LA MODE AU THÉÂTRE
En attendant que les profanes soient admis à
contempler les collections de printemps, offertes
récemment à l'admiration des
commissionnaires et acheteurs
étrangers, ou plutôt avant que
nous puissions voir défiler les
silhouettes spécialement créées
pour complaire à notre parisianisme averti, silhouettes qui, le
plus souvent, n'ont rien à voir,
avec celles dont on gratifie les
acheteurs étrangers, disons tout le
charme des joliesses contemplées
ces jours derniers au théâtre.
La reprise éclatante de
Maman Colibri, à la Comédie- Française, nous valut un réel élan
d'élégance.
Pour lutter avec l'inoubliable Berthe Bady, pour qui fut écrit le rôle dlrène de Rysberghe, M Uo Berthe Cerny s'est surpassée. Elle désira non sans quelque raison insister sur la raffinée coquetterie de la femme mûrissante, désireuse de se renouveler pour garder son trop jeune amant. Et tour à tour, elle nous offrit un enveloppement tanagréen, — un peu trop serré, hélas ! — en velours Crésus bleu ancien, ourlé de guipure d'argent, très en relief et si
écourté, devant, que la ligne parfaite des jambes délicatement modelées se détache très amplement sur une doublure de crêpe Madeleine, d'une intense tonalité cerise. Dans le cadre élégant du home des Rysberghe, cette harmonie étudiée avec tact se détache très heureusement.
M lle Berthe Cerny nous présente ensuite une nouvelle formule de la fameuse robe à jupe oriflamme faite de carrés de crêpe Marie-Louise ou de cachemirelte, peut-être posés en biais et dont les souples écharpes palpitent au moindre mouvement. D'un intense jaune citron, cette robette jolie trouve un complément charmeur dans certaine capeline souple du ton qu'un ruban de velours d'un intense bleu Nattier enroule doucement pour retomber en longue bride caresseuse sur le corsage d'une lumineuse tonalité. L'ensemble, vous n'en doutez pas? est à la fois d'une jeunesse et d'une grâce irrésistible. M !le Huguette Duflos, tellement emmousselinée de mauve glycine, est jolie à peindre en petite Américaine amoureuse, et l'on pense que Gustave Brisgaud devrait une fois encore immortaliser sa silhouette jolie en cet artistique arrangement. Très élégantes les robes de M lle Valpreux, traitées par Berthe Hermance en une note de parisianisme délicat. Celle du dernier acte en crêpe Louli, fleur de pêcher, esquisse une manière de redingote brodée d'argent et mollement ceinturée de même tissu sur jupe plissée unie du ton qui est à retenir pour toutes les jeunes mariées désireuses de faire voir à leur mari la vie en rose.
Il ne faut pas moins que ce savoureux régal des yeux pour pardonner à la jeune M me de Rysberghe sa dureté intransigeante et sa nature un peu rêche. L'élégance masculine est dans Maman Colibri supérieurement traitée. A l'instar de M. Duflos, les jeunes premiers témoignent d'une subtilité rare.
r N'oublions la joyeuse pièce du Palais-Royal où
y triomphe la brillante Marguerite Templey, toujours
^ — v savoureusement blonde et pleine d'entrain. Les robes de
Jenny sont de pures merveilles étudiées avec soin par une artiste racée. La première, en velours cornaline, é'allure de détails charmants. La seconde, toute noire, dont les volants remontés de côté en un dandy mouvement sont soulignés de velours vert feuille se terminant par de petits nœuds plats et très style, dégage une grâce inédite bien caractérisée. La troisième pourrait seulement être exprimée par le pinceau magique d'un Brunelleschi, tant les merveilleux coloris orientaux y fusionnent avec esprit. Du lamé or reflété de rouge laque et de vert myrthe semble envelopper le buste en une charmante note d'inédit, tandis que de nimbeuses écharpes de tulle vert lumière caressent les bras sans rien nous faire perdre de leur modelé charmant. Et avec le complément d'une harmonieuse coiffure de Desfossés s'élançant preste et jolie de la merveilleuse chevelure blonde, M 1; ° Templey et les artistes qui la drapent si heureusement remportent le gros succès.
> ou venir du.
MERCIER FRÈRES, Tapissiers-Décorateurs 100, Rue du Faubourg Saint-Antoine
Robes jManteaux.
Fourrures Lingerie
MARTIAL & ARMAND