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La gymnastique raisonnée

Le 18 avril 1868, à la suite de la mission que nous avait confiée M. le Ministre de l’instruction publique, d’étudier l’enseignement de la gymnastique en Europe, nous lui adressions un rapport, dont les conclusions furent reproduites et appuyées par presque tous les grands journaux de Paris.

Ce rapport contenait le passage suivant :

Si j’avais personnellement le droit de me prononcer snr ce point, je n’hésiterais pas à aller plus loin que ne le font les Allemands eux-mêmes :

Je voudrais que pour rétrécir le domaine de la caserne, on élargît presque outre-mesure celui de la salle de gymnastique, et qu’indépendamment des mouvements de troupe, portés à un si haut degré de perfection chez les enfants de nos voisins, le maniement de l’arme à feu devînt obligatoire dans la seizième année pour toutes les classes sociales et tous les degrés d’éducation.

D’après les résultats qu’il m’a été permis de constater, je formule cette conviction profonde qu’un jeune homme qui, depuis l’âge de huit ans jusqu’à l’âge de seize ans, aura constamment fait l’école du soldat et l’école de peloton, et qui, de sa seizième année jusqu’à sa vingtième, aura manié les armes de combat trois fois par semaine, qui enfin aura subi pendant un an le régime exclusivement militaire sans adoucissement ni faveur par-

ticulière, je suis convaincu, dis-je, qu’un tel jeune homme sera un excellent soldat, car il le sera devenu sans effort et presque sans s’en douter. N’ayant enfin qu’une année de service effectif à fournir, la défense de son pays ne lui apparaîtra plus comme une lourde et pénible servitude, mais bien comme un agréable devoir que toute Ame bien née doit être fière d’accomplir.

Ce rapport concluait enfin à l’enseignement obligatoire de la gymnastique et des exercices militaires dans l’enseignement à tous les degrés.

Le 1®'' août 1868, nous adressions au Ministre de la guerre une lettre trop longue à relater ici, dans laquelle nous exprimions le vœu que la garde nationale mobile ne fût pas un vain mot, et que les jeunes hommes appelés à en faire partie fussent initiés aux manœuvres militaires.

cc Le but que nous poursuivons, écrivions-nous au maréchal Niel, est double :

1° Faciliter pour quelques-uns, ainsi qu’il est dit dans la non velle loi, l’exemption des exercices périodiques de la garde mobile.

2° Généraliser le goût des armes si nécessaire dans notre pays, en présence de la nouvelle situation politique de l'Europe. »

Voici quelle fut la réponse du Ministre au projet que nous lui soumettions :

Vous m’avez écrit pour me proposer d’ajouter aux exercices corporels enseignés dans votre établissement un cours d’instruction militaire préparatoire spécialement destiné aux jeunes gens appelés à faire partie de la garde nationale mobile et, dans ce but, vous avez demandé le concours de l’administration de la guerre pour qu’il fût mis à votre disposition, non seulement une centaine de fusils nouveau .modèle, mais encore une douzaine d’instructeurs empruntés à l’armée.

Tout en appréciant l’intention qui a dicté votre proposition, je ne puis, quant à présent, qu’en garder note, me réservant de statuer lorsque l’organisation de la garde nationale mobile,

actuellement en cours d’exécution, sera complétée; je vous adresse néanmoins mes remerciements pour vos offres de service.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération très distinguée .

Le Ministre, Secrétaire d’Etat de la Guerre ; pour le Ministre et par son ordre.

Le colonel, directeur adjoint, HARTING.

Paris, le 1®'' août 18ü3.

Le 15 mars 18G9, nous adressâmes au Ministre uu rappel de noire demande qui demeura sans réponse.

Le 10 février 18G9,nous soumettions un projet d’organisation de renseignement de la gymnastique dans les écoles primaires, à M. le Préfet de la Seine, qui nous répondit dans les termes suivants :

J’ai examiné, avec intérêt, le projet relatif à l’introduction de l’enseignement de la gymnastique dans les établissements primaires de Paris, que vous m’avez adressé.

Je vous remercie de cette communication ; mais je ne puis, quant à présent, lui donner aucune suite. D’une part, les écoles primaires de Paris ne reçoivent que des externes ; de l’autre, le temps nécessaire au succès des exercices gymnastiques ferait absolument défaut. En outre, les préaux actuels de nos écoles ne sont pas assez vastes pour y faire manœuvrer à la fois un grand nombre d’enfants.

Toutefois, je fais classer le document que vous avez bien voulu me soumettre afin d’y recourir, si les circonstances le permettaient.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

Le Sénateur, Préfet de la Seine ; pour le Préfet et par délégation :

Le Directeur de l' Administration préfectorale, Michel MORING.

Paris, le 4 mars 1869.

A la suite de cette fm de non-recevoir, nous soumîmes à la fois au Préfet de la Seine et au Ministre de l’Instruction publique, une méthode permettant d’exercer simultanément un très grand nombre d’enfants.

sans professeur ni local spéciaux, et sans l’emploi d’aucun appareil.

Ce projet demeura sans réponse.

Les 15 décembre 1868, 15 mars et 15 avril 1869, nous posions dans notre journal: le Moniteur de la Gymnastique, les bases de l’Union fédérale des Sociétés de gymnastique de France. Aussitôt après la guerre, nous reprenions énergiquement cette idée dans le même journal, et fondions la Société nationale autour de laquelle d’autres sociétés vinrent plus tard se grouper pour constituer cette fédération aujourd’hui si pleine d’avenir.

Nous avions déjà tenté, au mois de mai 1868, d’organiser à Paris une grande réunion des Sociétés de gymnastique de tous les pays, afin de taire connaître l'importance qu'on accordait ailleurs aux exercices du corps et les etfets remarquables obtenus par les jeunes gens qui se livrent régulièrement à ces pratiques fortifiantes. Nous avions même adressé, à cet effet, au Ministre des Beaux-Arts, une demande à laquelle il fit la réponse suivante :

Vous m’avez demandé l’autorisation d’organiser dans le Palais de l’Industrie, une série de concours des Sociétés de Gymnastique.

Ce Palais ne pouvant être libre jusqu’à la fin de l’année, je regrette de ne pouvoir accueillir votre demande.

Eecevez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

Pour le Ministre, et par autorisation :

Le Conseiller d’Etat, secrétaire général, A. Gautier.

Paris, le juin, 1868.

Le 20 novembre 1870, dans un rapport adressé à

M. le ministre de l’Instruction publique, nous exposions longuement les conditions dans lesquelles il nous paraissait que la gymnastique et renseignement préparatoire militaire dussent être organisés dans notre pays. Notre rapport concluait ainsi:

J’ai dit et je répète :

Que les heures consacrées à la gymnastique, ne doivent pas être prises sur les heures des récréations ;

Que l’enfant a droit à sa récréation pour se distraire, et droit également à la gymnastique pour gagner des forces et s’acheminer vers cette virilité qui manque visiblement à presque toute notre jeune génération ;

Que l’enseignement de la gymnastique scolaire a été jusqu’à ce jour mal compris dans notre pays, faute de professeurs spéciaux, d’appareils modernes et d’une méthode uniforme.

Je formule ce vœu qu’à l’avenir cet enseignement soit organisé avec l’intelligence et la sollicitude qu’il comporte, parce que la gymnastique scolaire, livrée plus longtemps à des mains inhabiles, fera ainsi défaut à notre pays, alors qu’il en a le plus urgent besoin .

Je demande avec instance la création d’une Ecole Normale de Gymnastique civile, qui forme des professeurs pour les écoles, rien que pour les écoles ;

Qu’un professeur spécial soit attaché à chaque Lycée, à chaque Collège, à chaque Ecole Normale primaire, mais qu’il ne puisse exercer cet emploi qu’après avoir suivi, pendant un temps déterminé, les cours de l’Ecole Normale de Gymnastique civile et pu justifier de connaissances suffisantes, tant au point de vue physique qu’au point do vue scientifique ;

Que dans l’enseignement primaire, gratuit ou payé, les principes élémentaires de la gymnastique et de l’école du soldat soient, autant que possible, démontrés par l’instituteur lui-même.

Les professeurs des lycées, ceux des collèges communaux et des Ecoles Normales primaires, sortant du grand Institut gymnastique, seront parfaitement à même de transmettre cet enseignement aux instituteurs primaires de leur résidence respective .

Je demande enfin que tous les élèves, depuis celui de septième jusqu’à celui de philosophie ou de mathématiques transcendantes, passent, à tour de rôle, une heure au moins par jour dans la salle de gymnastique ;

Qu’un seul professeur ne puisse exercer à la fois plus d’une quarantaine d'enfants aux mc-uvements d’ensemble, plus de quinze aux mouvements d’application ou exercices aux appareils ;

Qu’à cet effet, dans les Lycées de Paris, qui comptent un nombre considérable d’internes ou de demi-pensionnaires, un ou plusieurs aides pris parmi les aspirants professeurs de l’Ecole Normale de Gymnastique civile soient adjoints aux professeurs du lycée ;

Que les mouvements élémentaires de l’école du soldat soient enseignés à tous les élèves âgés de moins de 11 ans; qu’au-dessus de cet âge, ils apprennent le petit maniement d’armes;

Qu’à partir de quinze ans, on complète l’instruction militaire de ces jeunes gens en leur faisant exécuter l’école de peloton dans son entier, l’escrime à la baïonnette et l’école de tirailleurs ;

Que sur l’heure affectée quotidiennement à la gymnastique, vingt minutes soient consacrées à l’instruction militaire pour les jeunes élèves, et que cette même instruction absorbe la moitié de l’heure pour les élèves des classes supérieures ;

Que tous les appareils nuisibles, tels que le trapèze (engin dangereux, avantageusement remplacé aujourd’hui par la barre fixe et la barre mobile), le h'cm/jZm, appareil de cirque et non de gymnase, qui offre ce grave inconvénient d’habituer l’élève à prendre un élan factice sur un terrain factice), que tous les appareils faux ou surannés soient rayés du programme ministériel ;

Et que le manuel de la gymnastique scolaire soit divisé en trois parties séparées : la première, destinée aux jeunes garçons de 7 à 11 ans (élèves des lycées, des collèges et des écoles primaires) ; la seconde, aux élèves de 11 à 15 ans ; la troisième, aux élèves au-dessus de cet âge ;

Que cette théorie soit mise au concours et qu’on adopte celle qui sera reconnue la plus claire, la plus rationnelle et la plus pratique.

La France est le seul grand pays où la gyninastique ait été jusqu’à ce jour, considérée comme un agréable passe-temps et non comme une des choses les plus sérieuses qui puissent solliciter l’attention des gens graves.

Il est temps cependant de tremper nos enfants dans le Styx !

Il est temps de substituer à l’éducation désastreusement exclusive de notre époque une éducation rationnelle et virile, afin que l’âme et le corps se développent dans un constant et complet état d’harmonie.

Il est temps, enfin, do se souvenir que ce qui, par-dessus tout.

peut faire une nation forte et énergique, ce Bont ses mœurs ; que le meilleur moyen de faire contre-poids aux formidables empiétements du système nerveux et de combattre les travers de l’imagination cbez les enfants comme chez les hommes, c’est de les soumettre tous à des exercices réguliers qui calment le cerveau en fortifiant le corj)s.

Ce programme, nous l’avions déjà lormulé dans les mêmes termes, dans notre livre : La Gymnastique obligatoire (1).

Le 10 mars 1872, nous insistions de nouveau auprès du conseil municipal sur la nécessité de créer une école normale de gymnastique civile, création que nous avions sollicitée du Ministère de rinstruction Publique, dès 1866, et nous demandions instamment que la gymnastique fût rendue obligatoire pour les fdles, au même titre que pour les garçons.

Notre requête était conçue en ces termes :

MessieuTS les Membres du Conseil municipal de Paris.

Le 1®' novembre dernier, j’ai eu l’honneur d’adresser à tous les membres du Conseil municipal une lettre par laquelle j’appelais leur attention sur l’urgente nécessité d’introduire la gymnastique d’une façon obligatoire dans l’enseignement à tous les degrés. A cette lettre était joint le rapport que j’avais adressé, peu de temps auparavant, à M. le ministre de l’Instruction publique et dans lequel je donnais les moyens pratiques à employer pour l’organisation de cet enseignement.

M. le maire du IX® arrondissement a bien voulu récemment porter à ma connaissance qu’à la suite d’une délibération prise par le Conseil, les Magistrats des 20 arrondissements ont été invités à désigner l’emplacement qui, dans chacune de leurs circonscription respective, s’approprierait le mieux à l’installation d’un gymnase où seraient envoyés alternativement tous les Elèves des Ecoles primaires de Paris.

(1) 1 vol, in-12 (ISCSb Hachette, éditeur.

Je prends encore aujourd’hui la liberté de vous signaler un point d’une importance telle que je le considère comme la pierre fondamentale de la question que vous voulez résoudre.

Il est de toute impossibilité de fonder un enseignement gymnastique efficace pour les enfants si une méthode parfaitement adaptée à cet âge, à la fois si délicat et si décisif, n’est uniformément adoptée.

Il n’est qu’un seul moyen d’obtenir ce résultat; c’est de fonder une École Normale où ceux qui se destineront à cet enseignement apprennent d’abord ce qu’ils devront plus tard démontrer aux autres.

Le personnel enseignant s’est jusqu’à ce jour exclusivement recruté parmi les sous-officiers et soldats sortant du Corps des Pompiers ou de l’excellente école de Joinville-le-Pont. Ces moniteurs possèdent, à coup sûr, une instruction suffisante pour démontrer à des adultes une gymnastique de sauvetage ou d’entraînement militaire, mais il ne peuvent remplir que d’une manière très restreinte les conditions scientifiques nécessaires pour développer rationnellement la constitution de l’enfant.

L’Allemagne, autant citée aujourd’hui qu’elle l’était peu autrefois dans nos discussions scolaires, a si bien compris la distinction qui doit régner entre ces deux genres d’enseignement que les Ecoles normales de gymnastique qui brillent au premier rang dans toutes ses Universités, comprennent deux sections bien nettement délimitées ; l’une s’appliquant à la vie militaire, l’autre à la vie universitaire.

Et puisqu’il me faut invoquer l’exemple de nos ennemis, qu’il me soit permis en terminant de mentionner l’importance toute particulière qu’on donne en leur pays à l’éducation physique àQs jeunes filles et de manifester le vœu qu’on fasse ici pour elles ce qu’on se dispose à faire pour les enfants de l’autre sexe.

Veuillez, Messieurs les membres du Conseil, agréer, etc.

Edgènk PAZ.

Paris, le 10 mars 1872.

Le l®*" juillet de la même anuée,M. Gréard, directeur de renseignement primaire, nous fit Flionneur de nous

demander si nous voulions bien nous charger d'enseigner les premiers principes de l’école du soldat et les exercices du plancher sans instruments, aux instituteurs

de la rive droite, de façon qu’ils pussent ensuite transmettre cette instruction à leurs élèves. M. Laisné, le professeur de gymnastique bien connu, fut prié de faire le même cours aux instituteurs de la rive gauche.

Grâce à la bonne volonté de ces membres si estimables de notre corps enseignant, il nous suffit d’une trentaine de leçons pour les familiariser avec cet enseignement, si bien que, depuis cette époque, tous les jeunes garçons qui fréquentent nos écoles primaires, prennent, trois fois par semaine, une leçon de gymnastique et de principes militaires.

C’était beaucoup d’avoir obtenu cela, mais nous voulions encore davantage et le 5 décembre 1872, nous adressions à M. Gréard, par la voie du Petit Journal, la lettre suivante :

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