HISTOIRE RÉSUMÉE DE LA GYMNASTIQ^UE
Chez divers peuples anciens, on signale, à une époque très reculée, des exercices tendant à améliorer la tenue du corps et le fonctionnement de la respiration.
La Grèce d’autrefois, qui eut le culte de la beauté, mit en honneur la gymnastique ; mais le mot était pris alors dans un sens moins spécial qu’au] ourd’ hui.
Il s’agissait plutôt d’un système général de culture physique, comprenant des exercices tels que la lutte, la course, le maniement des armes, l’équitation, la danse, etc.
Le massage n’était pas négligé.
La gymnastique se rattachait d’ailleurs à la médecine.
Mais dans les « palestres » de la Grèce, peu à peu l’athlétisme domina ; il ne favorisait que le développement de certains hommes déjà bien constitués ; il convenait surtout à une minorité d’hommes se préparant spécialement aux exploits, aux tours de force exceptionnels des jeux publics, et de là résulta l’abandon de la méthode première prônée par les éducateurs hellènes qui avaient en vue le plus grand bien de la nation entière.
A Rome, on ne cultiva jamais la gymnastique avec autant de ferveur qu’en Grèce.
Au moyen âge les principales nations européennes s’occupèrent d’exercices spéciaux tels que l’escrime, l’équitation, la danse, plutôt que de gymnastique proprement dite. Ces exercices étaient jugés indispensables pour l’éducation de la classe élevée. Une sorte de gymnastique se pratiqua aussi sous forme de jeux, variant suivant les pays, suivant les classes de la société, et déjà des exercices spéciaux étaient ordonnés pour certaines maladies au xvii® siècle.
Avant même la fin du xvi° siècle, avait paru à Venise l’ouvrage du médecin Mercuriali ; De arte Gymnasticâ, livre où il cherchait à faire comprendre la gymnastique dans la thérapeutique.
En France, au xviif siècle, on se préocupa de la gymnastique, soit à ce point de vue médical, soit au point de vue de l’éducation.
Citons notamment l’ouvrage du médecin Tissot.
L’allemand Guthsmuth et, plusieurs autres savants eurent l’idée de cultiver la gymnastique comme moyen d’éducation.
Au commencement du xix® siècle, les suisses Pestalozzi et Clias, l’allemand Jahn, travaillèrent dans le même esprit.
Jahn, ardent patriote, s’occupa spécialement des applications militaires de la gymnastique, et s’efforça, lui et ses disciples, de former des soldats pour la Prusse, qui se préparait aux guerres de 1813 et des années suivantes.
Ling (né en 1776, mort en 1839) et ses disciples eurent, les premiers, l’idée de classer méthodiquement les mouvements de gymnastique d’après leurs effets et d’après les besoins du corps.
Ling était un ancien officier que des blessures avaient rendu presque impotent, et qui fut amené
pour lui-même à chercher en des mouvements méthodiques, en des exercices rationnels, progressifs, un remède efficace et une entière guérison.
Il en fit profiter son pays.
A l’époque où Ling commença à enseigner sa méthode, la race Scandinave souffrait de deux grands maux : l’alcoolisme et la tuberculose.
En même temps que des sociétés se formaient pour lutter énergiquement et avec succès contre l’alcoolisme, la méthode de Ling vint fortifier, redresser la race, la rendre moins susceptible, enlever à la tuberculose beaucoup de victimes qui lui semblaient désignées.
On a pu dire que la gymnastique suédoise avait « recréé » une race.
Vers la même époque, un grand mouvement se dessinait en France en faveur de la gymnastique — comprise d’une autre façon.
Le promoteur de ce mouvement était le colonel Amoros, Espagnol d’origine, mais qui s’était rallié à la cause française en Espagne, pendant les guerres de Napoléon Lf
Après avoir fondé, à Madrid, un institut dit « Pestalozzien », il vint à Paris soutenir avec éloquence la cause de la gymnastique.
11 obtint l’appui du gouvernement de la Restauration, et fonda, à Grenelle, un vaste établissement où s’organisa la première école normale militaire de gymnastique .
Depuis, comme on sait, cette école a été installée à Joinville-le-Pont.
La méthode Amoros débutait par des exercices élémentaires sans appareils, exercices d’assouplissement qui devaient être accompagnés de chants. Les chants étaient destinés à la fois à bien
marquer le rhythme des mouvements, à développer la voix et le jeu des muscles pectoraux.
Au programme des séances figuraient des marches, des courses, des sauts, des exercices d’équilihre sur des poutres, le maniement des haltères, les exercices au trapèze, la lutte, l’escalade d’un mur, l’ascension à l’aide d’une échelle de corde, ou d’une corde à nœuds, la voltige sur le cheval de bois, la suspension par les mains et par les jambes, etc.
La natation, l’escrime, l’équitation, la danse, le jeu de paume, etc., complétaient la méthode Amoros.
Un autre professeur bien connu, Clias, qui fut en compétition avec Amoros, s’occupa spécialement de l’éducation physique de l’enfance, et obtint de la ville de Paris l’introduction des exercices du corps dans les écoles primaires. Mais ce n’est que beaucoup plus tard, eiî 1872, que la gymnastique fut vraiment organisée dans les écoles de la ville de Paris.
On sait d’ailleurs que, dans toute la France, les événements de 1870 ont amené une réaction en ^aveur des exercices physiques, envisagés comme moyens de fortifier la race et de préparer au pays un plus grand nombre de soldats vigoureux.
Un grand nombre de sociétés de gymnastique se fondèrent peu après la guerre, à l’exemple de ce qui s’était fait en Allemagne.
Même avant cette époque, l’œuvre du colonel Amoros, qui eut à lutter contre diverses vicissitudes, avait été continuée soit par des officiers, soit par des professeurs civils. .
L’établissement du colonel Amoros avait été supprimé en 1837.
Mais ce fut un ancien élève d’Amoros, le commandant d’Argy, qui fut le premier directeur de l’Ecole normale militaire de gymnastique et d’escrime de Joinville-le-Pont.
Parmi les professeurs civils et les écrivains spéciaux, se signalèrent MM. Laisné, Triât, Eugène Paz, etc.
Rendons justice à leurs vaillants efforts, tout en préconisant la méthode sensiblement différente créée par Ling.
Cette méthode a été enseignée après lui à l’Institut de Stockholm, par Gabriel Branting, par Hjalmar Ling, fils de l’inventeur, par Nybleus et actuellement par M. Torngren.
D’autres maîtres éminents, parmi lesquels M. le commandant Norlander, ont contribué à répandre la méthode en Suède et en divers pays.
Nous devons personnellement remercier M. le commandant Norlander, qui a bien voulu mettre à notre disposition un grand nombre de clichés de son livre.
Nous devons également lui exprimer notre gratitude pour ses excellents conseils, utilisés en plusieurs parties de cet ouvrage.
Principales divisions de la Gymnastique suédoise.
Parmi les mouvements déjà employés, avant la création de la méthode suédoise, certains furent améliorés et fondus avec un grand nombre de mouvements nouveaux qui furent alors divisés par groupes et familles ayant des effets différents.
Cette multiplicité de mouvements s’appliquant aux besoins les plus divers a donné lieu à une division de la gymnastique en quatre parties :
1° Gymnastique pédagogique ou éducatrice, — exerçant, entraînant chacun de manière à pouvoir plier plus facilement son corps à tous ses besoins.
Cette partie de la gymnastique intéresse surtout les personnes bien portantes des deux sexes et de toutes les classes. Elle a pour but de maintenir une bonne santé et de développer la force d’une façon normale. Elle conserve chez les adultes les effets déjà obtenus et augmente graduellement leurs forces ; chez les vieillards, elle équilibre la force et la santé.
En résumé, le but principal de la gymnastique pédagogique est de prévenir toute maladie et de bien développer le corps.
2° Gymnastique militaire, — ayant pour base la gymnastique pédagogique à laquelle viennent s’ajouter des exercices tels que le tir, l’escrime et divers mouvements d’application.
Par cette gymnastique l’homme cherche, en s’aidant d’une arme ou en utilisant habilement sa propre force, à placer un adversaire en état d’infériorité et à le dominer.
y> Gymnastique médicale et orthopédique, complétée au besoin par le massage; cette gymnastique a pour but de guérir certaines maladies et de faire disparaître certaines difformités au moyen de mouvements faits seuls ou avec le concours d’une autre personne. Elle a également pour base la gymnastique pédagogique.
4° Gymnastique esthétique. — La gymnastique rationnelle, développant toutes les parties du corps, d’une façon progressive et symétrique, se trouve par cela même être essentiellement une gymnastique esthétique, par laquelle on obtient la régularité des formes.
Elle se complète, au point de vue esthétique, par des exercices de grâce tels que la danse et les leçons de maintien.
Nota. — Nous n’insisterons pas davantage, dans ce livre, sur la gymnastique esthétique.
D’autre part, nous parlerons très brièvement de la gymnastique militaire.