POIDS EN GRAMMES VALEUR EN FRANCS
La Guadeloupe a exporté aussi, en 1900, 38 kg. 552 d'or brut, dont je serais curieux de vérifier Tétat-civil,
n'ayant jamais entendu parler des placers ou de mines d'or dans cette île.
Je n'ai pas besoin de m'appesantir davantage sur l'origine de cet or sorti en contrebande, qui sert soit à payer les produits Martiniquais que nous consommons en Guyane, soit, pour la majeure partie, à éluder le droit de sortie.
Les États-Unis font aussi avec notre Colonie guyannaise, un commerce actif notamment pour les bois, la morue, etc. Nous payons cela aussi avec de l'or qui 'échappe à nos statistiques.
Enfin il est bien certain qu'il reste aux exploitants locaux, propriétaires de mines o\i maraudeurs, une belle marge de bénéfices que la douane est- impuissante aussi à nous signaler. Il est évident que si l'industrie aurifère n'était pas si prospère, elle ne serait pas le but unique des efforts de toute la population et on chercherait dans les succédanés, ne fut-ce que dans les cultures maraîchères, des moyens d'existence moins incertains que le lavage des criques. Au prix où on vend à Cayenne un chou ou une botte de radis, il y a pourtant de belles journées à gagner pour un jardinier connaissant son affaire ! Evidemment, c'est là une situation qui fait gémir ceux qui envisagent l'agriculture comme la base essentielle de toute colonisation durable. Mais c'est une circonstance de fait, contre laquelle il n'y a pas à lutter. Je suis absolument persuadé d'ailleurs que le meilleur moyen d'arriver à cette colonisation agricole , si désirable à tous les points de vue, c'est d'appeler dans le pays beaucoup de bras, chaque paire de bras étant accompagnée d'un estomac qui sera d'autant plus exigeant pour la nourriture qu'il sera mieux à même de se payer des douceurs; or il n'y a que les mines d'or qui soient actuellement susceptible d'amener une situation semblable.
En tout cas, elles produisent un premier résultat que je ne puis passer sous silence : on nous objecte toujours que les Guyanes voisines, la Hollandaise et surtout l'Anglaise, sont beaucoup plus peuplées et beaucoup plus prospères que la nôtre. En ce qui concerne le peuplement, c'est surtout grâce à l'importation des coolies que nos voisins nous dépassent. Quant à la prospérité, j'estime que nous n'avons rien à leur envier, en tant que répgirtition des moyens d'existence dans notre population cayennaise. Il n'y a pas de pauvres en Guyane Française et pour ma part, je n'ai pas souvenir d'avoir vu une seule fois, dans les rues de Cayenne, un mendiant demandant l'aumône : on est assailli par ces malheureux dès qu'on débarque sur le territoire de nos voisins.
En résumé, j'estime que la production actuelle de la Guyane ne doit pas être inférieure, tout au moins dans ces dernières années, à i6 ou i8 millions de francs. C'est là un chiffre considérable, étant donné la faiblesse de la population totale de la Colonie qui n'arrive pas à 30.OCX) âmes, sur lesquelles on ne peut guère compter en temps normal plus de 8.0CXD hommes adonnés à l'exploitation des placers. Ces chiff'res correspondraient à une production annuelle par tête d'ouvrier, d'environ 2.000 francs et par conséquent à un revenu journalier d'environ 7 francs par tête.
Ce dernier chiffre est conforme à la réalité.
l^e taux moyen de la journée d'ouvrier, sur les placers, varie, en effet, entre 3 fr. 50 et 5 francs, suivant le cas. Il faut ajouter à ce chiffre le coût de la ration, qui est fournie en sus, et l'amortissement des frais de transport sur les lieux et des frais de maladie, répartis sur 156 jours, durée normale des engagements d'ouvriers.
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L'année 1901 a été marquée en Guyane par la mise en marche d'une première drague à or, sur la rivière Courcibo, affluent du Sinnamaiy, qui a donné dès ses débuts, des résultats très satisfaisants. Plusieurs dragues antérieures avaient abouti à des insuccès retentissants, de sorte que l'opinion générale dans la Colonie était assez sceptique à l'égard de ces engins. Cependant dès 1897, j'avais reconnu que les placers guyanais présentaient des conditions exceptionnellement favorables pour la réussite du dragage. Le fond de ces placers, ce que les mineurs appellent le bed-rock, est uniformément composé d'un argile généralement grisâtre, nommé «glaise» par les prospecteurs ou de « roche morte >>, décomposée, très tendre aussi, facile par conséquent à enlever au moyen de godets. Cette glaise et cette roche morte donnent d'ailleurs, sur 15 ou 20 premiers centimètres en profondeur, une teneur excellente eu or. C'est là, je le répète, un point capital; car les dragues par leur mode même d'emploi, ne peuvent rien faire sur un bed-rock dur et rocheux.
Les premiers essais de dragage ont échoué princi-
paiement à cause de la faiblesse des appareils employés. On rencontre fréquemment dans les alluvions guyanaises de gros troncs d'arbres, plus lourds que l'eau, qui séjournent indéfiniment sans se pourrir sur le fond des rivières et qu'il faut déplacer ou sous-caver pour recueillir l'alluvion qu'ils recouvrent. En outre on trouve, dans les endroits riches surtout, de grosses pierres qu'il faut pouvoir saisir et changer de place. Ces diverses manœuvres demandent des engins puissants, construits de façon à pouvoir écarter ces obstacles. D'autre part, étant donné les difficultés des moyens de transports, il faut que ces appareils puissent être démontés en très petits morceaux, pouvant être embarqués sur d'étroites pirogues creusées dans des troncs d'arbres, seul moyen de transport pratique dans les rivières Guyanaises entrecoupées par des sauts multiples. Ces divers ordres de difficultés ont été vaincus et- j'ai eu la satisfaction de voir cette première drague, dessinée, construite et installée par mes soins, suivie de plusieurs autres qui sont actuellement en cours de construction ou de nlontage.
Ces appareils peuvent aussi bien travailler dans les rivières proprement dites que sur des placers ordinaires, alimentés simplement par un cours d'eau insignifiant. Dans ce dernier cas, la drague flotte dans le lit même de l'excavation qu'elle fait pour atteindre la couche aurifère : elle se meut dans une sorte de lac artificiel qu'elle ronge incessamment sur une face et qu'elle comble à l'arrière en rejetant les résidus du lavage débarrassés de leur or. Le métal précieux reste dans les sluices établis sur la drague même. On voit par conséquent l'économie du système: l'alluvion est excavée par des godets, lavée dans les sluices et évacuée à l'arrière sans que la main de l'homme ait à intervenir autrement que pour manœuvrer les machines produisant cçs résultats.
En fait, des dragues à or passant de 500 à i .000 mètres cubes par jour de 10 heures, n'exigent comme personnel à bord que cinq hommes seulement ; quant au combustible, c'est du bois, fourni en abondance par l'épaisse forêt vierge qui couvre de son manteau sombre et continu toute la région des placers guyanais.
Dans ces conditions, le prix de revient du mètre cube d'alluvion traité, frais généraux compris mais sans amortissement, ne dépasse pas o fr. 60 c.
Avenir du dras:age en Quyane. — Pour donner une idée du nombre de placers auxquels s'applique cette méthode,je me contenterai de rappeler que les Guyanais n'exploitent pas de placers, au moyen de leurs sluices volants actuels, au-dessous de la teneur dite de « deux sous à la bâtée», correspondant à une valeur de 15 francs par mètre Cube.
Au-dessous de ce chiffre les placers étaient considérés jusqu'ici comme sans intérêt.
Quant au lit même des rivières, on y trouve fréquemment des teneurs de 6 à 8 francs au mètre cube et on peut admettre que la plupart des rivières de la Guyane — et je les ai ou visitées ou prospectées presque toutes — sont exploitables par dragage avec grand profit, même dans leurs parties les plus larges. Ces richesses sont restées jusqu'à présent absolument intactes, non seulement parceque les teneurs ne sont pas payantes par procédé manuel, mais aussi parce que la plupart de ces placers fluviaux, constamment recouverts par une épaisseur d'eau plus ou moins grande, ne peuvent pas être asséchés et mis à découvert par les méthodes guyanaises ordinaires.
On commence d'ailleurs à s'en rendre compte dans la Colonie, car les demandes dé concession pour dragage
commencent à affluer. On a attendu pour se décider, que les plâtres fussent essuyés et que la preuve fût faite. C'est d'ailleurs une des caractéristiques de l'esprit public en Guyane. On est, en ce qui concerne l'exploitation des placers, très attaché aux anciennes méthodes et très sceptique pour tout ce qui est progrès ou emploi de machines. On ne peut donc espérer introduire de perfectionnements dans la Colonie qu'en commençant par payer de sa personne et de sa bourse.
C'est ce que j'ai fait.
Industrie du dngagt en Nouvelle Zélande. — Il est
utile de rappeler à ce propos, le succès rapide des dragues aurifères dans tous les pays où elles ont été introduites par des personnes compétentes. Le dernier Rapport du Ministre des Mines de la Nouvelle Zélande, pays d'origine des dragues à or, est tout à fait net à ce point de vue :
« Pendant le courant de l'année dernière, on a mis en « chantier un nombre considérable de dragues, dans les «: districts de l'Ouest et du Sud. Au 31 Mars 1901, « voici comment se répartissaient ces appareils :
En exploitation 145 dragues
Arrêtées Il »
En changement de place. . . 4 »
En construction 122 »
Total 282
« La tendance pendant ces deux ou trois dernières « années, a été d'augmenter la capacité de dragage des « appareils ; mais il semble que cette augmentation n'a « pas été suivie par des perfectionnements équivalents « dans les dispositifs pour retenir l'or, surtout l'or fin. « On doit aussi regretter l'adoption pour le travail des
« alluvions en plaine (flats), des mêmes types de dra- ^ gués qui convenaient dans le lit même des cours « d'eau. Les conditions dans les deux cas sont entière- « ment diflFérentes. Il est certain que ces difficultés « seront résolues par une pratique suffisante, ce qui « fixera définitivement T essor de cette industrie (l).
La même publication donne le tableau des rendements mensuels d'un certain nombre de dragues à or, pour le mois d'Août 1901. J'en extrais les chiffres suivants :