Petite âme, n'auriez-vous pas une dizaine de milliers de marks

sur vous :

payé ma tel depuis Donc ce aubergiste me faire

Jen'aipas note d'hôdeuxmois.

misérable veut déjà des ennuis!

(à suivre)

ty^^<^>y ! L^ :

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