‹ La gymnastique suédoiseChapitre 14 sur 26 · OBSERVATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉRALES

Dans les préfaces de ce livre, les résultats de la méthode suédoise et son efficacité si grande ont été trop bien expliqués pour que nous ayons à revenir sur plusieurs idées générales désormais très présentes à l’esprit du lecteur.

On a vu quelles différences profondes séparent la gymnastique suédoise de la gymnastique ordinaire et quels sont les principes si rationnels sur lesquels la première est fondée.

On connaît déjà les principales causes pour lesquelles la méthode suédoise forme un excellent mode de culture physique, arrivant à combattre toutes les tares trop fréquentes qui débilitent l’espèce humaine et qui diminuent à tout âge la vigueur et la santé normales.

Tout le monde, en Suède, cultive cette méthode : enfants, jeunes 'gens, jeunes filles, hommes, femmes et même des personnes très âgées.

Avec la santé et la force, s’acquièrent ou se conservent aiasi l’équilibre moral et physique, l’énergie, la joie de vivre.

La méthode s’adresse à tous : non seulement aux gens bien constitués et vigoureux de nature, mais aussi aux enfants, aux faibles et aux débilités de tous pays.

C’est un des mérites de la méthode de ne pas viser à être uniquement nationale, mais de tendre avec succès à rendre de réels services à l’humanité entière.

Le succès définitif de la méthode en tous pays ne fait pas de doute ; elle 's’implante partout, lentement, mais sûrement, selon la formule.

Ce nouveau mode de culture physique est sensiblement supérieur, — on peut le dire statistiques et résultats précis en main — à n’importe quel autre. '

Tous les étrangers venus en Suède pour y faire des études ont constaté que les jeunes gens qui avaient suivi la méthode Ling pendant leur croissance, étaient physiquement supérieurs à ceux des autres pays qui vivent cependant dans les mêmes conditions, ou, qui plus est, dans des conditions plus favorables, par suite du climat.

Les statistiques établies en ces dernières années affirment très clairement cette supériorité.

Pour les dresser, on a tenu compte de l’élargissement de la cage thoracique, — de la capacité pulmonaire, — de la stature plus élevée, — de l’élargissement des épaules, — du redressement de la colonne vertébrale, — de la tenue correcte, — de la démarche élastique et vigoureuse.

Tout cela témoigne de la force, de la santé et du développement symétrique, harmonieux de toutes les parties du corps, qui est le but essentiel de la gymnastique.

Notre plus grand désir serait de voir la méthode répandue dans tous les pays et propagée par des personnes instruites, plus capables d’en comprendre les bienfaits.

Les parents peuvent donner eux-mêmes l’exemple à leurs enfants et leur enseigner un certain nombre de mouvements utiles. Nous reviendrons sur ce sujet.

En France, du reste, on a commencé, — en s’y

prenant un peu tard, 70 ans après la mort de Ling — à introduire dans les Ecoles un certain nombre de mouvements de la gymnastique suédoise. Mais, comme nous l’expliquerons plus loin, quelques mouvements isolés ne suffisent pas pour une méthode rationnelle.

Jusqu’ici, certes, on s’est bien préoccupé en France d’éducation physique et de sports constituant à tout âge des exercices plus ou moins utiles. Nous ne songeons pas à méconnaître les efforts faits dans ce sens.

Mais il y encore beaucoup trop de personnes ne faisant ni gymnastique ni sport, sauf un peu de marche, ce qui est très insuffisant.

D’autre part, la pratique de la gymnastique ordinaire donne lieu à de notables critiques, au point de vue de la culture rationnelle du corps.

Et de même, différents sports sont pratiqués d’une façon peu hygiénique, nuisible même parfois.

Quelques remarques sur ces divers points :

Le mode de culture physique ou plutôt l’absence de culture physique d’un trop grand nombre de personnes consiste encore, disons-nous, à faire simplement un peu de marche.

La marche, même lorsqu’on en fait beaucoup, est insuffisante, car il y a beaucoup de muscles importants qu’elle n’exerce pas ou trop peu.

Si l’on s’abstient en grande partie même de cet exercice, si l’on mène une vie trop sédentaire, qu’arrive-t-il? L’immobilisation amène une mauvaise circulation du sang, une atrophie des muscles, et plusieurs maladies sont à redouter.

La digestion devient lourde, difficile. Des maladies nerveuses et même des affections pulmonaires.

qu’aurait prévenues une gymnastique rationnelle, sont à craindre.

Du reste, il est bien connu que le manque d’exercice a de graves conséquences sur les principales fonctions du corps humain.

En ce qui concerne les effets insuffisants ou même défectueux de la gymnastique ordinaire, l’avant-propos de M. Hugues Le Roux a déjà donné des explications très probantes.

Passons aux sports.

Les sports constituent parfois des exercices violents, trop violents, et amenant au surmenage, notamment lorsqu’on y mêle des questions d’amour-propre, de vanité ; le désir de « briller » dans des concours ou en d’autres épreuves incite souvent à se « surentraîner », à dépasser ses forces.

Mais même bien pratiqués, sans ces excès, les meilleurs sports ont encore un côté insuffisant, car ils n’exercent pas d’une façon méthodique, rationnelle, tous les muscles.

Certains sports sont loin de combattre et même favoriseraient plutôt de graves défauts physiques, tels que la poitrine enfoncée, la tête et les épaules penchant en avant. Ce défaut trop fréquent, tient d’ailleurs à plusieurs causes : en premier lieu à la mauvaise habitude de ne pas se tenir droit dans la jeunesse, puis à la faiblesse de la musculature qui amène facilement une déviation de la colonne vertébrale ou d’autres difformités ; cela peut provenir aussi d’une cause professionnelle, ou même d’une gymnastique, d’un exercice ou d’un sport qui, pendant la croissance, ne développe pas symétriquement le corps. Si une partie du corps est trop travaillée, elle se développe au détriment des autres. On devrait avoir

soin, pour cette raison, de ne pas faire de l’escrime d’une main, d’un côté seulement.

Ce que nous disons des sports s’applique aussi aux exercices corporels que l’on peut avoir à faire par suite de telle ou telle profession.

En somme, il faut cultiver la gymnastique rationnelle en même temps que l’on pratique un sport ou un exercice ayant l’inconvénient indiqué.

Elle forme alors contre-poids. Continuer à en faire, c’est le seul moyen de bien surveiller les parties faibles du corps et de remédier à ses défectuosités.

Et, d’autre part, elle assouplit le corps pour divers sports ; elle facilite la pratique des sports, Loin de leur nuire.

Ajoutons que la méthode suédoise peut mieux que d’autres méthodes s’enseigner à un grand nombre d’élèves à la fois, et qu’on évite ainsi de négliger les uns pour les autres, comme cela se voit trop souvent dans les séances de gymnastique ordinaire.

Ceux des mouvements de la méthode qui se font sans appareils (i), apparaissent d’abord semblables aux mouvements d’assouplissement des autres gymnastiques, mais la différence est énorme entre ces deux types d’exercice.

Rappelons que, par exemple, un peu plus d’extenf sion des membres, d’élévation des bras au-dessus

ou en arrière de la tête, change tout à fait la qualité de l’effort et ses résultats-

Les appareils — il y a des appareils spéciaux à la méthode suédoise — ne sont employés que pour

(i) Ces mouvements forment ce que l’on appelle la gymnastique de plancher.

faciliter et corriger l’exécution du mouvement, pour augmenter le travail musculaire dans la mesure voulue, et pour rendre la gymnastique plus variée, plus récréative.

^L’homme reste l’objectif et non pas l’appareil, comme il semblerait dans d’autres méthodes.

En ce qui concerne les jeux, disons dès maintenant que la méthode ne méconnaît certes pas leurs mérites ni leur influence sur le développement corporel ; mais elle leur assigne principalement le rôle de compléter une gymnastique rationnelle sans avoir la prétention de la remplacer.

Quelques exemples pour montrer comment la méthode suédoise est plus rationnelle que la gymnastique ordinaire et que divers sports ou exercices.

Vous pouvez, avec une gymnastique violente, développer certains muscles à un degré exceptionnel ; mais la force que vous gagnez par ce travail est seulement apparente et non réelle, car elle n’a pas été acquise d’une façon progressive et concordant symétriquement avec le développement des autres muscles.

Pour développer la poitrine, c’est une erreur de croire qu’il faut faire travailler les muscles pectoraux, qui donnent évidemment une belle culture extérieure apparente, mais ne développent pas la cage thoracique elle-même; celle-ci est au contraire enfoncée par l’avancement des épaules. Par le travail rationnel des différents muscles dorsaux, comme dans la méthode suédoise, on obtient un tout autre résultat : les épaules se reculent, la co-

lonne vertébrale se redresse, les côtes se relèvent ainsi que la tête.

Dans un autre ordre d’idées, autre illusion : celle de croire qu’avec un instrument orthopédique (sous forme de corset ou de bretelles spéciales) on peut obtenir un redressement permanent.

Les épaules fixées par ces bretelles resteront en place aussi longtemps que les bretelles les maintiendront; mais par cette immobilisation les muscles qui devraient reculer les épaules s’affaiblissent ; par conséquent lorsqu’on retire les bretelles, le résultat est contraire à celui qu’on recherchait.

Au contraire, si l’on fait faire aux muscles reculant les épaules un travail rationnel, ils se fortifient et l’on obtient un véritable résultat, un succès durable.

Comme on l’a dit, la méthode suédoise ne perd jamais de vue que dans chaque séance elle doit s’adresser indistinctement à toutes les parties de l’organisme suivant leur importance physiologique.

La respiration, la circulation et la digestion sont surveillées, sont facilitées et améliorées. On évite ainsi beaucoup de maladies et l’on garde une bonne santé.

On vise avec soin dans la gymnastique suédoise à rendre la cage thoracique aussi grande et mobile que possible ; on fait différents exercices augmentant le travail des poumons qui restent libres dans cette cage thoracique agrandie et qui s’y développent davantage. Des mouvements respiratoires y

contribuent (i). On prévient les maladies pulmonaires, car les poumons sont fortifiés. Ils font circuler le sang et facilitent le travail du cœur.

La méthode exerce le système nerveux, surtout pendant les mouvements d’équilibre dans lesquels tant de muscles travaillent, et l’on sait que l’on ne peut pas exécuter un mouvement sans faire fonctionner les nerfs qui commandent aux muscles.

Contre la fatigue, après un travail corporel ou intellectuel, un peu de gymnastique suffit à vous délasser, à vous reposer rapidement.

Il semble d’abord surprenant que l’on se repose d’une fatigue par des mouvements, par des exercices parfois très vifs. Mais le fait est facile à comprendre, depuis que l’on a analysé les causes de la fatigue. Elle résulte d’un amas de produits usés dans la partie du corps qui a travaillé, dans un muscle ou dans le cerveau. Une gymnastique rationnelle les fait disparaître, en rétablissant la circulation normale du sang et en décongestionnant les parties pléthoriques. Puis l’exercice qu’elle fait prendre n’a pas l’inconvénient de faire dépenser trop d’influx nerveux, trop d’énergie cérébrale, à la différence de certains autres exercices, de certains sports, surtout lorsqu’ils sont pratiqués sans modération.

Si c’est le cerveau qui a trop travaillé, on réagit vite par des exercices divers en commençant par

(i) Voici entre autres un effet très pratique et très simple à constater de ces mouvements : après une course, une danse ou un effort qui amène un battement de cœur, il suffit de faire quelques respirations profondes pour que l’essoufflement soit vite passé. Des mouvements décongestionnants, comme des mouvements de jambes, des élévations ou des marches sur la pointe des pieds, doivent accompagner ou précéder les mouvements respiratoires pour leur donner un plus grand effet.

des mouvements de jambes, et l’on obtient le bienfaisant résultat indiqué.

L’esprit reposé par une série d’exercices rationnels, on se trouve un autre homme, le corps ressent un bien-être général.

Tous ces avantages que fournit une gymnastique rationnelle soit pour garantir des maladies, soit pour reposer et donner l’équilibre physique et moral, tous ces avantages sont à la portée des faibles comme des vigoureux, il est bon de le répéter.

Ajoutons que pour certaines maladies, la méthode suédoise fournit des moyens de guérison qui remplacent avec succès bien des médicaments. C’est une partie spéciale de la méthode — une partie seulement. On confond parfois la gymnastique médicale suédoise avec la gymnastique pédagogique, tandis que l’une s’adresse aux malades, l’autre aux personnes bien portantes.

Nous avons tâché de montrer pourquoi, en résumé, la méthode suédoise forme un incomparable système d’éducation physique de la jeunesse, puis fournit à tout âge de très précieux éléments de santé.

Voyons comment Ling, créateur de la méthode, sut transformer en grande partie ce que l’on avait fait avant lui pour la gymnastique.

Résumons, très brièvement, l’historique de la gymnastique depuis l’antiquité.

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