HISTORIQUE
Longtemps les déformations du squelette de la hanche laissèrent indifférents les observateurs, ceux-ci se contentant de les enregistrer, sans plus les préciser, au cours de la description des diverses affections traumatiques ou inflammatoires de la région.
Ce fait peut étonner quand on voit la richesse de dénominations et de classifications dont sont dotées les déformations analogues de la colonne vertébrale, du bassin, du genou et du pied, Mais la raison en est qu’à la hanche, région peu propice à l'exploration profonde, les modifications du squelette se traduisent presque uniquement par leur retentissement sur l'orientation de la colonne vertébrale d’une part, sur la statique du membre inférieur d’autre part. Aussi, tant que ces déformations n’eurent pas élé prises sur le fait pour ainsi dire, grâce à l’examen de pièces anatomo-pathologiques, tant que les relations des . différents segments du squelette dans leur orientation n’eurent pas été comprises, l’obscurité règna; les scolioses, les genua valga, etc. furent seuls décrits et considérés toujours comme des déformations primitives.
1° PÉRIODE ANATAMO PATHOLOGIQUE. — C’est ROESER qui, le premier, en 1843, observa un fémur à col déformé; après lui, ZEISS, en 1851, RICHARD- SON, en 1857, SCHEDE et STRAHL, en 1878, produi-
sirent des préparations variées. Quant à l’étude des lois de production de ces déformations, elle est tout entière l’œuvre de Monsieur le Professeur agrégé JABOULAY, qui, de 1890 à 1894, dans une série de notes extrêmement intéressantes, basées sur des recherches anätomiques minutieuses, dominées par des notions mathématiques nettes, montre que la moindre déformation dans l’un des segments du squelette retentit sur la forme des autres ; et il conclut en citant l’aphorisme badin :
« Quand on voit le pied, la jambe se devine ».
20 PÉRIODE CLINIQUE. — Mais, parmi ces déformations de causes multiples, allait s’isoler un type clinique particulier. Dès 1881, FIORANI, mis en éveil par cerains cas de prétendues luxations dela hanche dont le diagnostic restait douteux, observa des enfants qui, peu après le début de la marche, se mettaient à boîter, et présentaient du côté malade un raccourcissement progressif pouvant atteindre jusqu’à 6et mêmes centimètres au bout d’une année; le début s'était fait sans le moindre traumatisme ; par l’examen, on ne constatait aucun déplacement de la tête, et les mouvements étaient absolument libres ; d’autre part, il ne s'était jamais produit de phénomènes inflammatoires ; on se trouvait donc en présence d’un raccourcissement développé lentement, chez des enfants de 2 à 6 ans, en dehors de toute lésion traumatique ou inflammatoire de la hanche. Fiorani l’expliqua par une incurvation rachitique du col en bas et en dedans ; le traitement devait être purement médical.
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Ce mémoire, accompagné de 15 observations, resta ignoré.
C’est ainsi que MULLER (DE TUBINGUE), 6 ans plus tard,dans un cas analogue, pratiqua,chez un jeune homme de 18 ans (sur les instances de celui-ci, il est vrai), une résection de la hanche, opération qui lui montra une articulation parfaitement saine, mais un col déformé. De là, il réunit trois autres observations semblables dans la clinique de BRUNS, et crut avoir découvert une nouvelle maladie, qu’il présenta comme «une déformation du col du fémur à la période de croissance ». En réalité, son seul mérite est 1° d’avoir insisté sur ce fait que ses malades étaient tous des adolescents; 2° d’avoir décrit avec précision la pièce anatomique que le hasard d’un diagnostic erroné lui: avait procurée. Il est étonnant toutefois de voir cet autre admettre le rachitisme, dont il n’a trouvé aucun stigmate histologique.
La publication de Müller, qui date de ]888, eut au moins l’heureux résultat de mettre la question à l'ordre du jour; LAUENSTEIN (DE HAMBOURG) (1889), SCHULTZ de WURTZBOURG (1891) en Allemagne, CHARPY (1892), MAUCLAIRE (1894) en France, présentèrent ou décrivirent des préparations dont nous aurons à discuter la valeur.
Pendant ce temps, HOFMEISTER, dans la même clinique de BRUNS, recherchait systématiquement tous les cas de déformation du col du fémur, et, en juillet 1894, il publiait une monographie des plus sérieuses, reposant sur 32 observatiors personnelles.
Il donne à l’incurvation du col le nom de «Coxavara»
en raison de l’attitude en addnction; au point de vue clinique, il exprime l’idée d’une analogie entre la Coxa vara et le genu valgum ; il distingue, en effet, deux formes, la C. Vara des enfants et la C. Vara des adolescents, celle-ci de beaucoup la plus fréquente ; la première reconnait évidemment pour cause le rachitisme ; la deuxième se développe avec un cortège de symptômes douloureux bien particulier, et en l’absence de tout signe de rachitisme; à propos d’elle, HOFMEISTER prononce le mot de pied plat contracturé; mais au lieu de poursuivre lanalogie sur le terrain pathogénique, nous le voyons, s’appuyant sur l’autorité, de MIKULICZ, admettre ici, comme dans le genu valgum le rachitisme tardif. à
La même année, KOCHER (DE BERNE), dans un mémoire également important, mais basé seulement sur deux observations personnelles, admet bien l’influence statique du poids du corps dans le développement de laffection ; il insiste même sur certaines conditions étiologiques professionnelles qu’il croit nécessaires; néanmoins, il arrive en dernière analyse à l'hypothèse d’un processus spécial d’ostéomalacie dite juvénile, dont il a cru trouver les traces dans ses préparations.
Ainsi, en 1894, la coxa vara des adolescents semblait créée en tant qu’entité morbide nouvelle.
3° PERIODE DE CONFUSION. — Mais, dans le travail pourtant très consciencieux d'HOFMEISTER, s'étaient glissées plusieurs observations fausses, les unes par suite d'erreurs de diagnostic, les autres concernant des malades atteints primitivement de genu
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valgum ou de pied plat, toutes déformations auxquelles HOFMEISTER, ignorant les travaux de JABOULAY, ne sut pas attribuer le développement de la coxa vara.
De plus, HOFMEISTER et KOCHER, voulant absolument remonter à la cause première d’afaiblissement de la résistance osseuse, divergeaient quant à l'hypothèse admise.
Enfin le mot de coxa vara, appliqué à un type clinique bien spécial de déformation, semblait, bien au contraire, faire résider tout l’intérêt de la question dans le fait brutal et anatomique de la déformation.
En sorte que les travaux de ceux qui avaient voulu créer le type morbide que nous étudions, ne contribuërent bien plutôt, par leurs imperfections, qu’à l’embrouiller singulièrement ; le nom de coxa vara devint une étiquette commode sous laquelle on rangea toutes les déformations du col fémoral. C’est ainsi que nous voyons KREDEL (DE HANOVRE), en 1896, KIRMIS- SON en 1897, créer des coxa vara congénitales ; MAUCLAIRE (1895) ranger, sous le nom de coxa valsæa des scoliotiques, ces déformations de compensation notées auparavant par JABOULAY ; ZEHNDER
(DE PASSAU) (1897) apporter six observations erro- nées ayant trait à l’arthrite sèche, la coxalgie, etc., -SPRENGEL (DE BRUNSWICK), en 1898, parler de coxa vara traumaltiques à propos de décollements épiphysaires.
Ainsi, à la période anatomo-pathologique et à la période clinique avait succédé la période de confu- Sion.
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4 PERIODE DE REACTION. — Heureusement une réaction se dessire, diversement comprise, il est vrai, par ses promoteurs.
À Paris, KIRMISSON et son élève CHARPENTIER ont tenté, en 1898, un démembrement complet de la coxa vara, si bien que M. KIRMISSON, discutant à la Société de chirurgie un cas de coxa vara présenté par Monsieur le Professeur NIMIER (DU VAL-DE- GRACE), en arrivait à se demander s’il existait bien une coxa vara des adolescents ; en tout cas, il semblait disposé à admettre Does le rachitisme tardif.
C’est là une funeste exagération; c’est renier les efforts du passé: c'est en revenir au temps d'avant FIORANTI ; c’est s’exposer encore aux mêmes erreurs thérapeutiques qui ont procuré à la science le musée anatomo-pathologique de la coxa vara.
A Lyon, au contraire, le mouvement n’est pas si radical; Monsieur le Professeur agrégé JABOULAY, à l’occasion d’un malade observé par lui,a approfondi la question, que ses études antérieures sur la statique du membre inférieur le rendaient à même de mettre au point. Lui aussi récuse beaucoup des cas publiés jusqu’à ce jour comme coxa vara, mais par là même il arrive à mettre en lumière un type de déformation primitive du col du fémur, évoluant avec un syndrome clinique immuable,et pour la production de laquelle ne peuvent être incriminées, dans l’état actuel des connaissances, que des conditions mécaniques, ainsi que ROYAL WITHMAN l'avait déjà entrevu en 1894.