Diverses autres lésions
Ces proportionnelles sont prises sur un total de 141(3 lésions traitées pendant ces trois dernières années.
Les fractures d'os, qui d'après le tableau précédent composent à elles seules presque la moitié des affections traitées, ont pour suites les mêmes troubles fonctionnels, ou peu s'en faut, que les lésions des parties molles, les contusions, les luxations et les autres blessures, et conséquemment elles présentent — pour autant qu'il s'agit à tout prendre d'altérations réparables — les mêmes problèmes thérapeutiques au traitement mécanique con- .sécutif. Au premier rang viennent, soit comme suites directes de la lésion, soit comme suites indirectes (causées par l'inactivité, les bandages serrés, etc.) de l'accident, les troubles de l'activité des muscles et des articulations: ce sont ainsi les altérations musculaires et articulaires qui offrent à la mécano-tbérapeutique le point d'attaque entre tous le plus fréquent, elles forment le domaine où d'après un jugement compétent la mécanothérapeutique règne souverainement. Dans les muscles il s'agit régulièrement d'états atoniques et atrophiques (diminution de la substance musculaire et amoindrisse-
ment de la capacité de travail) comme aussi d'altérations dans les conditions mécaniques et circulatoires du muscle (rétractions, amoindrissement de l'élasticité et aussi stagnations et infiltrations).
Aux articulations se rapportent les agglutinations, l'ankylose du revêtement cartilagineux, les infiltrations et atrophies de l'appareil capsulaire et ligamenteux, comme aussi l'épaissement de la synovie, et encore, mais moins fréquemment, l'augmentation du contenu liquide des articulations, la dilatation excessive et le relâchement des capsules et des ligaments. Pour la fonction il en résulte le plus souvent une limitation de la mobilité articulaire (contracture) et aussi, mais plus rarement une augmentation anormale de la mobilité des articulations.
A côté de ces altérations des muscles et des articulations, viennent s'offrir au traitement mécanique, mais relativement moins souvent, des altérations de la gaîne des tendons (aukyloses à la suite d'inflammations passées), infiltrations et extravasements dans les parties à tissu lamineux et enfin altérations cicatricielles de la peau.
Outre ces tâches spéciales que doit remplir le traitement, il en est encore une importante: c'est le relèvement de l'état général des forces et de la nutrition, surtout quand un assez long séjour au lit, une grave infection de la blessure ou un état de langueur à base nerveuse ont été les suites de la lésion.
Dans la solution de tous ces problèmes thérapeutiqires qui viennent d'être esquissés, la gymnastique médico-mécanique permet une marche sûre et pleinement concertée. Quant à ce qui regarde le rétablissement de la fonction du muscle, grâce à la construction des appareils Zander, laquelle tient un compte exact des lois physiologiques de l'activité musculaire (v. p. 39 — 41), l'exercice des muscles peut, dans la mesure du possible, être entamé. Chacun des différents groupes de muscles peut
être exercé pour soi et la résistance peut, comme nous l'avons vu. être exactement appropriée à l'état variable des forces du muscle; elle peut, si les circonstances l'exigent, commencer par des doses minima, puis être au2:mentée ori-aduellement, en conformité avec le retour progressif de la force musculaire, pour atteindre enfin peu à peu, et toujours avec une appropriation rigoureuse à la capacité de travail du muscle, une hauteur correspondant aux conditions normales de force. Le sujet voit désigner sur son ordonnance de mouvements le degré de résistance qu'il vient de pouvoir accomplir aisément et sans surmenage. La fois suivante, on lui remet à l'appareil exactement la même résistance; c'est seulement quand cette dose de travail apparaît comme trop légère, que la ré.sistance est haussée d'un degré sur l'échelle et que l'accroissement de forces corrélatif est augmenté sur l'ordonnance. De la sorte le progrès réalisé peut être sûrement fixé et être employé aussitôt au rétablissement ultérieur de la force musculaire. A l'appui des exercices actifs qui sont incontestablement à même de pourvoir au plus vite à la formation de noi;velles fibres musculaires et à l'amélioration trophique de celles qui existent, viennent encore le massage du muscle, le frottement et le tapotement, dont l'emploi a pour effet d'augmenter les échanges dans le muscle et d'inciter racti\-ité de résorption à enrayer les produits pathologiques éventuels.
Pour exercer les articulations à fonction pathologiquement limitée, on emploie, à côté du massage articulaire, des mouvements actifs et passifs, et parmi les opérations mécaniques surtout la vibration. Dans l'exécution des mouvements passifs destinés à rendre à l'articulation sa mobilité, les appareils Zander sont, comme nous l'avons déjà vu p. 43, particulièrement efficaces grâce à leur fonctionnement régulier qui conserve exactement l'amplitude une fois établie. L'emploi de ces appareils évite au sujet des douleurs superflues et une tension des
muscles qui entrave l'exercice. La répétition régulière et multiple du même exercice a pour effet de détendre l'articulation roidie, de dilater les capsules et ligaments, d'aplanir et: d'agrandir les surfaces de glissement. Dès qu'un certain degré d'amplitude est aisé et possible sans douleurs, l'ajustage; de l'appareil est changé et l'amplitude ■ un : peu élevée. Les numéros qui s'y rapportent figurant sur l'ordonnance d'exercices permettent chaque fois de constater l'extension des mouvements dans l'articulation d'aj)rès les différentes directions de mouvements en ce point.
Pour le traitement des inflammations de la gaîne des tendons à la période cicatricielle, pour les infiltrations et extrayasements du tissu lamineux, comme aussi pour les altérations cicatricielles de la peau, ce sont, parmi les opérations mécaniques, les vibrations et le tapotement, aidés des mouvements passifs, qui sont d'un emploi convenable. S'agit-il enfin de relever l'état général des forces et de la nutrition, un degré de faiblesse particulièrement élevé exige-t-il des précautions minutieuses, la gyranastique médico-mécanique, avec son dosage exact, rentre dans ses droits. En pareil cas c'est d'abord une tâche d'exercice très restreinte qui est ordonnée, et mime au besoin, pour commencer, des mouvements purement passifs à l'effet d'activer la circulation, de. stimuler les échanges; puis ce sont les mouvements actifs les plus aisés avec de faibles résistances qui sont insérés sur l'ordonnance d'exercices, et ensuite, progressant avec les forces mêmes du patient, c'est la série graduelle des exercices plus énergiques et plus fatigants et ce sont aussi de plus fortes résistances qui sont prescrites.. La possibilité de doser les mouvements se montre ici tout particulièrement précieuse : elle préserve du surmenage et des pas en arrière. Il est réjouissant de voir comment avec une utilisation semblable et systématique de la thérapeutique mécanique, la force cardiaque reprend, comment la respiration redevient profonde, comr.
meut l'appétit et rassiiiiilation augmentent, comment enfin les dispositions se relèvent à mesure que grandit le sentiment général des forces et la capacité de travail accrue.
Outre les avantages décrits que développe la thérapeutiq\ae mécanique, sous la forme où Zander la présente, dans le traitement consécutif des lésions, elle mérite encore notre tante considération pour les services qu'elle rend dans l'observation et l'expertise des blessés convalescents comme moyen éprouvé de juger la capacité de travail.
Du moment que nous avons dans les appareils de résistance, xine mesure exacte de la force musculaire et que l'ordonnance de mouvements, avec ses dates, nous donne un tableau très clair de la capacité de fonction des divers groupes de muscles — tableau qui, fixé et conservé, peut être utilisé à titre de document comparatif, soit chaque fois par le même observateur, soit plus tard par tout autre expert — dès lors nous ne sommes plus uniquement rédviits comme auparavant à l'impression générale, impression peu facile à décrire, encore moins à fixer numériquement. Nous sommes sur un terrain solide et plus sûr: nous avons des mesures et des chiffres. S'il arrive qu'un blessé convalescent, comme cela a lieu assez fréquemment, conteste l'augmentation de forces acquise pendant le traitement, ou qu'on ne puisse ni constater de visu qu'il s'en soit produit ni le démontrer par la méthode ordinairement pratiquée et qui n'est pas exempte de causes d'erreur, c.-à-d. par le mesurage des dimensions des membres, nous avons en pareil cas, dans les dates de l'ordonnance d'exercices, la preuve certaine et péremptoire qu'en fait et dans le cas con.sidéré, un accroissement de la force musculaire s'est produit, et nous pouvons exprimer en kilogramraètres cette plus-value.
La simulation de faiblesse et d'asthénie à laquelle se plaisent souvent les sujets traités est difficile à sou-
tenir jusqu'au boi;t avec les appareils Zander; plus d'une fois nous avons été à même, grâce à l'emploi de ces derniers, de démontrer la fausseté de telle ou telle faiblesse des bras ou faiblesse des jambes prétextée ou fallacieusement invoquée, et cette démonstration nous a été aisée parce que, sans que le sujet en question pfit le voir, nous lui imposions de fortes résistances qu'il surmontait ensuite sans effort visible. Si le blessé convalescent qui s'est prétendu incapable de soulever quoi que ce soit du bras droit, prouve ensuite, à l'appareil de flexion du bras, qu'il peut soulever 30 à 40 livres à l'aide de ses muscles fléchisseurs, nous savons exactement à quoi nous en tenir sur ses indications et ce que nous sommes en droit de lui demander.
Si nous avons relevé dans les lignes qui précèdent, et grâce à l'expérience de longues années les avantages des appareils Zander dans le traitement consécutif des lésions, nous sommes bien loin de vouloir par là déprécier la valeur d'autres métliodes, telles que le traitement par l'électricité et par le massage. Il restera toujours à combiner les différents moyens d'action de la thérapeutique de la manière la plus favorable au cas considéré, et cet emploi simultané et judicieux conduira d'autant plus vite au but et mûrira des effets d'aiitant plus salutaires qu'on y aura eu recours plus tôt et avec plus de circonspection.
D'- G. Schûtz.