DK SEMAINES DE TRAVAIL
Poids
Valeur en francs
Golden Gâte
195 oz. 10.
Persévérance
Empire
£arnscleiu;h n* 2 Junction Elec-
tric n* I
Clyde
Unity
Fourteen-Mile
Beach
Monte-Cristo
Electric
Junction Elec-
tric n* 2
Cromwell
Manuherikia
Les frais d'une drague oscillant entre l. 500 et 2.000 francs par semaine, amortissement non compris, on voit que les profits sont considérables. Ils ont été cependant dépassés par les records suivants :
En Juin 1900, la drague Hartley and Riley a obtenu dans une seule semaine de travail, 1.187 onces d'or, valant 106.830 francs.
Le mois suivant, la drague Lady Ranfurly, travaillant
(i) Amiiial Mines Statement, by the Hon. Mr. McGowan. — The New Zealand Mines Record. Sept. loth jyoi, page y 4.
sur des alluvions de Kawarau Gorge, près de Gromwell, a produit, en une seule semaine, i .234 onces d'or, valant II 1^060 francs.
C'est, à ma connaissance, la plus forte production qui ait été jusqu'ici enregistrée pour une seule drague à or, dans une seule semaine de travail.
Les dragues de la Nouvelle Zélande opèrent sur des alluvions incomparablement moins riches dans leur ensemble, que celles des placers Guyanais. On voit par ce simple rapprochement de quelle importance a été pour notre Colonie, l'introduction de ces nouveaux procédés d'exploitation.
Prospection méthodique. — Un autre ordre d'idées se rattachant d'ailleurs étroitement à l'exploitation par dragage, c'est la prospection méthodique des placers avant d'y décider une installation. Dans l'ancien procédé Guyanais le prospecteur qui cherche la bonne crigue, choisit un endroit où il ne soit pas trop gêné par les eaux pour creuser un trou, de deux mètres sur un, jusqu'à ce qu'il atteigne la couche et qu'il touche la glaise. Il a souvent fort à faire pour obtenir ce dernier résultat ; car, dès qu'il atteint la couche de gravier aurifère, l'eau arrive en abondance et il est obligé de l'épuiser au moyen de seaux et d'écuelles. C'est souvent une grosse affaire que de toucher et c'est pourtant là, au contact du gravier et de la glaise, que se trouve la teneur qui doit décider si oui, ou non, le placer est payant. Dans ces conditions, on fait naturellement le moins de trous possibles ; on ne les creuse pas méthodiquement suivant les lignes transversales et on décide souvent d'ouvrir un chantier, au petit bonheur. Dans les criques riches où l'or est souvent poché, c'est-à-dire concentré dans une série d'emplacements séparés par
des zones stériles, il arrive constamment que, séduit par la teneur exceptionnelle de un ou deux trous, on ouvre un chantier sur l'un deux et qu'on mange son bénéfice avant d'avoir atteint l'enrichissement suivant.
Ces trous faits à la pelle sont d'ailleurs, comme on le comprend, absolument impraticables quand il s'agit de prospecter des alluvions sous l'eau. J'ai été le premier à exécuter en Guyane des sondages au moyen d'appareils à tiges, maniables par quatre hommes, qui me j)ermettent d'opérer rapidement, sous l'eau aussi bien qu'à tprre, et qui donnent à chaque coup de sonde une carotte d'alluvion aurifère qu'il suffit de laver à la bâtée pour obtenir la teneur moyenne à l'endroit choisi.
Les personnes qui s'intéressent au détail de ces opérations aussi bien qu'à la question dragues, trouveront dans ma communication au Congrès des Mines et de la Métallurgie à l'Exposition de 1900(1) les détails les plus complets sur ce mode d'opérer. Je suis d'ailleurs arrivé à former assez rapidement un personnel local, qui parvient à percer de la sorte 8 à 9 trous par jour, quelle que soit la venue d'eau du sous-sol, au lieu de une à deux de ces fosses de prospection qui, surtout en terrain aquifère, constituent le maximum de ce qu'on peut obtenir avec des pelles, des pioches, des seaux et des écuelles.
C'est, à mon avis, cette question de prospection préalable qui constitue le point essentiel de toute exploitation de placer. On ne peut avoir de sécurité dans la détermination de la teneur moyenne, qu'en exécutant un
(i) Congrès International des Mines et de la Métallurgie. — Exposition de 1900. Exploitation des Piacers au moyen de Dragues à or (2"* édition), par M. D. Levât, Ingénieur Civil des Mines, Imprimerie Thomas, 12, rue Gérentet, -St-Étienne, (i vol. 1901).
grand nombre de trous percés méthodiquement suivant une série de lignes transversales, d'autant plus rapprochées que les teneurs trouvées sont plus fortes. Une fois au contraire ce travail préalable exécuté, l'estimation du profit à retirer des alluvions découpées par cette prospection méthodique, devient aussi aisée que certaine, puisqu'elle est basée sur des documents dont les chances d^erreur ont été éliminées par la multiplication même des sondages et par le prélèvement des teneurs en or, sur des points non choisis à l'avance.
D'autre part, le prix de revient du dragage est aussi fixé d'une manière à peu près invariable, par le fait même que plusieurs dragues sont déjà en service dans la colonie et que leurs frais journaliers sont connus. Il s'ensuit que le bénéfice de l'opération se trouve à l'abri des aléas, à condition, je le répète, que l'échantillonnage du gîte ait été fait soigneusement. De cette opération dépend le sort de l'affaire.
USâ PIUONâ i^URIPËRgS
Encore une industrie dont les débuts, comme ceux des dragues, s'annoncent comme un succès. J'entends par ce mot début, désigner des travaux rationels et bien dirigés comme ceux dont je vais parler, car il a été fait sans succès, dans la Colonie, depuis plus de vingt ans des tentatives avortées d'exploitations filonniennes. Les deux principales d'entre elles ont occasionné des krachs financiers désastreux non seulement pour les actionnaires, mais surtout pour la bonne renommée de la Colonie. Que de fois ne me suis-jepas vu objecter, dans ma campagne en faveur de la Guyane, les déplorables affaires dont je parle !
Les précurseurs. — Dans l'une d'elles on a commis la faute, devenue banale tant elle est fréquente, de monter un moulin à or de vingt pilons — dépense considérable dans un pays où tout se porte dans des pirogues tout à fait primitives • — avant d',ayoir ouvert le filon. De plus, ce moulin était placé dans un endroit qui est régulièrement inondé chaque année sous plusieurs mètres d'eau. Après y avoir traité quelques centaines de tonnes provenant des quartz roulés superficiels qui rendirent à peu près 3CX).ooo francs d'or, l'usine fut arrêtée faute d'aliments. Pendant ce temps on avait perdu le reste du capital en recherches improductives et fort coûteuses, dans les terrains décomposés de la surface.
Ce qu'il y a de piquant dans cette histoire c'est que c'est justement sur ce même gisement que des travaux rationels, entrepris par la Compagnie de St-Elie, ont mis à jour les riches minerais dont je parle plus loin. On utilisera même la partie du matériel de l'ancienne usine que les poissons n'auront pas trop rongée, pour installer l'atelier de broyage des minerais que des travaux préparatoires suffisamment développés auront mis en évidence.
Dans l'autre affaire, où le capital englouti a été plus considérable que dans la précédente, on a aussi monté le moulin à or avant de s'être assuré par un traçage en profondeur, que le filon était en mesure d'alimenter régulièrement les pilons.
Cumenge et Fuchs ont, depuis longtemps déjà, mis en garde les mineurs d'or contre les dangers d'une construction hâtive du moulin. Ils ont très exactement analysé les causes de cette aberration malheureusement par trop fréquente.
« S'il est juste de dire qu'aux États-Unis on s'abstient de procéder prématurément à des installations coûteuses, et si, à l'inverse de ce qui se passe trop souvent dans les entreprises dirigées par une Administration Européenne, on réduit au strict minimum l'installation des logements, des bureaux et d'autres dépendances, il n'est pas moins vrai que, dans ce pays même, on a une tendance générale à construire tout d'abord le moulin, quitte à développer ultérieurement la mine.
« Le fait qu'il existe aux États-Unis, principalement à Chicago et à San Francisco, de grands établissements de constructioïi de nlatériel de mines et d'usines toujours prêts à fournir, à bref délai, des usines de traitement métallurgique et à les livrer à prix fixe, favorise singulièrement cette tendance fâcheuse.
« Trop souvent il arrive alors que le filon ne répond pas aux espérances qu'on avait conçues, et comme d'autre part, il faut toujours un temps assez long pour ouvrir une mine et la développer, les capitaux viennent à manquer. Aussi, un nombre considérable de moulins reste sans emploi. Il faut avoir parcouru les régions minières des États-Unis pour se faire une idée de la quantité extraordinaire de moulins à or et à argent qui restent ainsi à l'abandon dans les solitudes du Far- West.»(i)
J'ai constaté de mes yeux les mêmes effets, occasionnés par les mêmes causes, dans les plaines glacées de la Sibérie. J'en trouve un nouvel exemple sous le ciel brûlant de la Guyane. Cette erreur s'explique, indépendamment des causes si clairement mises en évidence par Cumenge et Fuchs, par l'état d'emballement que cause la découverte de quartz aurifères à teneurs élevées. On désire arriver au plus vite au moment où on sera en mesure de recueillir le métal précieux, ce qui empêche d'apprécier sainement les circonstances défavorables qui peuvent se présenter.
L*or " invisible ". — Dans le cas que je signale en Guyane, il y a une circonstance aggravante : les travaux miniers proprement dits furent conduits de telle façon, qu'on dédaignait systématiquement toutes les galeries où se rencontrait du quartz contenant des mouches d'or visible. Le mot d'ordre de la direction technique de cette mine, était d'abandonner les avancements dans lesquels le quartz présentait des traces d'or visible pour se cantonner sur ceux qui donnaient du quartz à or
(i). CuMBNGE et FucHs, Encyclopédie chimique. Tome V. — L'Or, page 134.
invisible. Ces derniers étaient trop pauvres pour être broyés avec profit.
Cette histoire, qui est légendaire à Cayenne, m'avait paru suspecte comme toutes celles qui ont cours sur les mines malades ou abandonnées : quartiers riches murés ou>çachés par un maître-mineur remercié, puits inondés par malveillance et autres couleurs auxquelles un Ingénieur ayant de l'expérience s'est trouvé maintes fois aux prises dans sa carrière. — Pourtant, dans le cas actuel, le fait n'est pas niable. Il a même été imprimé dans un ouvrage, exposant tout au long la théorie de l'or invisible seul intéressant. J'avoue que pour ma part, je ne fais aucune différence entre l'or visible et l'or invisible ; ce qui m'importe avant tout, c'est qu'il y en ait en quantité payante !
En outre, on doit s'attendre à ne trouver de l'or natif que dans le voisinage des affleurements. En profondeur, on le rencontrera très probablement sous forme d'association avec la pyrite ou avec le tellure, conformément d'ailleurs à la loi générale qui régit les mines d'or.
Adieu-Vat. — Le filon d'Adieu-Vat, sur lequel la Compagnie de Saint-Elie a entrepris, depuis dix huit mois environ, des travaux sérieux, est situé dans le bassin de Sinnamary, juste à l'embranchement d un des principaux affluents de ce cours d'eau, nommé le Courcibo. Pendant la saison des hautes eaux, des chaloupes à vapeur fluviales, remorquant des chalands 4e cinq à six tonnes, peuvent venir débarquer leurs marchandises à trois kilomètres environ du puits en fonçage. C'est en grande partie à ces facilités exceptionnelles au point de vue des moyens de transport, qu'est dû le succès de cette entreprise.
Les travaux commencés au début de 1900, consistent
dans un puits incliné à 70° environ sur l'horizontale, suivant la pente du filon. Ce dernier, connu déjà par suite des travaux dont j'ai résumé la mîilencontreuse odyssée, avait été recoupé, après la liquidation de la première affaire, par les soins persévérants de M. Duvigneau, un des administrateurs de la Compagnie de Saint-Élie, connaissant de longue date pour y avoir fait des séjours prolongés, la Guyane et ses ressources minières.
Ce percement d'un travers-banc dans la couche dure, non décomposée, est un enseignement précieux à retenir. En Guyane, tout le pays est recouvert d'un épais manteau de latérite (roche décomposée superficielle) provenant de l'altération prolongée des éboulis ou même de la roche primitive formant l'ossature de la contrée. Dans ces conditions, les affleurements des filons se trouvent profondément bouleversés, et il est très difficile de saisir le gîte ** par les cheveux " comme cela se pratique généralement dans les pays où les affleurements sont encaissés dans la roche vive, formant leurs épontes naturelles. Cette roche décomposée superficielle, composée d'argile ferrugineuse ou même d'un vrai minerai de fer est commune à toutes les Guyanes ; au Venezuela et au Brésil, elle s'appelle le cascajo; à Cayenne, c'est la Roche à Ravets. Quelle que soit sa dénomination, elle a l'inconvénient commun à tous les terrains argileux, de manquer de cohésion et les galeries qu'on pratique dans son sein sont mises rapidement hors d'état. Au bout de peu de mois, pendant lesquels on s^égare sur des blocs de quartz ne présentant aucune continuité réelle, on lâche les travaux et au bout d'un an la brousse a tout recouvert. C'est l'histoire uniforme de toutes les recherches pour filons que j'ai visitées dans la Colonie,
Attaques à cM ouvert. — La Compagnie de St-ÉIie a inauguré sur un autre filon que celui d'Adieu Vat une méthode de décapelage en grand, qui mérite d'être signalé. M. Rémeau, le distingué directeur de cette Société, qui a acquis une longue pratique des gisements Sud-Américains par un séjour prolongé au Venezuela et au Callao, a cherché à mettre à jour les véritables affleurements en décapelant en grand la couche de latérite. Ce travail important a été fait sur le filon dit des Pottineurs, dans la vallée de Joyeuse à St^Élie même. On a fait là un grand découvert dont les frais ont d'ailleurs été plus que remboursés par l'or qu'on a retiré des terres de montagne^ car il est en effet de règle que les affleurements des filons dans la latérite, sont caractérisés par une teneur en or assez élevée dans toutes les terres qui enrobent les quartz provenant de la décomposition superficielle du gîte. Cet or est généralement gros. On le sépare donc facilement en faisant passer dans un sluice les produits de l'abatage, simplement séparés des blocs de quartz qu'on entasse à part. Ces derniers donnent fréquemment une teneur suffisante pour être broyés avec profit.
Le grand découvert de St-Elie n'est pourtant pas arrivé encore à mettre à jour des filons bien nets : au contraire, un trou de sonde donné au fond de la vaste carrière pratiquée à Joyeuse, a révélé la présence à 14 mètres en contrebas, d'une couche de sable boulants-; c'est un ancien lit de rivière. Toute la partie de la montagne qu'on a ainsi éventrée n'est qu'un vaste éboulis. On a décidé en conséquence d'aller attaquer le filon dans la vallée de la crique des Pottineurs, qu'il traverse d'une façon biep nette.
On voit par cet exemple quel rôle prépondérant a été joué par le travers-banc Duvigneau dans la décou-
verte du filon d*Adieu-Vat. Cette galerie, creusée en plerhe diorite, est restée intacte pendant tout l'interrègne entre la déconfiture des premiers exploitants et la réouverture de l'exploitation par Saint-Elie. Tous les autres travaux effectués dans la latérite superficielle sur ce même filon, ont complètement disparu et n'ont été d'aucune utilité dans la reprise récente de ce gisement.
Le puits incliné d'Adieu- Vat est arrivé actuellement à une profondeur de 46 mètres au dessous de la surface. Deux niveaux de galerie en direction s'en détachent aux cotes respectives de 21 mètres et de 34 mètres au-dessous de la recette. Le niveau de 21 mètres a été poussé de 60 mètres dans la direction de l'Ouest et de 18 mètres dans la direction de l'Est, formant dans son ensemble un développement total en direction de 80 mètres environ. Le niveau inférieur a été avancé vers l'Est seulement, sur une longueur d'environ 10 mètres. La roche encaissante est une diorite à grain serré, d'une couleur bleu-verdâtre foncé. Elle est très chargée en pyrite de fer. Cette pjrrite n'est pas aurifère. La diorite est compacte au mur et lamelleuse au toit ; elle y est aussi plus chargée en silice. Cette circonstance, jointe aux indications données par la surface, donne à penser que le filon actuel est voisin d'un autre filon situé à 25 mètres environ de distance, et qu'une galerie en travers-banc, qu'on a déjà attaquée, permettra de recouper bientôt.
Tel qu'il est, le filon d'Adieu- Vat se présente avec une puissance variant de 0"20 à un mètre et plus, formant une série de renflements et d'amincissements, composé d'un quartz semi -transparent à éclat gras et de teinte légèrement bleuâtre. Dans le voisinage de la surface, l'or se trouvait uniquement à l'état natif, en gros grains visibles, puis la pyrite est apparue aux
environs du premier niveau, et enfin, datts le fonds du puits et dans la galerie du deuxième niveau, l'or se présente associé avec du sulfure de bismuth, et avec une faible proportion de tellure, circonstance des plus importantes au point de vue de l'exploitation future.
Association de Tor et du bismuth. — On sait que ce sont les tellures d'or qui ont fait la renommée et la fortune rapides des gisements du Coolgardie, en Australie occidentale. Ce qui est nouveau, c'est de trouver ces riches minerais d'or contenus dans un filon de quartz bien caractérisé.
Quelques chiffres suffiront à prouver l'intérêt qui s'attache à leur exploitation.
Teneur des quartz d'Adieu-Vat. — La Compagnie de Saint-Elie ne broie, dans le petit pilon de prospection qu'elle a installé sur le carreau de la mine, que les mii^efais provenant des travaux de traçage proprement dits, c'est-à-dire de l'approfondissement de son puits et des avancements des galeries en direction. On ne fait encore aucun dépilage. Ces travaux sont conduits à trois postes, fournissant chacun huit heures de travail.
Voici les résultats du broyage pour le dernier mois qui a précédé la date de ma visite :
Dans la deuxième quinzaine de Juillet 1901 on a broyé neuf tonnes de quartz et trois tonnes de minerai mixte, ensemble 12 tonnes ayant donné 3.540 grammes d'or. Dans la première quinzaine d'Août, dix tonnes de quartz et deux tonnes de mixte ont laissé dans le moulin 4.210 grammes. Ensemble des deux quinzaines:
7.750 gammes extraits de 24 tonnes, soit en moyenne 323 grammes (For à la tonne.
On voit que ce sont là des teneurs splendides, dignes d'attirer l'attention sur les quartz aurifères guyanais.
n faut se garder néanmoins de généralisations trop hâtives et une expérience déjà longue de ce genre d'in* dustrie m'a rendu sceptique lorsqu'il s'agit de prédire ou d'affirmer le succès futur de gisements encore imparfaitements explorés. Il convient aussi de ne pas oublier que le filon actuel d'Adieu Vat a une épaisseur médiocre et qu'on n'est pas bien renseigné encore sur ce qui se passera en profondeur. Toutefois, un fait indéniable subsiste, et c'est celui sur lequel je tiens à attirer l'attention : c'est qu'il existe en Guyane des minerais aurifères associés au sulfure de bismuth, contenus dans des filons essentiellement quartzeux au sein de la diorite ou en relation étroite avec des roches basiques. C'est là à la fois un fait nouveau et caractéristique.
J'insiste enfin sur la nécessité, dans les recherches futures, de tenir compte des leçons du passé, de ne pas mettre la charrue avant les bœufs, et de ne pas construire de moulins à or avant d'avoir préparé au moins deux années de pâture pour ces derniers, sous forme de travaux de traçage suffisants. Je rappelle enfin qu'on ne peut se considérer comme ayant atteint réellement le filon qu'après avoir traversé la couche superficielle de roche décomposée.
Il est plus facile de conseiller ce dernier résultat que de l'obtenir ; aussi je considère que la détermination des points d'attaque les plus favorables — puits ou galeries — pour arriver à mettre un filon guyanais en évidence^ est un des problèmes les plus délicats qu'ait à résoudre un Ingénieur des Mines.
U^ Ch^îT^în d^ Fer d^ Cay^nn^ au> Placers
J'ai conçu le plan technique et financier de cette voie de pénétration dès mon premier voyage dans la Colonie, au mois de Juillet 1897. Après en avoir arrêté les grandes lignes, je l'ai présenté au Conseil Général de la Colonie, à sa session ordinaire de 1899,
Ma bonne étoile a voulu qu'il fut appuyé et magistralement exposé par M. le Gouverneur Mouttet, dans son discours d'ouverture de cette mémorable session, au cours de laquelle la Colonie a décidé par l'organe de ses représentants élus, les mieux qualifiés, la construction de son réseau de voies ferrées.
« Les conditions économiques de la Guyane, a dit le « Chef delà Colonie, se sont profondément modifiées « depuis une cinquantaine d'années. L'agriculture y « était autrefois prospère; en 1836, on exportait pour « 3.321.000 francs de produits agricoles, sucre, café, « cacao, coton, roucou, etc. En 1846, on en exportait « encore pour 1.646.000 francs. Depuis cette époque, « on a vu les exportations agricoles diminuer d'année « en année ; les domaines, les plantations ont été aban- « donnés ; la petite culture elle-même, les cultures « vivrières ont été délaissées, à tel point que la Colonie « ne produit plus, à l'heure actuelle, de quoi suffire à « la consommation de ses habitants.
< Les administrateurs qui se sont succédé dans ce « pays, les Assemblées élues, persuadés comme je le <. suis moi-même, que l'agriculture est une des sources ^ de richesses les plus stables, en ont poursuivi le relève vement avec opiniâtreté. Toute leur énergie s'est 4f concentrée vers ce but. Des tentatives d'immigration « ont été faites ; on s'est heurté chaque fois à des diffi- <s: cultes insurmontables. Quoi qu'on ait pu dire ou « écrire pour déplorer l'abandon de l'agriculture, pour « l'enrayer, cet abandon est malheureusement chose à « peu près accomplie, aujourd'hui. Quelque regrettable « qu'il soit, c'est un fait qui ne saurait être contesté.
« Or, messieurs leis Conseillers Généraux, pendant <s que Tagriculture languissait et dépérissait, alors que <c les exportations de produits agricoles étaient réduites 4^ à des sommes dérisoires, au moment précis, peut-on < dire, où la situation semblait désespérée, un facteur « nouveau de la richesse a fait son apparition en Guyane ^ et n'a pas tardé à apporter une compensation aux « pertes énormes qu'avaient subies la Colonie et ses « habitants. J'ai parlé des mines d'or découvertes « en 1855.
« Je ne rappellerai pas ici les lenteurs, les hésitations, « les échecs même du début. La première exportation « d'or date de 1856, elle fut de 8 kilogrammes. Que de « chemin parcouru depuis ! En 1860, on exporta 90 ki- « logrammes d'or; 205 kilogrammes en 1864; 1.432 ki- « logrammes eh 1874 ; 1.952 kilogrammes en 1884. « En 1894, à la suite des découvertes du Carsewène, <c cette exportation s'est élevée à 4.835 kilogrammes. « Depuis 1895, la moyenne de la production annuelle « déclarée à la sortie, a été d'environ 2.600 kilo- « grammes.
« Le commerce total de la Colonie, qui était de
« 5-333-000 francs en 1836, de 4.5CX).ooo francs en « 1846, s'est élevé en 1856, presque au lendemain des « premières découvertes aurifères, à 8 millions, A partir « de cette époque et au fur et à mesure que la produc- 4c tion aurifère prend de l'extension, on constate que le ^ commerce général augmente dans des proportions « importantes. 11 a été en 1881 de 10.023.386 francs ; « de 15.829,837, en 1891 ; et en 1898, de 17.381.900 « francs. En 1894, l*année du Carsewène, il a été de <gi 26 millions et demi.
« Peut-on dire, dans ces conditions, que la découle verte de l'or a été la ruine du pays ? Ne serait-on pas « davantage fondé, en présence des résultats que je € viens d'énumérer, à affirmer que c'est l'or au con- « traire qui a sauvé la Colonie ? Pour ma part je le « crois. N'est-ce pas en effet de ses mines d'or que la « Guyane tire le plus clair de ses revenus, soit directe- « ment par les droits perçus à l'entrée et à la sortie du ^ métal précieux, soit indirectement par les taxes qui « frappent les marchandises importées dans la Co- « lonie?
« Et pourtant qui le constesterait, l'or n'est encore « exploité que dans une très infime partie de la Guyane. « La carte des placers se présente à l'œil comme une « série de petites tâches disséminées, perdues sur un « vaste fond blanc qui figure les terres encore inexploi- « tées. Nos gisements sont cependant, à en croire les « gens compétents, parmi les plus riches de l'Amérique « du Sud. Si l'on considère en outre que l'exploitation « de l'or n'a été faite jusqu'ici que par des procédés <s: rudimentaires, on peut se demander quels seraient « les revenus de la Colonie si Ton parvenait à augmente ter la production aurifère, à développer cette indus- « trie aurifère, pour laquelle rien n'a encore été fait.
« Ce moyen, MM. les Conseillers Généraux, semble « vous être offert cette année. Vous serez en effet s«î^ <c au cours de la présente session d'une demande de « concession de chemin de fer de pénétration. Un Ingé- « nieur des Mines, M. Levât, chargé de mission en « Guyane par le Ministre de l'Instruction publique, qui « a parcouru la Colonie et en a étudié les merveilleuses « ressources, s'engagerait, moyennant certaines con- « ditions que vous aurez à examiner, à construire et « à exploiter une voie ferrée reliant la côte à l'intérieur <c du pays.
« Vous vous êtes déjà rendu compte. Messieurs, des « avantages qui doivent résulter de l'ouverture dans « l'intérieur de la Colonie d'une voie d'accès rapide et « sûre. Aujourd'hui, vous le savez, on ne peut attein- « dre certains placers qu'après trente ou quarante jours « de navigation en pirogues, sur des rivières parsemées « d'écueils, et plusieurs jours de marche à travers la « forêt. Les transports reviennent par suite à des prix « exhorbitants: i .000 et i .200 fr. là tonne. Les marchan- « dises subissent, au cours de ces longs voyages, soit « par force majeure^ soit par fraude, des déchets consi- « dérables, ce qui n'est pas sans causer de graves « inquiétudes à ceux qui sont chargés du ravitaillement « des placers. L'envoi de pièces lourdes, de machines « perfectionnées est chose à peu près impossible. L'ab- « sence de voies de communication rend très difficile la « surveillance des placers, tant par l'Administration, « que par les propriétaires qui sont, en quelque sorte,à « la merci des maraudeurs et des ouvriers malhonnêtes. « Concessionnaires et travailleurs ont à supporter des « fatigues excessives pour atteindre les lieux deproduc- « tîon, et il arrive souvent que ces fatigues sont telles « qu'à peine rendus ils se trouvent dans l'obligation de
« revenir. Qui saura jamais le nombre de ceux qui « sont restés là-bas, ensevelis au pied d*un arbre ou le « long des berges des rivières ?
« Toutes ces difficultés dont je n'ai énuméré que les « principales, disparaîtront lorsque une voie ferrée « mettra la côte en communication directe avec l'inté- « rieur de la Colonie. Certes s'il ne s'agissait que d'a- « méliorer les conditions dans lesquelles l'or est actuelle lement exploité, la construction d'un chemin de fer <e, de pénétration, dans un pays comme la Guyane, où « la population est disséminée sur le seul littoral, ne se « justifierait peut-être pas. Mais le chemin de fer aura « surtout l'immense avantage de faciliter la découverte « de nouveaux gisements aurifères; il permettra par « l'emploi de machines perfectionnées, de reprendre « des terrains déjà exploités et de mettre en valeur des « gisementsjusqu'ici délaissés comme étant trop pauvres « pour donner des bénéfices. L'exploitation des quartz, « négligée encore aujourd'hui pourra également être <c entreprise avec succès. L'établissement d'une voie « ferrée permet en un mot et c'est là le point essentiel, « d'espérer une augmentation considérable de la pro- « ductiond'or, et par suite un accroissement de richesse « pour tout le pays.
« Au point de vue du relèvement agricole de la « Guyane, la création d'un chemin de fer ne peut avoir « que des résultats heureux. Il ne peut manquer de s'é- « tablir en effet le long de la voie, des centres de culture « importants, que favoriseront la salubrité du climat, « la richesse de terres encore vierges, et la certitude « d'écouler facilement les produits récoltés. L'élevage « du bétail sera, pour les mêmes raisons, rendu plus « facile. Enfin grâce au chemin de fer, il sera possible « de tirer parti des immenses forêts, riches en essences
« précieuses, qui couvrent l'intérieur du pays. Qui sait <i; si, à ce moment, les travailleurs libres attirés par les « nombreux débouchés offerts à leur activité, ne suffi- « ront pas et si le problème de Pimmigration, objet « depuis de si longues années de tentatives infruc- « tueuses, ne se trouvera pas tout naturellement résolu.
« Je pense, messieurs les Conseillers Généraux, qu'il « n'est pas nécessaire que je m'étende plus longuement <c sur ce sujet. L'exposé de la situation économique de « la Colonie, que je viens de vous faire, vous aura, je « l'espère, suffisamment démontré l'utilité d'un chemin <c de fer de pénétration en Guyane, non seulement pour <c le développement de l'industrie aurifère, mais aussi « pour le relèvement de l'agriculture.
« J'aurais voulu, après avoir exposé les considéra- « tions d'ordre général qui rendent, suivant moi, néces- • « saire la création d'une voie d'accès dans l'intérieur « du pays, pouvoir entrer dans le détail du projet qui « vous sera soumis et vous en indiquer les clauses <s: essentielles. Le tracé de la ligne, la durée et l'étendue <c de la concession, les tarifs proposés, la cession de <c terrains le long de la voie, la subvention à verser par « la Colonie, sont autant de points dont j'aurais désiré <c vous entretenir. Le temps malheureusement m'a 4C manqué à cet effet, les projets de convention et de <c cahier des charges ne m'étant parvenus que par le « courrier arrivé ces jours derniers. J'appellerai cepen- « dant votre attention sur ce point que les projets dont « il s'agit, qui feront l'objet d'un rapport spécial de « présentation, ont été préparés par l'Inspection génère raie des Travaux Publics des Colonies. C'est là, pour « l'Assemblée locale l'absolue certitude que ces docu- « ments ont été élaborés, au point de vue technique, « avec toute la compétence et le soin désirables. »
La concession, m'a' été accordée par la Colonie le
19 Janvier igoo et approuvée par le Conseil d'Etat, avec diverses modifications favorables à la Guyane, à la date du 7 Juin 1901. Le texte définitif du Conseil d'Etat a été approuvé de nouveau par le Conseil Général do la Colonie dans sa session extraordinaire de Juillet 1901, et enfin par le Gouverneur de la Guyane et par moimême, le 31 Juillet 1901.
Construction de la voie. — La largeur de la voie, entre les bords intérieurs des rails, sera de un mètre. Le maximum de déclivité est fixé à 25 millimètres par mètre dans le cas .de traction par locomotion à vapeur, et à 35 millimètres si la traction s'opère par moteur électrique. La largeur du matériel roulant y compris toutes les saillies, ne dépassera pas 2'^ 80 et sa hauteur 2*" 75. Il y aura à partir de Cayenne 3 stations distantes d'environ lo kilomètres les unes des autres. Au-delà de cette 2one de banlieue, la distance des gares sera de 20 kilomètres en moyenne.
Les rails seront en acier, du poids de 20 kilogrammes par mètre courant. L'écartement moyen des traverses seradeo™8ô d'axe en axe. La durée des travaux de construction sera de 3 années. Vitesse commerciale,
20 kilomètres à l'heure.
Les roches dominantes en Guyane : gneiss, micaschistes, sont de nature à faire prévoir, qu'en dehors du gfanit proprement dit,, les matériaux de construction,
..entant que pierres susceptibles d'être taillées, seront plutôt rares. Pour le ballàstage des voies, on emploiera soit du sable, soit des grains ferrugineux provenant de
•la «roche à ravets», nom local de la latérite, qui joue un rôle si important dans la constitution géologique de la Colonie, Ces divers éléments qui abondent sur tout le tracé de Içi ligne, fourniront à pied d' œuvre tous les
matériaux nécessaires à la pose et à l'entretien de la voie et de ses annexes, garages, etc.
Cette roche à ravets forme d'ailleurs une excellente plateforme pour la voie et elle tient parfaitement sous des talus très raides qui ne se désagrègent pas par l'action des pluies. D'ailleurs, en Guyane, dès que le sol débarassé de sa végétation forestière voit le soleil, il se couvre d'herbes et de buissons.
Par contre, le déboisement de la voie et de ses environs, représente une dépense assez sérieuse, car il ne faut pas se contenter d'ouvrir strictement la surface nécessaire au passage de la voie et de ses accotements. Si on se bornait là, on serait fréquemment exposé à des interruptions de circulation, dues à la chute des vieux arbres. Il en tombe constamment, et c'est même un danger contre lequel il faut se garer beaucoup plus que de la morsure des serpents venimeux qui pullulent dans la forêt vierge, mais qui sont plus effrayants de loin que de près.
A Cayenne, la position de la gare pour les voyageurs et pour les marchandises a été très heureusement choisie sur l'emplacement de l'ancien Jardin botanique, à côté du camp Saint-Denis. C'est évidemment de ce côté, c'est-à-dire vers le Sud-Est, que la ville est appelée à prendre son développement, en bordure le long de la mer.
La distance entre la gare de départ et le quai de débarquement du canal Laussat est d'environ i .600 mètres. Une voie posée sur la chaussée Laussat, en accotement sur ce quai, permettra le transbordement direct des marchandises importées par allèges et par chalands, sur les wagons et réciproquement pour les produits exportés. C'est d'ailleurs à l'embouchure du canal Laussat dans la rade de Cayenne, que se trouve l'emplacement natu-
rellement désigné pour la création d'un bassin à flot, permettant aux navires <f exécuter leurs opérations à quai, supprimant ainsi les firais^ ékvfe du transbordement sur chalands en rade, auxqu^ sont soumises actuellement les marchandises entrant daa^la Colonie ou exportées par mer.
La création du port de Cayenne a déjà fait IV>^ek d'études assez avancées. Ce travail sera certainemeiil entrepris après que Touverture du chemin de fer aura donné au mouvement maritime une importance suffisante pour motiver la dépense que comportera ce nouvel outillage.
Tarifs. — Dans un chemin de fer comme celui de Cayenne aux placers, pénétrant dans des régions complètement inhabitées, ayant pour but principal de développer l'exploitation des terrains aurifères de Tintérieur et d'exporter les produits naturels du sol, on peut prévoir à la montée des tarifs élevés pour les vivres, les produits fabriqués destinés à l'importation, et en général, tout ce qui est nécessaire à la nourriture et à l'entretien des hommes sur les placers. Les exploitants accepteront d'autant plus volontiers ces tarifs, qu'ils représentent, comme on le verra plus loin, une économie variant de 50 à 80 Vo sur le prix qu'ils paient actuellement pour leurs transports.
A l'exportation au contraire, surtout pour les pror duits que leur valeur intrinsèque interdit de charger de trop de frais, sous peine d'en empêcher la sortie, les tarifs les plus réduits prévus pour les marchandises de la troisième catégorie et dernière à l'importation, sont encore abaissés de 50 °/o.
Voici, en l'état, quels sont les tarifs prévus par lé cahier des charges :
Par voyageur et par kilomètre
( Première classe o fr. 80
Voyageurs {
( Deuxième classe ofr. 40
Bagages et Messageries, par ICXD kilogrammes
et par kilomètre o fr. 40
Chiens et petits animaux, par tête et par
kilomètre o fr. 25
Marchandises par tonne et par kilomètre, pour des
parcours :
Inférieurs k Au-delà de
i5o kilomètres l3o kilomètres
I" catégorie 2 fr. 50 . 2 fr.
2"^ — ... 2 fr. I fr. 50
3°»* — I fr. O fr. 50
Les marchandises de la troisième catégorie à la descente, c'est-à-dire dans la direction de Cayenne, ne paieront que la moitié du tarif ci-dessus.
Le transport de l'or sera payé à raison de 15 francs par kilogramme quel que soit le parcours effectué.
Transport des animaux vivants, par tête et par kilomètre :
l" catégorie; Bœufs, vaches, bêtes de selle
et de trait , ; o fr. 70
2°"^ catégorie : Veaux, ânes, porcs . . , fr. 30
^me — , Moutons, brebis, chèvres.. . . o fr. 15
Pour les animaux transportés par troupeaux, les tarifs ci-dessus- seront réduits de moitié pour chaque tète. en plus de cinq, de la première catégorie, et.de dix des deuxième et troisième catégories.
La première catégorie comprend toutes les marchandises importées dans la Colonie, dont la valeur, à Cayenne n'est pas inférieure à 500 francs par tonne. Les eaux-de-vie et liqueurs alcooliques en- font aussi partie.
Dans la deuxième catégorie sont compris : les vins,
lévS grains, le manioc et tous les produits manufacturés importés qui ne rentrent pas dans la première catégorie, les produits ag^coles de valeur (caoutchouc, cacao, thé, café, bois d'ébénisterie, etc.).
La troisième catégorie comprend les boissons hygiéniques, les combustibles, les matières premières j les matériaux de construction, les 'produits agricoles coriiinuris, les peaux et les engrais.
Trafic. — ^ Quelles sont, dans ces conditions, les prévisions raisonnables de trafic que l'abaissement du prix de la vie sur les placers pourront provoquer? Quelles sont, en un mot, les prévisions de recette de la ligne, aussitôt après son ouverture, c'est-à-dire en ne comptant que sur l'industrie placérienne pour lui fournir ses éléments de transport ?
Il existe normalement en Guyane une population d'environ 8.000 placériens qui est toujours prête à se porter sur les points de la Colonie où elle prévoit qu'il y a de bonnes affaires à tenter. C'est une population essentiellement mobile. Les placériens ne font guère que des campagnes de six mois dans la brousse. Ils reviennent périodiquement à Cayenne pour se ravitailler, se reposer et aussi pour faire un peu la fête. Indépendamment de cette populatioii qui peut être considérée comme à peu près constante, il y a l'immigration des Antilles anglaises et françaises, qui est un facteur essentiellement variable, en relation directe avec l'importance des régions aurifères nouvelles. Des découvertes comme le Carsewène, l' Awa ou l'Inini, sont connues dans les Antilles pour ainsi dire instantanément et amènent alors un flot incroyable de chercheurs d'or doîlt j'ai cherché à donner une idée. Tous les moyens de transport réquisitionnés à des prix fous sont insuffisants pour satisfaire à la demande. Il est certaine-
ment venu au Carsewène, de 1894 à 1896, plus de 20.OCXD mineurs; beaucoup sont morts en voulant franchir les sauts pour arriver sur les placers ou ont succombé sur ces derniers par suite des privations de toute sorte qu'ils enduraient, surtout faute de vivres.
L'ouverture du chemin de fer donnera accès à deux classes bien distinctes d'exploitants :
Ceux qui se contenteront, grâce au coût peu élevé ■des vivres transportés par rail, d'exploiter les placers traversés par le chemin de fer, placers déjà connus et dont les plus riches sont en exploitation, mais dont la plupart sont inexploitables à cause des frais dont sont actuellement grevés les moyens de subsistance.
Cette population peut être considérée comme à peu près stable, en ce sens que ceux qui cj^scendront se refaire à Cayenne, seront remplacés par d'autres en nombre égal.
Une autre série d'exploitants se rencontrera parmi les hommes jeunes et endurcis à la fatigue, qui prendront le chemin de fer pour aller vers T intérieur découvrir de nouvelles régions aurifères en reportant leur base d'opérations à 200 kilomètres de la côte. Ces prospections là sont radicalement impossibles maintenant et seuls, quelques hardis chercheurs, vivant de leur chasse et faisant des échanges avec les débris des tribus indiennes qui existent encore dans le haut cours de rOyapock ou du Maroni, ont pénétré dans un but de prospection aurifère au-delà du Camopi et de l'Inini. Comme toujours en pareille occasion, il se mêle un peu de légende à la vérité : nous savons seulement par Crevaux que toutes les tribus indiennes, jusqu'au-delà des Tumuc-Humac, connaissaient la présence de l'or dans les alluvîons de leurs territoires de chasse mais se gardaient bien d'en divulguer le gisement aux Européens,
sachant par expérience, qu'une fois ces gisements connus, c'en était fait d'eux.
Il résulte de ces diverses considérations, qu'on peut admettre que dès l'ouverture du chemin de fer, une population de 4 à 5.OCX) mineurs au minimum, se portera sur les placers desservis par la ligne.
On sait, d'autre part, que la ration et les accessoires nécessaires par jour à un placérien, représentent un poids d'environ 2 kilogrammes.
Le ravitaillement et l'entretien de 4.CXX) mineurs exige donc le transport journalier de 8.000 kilogrammes de vivres, outils et accessoires, et par an : 2.900 tonnes, disons 3.000 tonnes en chiffres ronds.
On doit prévoir en outre 3 voyages par an et par placérien, total 12.000 voyages.
Recette annuelle. — Examinons la recette annuelle qui résultera de l'exploitation des 100 premiers kilomètres (section Cayenne-Arataye) et comptons toutes les marchandises comme étant de deuxième catégorie. On aura comme recette :