‹ La guirlandeChapitre 4 sur 37 · EST L'HOMME · texte numérisé non relu

EST L'HOMME

\e n'est pas dans le luxe des vêtements, dans la richesse des bijoux, que consiste la toilette. Une élégance exquise, une parfaite harmonie, lui donnent seules du charme.

Il y a des gens qu'un rien pare; d'autres se mettraient inutilement en quatre pour se distinguer du commun des mortels.

La mode voulait, il y a quelque cent ans, à Londres, que l'on portât un habit râpé. Il y a bien peu de « f ashionables » capables de résister à un tel raffinement de toilette.

« Un homme bien chaussé et bien coiffé peut se présenter partout. » Cet aphorisme est faux. On ne sera jamais bien mis, pour le fait seul d'être client de grandes maisons. C'est la tournure, la manière de porter la toilette, qui en fait tout le prix.

En général, une grande simplicité dans la mise est préférable à toute recherche. Les plus beaux draps, les toiles les plus fines, gagnent, comme les bijoux de prix, à ne pas être chargés

de travail et d'ornements.

Jadis chaque état avait son costume spécial : la révolution a passé son niveau sur ce vieil usage. Le conseiller d'état se met aujourd'hui comme l'avoué, le médecin comme le vaudevilliste ; celui qui a mauvaise grâce est exposé, comme certain personnage, à être pris pour son propre valet, et à s'entendre dire dans son salon : «Mon ami, une glace.»

Depuis que l'on ne porte plus écrit sur la broderie de sonhabit le rang et l'état qu'on tient dans le monde, il devient plus urgent de soigner sa toilette. Il ne faut pas confondre le soin de soi-même avec la recherche de la coquetterie.

Le jour de l'entrevue de Napoléon et d'Alexandre sur le Niémen, Murât et le général Dorsenne arrivèrent en même temps pour prendre place derrière l'Empereur : Murât, comme à son ordinaire, chamarré de broderies, de fourrures, d'aigrettes ; Dorsenne avec cette tenue élégante, recherchée, mais sévère, qui faisait de ce beau général le modèle de l'armée. Napoléon, s'adressant à Murât, lui dit : « Allez mettre votre habit de maréchal, vous avez l'air de Franconi ! » Puis il salua affectueusement Dorsenne. Cette leçon de toilette ne fut pas perdue pour l'armée.

La mode est une vieille coquette qu'il serait dangereux de heurter de front, mais à laquelle cependant on ne doit pas faire trop de concessions.

En dépit du proverbe, l'habit fait très souvent le moine. Chez les femmes surtout, les raffinements bien compris de la

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