DE LA SCOLIOSE HABITUELLE
PAR
Le D« ZANDER,
DIBECTEUS DE L'INSUTUT MÉDICO-MECANIQUK DE STùCKHOUl.
De la scoliose habituelle.
Le traitement de la scoliose, au développement et au perfectionnement duquel je travaille actuellement sans discontinuer, n'est devenu que depuis 1882 une spécialité de l'institut médico-mécanique fondé par moi à Stockholm dès 1865 et qui est encore aujourd'hui sous ma direction.
La scoliose habituelle est la tenue scoliotique du tronc, plus ou moins fixée et consolidée par l'altération des ligaments et des os, et qui a passé ensuite à l'état d'habitude. Physiologique au début, la tenue scoliotique devient peu à peu pathologique, mais ceci seulement quand elle est devenue proprement habituelle, c'est-à-dire quand le sujet prend cette tenue dès qu'il ne se surveille pas attentivement. Nous pouvons alors être parfaitement certains qu'il s'est produit des altérations asymétriques dans les parties constituantes de la colonne vertébrale. Mais quelle est la cause de ces changements? Cette cause se trouve, à mon avis, dans la sédentarité imposée à la jeunesse, à des organismes en pleine croissance, par le système actuel d'éducation scolaire avec ses exigences outrées. Il ne m'appartient pas d'examiner ici même si ces exigences sont légitimes et de quel point de vue elles jieuvent le paraître. Seulement en ma qualité de médecin gymnaste ayant à traiter annuellement des centaines de jeunes filles faibles et surmenées, j'ai été parfaitement à même de constater les suites de la disproportion qui existe entre la somme de travail requise et celle qui peut être exécutée sans danger pour le déve-
loppement physique. Pourquoi n'avons-nous pas d'écoles de tilles où le développement intellectuel qui appartient à une période d'âge plus mûre laisse plus de temps et de place au travail de développement physique? De la sorte les années précieuses de la croissance rie manqueraient pas, faute de soin et d'attention, à la haute mission qu'elles ont de' former un corps sain, vigoureux et résistant; de la sorte on ferait pièce au mal qui nous occupe, mal facile à prévenir et à guérir sous sa forme la plus bénigne, mais qui, une fois parvenu à un certain degré, résiste à tous les efforts de la science.
La tenue scoliotique commence, ainsi que nous le disions, par être physiologique, c.-à-d. que l'épine dorsale prend les ploiements et les torsions compatibles avec sa structure normale. Ces déviations sont une conséquence du fait que les éléments actifs, les muscles, se fatiguent -et se relâchent à un travail sédentaire continu. Viennent ensuite les disproportions ordinaires entre la hauteur du banc et celle de la table et la largeur insuffisante de celle-ci, qui contraignent positivement l'élève à courber la partie supérieure du tronc et cela, en règle générale, vers la gauche, afin de laisser ses coudées franches au bras droit qui écrit. Quand les limites physiologiques du mouvement des articulations sont atteintes et que les mnscles fonctionnant comme ligaments actifs deviennent inactifs, ce ne sont plus les vertèbres qui portent seules le poids du corps, mais aussi les parties ligamenteuses et osseuses qiii arrêtent l'extension du mouvement audelà des limites physiologiques. Le poids du corps est en quelque sorte suspendu à ces parties qui font obstacle. Or, comme c'est le cas journellement et durant des heures pendant tout le cours de la vie scolaire, il n'y a pas lieu de s'étonner si ces parties qui ne sont pas faites pour de pareilles fins cèdent peu à peu sous l'influence, d'une part, de la pression et d'autre part, de l'allongement et du relâchement des cartilages et des ligaments. Ajoutons à cela que la pression qui pèse sur les vertèbres ■ dans
5 fi
une scoliose est peu à peu portée sur la moitié concave à mesure que les vertèbres dévient de la ligne de gravité du corps, d'où résulte la déformation cunéiforme du corps de la vertèbre. En outre, les altérations même insigniiiantes des parties constituantes de l'épine dorsale, vicient le mécanisme entier, apportent des difficultés ou des obstacles à la tâclie des muscles, laquelle est de ramener la colonne vertébrale à sa tenue droite, et rendent confuse la conscience que le sujet a de sa tenue.
Aussi dès que la scoliose a atteint un certain degré, si faible soit-il encore, elle montre une tendance de plus en plus grande à se développer. Abandonnée à ellemême, elle augmente fréquemment avec une effrayante rapidité, et l'on doit s'estimer heureux si, arrivée enfin sous traitement, elle peut être arrêtée dans son développement ultérieur. Même les cas qui offrent encore des cbances d'amélioration mettent l'habileté et la patience de l'orthopédiste à une rude épreuve, surtout lorsque, comme c'est l'ordinaire, les 7 à 8 heures de travail à l'école et à la maison viennent renverser ce que la gymnastique médico-mécanique a édifié en une heure. La lutte est trop inégale. Je n'en ai pas moins obtenu des résultats même dans les cas où je désespérais presque, et des résultats tels que selon ma conviction il n'y aurait plus de scoliose habituelle grave, si l'on voulait accorder au traitement un temps assez long et proportionné aux difficultés à surmonter et si le combat contre la tenue scoliotique n'était pas, comme il arrive si souvent, engagé trop tard.
Si le traitement était au contraire plus concentré dans les premiers temps et appliqué avec énergie et persévérance, les courbures seraient tout d'abord écartées, et plus tard on n'aurait à suivre qu'un traitement préservatif exigeant beaucoup moins de temps et approprié à fortifier le corps en général. Une heure de gymnastique par jour serait du moins indispensable, attendu que les causes productrices de la scoliose étendent leur in-
rtuenee sur toute la durée de la période scolaire et que l'on doit donc soigneusement éviter les rechutes.
Un traitement concentré tel que je me le figure ne serait pourtant praticable que par la création d'instituts orthopédiqiies où les sujets seraient en même temps pensionnaires et où tout viserait à les soumettre la journée entière aux influences correctrices, où les études, sans être négligées, seraient du moins organisées de manière à ne pas porter préjudice à l'objet principal de l'établissement. J'ai la ferme conviction que six mois à un établissement de cette espèce feraient plus que deux ans du traitement ordinaire: en biver, une heure de gymnastique par jour, en été peut-être pas de traitement du tout.
Pour en revenir au traitement dans mon institut, le principe dirigeant est de faire agir sur les sujets, pendant l'heure de gymnastique, des influences correctrices aussi continues et aussi vigoureuses que possible. U faut à toute force prévenir ou contrarier les modifications asymétriques qui se présentent bientôt, et qui • augmentent sans cesse dans les parties inactives de l'épine dorsale. C'est comme si toutes ces altérations formaient un plan incliné à inclinaison toujours croissante et sur lequel le poids du corps pèse incessamment. Nos efforts doivent donc tendre à retourner le sens de l'inclinaison, de façon que les eifets de la pression se produisent sur les deux moitiés des vertèbres et des cartilages intervertébraux. De cette manière la flexibilité, égale des deux côtés de la colonne vertébrale, sera rétablie, et la tendance à ployer l'épine dorsale toujours d'un seul et même côté sera contrariée.
Cette partie statique du traitement pendant laquelle le sujet reste complètement passif peut s'efPectuer de diverses manières. Seulement il est essentiel que les muscles coopèrent à l'œuvre de redressement. On sait les changements que subissent la tonicité et l'élasticité quand les points d'insertion des muscles sont rapprochés
ou éloignés les uns des autres pendant quelque intervalle de temps. Si l'on reste assis quelque temps courbé en avant, on ne peut pas se redresser avec autant d'aisance qu'immédiatement après le ploiement et cette difficulté est d'autant plus grande que les muscles sont plus faibles. Il faut donc exercer et fortifier les muscles non pas seulement à l'eff'et de contribuer à la transformation des parties inactives, mais aussi pour les maintenir euxmêmes en vigueur. Aussi longtemps que la courbure de l'épine dorsale est raide et fixée, les muscles ne peuvent naturellement pas contribuer à son redressement; mais dès qu'un certain degré de flexibilité est appréciable dans la scoliose, le muscle a l'importante mission de maintenir droits aussi longtemps que possible les ploiements et de contribuer ainsi à la répartition de la pression normale sur les vertèbres déformées.
Le traitement statique doit être combiné avec le traitement dynamique: ils se complètent mutuellement et ne peuvent l'un sans l'autre conduire au résultat désiré.
Pour être à même de traiter conformément à ces principes les difi'érentes espèces de scoliose, les appareils médico-mécaniques que j'avais construits auparavant ont pu être utilisés en partie, mais n'ont plus suffi, et j'ai dû construire encore quelques appareils plus sj)écialement orthopédiques, comme aussi 3 appareils de mensuration.
Les appareils orthopédiques forment deux groupes: a) Appareils pour les redressements passifs (dits «appareils K»).
Ces appareils sont destinés à exercer une action correctrice au moyen de pressions convenables appliquées sur les déviations anormales de la colonne vertébrale. A l'aide de ces corrections on produit d'une part l'allongement des muscles et des ligaments rétractés, qui soudent les vertèbres entre elles dans une position oblique ou tordue, et on décharge d'autre part la portion du disque
intervertébral placée dans la concavité de la courbure, tandis que la portion située dans la convexité est soumise à une pression plus forte.
Cet effet est augmenté dans certains appai^eils quand le sujet occupe une position couchée ou suspendue, ce qui supprime la charge qui pèse sur l'épine dorsale ou ce qui fait même concourir une partie du poids du corps à l'extension passive de l'épine dorsale.
b) Appareils pour les redressements actifs (dits cappareils h').
Ces appareils exercent une action correctrice sur les déviations anormales de l'épine dorsale, soit activement par l'exercice des muscles qui influent sur la tenue et sur la courbure de la colonne vertébrale, soit par des dispositions qui en corrigent passivement les déviations anormales.
Les appareils de mensuration sont:
L'appareil de mensuration du tronc; — l'appareil de mensuration des sections transversales du tronc; — ■ la chaise avec siège à inclinaison.
De ces appareils cehii de mensuration du tronc est le plus important, et c'est seulement lorsque j'ai réussi à en réaliser un convenable que j'ai pu prendre un grand intérêt au traitement de la scoliose. Il me semblait en effet que, pour traiter cette affection par des procédés vraiment scientifiques, il fallait de toute nécessité être en possession d'un instrument au moyen duquel on xnd aisément déterminer la tenue et la forme du corps, d'un instrument qui pût être appliqué régulièrement et avec la plus grande précision, de façon à fournir un diagnostic sûr et à permettre d'apprécier avec une exactitude suffisante l'effet des différents mouvements et le résrJtat général du traitement.
De toutes les méthodes employées jusqu'alors pour examiner et contrôler la scoliose, aucune ne me donnait de renseignement sûr et clair au sujet d'un facteur mécanique dont la connaissance me semblait indispensable
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pour comprendre pleinement chaque cas spécial et pour individualiser le traitement. Par ce facteur mécanique j'entends la tenue (V enscmhle du sujet quand on l'invite k prendre sa position>aturelle et sans contrainte. Chacun de nous a une certaine tenue qu'il a prise inconsciemment, 2mr l'effet de l'habitude et qu'il peut conserver pendant une asscs^ longue période de temps, parce que c'est dans cette position que le mécanisme du dos est en équilibre et que le moindre eflFort est requis des muscles. Cette tenue est le résultat en j)remier lieu de facteurs statiques, à savoir la forme anatomique actuelle des parties de l'épine dorsale, et en second lieu de facteurs dynamiques, à savoir la force de tension et d'élasticité des muscles. Or c'est précisément dans cette tenue — la position en équilibre, pour ainsi l'appeler, — que nous aurons une image destinée à servir de point de départ au traitement. Notre tâche consiste à changer la position anormale d'équilibre en une position normale, lu tenue scoliotique en une tenue aussi droite (que possible. Invité à se tenir sans contrainte, le sujet prend instinctivement sa position naturelle d'équilibre et il peut la garder tant (jue dure la mensuration. Il peut bien se produire quelques mouvements involontaires, mais alors le corps est ramené comme une force élastique à la position d'équilibre: des mouvements involontaires de cette espèce n'induiront donc pas en erreur le médecin expert à la mensuration. En tout cas il n'aura pas de peine à reconnaître comme telles des fautes consignées sur le registre de mensuration ou sur le diagramme.
C'est principalement des déviations latérales de la colonne vertébrale ou de ce qu'on appelle la scoliose habituelle que j'ai fait l'objet de mon traitement. Les cas qui se distinguent par une forte torsion du thorax ne peuvent être traités avec des chances d'amélioration qu'en ce qui touche l'état général de la santé, l'amendement de la tenue et l'accroissement de force et d'élasticité dans les mouvements du corps. En revanche, les scolioses
même très (.'onsidérables (scolioses simples de 20 à 25 millim., scolioses doubles ou à forme d'S de 10 à 15 millim.) et les déviations rigides peuvent être parfaitement améliorées et même complètement redressées, s'il n'v a pas de torsion du thorax ou s'il ny en a qu'un très faible degré. Ce sont aussi les adultes d'entre 20 et 30 ans qxù avec de pareilles déviations présentent de bonnes chances de guérison. Les résultats les plus rapides et les plus complets sont pourtant ceux qu'on obtient dans les déviations encore flexibles, lesquelles disparaissent presque par la seule suspension du sujet, les bras étendus. La durée du traitement est subordonnée aux progrès réalisés et aux influences qui favorisent et provoquent la scoliose, telles que la mollesse des tissus pendant la période de croissance, la sédentarité continuelle dans une position courbée et toutes les causes d'afi'aiblissement pour la constitution générale. Dans des circonstances défavorables le traitement doit être continué pendant des années avec les intervalles les plus courts possible : de longues interruptions font perdre non seulement le bénéfice des résultats acquis, mais aussi l'avantage de l'époque la plus favorable pour triompher du mal.
Les mensurations exactes qui ai^partiennent en propre à ma méthode me permettent de montrer sous forme de statistique les résultats du traitement. Si l'on rapproche entre elles les données numériques des 7 dernières années, on voit que le chifî're des améliorations obtenues a été:
sur 280 scolioses simples avec vine déviation moj^enne de 16,9 mm- de 53,3 en 15,3 semaines;
sur 141 scolioses doubles avec une déviation moyenne de 24,8 mm. de 38,3 Y» en 16, g semaines. Si nous considérons que dans ces statistiques sont compris tous les cas traités, même ceux qui, pour avoir été soumis trop tard au traitement, offraient très peu de chances d'amélioration, mais qui devaient poui'tant y être soumis afin de prévenir l'aggravation du mal; si nous considérons
en oiitre que les causes productrices et conservatrices de la scoliose agissent presque toute la journée alors que
le traitement est limité à une seule heure par jour,
cela étant, nous verrons dans les moyennes citées plus haut et constatant l'amélioration obtenue en 16 à 18 semaines la preuve que la méthode de traitement est juste en principe et capable d'effets bien plus considérables encore dans des circonstainces plus propices.
C'est afin d'éprpuver dans de pareilles circonstances ma méthode de traitement quiè^ j'ai établi, dans les années 1891 et 1892, une section de mon institut, section orthopédique d'été, au bain de mer de Fnrusund tout près de Stockholm. Là je pouvais réaliser les conditions suivantes: libération complète de tout travail scolaire et de tout exercice au piano avec la sédentarité continue et la surexcitation nerveuse qui en sont les conséquences, séjour à la campagne et an meilleur air, bains de mer, traitement gymnastique deux fois par jour et orgamsation. de tout le reste de la journée uniquement en vue de la fin poursuivie, à savoir la correction de la scoliose et l'amélioration de la santé, — et de la coopération de tous ces facteurs j'espérais obtenir de meilleurs résultats. Les expériences acquises ont justifié mon attente. Durant un traitement moyen de 9 semaines l'amélioration a été:
sur 30 scolioses simples avec ime déviation
moyenne dç 18,f, mm. de 62,4 %
sur. 19 scolioses doubles avec une déviation
moyenne de 32,6 mm- ... . » 46 %
sur 2 scolioses triplés avec une déviation moyenne de 27mni- ) 50 %
et encore la déviation moyenne avait-elle été, comme le montre une comparaison avec les eliifi'res, du traitement d'hiver, supérieure d'environ 10 % à 34 % à celle des sujets traités pendant cette dernière saison.
D'' G. Zander.
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Flexion des jambes.
Roulement des pieds.
Extension du trône (position debout).
Flexion latérale du tronc.
Dilatation de la poitrine.
Vibration de tout le corps (comme en équitation).
Percussions du tronc et des bras (grandeur I).
Frottement des bras.
Frottement des jambes.
Frottement circulaire à l'abdomen.
Suspension latérale.
Pression unilatérale (position couchée).
Combinaison des appareils A3 et Dl.
Mensuration des sections verticales du tronc.