DANS LE VESTIBULE
(Deux valets de pied causent à voix basse.) PREMIER VALET, qui tient une lettre sur un petit
plateau. — M. d'Argentay ?
ÎÔ LA HAUTE
SECOND VALET, montrant le salon. — Il est là... Fais voir? (il regarde l'écriture de l'enveloppe.) C'est
de son crampon.
Premier valet. — On dit que ça ne date pas de ce matin. Et quel âge, la chatte?
Second valet. — Une remise. Quarante ans tapés.
Premier valet. — Chouette !
(MM. d'Argentay et de Vouvans apparaissent dans le vestibule. Le premier valet tend la lettre à M. d'Argentay.)
Voilà, monsieur le comte.
D'ARGENTAY prend la lettre, sourit avec fatuité, et
penché à l'oreille de Vouvans. — C'est de la petite ! (Paletots, chapeaux, cannes. Porte ouverte avec déférence, lia sortent.1
CES MESSIEURS. — (L'habit.)
MARQUIS D'ÉTAMPES, dans la soixantaine.
BARON D'APY, quarante-deux ans.
THOMSON, trente-cinq ans.
DE POURTAÏL (sous-lieutenant de chasseurs d'Afrique en uniforme, médailles d'Annam et du Tonkin). VICOMTE DE CROCÉ, vingt-deux ans.
DUC DE GOUTRAS, vingt-neuf ans.
LES FEMMES. — (En peau, fleurs et diamants.)
LUCIE GHLOÉ, plutôt quarante ans, mais peu abîmée. JEANNE DES ADRETS, de vingt-cinq à trente an3,
brune.
BERTHE SAMSON, vingt ans.
On a dîné chez d'Apy, dans son petit hôtel de l'avenue Friedland. — On est au salon. — Café.
D'Apy. — Et les femmes, Pourtail ?
Coutras. — Oui. Bonnes fortunes là-bas ?
Pourtail. — Au Tonkin ? des bonnes fortunes ? Ah çà, tu plaisantes?
Thomson. — Enfin les femmes, quoi ?
Pourtail. — Peuh ! des besognes sans intérêt... qu'est-ce que vous voulez? Un mur.
DApy. — Vains efforts, n'est-ce pas ?
Jamais la plus petite réponse ?
Crocé. — Oui, je vois ça... Elles ne connaissent pas le spasme.
Pourtail. — Pas l'ombre.
D'Etampes. — J'ai horreur de ça.
Berthe Samson. — En voilà qui ont de la veine ! Je ne sais pas ce que je donnerais pour en être là, moi !
Thomson. — Vraiment, vous êtes si... c'est vrai, Crocé?
Crocé. — Une pile !.. les bobines de Rhumkorf!
Pourtail, qui plonge. — Je les vois bien...
DApy. — Et Lucie ? hein, Lucie ?
Lucie Chloé. — Oh! moi... c'était bon dans le temps... quand je battais la dèche avec un
pnu\To petit coupé à un cheval... Aujourd'hui., j'imite
D'àpy. — Malin ; mais pas toujours bien commode.
Jeanne des Adrets. — Nous avons tellement l'habitude !
Crocé. — ... Elle Fa lâché... Alors, mon cher, il a pris un revolver... et plan !
Coutras. — Mâtiche !
Bl:rthe Samson. — Sa famille doit être au désespoir.
Lucie Chloé. — C'est toujours pas mon fils qui se tuera plus tard pour des gueuses.
Berthe Samson. — Comment va-t-il à propos, votre grand garçon ?
Lucie Chloé. — Pas mal, je vous remercie, il est chez les Pères d'Arcueil, il travaille... ses professeurs sont très contents.
Thomson. — Ça nous serait plus difficile à nous d'imiter.
D'Apy. — Bah ! est-ce qu'on sait?... En s'y mettant. . . (A Pourtaii) Conte-nous donc une de
3t LA HAUTE
tes histoires de femmes. Il a dû t'arriver tout plein d'affaires là-bas ?
Berthe Samson. — Une un peu poivrée, s'il vous plaît ?
Thomson. — Non. Je propose un poker !
Crogé. — Oui, un poker. Les histoires de femmes, d'amour... tout ça me rend malade Et vous, d'Etampes?
Pourtail. — Figurez-vous que là-bas le ciel est d'une couleur spéciale...
D'Etampes. — Moi, ça m'est égal. J'aime mieux... j'aime mieux un bon cigare,., il n'y a encore que ça au monde... oui, un bon cigare auquel on pense àtête reposée quand on l'a fini. On y pense... bien.
Pourtail. -*-• Jel'ai eu comme camarade.. Il a fait les cent dix-neuf coups !
Crocé. — Qui est-ce qui veut du genièvre?
Berthe Samson . — Plein. Jusqu'au bord.
D'Apy. — Vous allez vous griser, ma reine.
Berthe Samson. — On a de la tête.
Jeanne des Adrets. — Vous ne pourriez
RETOUR DE TONK1N 3 3
pas m'indiquer un bon cocher, ni trop mince, ni trop gras, entrelardé. Et puis pas trop familier. J'en cherche un.
Lucie Chloé. — Je vous plains bien, chère amie.
D'Apy. — Conte-nous donc tout de même une histoire.
Pourtail. — Ah ! j'en sais bien une.
Berthe Samson. — Eh ! des Adrets, disleur donc celle de tes premiers cent mille francs.
Jeanne des Adrets. — Prenez garde, chère amie, qu'on ne raconte celle de vos premiers cent sous.
Crocé. — Oh ! mesdames,
D'Apy. — Allons ! la paix, mes enfants. Vas-y vite de ta blague, Pourtail.
Pourtail. — Attendez que je m'allume .... Eh bien, voilà : ça se passe au Tonkin... Je venais d'être nommé sous-lieutenant. Un matin, le commandant me fait venir et me dit : « Tl y a dans tel village un chef qui a
essayé plusieurs fois de nous empoisonner, moi et des officiers ; il est temps de faire justice... Vous allez prendre quelques hommes avec vous, le village est à six lieues, et vous allez me choper ce lascar-là... Je vous donne quarante-huit heures. Que je l'aie pour après demain à mon déjeuner... Et puis, par la même occasion, bouclez-moi toute la famille, les femmes et les enfants... C'est compris, allez ! » Je dis : « C'est compris,, mon commandant. » Et je commence à faire mes préparatifs ; je choisis, pour les emmener avec moi, six hommes que je connaissais bien, des gars d'attaque, solides au poste, prompts à la rescousse, des durs enfin, et nous voilà partis. Je savais par un espion...
Berthe Samson. — Vrai, j'aimerais tout de môme avoir été dans ces pays-là !
D'Apy- — Berthe, écoute le monsieur !
Pourtail. — ... par un espion que le chef tonkinois devait se trouver à manger le soir
dans une maison, à l'entrée du village, où il avait coutume de venir prendre ses repas. Je dis à mes hommes : « C'est là que nous le cueillerons. » Nous restons cachés jusqu'à la tombée du jour dans les environs, et à l'heure où nous pensions le trouver,, nous nous avançons tout doucement vers le village, espacés les uns des autres de plusieurs mètres. Nous étions vêtus de toile, avec le casque à la Stanley. Pour toute arme, je n'avais qu'un couteau à la ceinture, et mon kropatchek... Ah ! quand j'y repense,..
Lucie Chloé. — Hein ? quoi ?
Pourtail — C'est une petite carabine de guerre. Sans être vus — une vraie chance ! — nous gagnons comme ça, presque à plat ventre, les premières maisonnettes. Et finalement nous nous arrêtons devant une casexm flottait un petit drapeau jaune, vert et noir. C'était là. Je fais signe à mes hommes de se mettre derrière moi, et après avoir, d'un coup de pied, défoncé une porte en claies,
j'entre le premier, mon kropatchekau point. Ah ! cristi ! quel coup de théâtre ! Le Tonkinois était assis qui mangeait avec deux hommes, un revolver posé à côté de lui, sur la table ; il pâlit en mê voyant, saute sur son arme, m'envoie quatre coups, me rate ; je lui décharge cinq coups de kropatchek, je le rate aussi. Il saute par une fenêtre, traverse une grande cour comme une cour de ferme où des enfants et des femmes hurlaient, éperdus, en se tordant les bras ; je n'ai que le temps de voir ses habits de soie blanche disparaître et se perdre dans la nuit. Je me lance à sa poursuite, mais j'eus beau battre toute la maison avec mes hommes, impossible de retrouver sa trace,.. Le mâtin s'était tapi, terré je ne sais où. Rien. Là-dessus, je dis âmes troupiers : « Mes enfants, c'est manqué, nous n'avons plus qu'à rappliquer. Hop, au camp ! » Alors, un sergent de zouaves me demande ; « Mon lieutenant, nous avons pincé la bourgeoise, qu'est-ce qu'il faut faire
de ce gibier ?» Et il me montre, à quelques pas...
Lucie Chloê. — Pauvre femme !
Pourtail. — ... une grande créature au teint citron, avec d'admirables yeux noirs féroces, abrités par des sourcils d'encre, et une poitrine superbe, enfin une vraie beauté plastique (véritable exception, car toutes les femelles de là-bas sont en général fichues comme Tas de pique !). C'était la première femme du chef, une beauté, je vous le répète.
Berthe Samson. — Ne vous emballez pas !
Pourtail. — Je la regarde, elle soutient mon regard sans broncher ; alors je dis au zouave : « Nous l'emmenons au camp. » Elle nous suit sans résistance, toujours farouche, muette, les lèvres serrées. Nous boulottons, car nous avions faim. On offre à manger à la femme, qui refuse, et deux heures après nous revenions parla rivière, dans un sampan,les rameurs et mes hommes sur le bateau, moi et ma captive sous le sampan.
Jeanne des Adrets. — Ça se corse.
DApy. — Oui, je trouve que ça tourne au collage.
Pourtail. — Les nuits sont fraîches, làbas. J'étais blotti sous mes couvertures, mais je ne vous cacherai pas qu'avec une gaillarde de cette trempe j'ouvrais l'œil, le meilleur, et que j'avais la main sur mon couteau, bien Résolu à décourager la belle si la fantaisie lui prenait de me détruire. On ne sait jamais.
Berthe Samson. — Lâche ! une femme.
Pourtail. — N'oublions pas que je lui avais fait délier les pieds et les mains, et, que la voyant bientôt grelotter et claquer des dents, je lui avais jeté une de mes couvertures, qu'elle avait prise, impassible, sans un geste même de remerciement. J'étais encore gentil, quoique vous ayez l'air de dire... Et nous étions donc ainsi couchés tous deux à un mètre de distance, dans la nuit. On n'entendait rien que le clapotis de l'eau contre
les parois du bateau, et le chant monotone d'un rameur... Et ce n'était pas banal... A ce moment-là, —je vous jure que c'est la vérité, — j'ai pensé que j'aurais du plaisir à conter ça plus tard aux bons amis.
Lucie Chloé. — Allez donc ! la suite.
Pourtail. — Je commençais à m'endormir, éreinté, quand j'entends un petit bruit. Je regarde, et qu'est-ce que je vois ? la scélérate qui s'avançait en rampant vers moi, comme une couleuvre. Je me dis : « Je suis le plus fort, attendons, il sera toujours temps de la poignarder. » Je savais qu'elle n'avait pas d'arme et j'étais curieux de voir comment elle allait s'y prendre pour m'envoyer ad patres. La voilà près de moi, son corps presque sur le mien ; ses mains se posent sur ma poitrine, — je ne bouge pas, — glissent sous ma chemise, à même la peau, — Dieu !
qu'elles étaient froides! — remontent jusqu'à mon cou, derrière lequel elles se nouent, — je ne bouge toujours pas, — et puis elle
pousse un grand soupir, et puis sa tête s'abat contre la mienne, et puis sa bouche sur ma bouche... Cette fois je comprends... c'était de l'amour... et du violent, croyez-moi !
Crocé. — Et alors, tu bouges?... Kropatchek...
Pourtail. — Mais dame ! oui. Avoue qu'à ma place...
Coutras. — Ah ! c'était de bonne guerre !
Lucie Chloé. — - Est-ce qu'on vous a compté ça pour une campagne ?
Berthe Samson. — Vous deviez être très mal?
Pourtail. — Non.
D'Apy. — Canaille, va !
Pourtail. — Mais écoutez donc la fin : A l'aube, un peu dégrisé, j'arrive au camp. Ma conquête, en dépit de ce qui s'était passé entre nous, gardait vis-à-vis de moi sa même attitude, hautaine et sombre, à tel point que, si je n'avais pas été sûr de mon affaire, j'aurais cru avoir rêvé. Je vais aussitôt trouver lo
commandant ; je lui raconte toute l'expédition.
D'Etampes. — Excepté la petite escarmouche du bateau ?
Pourtail. — Bien entendu. Mais ne blaguez pas. Quand j'ai fini, il réfléchit une minute, et, puis d'une voix un peu sèche :
« C'est embêtant que vous ayez raté l'homme... mais puisque vous n'avez pas raté la femme (il ne croyait pas si bien dire, le commandant, et, tout en refoulant une nerveuse envie de rire, je tremblais pourtant de peur, à mesure qu'il parlait), il s'agit de donner une petite leçon à ces singes qui nous mutilent nos prisonniers ; aussi vous allez me prendre la belle et lui faire trancher la tête, illico, d'ici une demi-heure, et pas d'un seul coup... non, un petit coupe-cou d'abord. Cn enverra la tête au mari, ça lui fera plaisir. Allez !
Coutras. — Pénible.
Crocé. — Alors ?
Bekthe Samson. — Qu'est-ce que vousavez fait?
Pourtail. — Oh ï je savais que le commandant était un homme, avec du cœur... et puis chic, un homme, à qui on pouvait dire certaines choses, et qui était capable de les comprendre... Ma foi, je lui ai tout avoué.,. J'étais ému, ma parole, et je bafouillais un peu... : « Enfin, mon commandant, vous m'entendez ? Je ne peux pas faire tuer cette femme qui sort de mes bras... je ne peux pas commander le coup de sabre... Je ne vous ai encore rien demandé ; faites-moi la grâce, je vous en supplie, de m'accorder cette femme comme prise de guerre... et qu'elle ait la vie sauve. »J'attendais. Alors, après une minute de réflexion, il s'est mis à rire et il m'a dit : « Scit, polisson, garde-la. »En un instant, l'histoire s'était répandue dans le camp, tous les camarades sont venus me plaisanter : « Ah ! bien, Pourtail, mon vieux, nos compliments, si c'est comme ça que tu te fais rouler par ta
prisonnière ! » Et j'ai dû, ma foi, payer le Champagne,
D'Apy. — Et qu'est-ce que c*est devenu cette liaison ?
Pourtail. — Ça a duré quinze jours, au bout desquels j'ai renvoyé ma femme à son premier mari.
Crocé. — Parce que ?
Pourtail. — Elle me tuait à grand feu, je m'affaiblissais.
Coutras. — Eh bien, mesdames, que pensez-vous de... cette.., petite anecdote de notre ami ?
Lucie Chloé. — Ça finit mal.
Berthe Samson. — J'espérais qu'il l'avait fait mettre à mort. C'était plus poignant.
Jeanne des Adrets. — Nous sommes désappointées.
Pourtail. — Bons petits cœurs!
LE COMTE ROGER DE TRAINOU, trente-deux ans.
LILETTE, vingt-quatre ans,
FERNAND DES ROCHES, trente-cinq ans.
Par un joli temps d'automne, fin et comme il faut, vers les dix heures du matin, Roger de Trainou est en voiture. Il regarde distraitement par la portière. Tout à coup, au coin de la rue du Quatre-Septembre et de l'avenue de l'Opéra il pousse un petit cri : « Lilette I » Une jeune femme qui s'apprêtait à traverser, lève instinctivement les yeux comme si elle avait deviné plutôt qu'entendu son exclamation, et aussitôt la voilà qui s'arrête et rougit,les yeux brillants.,. Mais le jeune homme s'est élancé au-devant d'elle . et malgré sa pâleur il a l'air tout heureux.
Lui. —Vous? Vous?...
Elle. — Oui. Comme voilà longtemps !
Hein?
Lui. — Voulez-vous que je vous dépose là où vous alliez?'
Elle. — Volontiers, Je vais chez ma couturière, 6, rue Halévy.
Lui, chagriné. — C'est trop près.
Elle. — Je ne monterai pas tout de suite ; nous causerons un peu dans la voiture.
Lui. — A la bonne heure, (ils montent. Le cocher touche.) Ma petite Lilette !
Elle. — Mais oui, Roger. Combien depuis que nous ne nous sommes vus ?
Lui. — Quatre ans... La dernière fois au Vernissage.
Elle. — Vous avez changé... Quoi ? Je ne sais pas... C'est toujours vous et ce n'est plus vous. Et puis, vous paraissez triste?
Lui. — Ce n'est rien. Mais vous, Lilette, regardez-moi donc? Étes-vous gentille, et fraîche ? Avez-vous une assez belle mine ? A mordre dedans.
Elle. — C'est la campagne, mon ami.
Lui. — Oa m'a dit. Voilà trois ans que vous
habitez Viroflay toute l'année. Mais, à ce propos, comment se fait-il...?
Elle. — Fernand est parti hier pour trois jours à la chasse... en Sologne.
Lui. — Alors, vous êtes veuve ?
Elle. — Oui. Il y a longtemps aussi que vous ne Pavez vu, Fernand, et il s'en plaint.
Lui. — Cinq à six mois en effet. Il se porte bien?
Elle. — Très bien.
Lui. — Et, ça va avec lui?... Pas d'accrocs?
Elle. — Rien du tout. Un agneau. Dans le début, j'avais des craintes... Il menait une vie si mouvementée, si en l'air, que je me disais : « Je crois bien que nous deux, mon petit... » Eh bien, au contraire, nous nous entendons à ravir.
Lui. — Mais les arbres toute l'année... pas trop sévères?
Elle. — Je m'y suis faite.
Lui. — Enfin, vous êtes heureuse ?
Elle. — Oui.
Lui. — Allons ! Ça me fait plaisir de savoir qu'après moi... Et puis, quoi? je vous comprends... Fernand est un gentil garçon.
Elle. — Très gentil.
Lui. — Il a tout ce qu'il faut... presque tout ce qu'il faut pour...
Elle. — Nous parlons de vous bien souvent
Lui. — Ah !
Elle. — Qu'est-ce qu'il y a de drôle à ça ?
Lui. — Rien. Mais... sait-il qu'autrefois je...
Elle. — Je lui ai juré que non, et il a une confiance aveugle en moi. Maintenant, c'est possible qu'il s'en doute.
Lui. — A moins d'être bête...
Elle. — Il faut venir nous voira Yiroflay. Fernand vous en a prié vingt fois. Aujourd'hui,, c'est moi qui le veux.
Lui. — J'aime autant pas. Avoir ma serviette chez vous ? Non.
Elle. — Vous êtes ridicule
Lui. — Ah ! dame, écoutez-donc ! Jai beau n'être plus que votre ami... demandezmoi autre chose que d'être votre témoin.
Elle. — Jaloux alors ?
Lui. — Non. Mais je l'ai été.
Elle. — C'est vrai.
Lui. — Je vous ai aimée, Lilette... Comme je vous ai aimée !
Elle. — Moi aussi, mon ami.
Lui. — Voilà sept ans.
Elle. — Sept, oui.
Lui. — Notre liaison n'a pourtant duré que trois mois, j'en garderai le souvenir toute ma vie.
Elle. — Je n'ai encore rien oublié.
Lui. — Vous vous souvenez du jour où je vous ai vidé mon petit cœur pour la première fois, derrière le parc Monceau ?... Et les jolis cheveux blonds que vous aviez dans ce temps-là !
Elle. — Je les ai toujours.
Lui. — Je n'en sais plus rien. Et nos ren-
dez-vous le. soir, quand je vous attendais en voiture, au coin du pont de Solférino ?
Elle. — Je me rappelle.
Lui. — Et cette journée que nous avons passée dans le parc de Saint- Cloud ? Et le soir où...
Elle. — Ne continuez pas. Je me rappelle tout.
Lui, il lui prend la main. — C'était, Lilette, un très bon temps. . oui... et quand j'y resonge...
Elle. — Il est passé.
Lui. — Absolument passé ? (Fredonnant sur
l'air de Malborough.) Jamais... ne re... viendra?..
Elle, retirant sa main. — Jamais... Soyez raisonnable, et n'oubliez pas que Fernand est votre ami.
Lui. — Pardon, je perds la tête... Mais j'étais si peu préparé à vous revoir que je suis un peu détraqué...
Elle. -~- Remettez-vous. Je suis définitivement très attachée à Fernand. Dans les
su.rx .iNS APRÈS 5 3
commencements... je vous l'avoue... j'aurais peut-être encore pu le tromper — pas avec vous, un ancien, oh ! non, — mais avec un homme qui eût été mon amant pour la première fois... Tandis qu'aujourd'hui, j'en ai assez de toutes mes folies... Fernand est sacré... C'est comme s'il était mon mari.
Lui. — S'il vous quitte ?
Elle. — Il ne peut pas, il est trop bien pris. Mais, parlons de vous. Car enfin, mon ami, il s'est passé bien du nouveau dans votre vie... j'ai suça... Vous êtes marié à présent... marié, Roger ! Est-ce possible ?
Lui. — Oui.
Elle. — Des bébés ?
Lui. — Un.
Elle. — Petit garçon ?
Lui. — Une fille.
Elle. — Quel âge ?
Lui. — Trois ans bientôt.
Elle. — Comme vous devez être heureux !
Lui. — Passion nément, surtout depuis deux ans.
Elle. — Pourquoi depuis?...
Lur, bas. — Parce que je suis séparé, ma pauvre amie...
Elle. — Qu'est-ce que vous me dites là !
Lui. — Je vous dis que je suis séparé... séparé de ma femme, séparé judiciairement... J'ai reconquis ma liberté... ma belle liberté...
Elle. — Mais l'enfant?
Lui. — Je F ai.
Elle. — Ah ! tant mieux! J'ai eu peur.
Lui. — Et voilà, Lilette.
Elle. — Quelle histoire! Comment?...
quoi?... Je ne connaissais rien de tout cela. Fernand le sait?
Lui. — Mais oui, il le sait.
Elle. — Il ne m'en a jamais dit un mot. C'est bien bizarre... Je ne voudrais pas être indiscrète... Alors, vous ne vous entendiez pas?... les caractères? ou bien si...
Lui. — Tant qu'elle pouvait.
Elle. — C'est abominable. Qu'est-ce qu'elles ont donc dans le corps, ces femmes-là?
Lui. — Peu de cœur.
Elle. — Et c'est ça le mariage ?
Lui. — Il a été ça pour moi.
Elle. — De sorte que vous voilà seul avec une fillette...
Lui. — Hé oui.
Elle. — Mais, au moins, vous avez bien gagné devant ces messieurs de la Justice?... L'autre... elle a perdu ?
Lui. — Perdu et elle s'est perdue.
Elle. — Et le bébé? Ce n'est pas vous qui le gardez, je suppose ?
Lui. — Il est chez ma tante Varigny, à Varigny.
Elle. — Pauvre petite !... Comment s'appelle-t-elle ?
Lui. — Jeanne.
Elle. — Elle doit être déjà forte. A deux ans et demi... Qu'est-ce qu'elle pèse?
Lui. — Je ne sais pas.
Elle. — Est-ce qu'elle vous ressemble ?
Lui. — Etonnamment.
Elle. — Oh! il faudra bien l'élever,... qu'elle ne tourne pas mal comme sa mère. Mais, dans ce cas, vous allez divorcer?
Lui. — Impossible.
Elle. — Vous ne voulez pas?
Lui. — C'est bon pour les nouvelles couches, le divorce... Nous autres, nous ne divorçons pas, nous nous séparons.
Elle. — Tant pis, mon pauvre Roger, je le regrette pour vous. Non... c'est incroyable ! je ne m'attendais pas à tout ça...
Lui. — Ni moi.
Elle. — Quand je pense, mon ami, ce que nous étions quand nous nous sommes quittés, et ce que nous sommes aujourd'hui... Moi, un bon pelit modèle qui n'avait passé sa vie, avant de vous connaître, qu'à poser les minois xvni% un peu dégrossie depuis, grâce à vous qui m'aviez donné le goût de la tenue,
le sentiment de la vraie élégance, — pas celle des peintres, la vôtre, celle du monde, de ce monde que je sentaisà travers vous. — Et puis il a fallu se dire adieu... Vous êtes parti pour un voyage de deux ans, avec l'idée de vous marier au retour et de faire comme les autres. Il y a de cela... J'ai beaucoup pleuré alors... Aujourd'hui, me voilà, moi, Lilette, rangée, sage et sérieuse, guérie de ma bohème passée, l'esprit et les sens en belle santé... Votre ami Fernand est avec moi pour des années et des années. Et pourtant, je sais bien qu'à tout prendre, je ne suis pas autre chose qu'une femme collée, « la créature », comme disent vos pauvres mères qui nous détestent... Et malgré ça, j'ai la satisfaction, la paix, plus encore, pourquoi ne pas le dire? oui, je me sens améliorée, honnête. C'est peutêtre parce que je n'ai plus de besoins après avoir été sans le sou trop jeune... N'importe, je metrouvemeilleure etjem'estimeunpeu...
Je ne vous ennuie pas?
Lui. — Non, Lillette, vous ne m'ennuyez pas . Allez donc.
Elle. — Et vous ? vous qui êtes quelqu'un, qui existez, qui avez tout... qui êtes du Jockey... qui avez épousé une jeune fille de votre classe, honnête, et belle, et riche, et garantie... Il faut que je vous retrouve, moi qui vous ai sûrement aimé plus et mieux que votre femme, triste et malheureux, seul dans la vie avec une enfant... des responsabilités... des devoirs.., sans compter les soucis sur la planche et l'avenir grave... Ah ! c'est trop fort... Pour admettre ça, faut avoir de la religion.. . Et franchement, dans votre intérêt, il valait cent fois mieux que nous restassions ensemble!...
Lui. — Non, Lilette, non. Si nous étions restés ensemble, vous ne m'auriez jamais donné ce qui vaut bien plus que l'amour.
Elle. — Quoi?
Lui. — Le regret, ma petite. Nous nau rions pas eu l'entretien d'aujourd'hui qui
SEPT A.\S AVKÊS 5 9
demeurera un de mes souvenirs les plus... non, nous ne l'aurions pas eu, nous n'aurions pas connu ce sentiment étrange, rare, délicieux, quifait frémir àlafois de plaisir, d'orgueil et aussi de confusion, lorsque se retrouvent plus tard, un homme et une femme qui se sont beaucoup aimés dans leur jeunesse... Ce sentiment-là, je l'éprouve depuis que je vous ai revue... et à un point...
Elle. — Moi aussi... je n'ai pas osé vous tutoyer...
Lui. — Tu vois bien. Toi et moi nous nous serions dit : tu, sans trouble aucun, si rien d autrefois n'était resté sous la cendre... Et maintenant... Filez vite chez votre couturière... va-t'en.
Elle. — Adieu, adieu... {Elle se penche à son oreille. )Et embrasse ton bébé pour moi.
Toute la journée, Roger est mélancolique, il songe à Lilette, au passé, au présent, à cette vie qui n'est pas gaie. Et le soir même, devant le Vaudeville où Ton joue Les Surprises du divorce, il se jette dans Pernand, Fernand en habit» cravaté de blanc, nullement en Sologne où il le
croyait, mais fumant une cigarette pendant l'entracte, avec un visage radieux.
Rogek. — Ah çà ? qu'est-ce que tu fais à Paris ?
Fernand. — Mon cher, j'ai prétexté une absence en Sologne... Je suis ici depuis ce matin... J'ai une grosse nouvelle à t'annoncer !.. une nouvelle...
Roger. — Tais-toi! je devine. Tu lâches Lilette et tu te maries.
Fernand. — Juste. Ma fiancée est dans la salle.
ROGER, à part, très surpris. — Déjà!
LE DUC DE COUTRAS, vingt-neuf ans.
LE COMTE D'ARGENTAYE, à partir de quarante an s-
VIGOMTE DE SAINT-HUBERTIN, cinquante ans.
Chez d'Argentaye, après dîner, très tard.
D'Argentaye. — Je viens de m'abonner au Théâtre-Libre.
Saint-Hubertin. — Encore une jolie boîte, parlons-en !
Coutras. — Vous ne trouvez pas cette tentative intéressante ?
D'Argentaye . — Oui ! Qu'est-ce que vous avez à dire ?
Saint-Hubertin. — Énormément. Je ne
connaissais pas le Théâtre-Libre ; j'en avais entendu parler comme de la huitième merveille... et M. Antoine par-ci, et Tolstoï parlà. . enfin on m'en avait tant rebattu les oreilles que j'ai eu envie de voir. J'y ai été la dernière fois... J'ai vu... Eh bien, je n'y retournerai pas.
D'Argentaye. — Pourquoi ?
Saint-Hubertin. — Comment, pourquoi?..
Mais parce que j'ai trouvé ça absolument ignoble... et révoltant !.. et vilain !
Coutras. — Tant que ça ! Moi j'y étais aussi... Pas été si choqué que vous. C'est peut-être que je suis moins délicat.
D'Argentaye. — C'est-à-dire qu'il n'y a pas en ce moment à Paris un théâtre dont le spectacle offre le quart de l'intérêt..
Saint-Hubertin. — Vous trouvez? Moi pas. Ah ! il était beau le spectacle. Belle la Pelote !.. Belle la pantomime !.. Beaux les Quarts d'heure !.. En fait de quarts, c'est à nous qu'on a fait passer là de sacrés quarts !
Et des invraisemblances . . . choquantes ! un manque de goût... des fautes grossières !
Coutras. — Des jeunes gens, très cher l Vous oubliez !
D'Argentaye. — Et qui ne gagnent pas un sou avec leurs pièces ! L'art... pas autre chose ! m
Saint-Hubertin . — Vous croyez que ça m'attendrit? La belle aflaire qu'ils soient jeunes ! Qu'on les laisse vieillir, comme le vin, ils seront peut-être meilleurs! Et puis, leur désintéressement... encore une jolie blague! S'ils ne gagnent pas d'argent, c'est qu'ils n'en sont pas capables... ou bien qu'ils préfèrent se payer eux-mêmes en coups de pistolet,., et en réclames tapageuses !
D'Argentaye. — Permettez. Vous déblatérez à tort et à travers... Y a-t-il du talent dans la Pelote ? Répondez ?.. Y en a-t-il ?. .
Coutras. — C'est pas une pièce rose, mais il y en a tout de même.
Saint-Hubertin — Je m'en moque. Plutôt
que d'avoir du talent à ce prix-là, je trouve qu'il vaut mieux être savetier. . . Mais il n'y a donc rien dans la vie, rien autre chose que des horreurs... des atrocités...
Coutras. — Vous allez devenir banal...
prenez garde !
Saint-Hubertin. — Il n'y a donc pas de soleil... pas de fleurs...
Coutras. — ... Pas d'oiseaux... pas de parfums ? etc. Ça a déjà été dit je ne sais combien de fois. Trouvez autre chose, mon petit.
D'Argentaye. — Je vois ce que c'est : vous en tenez pour la gaieté française ?
Coutras. — Le bon vieux rire ?
Saint-Hubertin. — Vous fichez pas de moi ! Je veux quelque chose de sain. . . qui respire la santé... Je ne veux pas du gâté,, du maladif, du compliqué... des machines cherchées de midi à quatorze heures... Quelque chose de sain... de bien portant... C'est pourtant raisonnable ce que je demande...
D'Argentaye. — Du bien portant... je ne
vous dis pas. Ça dépend des goûts... Ainsi, moi, j'ai horreur des beaux enfants.
Saint-Hubertin. — On voit bien que vous n'êtes pas père !
D'Argentaye. — Peut-être que si !... Mais là n'est pas la question, Moi je ne trouve pas ça artistique, la santé... La viande de boucherie... le roastbeef... les biceps... ça ne prendra jamais en littérature...
Coutras. — Cependant, mon cher, poui tous les jours... un bon estomac... c'est bien amusant !
Saint-Hubertin. — Eh bien, moi, quand je vois sur la scène des gens qui crachent... qui râlent. . . qui meurent sans discontinuer pendant douze quarts d'heure de suite. . .ça me met en colère... parce que, je tiens à me répéter, il y a autre chose dans la vie, il y a du soleil...
Coutras. — Des parfums...
Saint-Hubertin. — Certainement... des parfums... autres que ceux d'une chambre de malade...
D'Argentaye. — Et des petits oiseaux qui font cuic, cuic ! c'est convenu ! Mais il y a l'art aussi, à côté de votre satisfaction personnelle, l'art auquel vous ne pensez pas assez. Tous ceux qui applaudissaient la dernière fois le spectacle que vous, vous trouvez odieux, ils étaient contents, ces gens-là, ils s'amusaient. Ils ne trouvaient pas la vie mauvaise et ennuyeuse dans l'instant où ils battaient des mains... Alors quoi ? ils sont tous des idiots, Coutras et moi compris.., et c'est vous qui êtes seul dans le vrai?
Saint-Hubertin. — Mais ils ne s'amusaient pas, ils faisaient semblant... par genre, par mode.. Dans le fond du fond ils étaient rasés... ils bâillaient en dedans...
D'Argentaye. — Je vous demande bien pardon... ils étaient absolument sincères et de bonne foi... ils prenaient un réel et très attachant plaisir...
Coutras. — Moi, pour être franc, j'aime
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mieux ça que la Princesse Georges ; c'est im peu catafalque, mais pas embêtant.
Saint-Hubertin. — Alors, tant pis pour eux s'ils étaient sincères et tant pis pour vous ! Nous sommes bien bas, plus bas que je ne pensais. Où allons-nous?
D'Argentaye. — Heureusement que vous êtes là. Tenez, vous me faites rire avec vos indignations ! Vous jugez les pièces du Théâtre-Libre comme si c'étaient des pièces de TOdéon ou du Gymnase, au lieu de vous dire qu'il y a là une situation spéciale, tout à. fait à part..
Saint-Hubertin. — Je l'espère fichtre bien.
D'Argentaye. — Et puis, voulez-vous que je vous dise le grand malentendu qui nous divise ?.. Vous demandez au théâtre une distraction, un amusement d'après dîner et de digestion, une détente de bonne humeur, sans vous préoccuper de la question d'art et de littérature qui vous tracasse aussi peu que le savetier dont vous me parliez tout à l'heure,
tandis que tous ces jeunes gens, — qui font peut-être un peu trop dans le noir, j'en tombe d'accord avec vous — sont avant tout soucieux d'avoir du talent, de faire curieux, original, personnel, même aux dépens du bon vieux nre.. tel que le pratiquent les auteurs de Cocard et Bicoquet, auquel vous vous roulez, tout en reconnaissant néanmoins qu'il y a là bouffonnerie pure qui passera comme un rêve, sans rien laisser après soi... que des rentes à leurs heureux pères.
Goutras. — Ya du vrai dans ce que dit l'ami.
Saint-Hubertin. — C'est égal ! Vous ne me convaincrez pas, et je ne veux rien entendre ! Vous aurez beau faire et beau chanter art..., littérature..., tentative..., etc., j'aimerai toujours mieux rire que pleurer..., voir des choses agréables à la place d'horreurs. Et c'est comme ça pour tout : en littérature j'ai la haine de Zola et des ordures de l'école naturaliste..., j'aime Feuillet,Theuriet et M. de Tinseau,
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Coutras. — Vous exagérez î
Saint-Hubertin. — En peinture, Manet, les impressionnistes . . . lesmessieurs qui voient jaune, bleu ou vert, me font sortir de mes gonds, et j'avoue leur préférer Bouguereau.
Coutras. — Lobrichon ?
Saint-Hubertin. — Oui, Lobrichon.
D'Argentaye. — Jalabert et Lecomte du Nouy, peut-être ?
Saint-Hubertin. — Assurément.
D'Argentaye. — Enfin, vous êtes un délicat.
Saint-Hubertin. — Je m'en vante.
D'Argentaye. — Y a pas de quoi.
Saint-Hubertin. — En sculpture, parlezmoi de Chapu, de Paul Dubois et de Mercié. Osez dire qu'ils n'ont pas détalent... et dn grand..., ceux-là ? Osez-le ?
Coutras. — Sans doute, ils en ont, mais y en a d'autres, aussi.
D'Argentaye. — Et Dalou ? et Rodin ?
Voilà des artistes, des penseurs.
Saint-Hubertin. — Des clowns... des
contorsionnistes... pas autre chose ! Et pour terminer, puisque j'y suis, votre Wagner me rend malade ; jamais, vous m'entendez ? ça n'a été du vrai art. . . de Fart bien portant. . .
D'Argentaye. — Etes- vous assommant, mon pauvre ami, avec votre santé et votre art bien portant !... Avec vous on a toujours Pair d'être en consultation !
Saint-Hubertin. — Parce que vous êtes tous malades. . . gangrenés jusqu'aux moelles. Vous avez perdu le sentiment du beau.
D'Argentaye. — Convenu, et c'est vous qui Favez ramassé... c'est vous qui ne vous trompez pas, c'est vous qui avez le monopole de tout ce qui est véritablement héroïque, noble, moral...
Saint-Hubertin. — Ne vous fâchez pas !
Voilà que vous vous fâchez à présent... Dieu merci, moi j'ai été tout le temps assez calme.
D'Argentaye. — Calme ! calme ! il n'y a pas encore une minute, vous aviez le nez tout blanc... demandez à Coutras !
Coutras. — C'est exact. Vous aviez le nez blanc, je l'ai remarqué.
Satnt-Hubertin. — Soit ! tenez, c'est désagréable au possible, toutes ces discussions... On finit par s'aigrir... Et puis vous ctes d'un absolutisme !... Car, permettez...
D'Argentaye. — Oh ! mon cher, ne recommençons pas !
Coutras. — Oui, nous reprendrons ça demain... plus tard...
Saint- Hubertin. — Ça sera comme vous voudrez .. Maintenant que vous avez parlé tout le temps... vous ne me laissez pas placer un mot... C'est bon., je m'en vais... Adieu.
D'Argentaye. — Adieu, cher ami.
Coutras. — Adieu, bon ami.
Saint-Htjbertin. — Vous ne m'accompagnez pas ?
D'Argentaye. — Merci, je n'ai pas lu les journaux du matin.
Coutras. — Moi, il faut que j'aille me montrer chez ma tante La Tour-Bransac...
Saint-Hubertin. — C'est bon... c'est bon... Au revoir, (il sort.)
D'Argentaye. — Pauvre homme !
Coutras. — Pauvre homme !
D'Argentaye, pensif. — A-t-il tort ? A-t-il raison ?
Coutras. — Nous îe saurons au Jugement Dernier.
BARON D'EMBLEE, vingt cinq an».
JÉRÔME, le valet de chambre.