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LEUR UTILITÉ, — LEURS INCONVÉNIENTS

Celui qui ferait des gros haltères sa gymnastique exclusive arriverait à développer considérablement ses muscles, mais il ne le ferait qu’au détriment de sa grâce et de sa souplesse ; aussi, ceux qui abusent de cet exercice sont-ils reconnaissables à leur allure lourde et disgracieuse. Cet idéal qui était celui des gladiateurs antiques et qui est encore, de nos jours, celui des hercules forains, ne doit point être celui d’un gymnaste.

L’exercice des gros haltères présenterait donc de graves inconvénients, s’il n’avait pour correctif des exercices d’agilité ; nous conseillons, en tout cas, de ne jamais atteindre la limite extrême de la force acquise et de chercher dans la répétition d’un même exercice, avec un poids moins lourd, la résistance qui est une force plus réelle et plus utile que celle produite par un effort violent et exagéré. Les muscles préparés par une sage progression répondront, sans danger et sans trop de fatigue, à l’appel qui pourra leur être fait à un moment donné. C’est pourquoi il est indispensable, chaque fois qu’on veut se livrer aux exercices des gros haltères, de commencer par de plus faibles, comme font les danseurs lorsqu’ils battent des entre-chats dans les coulisses avant la représentation.

Mais nous le répétons, l’utilité des gros haltères ne nous paraît pas bien démontrée, cet exercice ne pouvant rendre que des services très restreints et ne pou-

vaut guère donner que de vulgaires satisfactions d’amourpropre à ceux qui s’y adonnent exclusivement.

La routine nous fait voir avec regret l’introduction, dans les gymnases, des exercices dangereux qui n’ont de raison d’être que dans les cirques et sur la place publique; dans cette catégorie, nous plaçons l’abus des gros poids, les sauts périlleux, le grand soleil au reck, le trapèze volant et, en un mot, tous les exercices qui ne peuvent répondre à un besoin ou trouver leur application pratique dans une circonstance quelconque de la vie.

Mais comme nous n’avons pas la prétention de faire disparaître, du jour au lendemain, les vieux errements, nous avons, en bon philosophe, pensé que nous pourrions, avec les indications qui vont suivre, prévenir certains accidents et guider ceux de nos lecteurs qui affectionnent ces jeux herculéens.

Un principe essentiel à observer pour enlever de gros poids et fournir sans danger son maximum de force, c’est de bien assurer sa base de sustentation, de façon que le poids passe par une ligne verticale au centre de gravité.

Nous ne saurions aussi trop recommander d’enlever le poids alternativement de chaque bras. Bien que le bras gauche soit toujours moins fort et moins adroit que son congénère, il ne faut pas se décourager ; il faut, au contraire, répéter l’exercice plus souvent de ce côté, afin d’arriver peu à peu, par ce moyen, à cette égalité de force qui doit être le desideratum de tout bon gymuaste.

Les gros haltères s’enlèvent de deux façons, avec ou sans élan; avec élan, quand l’haltère, pris d’en bas, est porté rapidement au-dessus de la tête en décrivant un demi-cercle, comme dans la figure 3, ou en passant par la ligne verticale, comme dans la figure 4. Ce mouvement met principalement en action les muscles extenseurs des reins et les fléchisseurs des jambes.

Dans les exercices avec élan, le poids s’enlève aussi en deux temps, comme dans la figure 1 (premier temps pour porter l’haltère à l’épaule), et figure 2 (deuxième temps pour l’élever au-dessus de la tête). Avoir soin, au moment oùl’on tend le bras, de fléchir sur les jambes et de porter la tête en arrière, de façon que l’œil suive constamment l’haltère.

Les jambes, on le comprend, remplissent l’office de deux puissants ressorts, et le bras gauche, en se tendant fortement en arrière, aide à l’équilibre du corps.

L’enlèvement sans élan ne peut se faire qu’avec un haltère d’un poids très inférieur; ce mouvement est tellement simple que nous n’avons pas à l’expliquer, mais il est des amateurs qui parviennent, au moyen d’un truc que nous allons éventer, à lever sans élan des poids relativement considérables.

Voici comment ils procèdent: Ils portent d’abord l’haltère à l’épaule droite comme dans la figure 1, et penchent ensuite le corps sur le côté gauche pendant que le bras résiste au poids plutôt qu’il ne le soulève, de façon que la tension complète du bras soit produite par la flexion latérale du corps plus encore que par l’effort du bras (fig. 5). C’est là, nous devons le dire, un

mouvement aussi disgracieux qu’il est opposé aux lois de la statique de l’homme.

Lorsque le bras est entièrement tendu, on redresse le corps comme dans la figure 2.

Pour enlever simultanément un haltère de chaque bras (fig. 6), on écarte modérément les jambes en les tenant en demi-flexion ; le corps étant bien assis sur la partie inférieure, les haltères placés entre les jambes et un peu en arrière, on enlève en observant les mêmes règles que dans la figure 2.

Nous venons de donner les principes généraux de l’enlèvement des gros haltères ; au professeur de gymnastique d’en étendre et d’en varier l’application.

Figure 1 Figure 2 (suite de la fig. 1)

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