‹ La Guyenne pendant la domination anglaise, 1152-1453: esquisse d'uneChapitre 2 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'ancienne province d'Aquitaine ou de Guyenne (les deux noms désignent la même région; mais le premier s'emploie de préférence quand on traite de l'époque antérieure au xiiième siècle) correspond à peu près aux deux provinces ecclésiastiques de Bordeaux et d'Auch, à VAquitania Sectmda et à la Novempapulana de l'Empire romain. Vers la fin du vième siècle, elle fut envahie par une peuplade venue d'Espagne» les Vascones. Ces Gascons s'établirent d'abord dans les vallées qui descendent des Pyrénées jusqu'à l'Adour (le Labour d» la Soûle, etc.); ils y conservèrent leur .langue, qui est le basque. Plus tard, ils conquirent le pays de plaines et de landes situé entre l'Adour et la Garonne; mais là, ils apprirent à parler un dialecte issu du latin, apparenté de près à ceux du Languedoc et de la Provence. La Gascogne est surtout une entité linguistique; la Guyenne, au contraire, a toujours été une division religieuse et administrative. Au point de vue politique, la Gascogne a généralement suivi les destinées de la

Guyenne, si bien que ces deux noms ont été souvent associés comme s'ils désignaient une seule et même province.

Il ne paraît pas inutile d'en résumer l'histoire^ depuis le xiième siècle jusqu'au milieu du xvème.

Dans le premier tiers du xiième siècle, le duché d'Aquitaine appartenait aux comtes de Poitou, vassaux du roi de France. En 1162, Aliénor d'Aquitaine, unique héritière du dernier comte et duc, Guillaume IX. ou X. (mort en 1187), épousa Henri Plant egenet, duc de Normandie et futur roi d'Angleterre; elle lui apporta en dot les droits, revenus et prétentions qu'elle possédait dans la vaste région comprise entre la Loire et les Pyrénées, l'Atlantique et le Massif Central. Henri II. d'Angleterre devint ainsi le plus puissant des vassaux de la couronne de France et le rival le plus redoutable des rois capétiens; mais le roi Jean sans Terre ayant été condamné par la cour des Pairs de France à perdre ses fiefs pour crime de forfaiture (1202), Philippe Auguste entreprit d'en faire la conquête les armes à la main. Le traité de Paris (1259) termina ime lutte de cinquante années à l'avantage du roi de France, qui resta maître du Poitou en entier, et en partie de la Saintonge, de l'Angoumois et du Périgord. Le roi d'Angleterre ne conserva plus qu'une petite partie de la Guyenne propre, c'est-à-dire le Bordelais et le Bazadais, la basse Saintonge, des morceaux du Périgord, du Quercy et du Rouergue. Quant à l'Agenais, occupé par le frère du roi de France, Alfonse de Poitiers, il

fut stipulé qu'il reviendrait au roi d'Angleterre après la mort du comte, ce qui eut lieu en 1279. L'article essentiel du traité est celui par lequel le roi d'Angleterre, duc de Guyenne, déclarait devenir l'homme lige du roi de France. Au point de vue féodal, cette dépendance n'avait rien d'humiliant; mais elle créait une situation juridique pénible à supporter pour un roi. Forts de leur droit, les successeurs de Louis IX. ne se firent pas faute en effet d'intervenir dans les affaires intérieures du duché; à leur cour de justice (le Parlement de Paris) ils citèrent plus d'une fois les agents du duc coupables d'abus de pouvoir, et le roi lui-même, qui essayait en vain de couvrir ses fonctionnaires. Après maint procès et plusieurs guerres, Edouard m. secoua un joug devenu insupportable ; le traité de Brétigny (1860) lui rendit tout le Poitou, agrandi par la conquête des riches pays situés entre la Loire et la Charente, et il se fit céder ces terres en toute souveraineté. Le lien féodal était donc brisé. Après la rupture du traité en 1869, Edouard IIL reprit le titre de roi de France usurpé une première fois déjà en 1840, et Charles V., de son côté, prétendit remettre en vigueur les clauses féodales de 1259. Quand la guerre de Cent Ans se termina, faute de combattants, en 1458, cette question de droit resta en suspens; mais en fait les Français avaient réussi à reprendre tout ce que les Anglais avaient possédé en France, moins Calais. Le duché de Guyenne fut désormais perdu pour le roi d'Angleterre.

Le régime anglais n'avait pas été oppressif, moins peut-être même qu'il ne l'avait été en Angleterre; le clergé et la noblesse conservèrent toute la somme d'indépendance compatible avec l'allégeance due à leur suzerain. La bourgeoisie urbaine obtint des privilèges à l'abri desquels se développa sa vie administrative, économique et sociale. Le xinème siècle fut troublé par des factions qui fournirent au roi le prétexte et le moyen d'intervenir dans les affaires municipales: il réussit ainsi à se faire donner la nomination des maires; et ces magistrats, devenus des fonctionnaires royaux, firent bon ménage d'autre part avec la Jurade, corps municipal composé d'un petit nombre de jurés qui appartenaient à l'aristocratie urbaine et qui se renouvelaient par voie de cooptation. A la tête de la province, le roi était représenté par deux agents principaux: le sénéchal de Gascogne, chef politique et militaire, et le connétable (ou comptable) de Bordeaux, chargé de l'administration financière. Ils respectaient d'ordinaire les lois et usages de la province, tout en réservant au pouvoir central les droits de décision et de contrôle. Pour tous ces faits, il faut se référer aux histoires générales de l'Angleterre et de la France au Moyen Age. On ne saurait ici indiquer même les principales; tout au plus peut-on renvoyer à Charles Gross: The Sources and lAterature of English History from the Earliest Times to aboui H85 (2ème édit., 1915), troisième partie, chapitre 2, où sont marqués quelques "auteurs modernes"; on signidera

seulement un petit nombre d'études sur des points importants de l'histoire ou des institutions : Frank Burr Marsh: English Rvle in Gascony, 1199-1269, with Spécial Référence to the Towns (1912); Michel Gavrilovitch : Étude sur le traité de 1259 (bibliothèque de l'École des Hautes Études, W 125); un mémoire de Bréquigny sur Les Différends entre la France et F Angleterre sotcs le règne de Charles le Bel {Mémoires de littérature de V Académie royale des inscriptions et belles lettres, tome XLIème, 1780; réimprimé dans la Collection des meilleures dissertations sur l'histoire de France, de Leber, tome XVIIIème p. 865-442) ;'les études d'Eugène Déprez sur La Papauté, la France et V Angleterre, 1328-1342 (1902); Le Prince Noir en Aquitaine, de J. Moisant (1894); les chapitres consacrés au traité de Brétigny (1860) et sur sa dénonciation en 1869 dans la belle Histoire de Charles V. par Roland Delachenal (tome Xlème, 1909); Les Grands traités de la guerre de Cent Ans, publiés par E. Cosneau (1889), etc.

Pour présenter avec ordre la bibliographie qui va suivre, on a établi les divisions suivantes :

l** Géographie; 2!" Histoire générale; 8°, 4"^ et 5^ Histoire religieuse, féodale et commimale; 6^ Condition des personnes et des terres; 7® Histoire économique; 8^ Art et archéologie; 9^ Langue.

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